‹ De la physionomie et des mouvements d'expressionChapitre 23 sur 32 · Archives générales de médecine, mars · texte numérisé non relu

Archives générales de médecine, mars

« Avec d'aussi grandes qualités d'esprit, de si hautes visées, on ne doit pas s'étonner que Gratiolet, nature artiste et prirae-sautière, mais qui travaillait à ses heures et méditait longtemps, n'ait pas manifesté cette activité vulgaire qui encombre journaux et comptes rendus de notes sans valeur et sans liaison. Aussi ses travaux, malgré leur importance, peuvent être assez facilement résumés en se plaçant au point de vue des idées qui les relient.

« Gratiolet croyait profondément à la réalité de l'espèce, qu'il considérait comme l'expression incarnée d'une volonté créatrice, expression susceptible de varier seulement entre des limites d'élasticité peu étendues. Il s'est élevé toute sa vie contre ces tendances issues des doctrines d'Etienne GeofTroy-Saint-Hilaire, qui s'efforcent aujourd'hui de faire considérer les êtres supérieurs comme le résultat de la progression continue, indéfinie des êtres inférieurs. Un des arguments employés par cette école philosophique est tiré de la simplicité des animaux qui ont peuplé les couches les plus anciennes du globe. Quelques-uns de ces types, témoins des premiers âges du monde, ont encore aujourd'hui des représentants dans notre faune

vivante : telles sont les lingules et les térébratules. Gratiolet étudia à fond leur anatomie, et, dans des travaux qui ont acquis en Angleterre une juste célébrité, il découvrit ou précisa plusieurs points importants de cette oiganisation, dont la complexité et la perfection semblent protester contre la théorie du progrès spécifique. C'est à côté de ces recherches sur les brachiopodes qu'il faut placer son anatomie du système vasculaire des hirudinées, si remarquable par la richesse et l'intérêt des détails.

« Des travaux remarquables sur le système veineux des oiseaux, conçus au point de vue d'un rapprochement en apparence étrange, mais bien réel, entre ce type et le type des reptiles, l'ont amené à démontrer l'exactitude de l'hypothèse de Jacobson sur l'existence d'une veine porte rénale chez les oiseaux; il a tiré de ce fait, et de quelques observations sur la distribution des vaisseaux sanguins des batraciens à respiration cutanée, des conséquences physiologiques extrêmement importantes sur le rôle des poumons, du foie et des reins. 11 a encore découvert l'existence d'une veine porte propre aux capsules surrénales chez tous les vertébrés allantoïdiens ovipares. Enfui, relative-

DJE PIERRE GRATIÛLET.

ment à ces corps surrénaux, c'est à son inilialive que l'on doit le renversement des hypothèses mises en avant sur le prétendu rôle fondamental de ces organes singuliers.

« Citons encore quelques recherches intéressantes sur le système vasculaire des mollusques, où Gratiolet se refusait à voir le signe d'une dégradation sériaîe; sur le système vasculaire des bradypes, de l'hippopotame; sur l'organe de Jacobson, l'os intermaxillaire, la reproduction des hélices, le développement du crâne en l'absence du cerveau, etc., et arrivons immédiatement aux beaux travaux qui ont fait et assureront sa gloire., à ses travaux sur k système nerveux.

(c Des études sur un ensemble d'organes qui jouent dans les corps animés un rôle primordial et si merveilleux convenaient admirablement à son esprit philosophique. Aussi a-t-il étudié le système nerveux à tous les points de vue ; zoologique, anatomique, physiologique et psychologique.

a Quelques mots d'énumération seulement. Au point de vue zoologique, Gratiolet a appliqué à la ruciierche des types mammifères les considérations tirées de la composition de l'encéphale et de la disposition des circonvolutions cérébrales, dont,

l'un des premiers il a démontré l'importance. Il a été ainsi conduit à formuler les lois qui président à la complication de ces sinuosités dans la série mammalogique, et l'étude des empreintes qu'elles laissent sur la voûte osseuse du crâne lui a permis de déterminer la place zoologique de certains animaux fossiles, ou môme d'en découvrir de nouveaux.

« Au point de vue anatomique il a, en même temps que R. Wagner, découvert la communication qu'ont entre elles les cellules de la moelle épinière; il a démontré l'épuisement d'arrière en avant, et la renaissance continuelle des faisceaux postérieurs de cet organe, fait capital en physiologie. Suivant dans l'encéphale l'épanouissement de la moelle épinière, il y a étudié la

transformation de ses différentes parties, et a montré qu'à cette moelle épinière, qui constitue le noyau encéphalique, se superposent trois organes de centralisation : cervelet, tubercules optiques, cerveau. Celui-ci fut surtout l'objet de ses méditations. Il décrivit dans la composition de ses hémisphères six systèmes de fibres nerveuses, dont un, propre à l'homme et aux singes, provient du nerf optique. Enfin, dans son magnifique travail

sur les plis cérébraux de l'homme et des primates, il établit entre eux une identité typique complète, mais avec un ordre de développement embryologique totalement différent.

« Dans ce mémoire encore, il est amené à la conception d'un système nouveau de localisation cérébrale qu'on peut résumer par ces mots : que le cerveau, un par rapport à l'âme, est multiple eu égard aux différents appareils du corps. Par les considérations vers lesquelles Gratiolet aimait clans cette voie à se sentir attiré, la psychologie se confond avec la physiologie. Aussi toute "une partie de son livre célèbre surl'anatomie comparée du système nerveux dans ses rapports avec l'intelligence est consacrée à une analyse comparée des fonctions de l'intelligence humaine; analyse nouvelle, où les plus ardus problèmes de la métaphysique et de la psychologie sont abordés avec une aisance pleine de grandeur, exposés dans un style toujours clair et tour à tour concis ou brillant des plus riches couleurs, où l'observation délicate du naturaliste se mêle à la puissante analyse du philosophe et aux aspirations poétiques d'un esprit profondément religieux.

« Cet amour pour tout ce qui se rattache c^

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