MENSURATION DU CRANE DE NEANDERTHAL
Arc longitudinal de Tépine nasale à la ligne demi-circulaire supérieure de Toccipiial en passant sur le vertex 303
Circonférence en passant sur les arcades sourcilières et la ligne
supérieure demi-circulaire de Toccipital 590
Largeur du frontal du milieu de la ligne temporale d'un côté au
même point du côté opposé. • • 104
Longueur de Tépine nasale à là suture coronale 133
Largeur extrême des sinus frontaux 25
Hauteur verticale prise sur une ligne tirée des bords éçailleux des
pariétaux. • 70
Largeur de la partie postérieure du crâne d'une protubérance pariétale à l'autre 138
Distance de l'angle supérieur de l'occipital à la ligne demi-circulaire
supérieure. 51
Épaisseur de l'os aux bosses pariétales 8
Épaisseur à Tangle de Toccipital 9
Épaisseur k la ligne demi-circulaire supérieure (1) 10
Outre le crâne, on a préservé les os suivants :
l"" Les deux fémurs intacts. De même que le crâne et
tous les autres os , les fémurs sont caractérisés par une
épaisseur exceptionnelle, et par le grand développement
de toutes les saillies et dépressions pour l'insertion des
(1) M. Busk qui a traduit en anglais et annoté le mémoire de M. Schaafhausen, a pris sur le moule en plâtre des mesures qui diffèrent de celles données par M. Shaafhausen. Les voici, dans le même ordre, telles que H. Huxley les reproduit en regard de celles de Tauteur allemand. 300 — 590 — lU — 125 — 23 — 00 — 150 - 60.
muscles. Au musée anatomique de Bonn, sous la désignation d'os de géanls, il y a quelques fémurs dont l'épaisseur est à peu près la même, mais ils sont beaucoup plus courts.
08 DE OÉAKT. 05 DE NEANDEA.
Longueur 542 438
Diamètre de la tête du fémur 54 55
— de Textrémité inférieure du fémur
d'un condyle à Tautro. ... 89 87
— du fémur au milieu de sa lon-
gueur 33 50
2* Un humérus droit intact, dont le volume montre qu'il est en rapport avec le fémur.
Longueur 312
Épaisseur au milieu 26
Diamètre de la tête 49
En outre, un radius droit de dimension analogue et le tiers supérieur d'un cubitus droit répondent à l'humérus et au radius.
3° Un humérus gauche, auquel manque le tiers supérieur et qui est si grêle qu'il ne paraît pas appartenir au même individu que le droit; un cubitus gauche qui, bien que complet, est déformé par une affection au point que Tapophyse coronoïde étant très-épaissie par des dépôts ossiformes, la flexion du coude au delà de l'angle droit doit avoir été impossible; la fosse antérieure de l'humérus qui reçoit l'apophyse coronoïde est également remplie d'un dépôt semblable; l'olécrane est fortement incliné de haut en bas. Comme cet os ne présente d'ailleurs aucun signe de dégénérescence rachitique, on doit supposer que c'est fi une lésion infligée pendant la vie qu'est due l'ankylose. Quand on compare le cubitus gauche au droit, il peut
sembler au premier coup d'œil que ces os appartenaient à deux individus différents, le cubitus étant de plus d*un demi-pouce trop court pour s'articuler avec le radius correspondant. Mais il est clair que ce raccourcissement, non moins que la diminution de volume de l'humérus gauche^ dépendent tous deux des accidents pathologiques dont nous venons de parler.
4** Un ilion gauche presque intact et contigu au fénaur, un fragment de Tépaule droite, l'extrémité antérieure d'une côfe du côté droit, l'extrémité postérieure d'une côte du côté gauche et enfin deux extrémités postérieures et une portion moyenne de côte, qui, par leur rondeur exceptionnelle et leur courbe, abrupte, ressemblent plutôt à celle d'un carnassier qu'à celle d'un homme. Cependant le docteur V. Meyer, à l'opinion de qui je défère, ne voudrait pas se hasarder à déclarer qu'elles appartiennent à un animal, et il ne reste qu'à supposer que ces conditions anormales proviennent d'un développement considérable et exceptionnel des muscles thoraciques.
