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leur racine ; au niveau du tronc même, on trouve des points plus fortement pigmentés, tels sont la nuque, le cou autour duquel un éollier noir se trouve marqué. De même, au niveau de la ceinture, la coloration est plus foncée, les épaules, les régions sous-claviculaires, les lignes des apophyses épineuses présentent toutes une teinte plus foncée que les parties environnantes. D'une façon générale, c'est la partie postérieure du tronc qui est la plus colorée et, de là, la teinte va en diminuant depuis les parties latérales du thorax qui sont très foncées jusqu'aux carlilages costaux et au sternum qui sont jaune brun. .
Les parties respectées sont en général la face, les mains, les pieds, et, de même les membres, surtout les avant-bras et les jambes présentent peu de pigmentation. Les jointures du côté de l'extension ne sont pas colorées, mais les plis articulaires des flexions {creux axillaire, aine, coude et creux poplité) ont une coloration plus marquée ; cependant 1l existe des exceptions et on a vu la coloration se prolonger jusque sur la face et sur les membres.
Les caractères de cette coloration sont variables, non seulement suivant la maladie, mais aussi chez le même malade suivant les régions du corps considérées. La mélanodermie peut prendre tous les aspects depuis la teinte noire jusqu à la teinte jaune en passant par le brun bronzé, le bistre et le gris. Les colorations diverses ont permis de comparer les malades tantôt à des nègres ou à des ramoneurs, tantôt à des mulètres, enfin à des malades atteints de troubles de la pigmentaton biliaire.
La teinte n’est pas uniforme et ne présente pas cepen-
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dant de lieu d'élection; les points naturellement pigmentés (les ’mamelons, les aisselles, la verge, le scrotum) ne sont pas plus foncés que les voisins, mais sur les autres régioris, on voit des parties très pigmentées à côté d'autres parties moins colorées où même d’autres espaces de peau complètement normale. Les plaques les plus foncées semblent elles-mêmes accompagnées de petits points noirs et bruns mélangés.
S1 l’on a pu suivre l’évolution des taches colorées, on voit qu'elles ont été d'abord grises, puis brunes qu'elles se sont étendues, qu'elles ont fusionné avec les taches voisines de façon à former de larges plaques et à ce moment, l'aspect général du malade est tacheté ; enfin les plaques deviennent confluentes et la coloration s'étend alors à toute une région du corps.
Mais, sur cette pigmentation, 1l faut superposer d’autres lésions cutanées : tout d'abord la peau est encombrée de débris épithéliaux, dé poussières grisâtres provenant du grattage et du frottement des vêtements, puis, au niveau des épaules et de la nuque, on trouve des stries grises ou blanchâtres, cicatrices de grattage ou bien des taches blanches, cicatrices d’excoriations plus étendues ou enfin, même des stries encore à vif avec des excoriations récentes, des papules de prurigo® excoriées recouvertes de croûtes et de croûtelles noirâtres. Enfin quelquefois, on peut constater la présence de pyodermites par infection secondairé. Quand les lésions sont très étendues, la peau perd de sa souplesse, elle devient dure, la lichénisation apparaît, la fonction sudorale est diminuée ou
supprimée,
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$ 2. — Pigmentation des muqueuses.
Nous avons vu dans l'historique que cette pigmentation des muqueuses a été longtemps méconnue ; elle n'est plus niée aujourd'hui. Nous avons dit plus haut que nous en connaissions 13 observations antérieures à la nôtre : nous les rapportons ci-dessous.
Observation I
(Leuper, ir thèse de Pouchet, Paris, 1863).
Teinte bronzée généralisée à la peau et aux muqueuses ; disparition : des symptômes.
Le 17 novembre 1860, entra à l’'Hôtel-Dieu de Rouen, salle 2, lit 13 (service de M. Leudet) la nommée Perrin, Rose-Perpétue, née à Yvetot, âgée de 68 ans, demeurant à Rouen, rue du Chaudron, n° 22. Cheveux gris, autrefois noirs, veux bruns.
Cette malade, qui est intelligente, raconta qu’elle vint à Rouen à l’âge de 6 ans, que l’année suivante elle eut la petite vérole. Elle fut réglée très jeune, 10 ou 12 ans, croit-elle, et n'eut jamais d'attaques de nerfs. Elle fut d’æbord ourdisseuse, puis, la vue s'étant affaiblie, elle se fit trameuse. Enfin, en janvier 1860, elle entra aux travaux de charité, elle demeurait au deuxième étage, dans une chambre exposée au soleil, et avait un lit. Elle se nourrit ordinairement de fromage et de pain, n’a jamais travaillé la nuit, et n'a jamais usé d'aucun agent médicamenteux.
