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Allusion à l'examen de pathologie qu'il préparait

« ces détails et travailler en même temps à dé- (t brouiller le fatras obscur des livres de méde- ;; cine que je suis obligé de dévorer; voilà co « qui, certainement, me démantibulera la cer- (( velle , si mes amis ne font pas une neuvaine à « saint Jean pour qu'il me fasse retrouver, comme « à Astolphe ou à Roland, ma raison perdue.

« Enfin, je vais avoir un public!. Je lui parlerai (( gravement de ce que je ne sais pas, de ce qu'on (( ne saura jamais peut-être. Voilà une affaire bien « importante. C'est cependant sur cet amas de « futilités que je vais peut-être fonder mon avenir! (( Allons ! d'autres lancent leur citadelle dans les « eaux de la mer, moi, je vais élever la mienne (! sur les nuages.. Nous soram.es dans le siècle des « grands aéronautes. Je prie Dieu de me tenir en « sa sainte et digne garde et de faire que je ne (1 md casse pas le cou.

« Adieu, mon ami. )>

On voit dans quelle situation d'esprit la proposition de M. de Blainville trouva Gratiolet et avec quel plaisir, au fond, il acceptait la perspective d'un enseignement pour lequel, malgré sou

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extrême modestie et sa grande jeunesse, il se sentait bien préparé.

Sa première leçon au Muséum fut un véritable liioinphe, dont les journaux du temps nous ont gardé le souvenir. Son maître, le digne M. Pariset, caché dans un coin de rampliiîhéâtre, avait voulu assister à ce brillant début. Après la leçon, en face de ce nombreux auditoire enthousiasmé par les vues élevées et l'éloquente diction du jeune professeur, il pressa sur son cœur celui auquel il avait ouvert la carrière. Des larmes d'attendrissement s'échappaient des yeux du vieillard, qui répondit à son élève surpris et ému de le voir là : « Je viens écouter mon maître. » Longtemps après cette journée, M. Pariset ne pouvait rappeler le ])remier succès de Gratioîet sans une profonde émotion. Les applaudissements chaleureux qui avaient accueilli le suppléant de M. de Blainville l'attendaient à chaque nouvelle leçon ; le succès du cours d'anatomie comparée allait croissant, et loin d'en prendre ombrage, le respectable titulaire s'en réjouissait, et ne songeait qu'aux moyens d'assurer d'une façon définitive, à celui qui la remplissait avec tant d'éclat, la chaire illustrée autrefois par Guvicr. C'est ainsi

que de iShli à 1850, Gratiolet suppléa constamment M. de Blainville, émerveillant les auditeurs par le charme de sa parole, non moins qu'il les surprenait par l'étendue de ses connaissances et la profondeur de ses vues. C'est dans le cours de cette suppléance, au mois de mai 18^8, que Gratiolet perdit sa mère, devenue veuve depuis quelquesannées*. 11 chercha dans l'étude, cette consolatrice par excellence, et dans l'amitié de quelques cœurs dévoués, un adoucissement à ce cruel chagrin. Grâce aux soins empressés de ses amis, gràçe à ses livres et à son enseignement, il surmonta peu à peu la douleur poignante que lui avait causée cette séparation. Sa croyance inébranlable à l'immortalité de l'âme, croyance qui a seule adouci les dernières heures de son existence, l'aida aussi puissamment à traverser cette phase douloureuse de sa vie.

Deux ans après, un nouveau malheur devait fondre sur lui. Son maître, M. de Blainville, subitement frappé par une attaque d'apoplexie, expirait le l*"" mai 1850. M. Béclard a retracé en ces termes, devant l'Académie de médecine, les derniers moments de l'illustre anatomiste:

l, îtl, le docteur Grutjolct est mort à Paris le 30 ai;ii 1810,

« Les luttes qu'avait soutenues M. de Blainville, le chagrin qu'il ressentit de la perte d'un petit-neveu qu'il adorait, avaient altéré sa santé. En 1850, il demanda à être remplacé à la Sorbonne. Le suppléant qu'il avait désigné n'ayant pas été agréé, il déclara qu'il refusait celui qu'on prétendait lui imposer, et il remonta dans cette chaire qu'il honorait depuis près de quarante ans. Mais il ressentit vivement cette blessure. Il avait à peine terminé les premières leçons, qu'il voulut profiter d'un congé de quelques jours pour aller visiter une de ses nièces dans les environs dé Dieppe.