Les os adhèrent fortement à la langue, bien que, ainsi qu'on Ta démontré par l'acide chlorhydrique, la plus grande partie du cartilage soit encore adhérente et paraisse, néanmoins, avoir subi la transformation gélatineuse qui a été observée par Bibra, sur les ossements fossiles (1). La
(1) M. Scheurer-Kestner a fait des recherches étendues sur les modifications chimiques des ossements fossiles à l'occasion de sa découverte d'ossements dans le lehm de la vallée du Rhin. Selon cet auteur, les ossements fossiles renferment, outre Tosséine normale, une autre substance provenant probablement d'une modification chimique de l'osséine. Celte opinion est fondée sur la perte qu'éprouvent les ossements par la calcination, qui leur fait perdre plus du double de ce qu'ils devraient perdre par la combustion de l'osséine seule. Il suit de là que si l'on ne peut chimiquement établir l'âge absolu d'un os, on peut établir son âge relatif par la détermination de la quantité d'osséine modifiée qu'il contient. Les recherches de M. Scheurer ont porté principalement sur les ossements trouvés à Eguisheiro, et dont il
surface de lous les os est couverle en plusieurs endroits de petites taches noires qui, examinées à la loupe, représentent des dendrites très-délicates. Ces dépôts, qui ont d'abord été remarqués par le docteur Meyer, sont plus visibles à la face interne des os crâniens. Ils consistent en un composé ferrugineux, qui, d'après sa couleur noire, peut contenir du manganèse. Des dendrites analogues s'offrent fréquemment sur les rocs lamelleux et se rencontrent dans les fissures et dans les crevasses. A la réunion de la Société du Bas-Rbin, tenue à Bonn le 1^ avril 1857, le professeur Meyer dit qu'il avait observé, au musée de Poppelsdorf, de semblables cristaux dendritiques sur plusieurs ossements fossiles, particulièrement sur ceux de VUrsus spelxus, mais encore plus abondamment et élégamment déposées sur les os fossiles et les dents de VEquus adamiticus, de VElephas primigenius^ provenant des cavernes de Boive et de Sundvrig. De légères traces de dendrites analogues ont été observées sur un crâne romain de Siegburg, tandis que d'autres crânes, qui avaient passé plusieurs siècles sous la terre, n'en offraient aucune trace. Je dois à H. von Meyer les observations suivantes sur cette question :
« La formation de dépôts dendritiques, qui étaient autrefois regardés comme une preuve de leur condition fossile, est intéressante. On a supposé que, dans les dépôts du diluvium, la présence de dendrites peut être regardée comme apportant une marque de distinction entre les os mêlés
sera question ci-après ; sa conclusion est que ces ossements trouvés dans le lehm présentant la même composition que les ossements d'animaux provenant du même terrain et ayant appartenu à des espèces éteintes, f la contemporanéité de l'être humain et de ces races doit être acceptée comme démontrée au point de vue chimique. » Voyez Note sur la découverte
d'ossements fossiles suivie de recherches chimiques j etc. Colmar,
4867. (Trad.)
au diluvium.à une période quelque peu postérieure, et les véritables ossements diluviens qui seuls offriraient des dendrites. Mais je suis depuis' longtemps convaincu que ni Tabsçnce des dendrites ne peut être considérée comme un signe d'âge récent, ni leur présence comme suffisante pour établir la haute antiquité des objets sur lesquels ils se montrent. J'ai moi-même constaté sur du papier qui ne pour vait avoir plus d'un an de date, des dépôts dendritiques que l'on ne pouvait distinguer de ceux des ossements fossiles. Ainsi je possède un crâne de chien qui provient d'une colonie romaine dans le voisinage de Heddersheim Castrum Hadrianunij que l'on ne peut en aucune façon distinguer des os fossiles des cavernes de Frankish ; il présente la même couleur et adhère à la langue exactement comme ceux-là, de sorte que ce caractère qui, au meeting de Bonn, a donné lieu à des scènes si amusantes entre Bucklandes et Schmerling, n'a plus aucune valeur. C'est pourquoi, dans les cas douteux, la condition des os peut à peine donner des moyens de s'assurer s'ij est fossile, c'est-à-dire s'il a une antiquité géologique, ou s'il appartient à la période historique, »
Comme nous ne pouvons maintenant considérer le monde primitif comme présentant des conditions d'existence totalement différentes, sans aucune transition à la vie organique actuelle, la désignation de fossile^ en tant qu'appliquée à un os, n'a plus le sens qu'elle comportait au temps de Cuvier. Il y a des présomptions suffisantes que l'homme a coexisté avec les animaux trouvés dans le diluvium, et plusieurs races sauvages peuvent avoir disparu bien avant toute période historique, en même temps que les animaux du monde ancien, tandis que les races dont l'organisation s'était perfectionnée avaient propagé leur genre. Les ossements qui sont le sujet de cette note offrent
des caractères qui, bien que laissant l'époque géologique incertaine, indiquent néanmoins une très-haute antiquité. On doit aussi remarquer que, si commune que soit la découverte d'ossements d'animaux diluviens dans les cavernes à dépôt de limon, de tels débris n'ont point été trouvés à Neanderthal, et que les os qui étaient recouverts par un dépôt qui n'avait que 4 ou 5 pieds d'épaisseur, sans aucune enveloppe protectrice de stalagmite, 'avaient conservé la plus grande partie de leur substance organique.
