‹ De la pigmentation des muqueuses dans la mélanodermie phtiriasique et du diagnostic différentiel de cette affection avec la maladie d'AddisonChapitre 11 sur 29 · PS · texte numérisé non relu

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Pas de phtiriase du cuir chevelu.

L'appétit est bon. Pas de douleurs lombaires, pas de vomissements, pas de diarrhée. Pas de dépression physique ai mentale. Pas de lésions pulmonaires. Les urines ne renferment ni sucre ni albumine. En un mot, le malade, en dehors de la pigmentation de ses téguments et de ses muqueuses, ne présente aucun phénomène pathologique.

Il faut cependant signaler chez lui la présence d’une rétraction bilatérale de l'aponévrose palmaire, que M. Besnier m'a fait remarquer, et qui existait chez un des deux malades de M. Besnier.

Observation VI M. CHaurFrARD, Société médicale des hôpitaux, 18 décembre 1891.

A l'appui des faits très importants que vient de nous communiquer M. Thibierge, je puis citer un cas analogue que J'ai observé cette année dans mon service à l'hôpital Broussais, et où l’autopsie m'a montré qu'il s'agissait, en effet, d’une pigmentation des muqueuses sans maladie d'Addison.

C'était chez un malade profondément misérabie et cachectique, atteint de tuberculose pulmonaire avancée, et présentant sur les téguments la pigmentation et les lésions de grattage caractéristiques d’une phtiriase ancienne. Mais, de plus, à /a face interne des lèvres, sur la muqueuse génienne près des commissures, on constatait l'existence de plaques irrégulières, brunâtres, couleur tabac, tout à fait analogues à la pigmentation muqueuse des Addisoniens. Malgré l’absence de tout autre symptôme de maladie bronzée, je crus, en m'appuyant sur l'aspect si spécial de la muqueuse buccale, sur la coexistence de la tuberculose pulmonaire et de la diarrhée chronique, pouvoir porter le diagnostic de maladie d’Addison ; avec quelques réserves, cependant, car le tableau symptomatique était bien fruste et les ongles ne présentaient aucune coloration brunâtre.

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Deux mois après, le malade succomba au progrès de la tuber- culose pulmonaire ; et l’autopsie ne montra aucune lésion des capsules surrénales.

Il s'agissait donc bien probablement d’un fait analogue à ceux que vient de nous présenter M. Thibierge,

Observation VII

: Grise, Thèse de Lyon, 1892.,

Mélanodermie. - Cachexie. — Pigmentation des muqueuses.

6 mai 1892. — X.. , âgé de 74 ans. Le malade entre pendant la visite, il marche avec la plus grande difficulté, il est complètement enveloppé dans un vieux sac de toile effilochée sous lequel on aperçoit des vêtements en lambeaux.

Quand on le déshabille, on constate que ses vêtements sont absolument remplis de poux et de lentes, 1l y en a dans les cheveux, dans la barbe, et tous ces insectes grouillent plus abondants et plus confluents qu'il ne nous à jamais été donné de le voir. On approprie tant bien que mal le malade, on le couche ; mais son état de fatigue est tel que tout interrogatoire sur le moment est impossible. On constate qu'il est en outre dans une oppression très vive; on lui ordonne du vin, du thé au rhum et on le laisse au lit.

Le lendemain matin, 7 mai, le malade est toujours très faible, incapable de se lever etle moindre effort réveille chez lui des accès dyspnéiques. Pourtant, on peut obtenir les renseignements suivants :

Les symptômes qu'il présente datent de trois mois, et ont apparu graduellement. Le malade met tout sur le compte de son genre de vie et des privations qu'il a eu à endurer. Il dit, en effet, qu'après avoir été dans une situation relativement prospère, avoir exercé la profession de garçon et de concierge d'hôtel, puis employé de marchand de vin, il avait fini depuis deux ans par perdre toute

situation.

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Îl mangea rapidement les quelques économies qu'il avait faites, et, à 71 ans passés, sans ressources et sans emploi, il exerçait un métier bizarre, que nous ne pouvons lui faire bien définir, et qui consistait à parcourir les villages et les campagnes avec une carriole qui lui servait à je ne sais quel transport. Il couchait n'importe où l’amenait les hasards de sa vie errante, dans les fenils, dans les granges, souvent même à la belle étoile, et il préférait encore ces gîtes à ceux qu'il habitait dans les villes, et dont il nous fait la description. Pendant un an, il résista à peu près à ce genre de vie et ne remarqua, dit-il, aucun phénomène bien saillant. C’est depuis trois mois que la faiblesse commença à se montrer, elle progressa rapidement depuis cette époque, jusqu’à arriver à l’asthénie complète qu’on note à son entrée, qui rend la marche impossible. La station debout difficile, et qui provoque aux moindres mouvements des douleurs erratiques s’irridisant dans les bras, dans les jambes et même dans la région lombaire.