« Le l*"" mai, à dix heures du soir, il quittait la modeste maison dans laquelle il ne devait pas rentrer. Au moment où il montait dans un wagon du chemin de fer, il fut frappé d'une attaque d'apoplexie foudroyante. Transporté dans une salle d'attente, il rendit le dernier soupir sans avoir repris connaissance*. »

1. Éloge de M. de Blainville, prononcé à l'Académie de médecine, le 15 décembre 1803, par J. Béclard, secrétaire annuel de l'Académie. — Le suppléant qui fut refusé à de Blainville, pour son cours de la Faculté en 185.», était M. Hollard, professeur à la Faculté de Poitiers, et, comijie Gratiolet, l'élùve de l'illustre anatoniiste. Le vœu de Blainville était que sa chaire du Muséum ap-

En perdant son maître, Gratiolet perdait son plus ferme appui ; s'il avait pu en douter un instant,, les événements n'eussent pas tardé à dissiper ses illusions à cet égard. La mort de M. de Blainville laissait deux chaires vacantes, l'une au Muséum, l'autre à la Faculté des sciences.

Le successeur naturel de l'éminent anatomiste est désigné d'une commune voix par le monde savant. Qui mieux que Gratiolet pouvait continuer l'œuvre du maître avec lequel, durant huit années, il avait vécu dans une communaijté parfaite d'idées philosophiques et scientifiques? Qui, mieux que lui, pouvait développer et féconder les doctrines du rude et vaillant adversaire de Cuvier?

partint à Gratiolet et celle de la Sorbonne à M. Ilollard. Il avait fait agréer ce savant en '18W pour son suppléant dans cette dernière chaire, malgré la vive opposition de ses collègues qui présentaient un candidat, di'jà titulaire de deux chaires du 'haut enseignement. En 1850, M. Hollard aj^aut eu un véritable succès dans cette suppléance, de Blainville le présenta de nouveau. Nouvelle lutte à la Sorbonne contre la proposition de de Blainville, qui cette fois succombe, et, ne pouvant faire agréer le candidat de son choix, se décide à remonter dans sa chaire. A la mort inattendue de de Blainville, ÎM. Ilollard fut chargé de terminer le cours de Tannée 1850. Le double vœu de M. de Blainville est resté stérile; Gratiolet est mort sans que le Muséum ait eu l'honneur de le compter au nombre de ses professeurs, et M. Hollard attend encore la chaire de la Soibouue.

l'IiiliKK GRATIOLKT

L'immense succès des cinq années précédentes ne devait-il pas d'ailleurs assurer à-l' éloquent suppléant la chaire devenue vacante par la mort du titulaire ? Personne, parmi les auditeurs de Graiiolet, ne pouvait douter un instant de l'issue de la lutte qui allait s'engager au Muséum et à la Sorbonne; mais les esprits clairvoyants, les gens avisés qui, connaissant les petites passions humaines, savent quel obstacle le talent reconnu de tous, l'indépendance morale, la dignité du caractère peuvent, à un jour donné, mettre à l'avancement d'un homme, ceux-là avaient peu d'espoir. Seuls ils ne furent pas déçus. De Blainville fut remplacé au Jardin des Plantes par Duvernoy, et à la Sorbonne par I. Geoffroy Saint-Hilaire ; Gratiolet demeura préparateur au Muséum aux appointements de 1,800 francs.