ce Ces circonstances peuvent être réunies contre la probabilité d'une antiquité géologique. En outre, rien ne nous autorise à considérer cette forme crânienne comme représentant le type primitif le plus sauvage de la race humaine, depuis que l'on connaît des crânes parmi les sauvages contemporains, qui, bien que n'offrant pas cette conformation extraordinaire du front qui donne au crâne de Neanderthal l'aspect de celui des grands singes, ont néanmoins des caractères qui appartiennent à un état très-inférieur de développement tel que la grande profondeur de la fosse temporale, les saillies temporales en crête proéminentes, et la capacité crânienne généralement très-inférieure. Il n'y a aucune raison pour supposer que la dépression postfrontale soit due à un aplatissement artificiel, tel qu'il est pratiqué, sous différentes formes, par les nations barbares du vieux et du nouveau monde. Le crâne est tout à fait symétrique et ne montre aucune trace de contre-pression occipitale, tandis que, selon Morton, chez les têtes plates de la Colombie, Tos frontal et le pariétal sont toujours sans symétrie. Sa conformation montre le peu de développement de la région antérieure de la tête qui a été si fréquemment notée dans les crânes très-anciene, et qui nous donne une preuve des plus frappantes de l'in-
Fis. 47. — Crâne deKeanderthal. Vues : lalérale (A), frontale ;1 , HoitiÉ de la grandeur naturelle. Lea contours sont faits i II chaoïbre noire cl réduits à la moitié de leur grandeur par H. Busk. Les détaila sont représeoUs d'nprèa le moule et les pbotogmpbiea du docteur Puhirolt. — a, glabelle. — b, protubérance occipitale. — c. Suture lambdoîde.
fluence de la culture et de la civilisation sur la forme du crâne humain. »
Plus loin le docteur Shaafhausen dît encore : c< Il n'y a absolument aucun motif pour considérer le développement inaccoutumé des sinus frontaux, dans le crâne de Neanderthal, comme une déformation pathologique ou individuelle; il s'agit ici sans nul doute possible, d'un caractère typique de race qui est en relation physiologique avec l'épaisseur extraordinaire des autres os du squelette, lesquels excèdent d'environ la moitié les proportions usuelles. Le développement des sinus frontaux, qui sont des appendices des conduits de l'air, indique pareillement une force et une puissance exceptionnelle des mouvements, telle que l'on peut l'induire du volume de toutes les arêtes et apophyses destinées à l'insertion des muscles ou à l'articulation des os. Que cette conclusion puisse être tirée de l'existence de larges sinus' frontaux et delà proéminence de la région inférieure du front, plusieurs autres observations le confirment de différentes façons. Les mêmes caractères, selon Pallas, distinguent le cheval sauvage du domestique et, selon Cuvier, Tours des cavernes de l'ours contemporain; selon Roulin, le cochon sauvage d'Amérique a repris sa ressemblance avec le verrat, de même que le chamois se distingue delà chèvre; lebull-dogue enfin qui se caractérise par ses os volumineux et ses muscles fortement développés, s'éloigne de toutes les espèces de chiens. L'évaluation de l'angle facial, qui, selon le professeur Owen, est si difficile à fixer chez les grands singes à cause de la proéminence des arcades sus-orbitaires, est dans le cas présent, rendue encore plus difficile à cause de l'absence du trou auditif et de l'épine nasale. Mais si l'on donne au crâne une position horizontale convenable à la hauteur des parties subsistantes des lames orbitaires, et que
la ligne ascendante touche la surface du frontal derrière les arcades sourcilières, l'angle facial n'excède pas 56°. Malheureusement aucune partie des os faciaux dont la conformation est si importante, quant à la forme et à l'expression de la tête, n'a été conservée. La capacité crânienne, mise en regard du développement extraordinaire du squelette,, sem'ble indiquer un développement cérébral très- petit. Dans son état actuel, le crâne contient environ 31 onces de graine de millet; si l'on tient compte des os qui manquent en proportion de ceux qui restent, toute la cavité crânienne devait avoir 6 onces de plus, en sorte que l'on peut évaluer à 37 onces son contenu total s'il avait été intact. Tiedemann assigne comme capacité du nègre 40, 38 et 35 onces. Le crâne contient un peu plus de 36 onces d'eau, qui correspond à une capacité cubique de 1,033 centimètres cubes (1). Huschke évalue à 1,127 centimètres cubes la capacité crânienne d'une négresse, à d ,146 celle d'un vieux nègre. Les crânes malais mesurent en eau 36 et 33 onces, et chez les petits Hindous, elle descend à 27 onces. »
Après avoir comparé le crâne de Neanderthal avec un grand nombre d'autres, anciens et modernes, le professeur Shaaffliausen conclut ainsi :
c< Les ossements hutnains et le crâne de Neanderthal dépassent tous les autres dans ces particularités de conformation qui peuvent conduire à cette conclusion qu'ils appartiennent à une race barbare et sauvage. Que la caverne dans laquelle ils ont été trouvés, sans aucune trace d'art humain, fût le lieu de leur sépulture, ou, comme les ossements d'animaux étaient ailleurs, qu'ils y aient été entraînés par des actions géologiques, ils peuvent dans tous
(1) Dans son état complet, sa capacité serait donc de 6 onces de plus (= 187 c. cubes) soit 1,220 c. cubes. (Trad,)
les cas être considérés comme la trace la plus ancienne des habitants primitifs de l'Europe. »
Quelque temps après la publication de la traduction do mémoire du professeur Shaaffbausen, je fus amené à étudier le moule du crâne de Neanderthal, avec plus d'attention que je n'en avais mis jusqu'alors : je voulais donner à sir Charles Lyell un diagramme montrant les particuliarités de ce crâne, comparé aux autres crânes humains ; à cet effet, il était nécessaire de déterminer avec précision les points anatomiques qui devaient être comparés chez les différents spécimens. Parmi ces points, la glabelle était l'un des mieux marqués ; je pris ensuite un second point limité par la protubérance occipitale et la ligne semicirculaire supérieure, et je plaçai Tune sur l'autre le tracé du crâne de Neanderthal, et celui du crâne d'Engis, dans une situation telle, que la glabelle et la protubérance occipitale externe de chacun d'eux fussent sur la même ligne droite : la différence qui fut alors constatée était si consi- ' dérable et l'aplatissement du crâne de Neanderthal si énorme (comparez fig. 43, A, et 47, A), que tout d'abord j'imaginai que j'avais commis quelque erreur. J'étais même d'autant plus disposé à l'admettre, que dans les crânes humains ordinaires, la protubérance occipifôle et la ligne courbe semi-circulaire supérieure, qui est sur la face externe de l'occipitale, répondent presque strictement, à l'intérieur, avec les sinus latéraux el avec la ligne d'insertion du tentorium ou tente du cerveau.