Elle entra le 31 mai 1861, salle 19, lit 16 (service de M. Leudet) pour une diarrhée qui la tenait depuis trois mois, et pour une affection cutanée, suite de peur, croit la malade. Elle était couverte de vermine et, «avait bien une trentaine de clous ». Ceux-ci avaient commencé par de petits boutons qui la démangeaient fortement.
Enfin, dit-elle, elle était devenue toute noire partout, derrière, devant, sur les bras et la figure. Cette teinte avait commencé en février, quatre mois avant son entrée à l'hôpital, et elle affirme alors s'en être aperçue. « Le monde lui disait : comme vous noircissez ; comme vous avez le cou noir ». À cette époque, M. Leudet écrivait sur ses notes journalières : « La teinte brune est surtout « prononcée sur le tronc, ou elle ressemble à la peau du nègre... « Face également très brune... Aux bras, la coloration est très « prononcée dans le sens de la flexion, les jambes sont de tout le « corps la partie la plus noire ».
3 juin. — Augmentation de la teinte bronzée sur les bras et les mains ; état stationnaire au tronc.
8. — Taches bleuâtres de pigment à la voûte palatine, près du collet des dents. La couleur brune reste stationnaire aux mains, aux lombes, au dos. Même teinte sur le ventre et sur les deux flancs.
11. — La teinte noirâtre reste la même, ayant son maximum aux lombes, où il n’y a pas de furoncles, ainsi qu'au cou, où il y en a fort peu ; la face cuivrée, flancs noirs .. Coloration brunâtre à la face interne des deux bras; les jambes, beaucoup moins colorées que tout le reste.
13. — Malgré les bains, la coloration persiste comme les jours précédents ; toute la face interne des deux joues est marbrée de pigments noirâtres. À la même époque, le sang, examiné par nous au microscope, ne présentait ni excès de globules blanes, ni granulations, ni cristaux.
La malade, sortie le 27 juin, la peau dans le même état.
Après sa sortie, elle retourna dans le même logement et reprit sa vie ordinaire ; mais bientôt « la maladie lui tombé dans les jambes » ; la marche devint difficile parce que les jambes enflaient rapidement ; elle ne pouvait plus monter les escaliers que « comme un animal, à quatre pattes ». Enfin, elle se fit apporter à l’'Hôtel- Dieu, où elle rentra le 5 septembre 1860, salle 19, lit 19. Même teinte brune, disent les notes de M. Leudet, aussi foncée qu'autrefois, sur le dos, sur le ventre, sur les flancs et les bras du côté de la flexion, comme par le passé. La teinte noirâtre de la bouche paraît avoir disparu.
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A7 septembre. — Prurit persistant avec la même teinte brune piquetée des parties couvertes.
12 octobre. — Pigmentation un peu plus pâle qu’autrefois.
La malade sortit le 23 octobre, étant moins brune et moins faible. ’
Cependant elle avait préjugé de ses forces, car à la barrière de l'Hôtel-Dieu, elle s'aperçut qu'elle devait s'asseoir sur toutes les bornes. Elle habite cette fois une chambre où le soleilne donne pas, et revient enfin « toujours pour la marche ».
Etat au 5 uëllet 1861. — Peau du corps et des membres à peine un peu brunâtre avec cicatrices plus blanches, abondantes surtout dans le dos, et large de 0,003 ou 0,004. Pas de furoncles ni d'autre éruption cutanée, pas de parasites, ni de démangeaisons. Mains et pieds un peu cyanosés. Aucune tache pigmentée à la face interne des joues, non plus que sur le reste de la muqueuse buccale. -Appétit normal, quelquefois oppression épigastrique la nuit. Selles rares, parfois tous les huit jours, et alors en diarrhée. La miction a été difficile, mais elle est redevenue normale depuis quinze jours environ. Voussure de la poitrine, matité précordiale assez étendue. Battements du cœur profonds, le premier bruit fortement soufflé à la pointe. Pas de toux, pas de palpitations. Douleurs articulaires dans le membre supérieur et dans la hanche. Ces dernières apparaissent très rapidement par la marche et la rendent très difficile ; les jambes enflent en même temps, et la malade a peine à travailler une heure, et elle est alors forcée de regagner le lit.