Dans les académies, comme dans les chaires du haut enseignement, comme partout peut-être, les gens médiocres redoutent toujours de voir s'asseoir à leurs côtés les hommes supérieurs, comme s'ils ne tenaient pas de ces derniers, et de ces derniers seulement, l'éclat passager qui les environne ! L'illustre directeur du Muséum, dans le dernier adieu qu'il adressa à l'ami que nous pleurons-, déchire

un coin du voile et' cherche à expliquer à . tous comment Gratiolet avait attendu dix- sept ans une chaire du haut enseignement :

«Aujourd'hui, dit M. Ghevreul, que les faits sont si fatalement accomplis, répondons à cette question : comment M. Gratiolet, avec les qualités brillantes de l'orateur et de l'écrivain, ayant pour amis dévoués tous ceux qui l'ont connu ; comment cet homme, si heureusement doué pour capter tous les suffrages en les méritant, a-t-il si longtemps attendu que la fortune le favorisât? Au lieu de répondre: « parce qu'elle est aveugle, » cherchons-en la véritable cause et nous la trouverons.

« Sans doute M. Gratiolet avait la conscience de sa force, mais sa conviction des limites étroites de l'esprit et de la science de l'homme lui donnait une modestie qui ne fut pas toujours un titre de recommandation près de plusieurs de ses juges; car il n'existe que trop de gens pour lesquels l'assurance est la mesure de mérite! Convenons encore que la conscience de ses forces, alliée à la dignité du caractère, est souvent un obstacle à l'avancement. Or, la dignité du caractère, Gratiolet l'avait au plus haut degré, et je sais qu'en plus d'une occasion, faute d'y avoir sacrifié légè^-

rement, il n'obtint que tardivement ce que beaucoup plus tôt il aurait clù avoir Mais, messieurs, une cause a contribué sans doute encore à la lenteur de r.avancement de M. Gratiolet dans le monde, c'est son extrême bonté. Et certes aucune voix ne me démentira quand je dirai que jamais l'intérêt personnel ne l'a guidé; que l'amour de la gloire, et, le dirai-je, l'avancement môme de la science, ont toujours été subordonnés à deux penchants : obliger le pauvre et donner son temps à l'amitié qui réclamait sa personne et ses soins. Voilà ce qu'il a fait durant toute sa vie. »

Je m'associe de grand cœur à cet éloge, et je pense, avec M. Chevreul, que, chose triste à confesser, les rares qualités et la noblesse de cœur de Gratiolet ont jeté dans sa laborieuse carrière des entraves qu'il eût évitées avec ce qu'on nomme dans le monde de l'habileté, terme dont le synonyme n'est pas toujours indépendance et probité.

Mais je ne puis oublier et je ne veux pas omettre de rappeler ici que l'un de ses plus grands défauts aux yeux de la coterie qui l'a si longtemps opprimé , c'était précisément l'honneur dont il était le plus jaloux, le titre d'élève et d'ami de M. de Blainville. La jalousie, et pourquoi le taii'e, la

malveillance qu'avaient excitées dans certaines âmes le talent supérieur, l'âpre nature du maître, on les concentra sur l'élève.

Gratiolet, simple et doux, mais ferme et reconnaissant, continua, sans se plaindre comme sans fléchir, à remplir ses modestes fonctions de préparateur. L'estime des honnêtes gens et le sentiment du devoir accompli le consolaient aisément de l'injustice des hommes et de la rigueur des événements.

En 1852 , il fut de nouveau chargé d'une suppléance; il remplaça Duvernoy au Collège de France. Nouvel enseignement, nouveau succès. Cette fois encore se pressent autour de sa chaire les auditeurs avides d'entendre sa magnifique parole : le public voit dans cette seconde suppléance, 'non moins brillante que la première , un heureux présage; il espère que Gratiolet s'assoira bientôt enfin dans l'une des chaires d'anatomie comparée de Paris. Vain espoir! M. Duvernoy meurt, sa succession est vivement disputée au Muséum. Des questions de convenance personnelle, des arrangements de famille se mêlent à cette lutte, dont il semble que toute considération extra-scientifiqye devrait être bannie. Dien plus, on va jusqu'à