Sur le tentorium repose, ainsi que j'ai dit dans mon précédent essai, le lobe postérieur du cerveau ; en sorte que la protubérance occipitale et la ligne courbe en question indiquent approximativement les limites inférieures de ce lobe. Était-il possible qu'un être humain eût à ce point le cerveau aplati et déprimé, ou bien les insertions muscn-
SUR QUELQUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES. 285 laires avaient-elles changé leur situation naturelle? En vue de mettre fin à ces doutes et de décider la question, de savoir si l'énorme projection de la région sourcilière dépendait ou non du développement des sinus frontaux, je priai sir Charles Lyell d'obtenir du docteur Fuhlrott, possesseur du crâne, des réponses à certaines questions, ou, si la chose était possible, un moule, ou tout au moins, enSn, des dessins ou des photographies représentant l'intérieur du crâne.
Le docteur Fuhlrott répondit à mon enquête avec une courtoisie et une promptitude dont je lui suis extrêmement reconnaissant, et il m'envoya ultérieurement trois excellentes photographies. L'une d'elles nous donne, de
Fia. 4S. — Dessin d apr s 1» pboti^rapl es du docteur Fubiro 1 des parties intérieures dn crâne de Nesndec lui — A Vue de la face nterne cl inférieure de U région frontale montrant les or Gces nféneure des s nus (ronlaui a. — B, Vue analogue de U rég on occ p a e montrant I cmpreuito des stnna -blénui aa.
ce crâne, une vue de proGl que nous avons fait graver (fig. il y k)y la seconde (fig. 48, A), nous montre les vastes orifices des sinus frontaux sur la face inférieure de la portion frontale du crâne, sinus dans lesquels, dit le docteur Fublrott, a une sonde peut être introduite à la profondeur d'un pouce ; d cette même figure fait voir le grand développement des arcades sourcilières épaissies au delà de la cavité cérébrale. La troisième' enfin (fig. 47, B), représente le bord de l'occipital et la face interne de la région postérieure du crâne; elle montre très-clairement les deux dépressions des sinus latéraux qui convergent vers la ligne centrale de la voûte du crâne, pour former le sinus longitudinal supérieur. 11 était donc clair que je ne m'étais pas trompé dans mon interprétation, et que le lobe postérieur du cerveau de l'homme de Neanderthal devait avoir été aussi aplati que je l'avais supposé.
La crâne de Neanderthal offre donc réellement les caractères les plus extraordinaires. Sa longueur extrême est de 202 millimètres (8 pouces) , sa largeur est seulement de 144 millimètres (5, 75 pouces), ou, en d'autres termes, sa longueur est à sa largeur conmie 100 est à 72 ; il est extrêmement déprimé puisqu'il mesure seulement 86 millimètres (5, 4 pouces), de la ligne glabello-occipitale au point le plus élevé de sa courbe; l'arc longitudinal mesuré de la même façon que sur le crâne d'Ëngis (page 262), est de 505 millimètres (12 pouces); l'arc transversal ne peut pas être exactement mesuré, en raison de l'absence des os temporaux; mais on suppose avec probabilité qu'il était à peu près égal au précédent ; en tout cas il excède 255 millimètres (10 pouces 1/4). La circonférence horizontale est de 571 millimètres (25 pouces) ; mais ce chiffre élevé est dû en grande partie au vaste développement des arcades sourcilières, quoique, à la vérité, le périmètre in-
terne du crâne ne soit point petit. Le volume considérable de la région sourcilière donne, en effet, au front l'aspect beaucoup plus fuyant que le contour interne du crâne ne semble l'annoncer.