Le malade à en outre un œdème bi-malléolaire mou, blanc, sans élévation de température à ce niveau. Cet œdème, dit-il, est fugace, mais reparait dès qu’il s'impose une fatigue quelconque. Il a maigri d’une façon effrayante, et actuellement c’est un véritable squelette n'ayant que la peau et les os; le pannicule adipeux sous-cutané paraît avoir complètement disparu.

Il est tourmenté par une soif vive, ca Sete sa langue est sèche, fuligineuse, et ces mêmes fuliginosités se retrouvent sur les gencives et sur les lèvres. De temps en temps, nous dit-il, pendant sa vie errante, il souffrait de la faim, mais actuellement, il accuse une inappétence à peu près complète, il était devenu incapable de goûter un morceau de pain qu’on lui donnait dans les fermes où il gitait Il a en outre une diarrhée séreuse profuse qui a maculé les draps de son lit, les selles étant involontaires et le malade d’ailleurs incapable de se lever, ni d'appeler qu'on lui donna le bassin.

Malgré la dyspnée vive qu'ont provoquée cet interrogatoire et cet examen sommaire, l’auscultation des poumons et du cœur ne révèle rien d’anormal.

À l'abdomen, il paraît y avoir un peu d’œdème blanc mou des parois, pas d'ascite, plutôt un peu rétracté, le ventre est souple,

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partout indolent. La matité hépatique semble normale. Les urines ont leur coloration et leur densité habituelles. Le taux de l’urée est très faible, # grammes par litre ; mais on ne connaît pas la quantité totale des urines émises. Pas trace d’albumine.

Pouls à 86, assez faible, régulier. Un peu d’élévation de température ; 38°4 ce matin.

Pendant la nuit, le malade a eu un état constant de sub-délirium, une agitation extrême, une insomnie presque absolue. Cette insomnie est due au prurit continuel qui le tourmente ; le malade ne cesse de se gratier avec une violence extrême, tantôt le ventre, tantôt la poitrine, les membres et le dos.

Ce qu'il présente de plus remarquable, ce qui dès son entrée avait frappé notre attention, c’est la coloration spéciale de la peau. Il a, en effet, une teinte généralisée à presque tout sont tégument externe, d'intensité variable, jaune brun dans les parties les plus claires, brun foncé et presque noire dans les portions où elle présente son maximum. La disposition qu’elle affecte est très remarquable : elle épargne presque complètement les parties découvertes, ou du moins reste très claire au niveau du visage, des mains et du cou. Egalement peu marquée au niveau des parties génitales et des régions mammaires. Elle se montre avec son maximum d’intensité au niveau de l'abdomen, formant une large bande en ceinture, dans la région dorsale, dans les plis de laine et les aisselles.

Au travers de cette teinte pigmentaire, on voit toute une série de petites cicatrices de volume variable, linéaires, arrondies, déchiquetées, qui toutes se dessinent en clair : ce sont des cicatrices dépigmentées ; puis sur ce fond brun, parsemé de taches claires, se voient une série de croûtes, de croûtelles et d’excoriations de toutes dimensions. Enfin, sur tout cela apparaissent de petits furfuras blanchâtres, arrachés mécaniquement par le grattage incessant et qui semblent comme une couche de poudre répandue à la surface du corps. Tel est l'aspect extérieur du malade.

On constate au niveau de sa muqueuse buccale, du côté drott, siæ taches pigmentaires de couleur brune, irrégulièrement distribuées, ayunt une longueur moyenne variant de 2 à 3 centimètres. Le malade est presque complètement édenté, cependant à ce niveau

se trouvent deux vieux chicots qui pourraient correspondre, à la rigueur, à la distribution de ces taches. Mais on voit aussi deux taches à gauche où il n'y a pas de dents, on en voit aussi deux au voile du palais, l'une à bords déchiquetés, grande comme une pièce de 1 fr. Ces taches sont très semblables à celles qui existent dans La gueule de certains chiens de chasse de race.

On met le malade à un régime tonique ; on cherche à couper la diarrhée avec du bismuth et de l’eau albumineuse. Les vêtements sont emportés à l’étuve et toutes les précautions prises pour les désinfecter.

28 mai. — Diarrhée complètement arrêtée, l’appétit a reparu ; il est même excessif et les fonctions digestives s’accomplissent encore mal; le malade à eu deux indigestions avec vomissements abondants. 5

Intelligence toujours très obnubilée, le malade ne répond pas volontiers aux questions et varie beaucoup dans ses récits. Faiblesse et asthénie toujours très considérables. Il se lève avec difficulté et peut à peine marcher et se tenir debout pour aller jusqu’à la chaise. Ces seuls mouvements font reparaître l’œdème au niveau des membres inférieurs. Urines toujours normales. Sommeil encore mauvais, quoique le prurit ait sensiblement diminué. L'aspect extérieur reste à peu près le même.

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