PIERRB ORATIOI.ET

invo(iuer des raisons politiques et religieuses pour combattre la candidature du suppléant do Duvernoy. Parmi ceux qui ont intérêt à le voir succomber dans cette lutte inégale, les uns le représentent comme un révolutionnaire dangereux ; les autres en font un ultramontain déclaré. Ses amis, confidents de sa pensée intime, savent combien ces imputations étaient calomnieuses. Comme tous les esprits à la fois honnêtes et éclairés, Gratiolet cbéiissait la liberté et ne s'en cachait pas; de plus, il était spliitualiste et chrétien; mais la vérité est que sa nature élevée et généreuse répudiait avec une égale énergie l'autorité absolue, sous quelque forme qu'elle se présentât. Son esprit indépendant et droit, ne pouvait s'accommoder à aucun despotisme; l'amour de la justice et de la vérité, tel fut le guide souverain de sa vie. Ceux, qui, au lendemain du coup d'État, s'efforçaient de le faire passer pour un révolutionnaire , ceux-là oubliaient son attitude courageuse et énergique lors des événements de juin 18^8 ; ils ne se souvenaient pas davantage du désintéressement dont ii fit preuve en ces jours difficiles, comme "dans tout le cours de sa carrière ^ Quoi qu'il en soit,

1. (lapilaiue d'artillerie dans la garde nationale, eu juin 1848,

les habiles triomphèrent, des mutations eurent lieu dans le personnel du haut enseignement, et définitivement Gratiolet ne fut pas nommé.

L'année suivante, à titre sans doute de dédommagement, il fut promu au rang d'aide-naturaliste au Muséum, avec un traitement de 2,Zi00 francs.

En'185Zi, un grand bonheur l'attendait; cédant à un attachement qui n'a fini qu'avec sa vie et qui a rendu si terrible la dernière séparation, Gratiolet se mai-iait selon ^on cœur. De cette union, dans laquelle il ne cherchait que les douceurs de la vie de famille, sans lui demander la fortune, date la phase la plus heureuse de son existence, phase trop courte, hélas! A. cette époque aussi commence la période la plus active de sa vie scientifique. Son grand mémoire sur les Plis cérébraux du cerveau des Prhnates, mémoire justement admiré par tous les naturalistes , a été publié dans cette même année 185Zi.

Trois ans plus tard parut l'œuvre. capitale de sa vie, son Anatomie comparée du Système nerveuxy livre admirable où Gratiolet a révélé à la fois les qualités de l'écrivain, du philosophe et de l'ana-

Gratiolet refusa la décoration pour laquollc il avait été proposé, ajirès l'affaire du petit pont de rHôtcl-Dieu.

tomiste à un degré qu'il sera donné à peu d'hommes d'égaler, à aucun peut-être de jamais surpasser! Cet ouvrage est l'un des plus considérables de la littérature scientifique contemporaine, par le nombre et l'exactitude des observations qu'il renferme, par l'étendue des horizons qu'il ouvre à la physiologie et à la psychologie, par la manière supérieure dont le sujet est traité ; il suffirait à lui seul pour perpétuer le nom de son auteur.

De 1857 à 1860, Gratiolet a publié quelques importants mémoires, parmi lesquels je 'me bornerai à citer son travail sur le Système vascùlaire des Ilirudinées. Les circonstances de la publication de cette étude me ramènent à parler encore de la carrière officielle de Gratiolet. A la mort de 1. Geoffroy Saint-Hilaire, l'heure de la justice paraît enfm venue. Ses travaux , connus de tout le monde savant, le font depuis longtemps déjà considérer comme l'autorité la plus compétente dans la branche de l'anatomie à l'étude de laquelle il avait voué sa vie, la connaissance de l'encéphale : 1 a pris rang, par ses recherches sur le système nerveux et sur les fonctions du cerveau, au nombre des anatomistes les plus distingués de la France et

de l'étranger, il semble désormais impossible de lai fermer la porte du haut enseignement. Grâce au zèle de quelques amis dout je tairai les noms, malgré moi, pour ne pas blesser leur modestie, Gratiolet est enfin présenté en ordre utile par la Faculté des sciences de Paris, au ministre de l'Instruction publique, pour succéder à Geoffroy Saint-Hilaire.