Pour l'œil d'un anatomiste, la partie postérieure du crâne est encore plus frappante que Tantérieure. La protubérance occipitale est située à l'extrémité postérieure du crâne, quand on met sur un plan horizontal la ligne gla« bello-occipitale, et bien loin qu'une partie quelconque de la région occipitale dépasse ce point, cette région du crâne glisse obliquement du haut en bas et d'arrière en avant, en sorte que la suture lambdoïde est située sur la face supérieure du crâne. En même temps et malgré la grande longueur du crâne, la suture sagittale est remarquablement courte (112 millimètres) et la suture écailleuse est trèsdroite.
En réponse à mes questions, le docteur Fulhrott m'écrivit encore que l'occipital «est dans un état de conservation parfaite, non moins que la ligne semi-circulaire supérieure qui forme une saillie très-accusée, linéaire à ses extrémités, mais s'élargissant vers le milieu, où elle forme deux saillies réunies par une ligne ininterrompue, qui est légèrement déprimée au centre.
« Sous le bourrelet gauche, l'os offre une surface oblique de 6 lignes de longueur sur 12 de largeur. » Ceci doit s'appliquer au tracé qui est au-dessous de fc, fig. 47, A; c'est là une particuliarité intéressante, car elle établit que, malgré l'aplatissement de l'occiput, les lobes postérieurs du cerveau s'avançaient notablement au delà du cervelet, et de plus, parceque cela constitue l'un des nombreux points similaires du crâne de Neanderthal et de certains crânes australiens.
Telles sont les deux formes les mieux connues des crânes
humains qui aient été découvertes dans ce qui peut s'appeler un état fossile. L'une ou l'autre peut-elle, à un degré appréciable quelconque, diminuer à nos yeux ou remplir l'espace qui, anatomiquement, existe entre l'homme et le singe anthropomorphe? ou bien ni Tune ni l'autre de ces formes ne se dislingue-t-elle plus profondément de la structure moyenne du crâne humain que ne le font, à notre connaissance, les crânes normalement développés étudiés jusqu'à ce jour?
Il est impossible de se former une opinion quelconque sur ce double problème, sans entrer dans l'étude préliminaire des variétés que nous montre la structure humaine en général, sujet qui a été jusqu'à ce jour imparfaitement étudié, quoique^ même pour exposer ce que nous en savons, les limites de ce travail soient insuffisantes et m'obligent à à ne tracer qu'une esquisse incomplète.
L'anatomiste le moins expert sait parfaitement qu'il n'y a pas un seul organe du corps humain dont la conformation générale ne varie dans des limites plus ou moins étendues chez les divers individus. Le squelette offre des proportions variables et même, jusqu'à certain points, différentes. Les muscles qui meuvent les os changent notablement leurs points d'insertion, les variétés dans le mode de distribution des artères sont soigneusement classées en raison de l'importance chirurgicale qu'offre la connaissance de leurs anomalies. Les caractères cérébraux sont extrêmement variables, car rien n'est moins constant que la forme et le volume des hémisphères, lé nombre des circonvolutions de la surface du cerveau et j'ajouterai — ces caractères eux-mêmes, plus inconstants que tous les autres, que très- imprudemment on a tenté de donner comme caractères distinctifs de l'homme à savoir : la corne postérieure du ventricule latéral, le petit hippocampe et le
SUR QUELQUES OSSEMEiNTS HUMAINS FOSSILES. 289
degré de projection du lobe postérieur du cerveau sur le cervelet. Enfin, ainsi que chacun le sait, les cheveux et la peau des êtres humains peuvent offrir les diversités les plus extraordinaires de couleur et de texture.
Pour autant que les connaissances actuelles nous permettent de le dire, le plus grand nombre des variétés de structure que nous venons d'énumérer sont individuelles. La disposition simienne de certains muscles que l'on rencontre çà et là (1) dans les races blanches du genre humain, n'est pas, que l'on sache, plus fréquente parmi les nègres ou parmi les Australiens; et ce n'est pas parce que le cerveau de la Vénus hottentote était plus lisse, que ses circonvolutions étaient plus symétriques et que, à ces points de vue, elle tenait du singe plus que Tes Européens ordinaires — que Ton sera en droit de conclure qu'un»semblable état anatomique du cerveau est général parmi les races humaines inférieures, quelque probable d'ailleurs que puisse être cette conclusion.
Il est fâcheux, en effet, que nous manquions de renseignements sur les parties molles des différentes races d'hommes, sauf de la nôtre (2); et, même pour ce qui est
(1) M. Church, Natural history Review, 1861. Voyez rexcellent Essay on myology oforang.