ÿ Observation II GRENHOW, Transac. of the clinical society of London, t IX, p. 44, 1876).
Un cas de maladie des vagabonds-avec pigmentation, simulant La maladie bronzée d'Addison.
Homme de 60 ans, boueux. Habitudes de malpropreté, buveur, porteur de poux de tête et de corps, entre à Middlesex hospital, le 24 novembre 1875 avec le diagnostic de maladie d'Addison.
Antécédents personnels. — Rhumatisant, mais jamais de rhumatisme articulaire aigu. Un an avant son admission, il a ressenti des douleurs dans les lombes et dans les jambes, qui Font empéché de travailler. Il tousse depuis quelques mois, vomit sa nourriture, et de temps en temps rend un peu de sang noirâtre.
A l'admission on note qu'il est petit (5 pieds 4 pouces), gros, aurait maigri, respiration courte, bon appétit, selles régulières.
__ Le corps présente une couleur bronzée sale, la peau est rude, l’épiderme présente une desquamation furfuracée. Cette coloration est surtout marquée sur les côtés et la partie postérieure du cou, les aisselles, les hanches, l'abdomen et la poitrine.
Elle est moins nette sur la face, les mains, les bras, les extrémités inférieures, sur les côtés du tronc, sur la région thoracique postérieure.
Une large bande, située entre les épaules et s'étendant jusqu'à la septième vertèbre dorsale, -est comparativement dépourvue de coloration.
L’aréole du mamelon, le pénis et surtout le scrotum, sont profondément pigmentés, presque noirs.
Le cou porte plusieurs petites taches irrégulières, regardées comme des cicatrices ; mais, vues à la loupe, elles ne différent pas de la peau normale.
Sur les mains et les bras, sont plusieurs taches colorées. Sur les lèvres, quelques lignes noires; enfin, sur la muqueuse des joues de légères traîïnées brunätres.
Pouls intermittent de 52 à 70.
La pointe bat à 2 pouces 1/2 (5 cent. 1/4) en dessous, 2 pouces (5 cent.) en dehors du mamelon. L’aire de matité cardiaque est très élargie, et un souffle diastolique est entendu sur toute l'étendue du sternum, ainsi qu'un léger souffle systolique à la pointe du cœur.
| . Le murmure respiratoire est rude. Il existe des crépilations aux
deux bases pulmonaires.
La respiration devient précipitée et haletante à la moindre fatigue.
Quelque temps après son admission, il présente une bronchite
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avec expectoration abondante, opaque, muco-purulente, il vomit deux ou trois fois.
Une goutte de sang prise au doigt montre une augmentation considérable des globules blancs.
Pendant son séjour à l'hôpital, il eut bon appétit et bonne nourriture, et ne présenta plus de nausée. [1 prit plusieurs bains alcalins, chauds et savonneux.
{4 janvier. — La couleur bronzée de la peau est encore très prononcée sur toutes les parties antérieures du corps, quoique bien atténuée depuis son admission. [l en est de même sur l’aréole mammaire, l’abdomen. et, en général, les parties les plus foncées, sauf le pénis et le scrotum, qui sont restés presque noirs.
Les plaques blanches sur le derrière äu cou ont augmenté en surface et en nombre depuis son admission. | La pigmentation de la peau, à la loupe, apparaît non uniforme, mais formée de trainées brunâtres et blanches disposées alterna-
tivement.
Les mains, les jambes et la partie postérieure des épaules ont presque recouvré leur coloration normale.
Observation III
E. Besnier, Réunions cliniques de l'hôpital Saint-Louis, 1888-1889.
(Observation recueillie par M. HaAUTrECŒUR). -
Mélunodermie généralisée avec pigmentation des ongles, de la muqueuse buccale et du prépuce sans signes certains de la
cachezxie surrénale.
\ Auguste M .., 62 ans, taille i m. 64, poids 59 kilos, se présente à l'hôpital Saint-Louis, le 29 mars 1889, à la fois parce qu'il est. dans la misère et couvert de poux.
Né dans le Loiret, il n’a jamais quitté la France, et ne paraît pas avoir été soumis à l’intoxication paludique. Ses parents sont morts à un âge avancé : 10 et 75 ans.