C'est alors qu'il publie, sous la l'orme d'une thèse de doctorat, son mémoire sur les Hirudinées. M. Rouland qui , cinq ans auparavant , lui avait donné une première marque de sympathie en lui remettant au Muséum la croix de la Légion d'honneur, s'empresse de le charger du cours de zoologie à la Faculté des sciences de Paris. A la fin de 1863, ce ministre le nomme titulaire de la chaire qu'il devait occuper deux années à peine.

Les portes de l'Académie des sciences, si longtemps fermées à Gratiolet, au grand étonnement des-savants étrangers, ne pouvaient tarder à s'ouvrir aussi, en dépit des mtrigues des coteries, devant l'auteur de VAnatomie du Système nei-vcux.

Tout paraissait sourire enfin à notre excellent ami, bien résolu à suivre, comme par le passé, le droit chemin, sans se laisser détourner par des

PIERRE GRATIOIi^T

sentiments qui n'ont jamais trouvé place dans son âme, la vanité, l'ambition et la haine; à user de l'inQuence que lui donnait sa nouvelle position ' pour aider, comme il l'avait fait jusque-là, ceux qu'il rencontrait sur sa route. Partageant sa vie entre les affections de la famille, les épancliements de l'amitié et le culte de la science, il jouissait pleinement de la douceur de la vie après n'en avoir trop longtemps connu que l'amertume. Ce bonheur, hélas ! ne devait pas être de longue durée! Les veilles, l'excès du travail, les préoccupations inséparables d'une existence si pénible parfois, l'injustice des hommes n'avaient rien fait perdre à Gratiolet de la sérénité de son âme ni de l'enjouement de son esprit. Son cœur droit et noble avait pris le dessus, il avait pardonné beaucoup et toujours rendu le bien pour le mal, estimant, comme il nous le disait souvent, que le souverain bien est le contentement de soi-même, et que presque toujours les hommes sont plus aveugles que coupables. Mais si cette nature ardente et enthousiaste, généreuse- et vibrante, avait su trouver dans la paix intérieure, dans le culte de la famille; de l'amitié et de la science, un remède souverain à tous les maux de l'âme, il n'en

était pas de même du corps qu'animait ce puissant esprit.

Il y a trois ans, à la suite de recherches qui nécessitaient de longues veilles après des journées entièrement consacrées aux travaux Tie dissection, Gratiolet ressentit les premières atteintes du mal terrible qui devait l'arracher brusquement à la vie. Vu mépris de ce que la prudence lui commandait, il ne put se résoudre à suspendre ses travaux,- espérant que ses forces ne le trahiraient pas, et qu'il mènerait à bien l'œuvre commencée et poursuivie avec trop d'ardeur. Il semblait en effet rétabli.

Jamais sa parole n'avait été plus précise et plus entraînante que dans cette soirée de la Sorbonne qui fut pour lui un véritable triomphe. Jamais, comme l'a si bien dit M. de Ghevreul, « tant de qualités brillantes et profondes n'ont été réunies par la philosophie pour faire d'un sujet, anciennement vulgaire (l'étude de la physionomie), traité souvent par des gens du monde et des artistes , une œuvre précise, profonde et originale. C'était le champ du cygne. » La Sorbonne ne devait plus retentir des accents de cette mâle parole, et l'Académie des sciences ne devait pas avoir

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riionueur do compter parmi ses membres l'iiomme éminent que nous pleurons.

Le jeudi 16 février, une lugubre nouvelle se répandit dans Paris. Gratiolet venait d'expirer après quelques heures d'agonie. Celfii que la veille encore nous avions quitté plein de santé et de vigueur, n'était plus. Une mort aussi cruelle qu'imprévue venait de trancher ces jours si précieux, d'enlever à une famille épiorée son plus ferme soutien, à la science l'un de ses plus vaillants soldats.