(2) La Société d'anthroporogie de Paris a publié * des Instructions générales pour les recherches et observations anthropologiqms, qui ont été rédigées par M. Broca, et délivre des feuilles d'observation que tout voyageur peut remplir même sans être au courant de la science. Ea outre, des Instructions spéciales pour le Pérou ^ le Sénégal, le Mexique, le Chili, la Sicile et le littoral de la mer Rouge **y se délivrent à tous les voyageurs qui en font la demande. Il y a donc lieu d'espérer, grâce U la précision de ces questionnaires explicites, que dan& quelques années le regret si justement exprimé par M. Huxley n'aura plus, au même degré, sa raison d'être. (Trad,)
* Mémoires de la Société d'anthropologie^ 1865; Archives de médecine navale, 1865, t. HT, p. 369, et tirage à part.
** Bulletins de la Société d'anthrojwlogie et tirage a paît.
HUXLEY. i U
du système osseux, nos collections sont malheureusemenl dépourvues de toutes les parties autres que la tête. U y a des crânes en assez grand nombre, et depuis le temps où Blumenbach et Camper appelèrent l'attention sur les différences notables et singulières qu'ils nous révèlent, la collection et la mensuration des crânes sont devenues une branche de rhistoire naturelle, étudiée avec zèle; les résultats qu'elle a fournis ont été groupés et classés par différents auteurs, parmi lesquels l'actif et savant Retzius doit toujours être cité le premier.
Les crânes humains diffèrent les uns des autres, nonseulement par leur volume absolu et par la capacité des parties qui logent le cerveau, mais encore par la proportion relative de leurs différents diamètres , par le volume relatif des os de la face (et plus particulièrement de la mâchoire et des dents), comparés à ceux du crâne, par le degré auquel la mâchoire supérieure (qui est nécessairement suivie par l'inférieure) est rejetée en arrière et en bas sous la ligne de la région frontale, ou en avant et en haut, au delà de cette ligne ; ils diffèrent encore par la relation du diamètre transverse de la face, pris d'un os malaire à l'autre, au diamètre transverse du crâne ; par la forme plus arrondie ou plus conique de la voûte du crâne et par le degré d'aplatissement du crâne dans sa région postérieure ou, au contraire, par sa projection au delà de la ligne, à laquelle et au-dessous de laquelle s'insèrent lès muscles du cou.
Dans quelques crânes, le cerveau peut être appelé rond^ la longueur extrême ne dépassant pas l'extrême largeur dans une proportion supérieure à i 00 : 80, quoique la différence puisse être beaucoup moindre (1). Les hommes qui
(1) Dans aucun cfftne humain normal la largeur du crâne n'excède sa longueur.
SUR QUELQUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES. 291 ont des crânes de celte forme, ont été appelés, par Retzius,
pM. 40. — Vuea de proBI et de face d'un crine de Kslmouck rond et arttii^alhe, d'après van Baer ^1/3 de U grandeur naturelle).
brachycéphales; le crâne de Kalmouck, dont de Baer a publié des vues de face et de profil (nous en donnons une
•idi SUR QUEL<jl)£S OSSEHEMS HUMAINS FOSSILES, copie réduite flg. 49) dans son excellenl ouvrage (1), nous fournit un exemple admirable de ce genre. D'autres, tels
t'iu. t>0. — Vues dv face ot de proUI d'un cr^ae oblong cl prugnalhâ U'un iiègrc (1/3 de la grandeur uslurelle).
(1) Cmnid ielecla.
que celui du nègre, représenté fig. 50 d'après M. Busk (1), ont une forme très-différente, très-allongée, et peuvent être appelés oblongs; chez ce sujet, la longueur extrême esta la plus grande longueur comme 100 est à 67, et le diamètre transverse peut même descendre au-dessous de ces proportions. Les individus qui offrent cette forme de crâne ont été appelés, par Retzius, dolichocéphales (2).
(1) Crania typica,
(2) La nomenclature relative aux diamètres des crânes s'est, dans ces dernières années, enrichie — si c'est là une vraie richesse — de si nombreuses expressions, que nous rendrons peut-être quelque service au lecteur en lui présentant les définitions de quelques néologismes. Parlons d'abord des mots utiles. Broca, le premier, a proposé de désigner du nom à^ indice cépha- ^ lique le rapport réduit en centièmes du diamètre transversal maximum au diamètre longitudinal. Cette dénomination a été universellement adoptée. L'indice céphalique est donc le quotient obtenu en multipliant par 100 le diamètre transversal, et en divisant le produit par le diamètre longitudinal. Gela posé, où finit la dolichocéphalie? où commence la brachycéphalie ? Retzius avait fixé au quart du diamètre longitudinal chez les dolichocéphales sa différence d'avec le transversal, soit à 75 p. 100. Ainsi que Huxley l'a fait remarquer, ce chiffre excluait du rang des dolichocéphales les Suédois euxmêmes. D'ailleurs, il est maintenant universellement convenu, pour des raisons tirées de la pratique, que tout crâne dont la largeur est à la longueur comme 80 : 100 (ou au delà de 80) est brachycéphalique. Au-dessous de 80, dans la division dichotomique de Retzius, tout crâne devrait être dolichocéphalique. Hais l'insuffisance de cette distribution, qui confondrait des groupes très-distincts d'hommes, a été rapidement sentie, et Broca a proposé, à titre de procédé descriptif, le nom de mésaticéphales pour distinguer les crânes de type intermédiaire entre 77,7 et 80 p. 100. En outre, comme ces li mites lui paraissaient encore trop larges, il a déterminé des chiffres intermédiaires, en sorte que les crânes étroits étaient distribués en dolichocé' phaies purs (75 p. 100 et au-dessous) et en sous-dolichocéphales (entre 75 et 77,6). Ici venaient les mésaticéphales (de 77,7 à 79,9). A leur tour, les bracbycéphales se divisaient en sous-brachycéphales (de 80 à 84,9) et bra~ chycéphales purs (de 85 et au delà).
Welcker, dans ses tables crâniométriques, a pris pour minimum de brachycéphalie 81, et pour maximum de dolichocéphalie 72. Entre 72 et 81, se rangent les crânes les plus nombreux, qu'il appelle orthocéphales, terme auquel Vogt préfère, avec raison, celui de mésaticéphales, proposé par Broca,
Le coup d'œil le plus superficiel jeté sur les vues de profil de ces deux crânes suffira pour prouver qu'ils diffèrent, à un autre point de vue, d'une manière très-frappante. Le profil de la face de Kalmouck est presque vertical; les os de la face sont inclinés du haut en bas et sous la partie antérieure du crâne. Le profil de la tête de nègre, d'un autre côté, offre une singulière inclinaison : la partie
et généralement adopté. Enfin Huiley a donné une nomenelature éminemment éclectique et internationale, oii la Suède, l'Angleterre, FAUemagne et la France sont également représentées : au delà de 80 p. 100, brachycéphales divisés en brachistocéphdles (de 85 p. 100 et au-dessus), et eurycéphides (de 80 à 8^) ; au-dessous de 80 les dolichocéphales se divisent en quatre groupes, de 80 à 77, sous-braehycéphules ; de 77 à 1A; orthocéphales ; de 74 k 71, mècocéphales ; 71 et au-dessous, mécistocéphales, (Prehistorie remains ofCaithnesSf p. 85; 1866.) Il pourrait y avoir quelque inconvénient à cette nomenclature multiple et qui a été récemment encore augmentée, et dont quelques termes ont plusieurs acceptions si Ton y voyait autre chose, selon Texpression de Broca, qu'un procédé descriptif. Or, il semble que Theureuse innovation due à cet auteur de Tindice céphalique rend accessoire toute clas^ sification verbale. On pourrait prendre Thabitude de dire crâne de 80, de 83, de 73, etc., avec l'avantage d'une grande précision, tout en conservant les trois termes principaux : dolichOf mesati et brachycéphales.
Après ces explications, le lecteur peut se demander à quoi ont abouti les classifications d'après les rapports des longueurs. Huxley en parle un peu plus loin; Yogt, résumant sur ce point les observations de Welckor, dit qu'en apparence c les conditions de civilisation se trouvent plutôt dans un juste milieu entre les deux extrêmes, dans un degré moyen de longueur de la tête, » conclusion extrêmement flatteuse pour les Français qui occupent à peu près le milieu de Téchelle des têtes moyennes, de même (et ici la pointe d'ironie est marquée) qu'ils se considèrent comme le centre de la civilisation » (Leç. sur l'homme, p. 65).
Quoi qu'il en soit, voici quelques mesures que nous empruntons à plusieurs auteurs et notamment aux tableaux crâniométriques de Pruner-Bey, Yogt, Broca , Huxley : Indices céphaliques : crânes déformés du Pérou, brachycéphales 106 p. 100; dolichocéphales de même provenance (acrocépbales), 76. On voit par là que les déformations artificielles ont plus d'action lorsqu'elles agissent en longueur qu'en largeur, ce qui confirme l'opinion d'Aeby sur la prééminence comme caractéristique du diamètre transversal, et les belles recherches de Sbaafhausen sur le développement du crâne chez les enfants
antérieure des mâchoires se projette beaucoup au delà du niveau de la région antérieure du crâne. Dans le premier cas, le crâne est dit orthognathe ou à mâchoire droite; dans le second, il est appelé prognathe, expression qui i^nd avec plus de force que d'élégance l'équivalent saxon snouty (qui ressemble à un museau ou groin) .
Diverses méthodes ont été imaginées en vue d'exprimer avec quelque précision le degré de prognathisme et d'orthognathisme d'un crâne quelconque (1); mais la plupart de ces
{Bull, de la Soc» (f an^/i./1866, p. 319). Les crânes les plus étroits que nous connaissions sont mentionnés, Tun par Yogt, avec Tépithète de crâne véritablement simien, c'est celui d'un Australien (63 p. 100); Fautre, par Huxley, c^est celui d un indigène de la Nouvelle-Zélande dont Tindex est 62,9. Il n'est pas rare de trouver des crânes d'Australiens de 65 à 70 ; 7 Australiens ont donné à Pruner-Bey une moyenne de 70 ; moyenne de 8 Hottentots, 69; de 50 Néo-Calédoniens, 70; de 30 nègres, 72; de 13 Esquimaux, 69; de 12 Chinois, 77; de 10 Scandinaves, 76 ; de 11 Bretons, 76 ; en Amérique, où la forme bracbycéphale s'accuse très-marquée, le même savant a trouvé pour des nombres très-petits d'individus des moyennes de 80 à 93 {Mém. de la Soc. d'anth.fU II).