Le mercredi 15 février, à une heure de l'aprèsmidi, au milieu de ses occupations favorites, dans ce laboratoire témoin de tant d'admirables recherches, Gratiolet fut pris subitement de vertiges et d'éblouissements. Chancelant, et déjà frappé de paralysie, il put à grand'peine regagner sa demeure.

Il n'eut pas un seul instant d'illusion sur la gravité de son état; sans espoir de salut, mais courageux e.t ferme comme toujours, il fit lui-même les premières prescriptions, pressa contre son cœur sa femme et ses enfants, qui bientôt n'allaient plus entendre sa voix chérie ,. et les recommanda à quelques amis accourus à son chevet en apprenant la fatale nouvelle.

Quelques heures plus tard sa langue s'embarrassa, son intelligence s'obscurcit; le soir il avait perdu connaissance, la paralysie marchait à grands pas. Le 16, à cinq heures du matin, il rendait le dernier soupir.

Deu« jours après, une foule immense, atterrée par la douleur, accompagnait Gratiolet à sa dernière demeure. M. le ministre de l'Instruction publique voulut rendre à la mémoire de cet homme éminent un hommage digne de lui : il décida que ses funérailles seraient faites aux frais de l'État.

M. Ouruy témoigna de sa sympathie pour l'éloquent professeur de la Sorbonne, en se joignant à la foule émue qui encombrait l'église Saint- Éûenne-du-Mont, trop petite pour contenir les amis de l'homme de bien et les admirateurs du savant. Jamais douleur plus vraie n'éclata sur le bord d'une tombe. C'est que la perte que nous avons faite est immense : la science pleure une de ses illustrations les plus pures, la jeunesse l'un de ses maîtres les plus justement aimés, l'amitié un cœur qu'on ne remplace pas.

Plus heureux encore que bien d'autres, Gratiolet vivra par ses œuvres, il vivra aussi par les tendres souvenirs qu'il laisse à tous ceux qui l'ont

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connu. II revivra enfin dans ses enfants auxquels il lègue le plus bel héritage qu'il soit donné à l'homme de transmettre à ses descendants , l'exemple d'une existence qui se résume en trois mots : honneur, abnégation et science I

15 avril 1SC3.

DE

Une analyse détaillée des découvertes dont Gratiolet a enrichi la science m'entraînerait hors du cadre que je me suis tracé en écrivant cette notice. Je me bornerais donc à joindre, sous forme d'appendice, au pieux hommage qae j'ai voulu rendre à la mémoire d'un ami, la liste de ses principaux travaux, si je ne trouvais résumés en quelques pages, avec un talent que le lecteur appréciera j'en suis certain, l'idée dominante de l'œuvre et '. .5 principaux résultats des recherches de Gratiolct.

Je demande donc à celui qui fut l'élève et l'ami du savant anatomiste, la permission d'emprunter quelques pages à la Notice qu'il a publiée dans les Archîces générales de médecine. Je ne saurais à

coup sur dire aussi bien en si peu àe mots ce que les sciences biologiques doivent à Gratiolet.

« Ce qui signale toutes ses œuvres, dit M. le docteur Bert^ c'est un singulier caractère degran-. deur. Profondément versé dans les sciences métaphysiques, jouant pour ainsi dire avec les plus hautes questions de la psychologie, Gratiolet n'oubliait jamais que la science biologique n'est qu'une partie de la philosophie. Son puissant esprit, loin de dédaigner les détails, les cherchait, mais pour les féconder. Des considérations élevées lui servaient comme de flambeau dans ses minutieuses recherches, et à la fin de chacun de ses travaux, on les voit éclater en riches conséquences, en lumineux et souvent poétiques aperçus. Ses études ont toujours été dirigées vers deux buts philosophiques : d'abord la synthèse des faits naturels, leur formule statique : aussi la recherche des types zoologiques était sa préoccupation favorite, et il y excellait; — puis, l'harmonie de ces faits, leur expression dynamique, les rapports de l'organe avec l'acte, qu'il interprétait toujours au point de vue d'un finalisme élevé.

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