Broca, dans ses recherches sur 125 crânes du cimetière de la Cité, antérieur au douzième siècle^ a trouvé pour indice céphalique minimum 71, maximum 90, mo^fonne 79 ; sur 117 crânes du cimetière des Innocents, 79; sur 384 crânes parisiens de plusieurs époques et de diverses provenances, 79 ; pour 60 Basques, 77, etc. 36 anciens crânes écossais ont donné à Huxley 76; sur 33 anciens Irlandais, Wright a trouvé une moyenne de 75 ; sur 35 Anglo- Saxons, Davis et Thumam ont eu une moyenne de 75. Un crâne suppôt tartaré a donné à Huxley 97,7 ; c'est le plus rond des crânes normaux connus (On two widely contrasled forms ofhuman cranium). D'autres diamètres, dont les rapports réciproques ont été formulés par M. Gaussin {Bull, de la Soc. d'anth.f 1865, p. 141), notamment le diamètre vertical, ont donné lieu à de nombreuses nomenclatures dont les résultats ne sont point encore trèssignificatifs. (Tr'ad.)
(1) Tout récemment liétard a proposé pour la mesure du prognathisme un procédé qui permet de le déterminer d'après la valeur angulaire obtenue en abaissant du point sus-nasal une perpendiculaire sur le plan horizontal ; la ligné faciale, qui va du point sus-nasal au bord antérieur du maxillaire supé-rieur, détermine un angle aigu qui mesure le prognathisme. Le triangle est rectangle et la valeur de l'angle supérieur, est le complément de l'angle anté-
mélhodes ne sont autre chose que des modificalions de celle qu'a inventée Pierre Camper, pour obtenir ce qu'il appelait l'angle facial (1). Le plus léger examen montrera que quelque angle facial que l'on détermine, il ne pourra jamais exprimer que d'une manière grossière et trèssommaire les modifications anatomiques qu'entraînent Torthognathisme ou le prognathisme, car les lignes dont l'intersection constitue l'angle facial, passent par des points du crâne dont la situation e^t modifiée par un grand nombre de circonstances, en sorte que l'angle obtenu est une résultante complexe de toutes ces circonstances, et n'est point l'expression d'un rapport organique bien déterminé des diverses parties du crâne.
Je suis arrivé à cette conviction, que les comparaisons crâniennes n'ont de valeur sérieuse que si elles sont établies sur la détermination d'une ligne fondamentale relativement fixe, à laquelle les mesures doivent être rapportées dans tous les cas; et je ne pense point, au surplus, qu'il y ait quelques difficultés à décider quelle doit être cette ligne fondamentale. Les parties du crâne, de même que celles du reste de la charpente animale, se développent successivement; la base du crâne est formée avant ses parois latérales et sa voûte ; elle est convertie en cartilage bien plus tôt et plus complètement que ces régions ; et cette base cartilagineuse s'ossifie et se soude en une seule pièce bien avant la voûte. Je conçois alors que la base
rieur. La base de ce triangle ne mesure pas le prognathisme, puisqu'elle peut varier avec la longueur de la perpendiculaire (Voy. Bvll, de la^Soc. d'anthr., 4867, p. 127).
(1) C'est en déterminant des valeurs angulaires, que Welcker a indiqué les
nations les plus prognathes dans Tordre suivant : Gafres, Nègres australiens,
•Nègres, Hindous, indigènes de la Nouvelle-Hollande, Hollandais, Brésiliens,
Cosaques, indigènes de Sumatra, Baschkirs (cité par Vogt, loc. cit., p. 67).
(Trad.)
du crâne peut être considérée, au point de vue du dévelop-
Fio. 51 . Sections longitudinales et verticales des crânes d'un castor (G. Canadensis A], d'un lémurien [L. Catta B.) et d'un babouin [Cynoc.papio G); aà, axe basi-crânien; bCf plan occipital; eT, plan de la tente du cervelet; dalff angle olfactif; efp, angle crânio-facial ; gh , longueur extrême de la cavité qui contient les hémisphères cérébraux, ou longueur cérébrale; la longueur de l'axe basi-crânien par rapport à la longueur cérébrale, ou, en d'autres termes, la longueur proportionnelle de la ligne gh à la ligne a^ représentée par 100 est, dans les trois crânes : castor, 70; lémurien, 119; babouin^ 144. Chez un gorille mâle adulte, cette même longueur égale 170; chez le nègre (fig. 50), elle égale 23G. Dans le crâne de Gonstantinople (fig. 52), elle égale 266. La différence qui existe entre le singe le plus élevé et l'homme le plus inférieur est mise en évidence de la manière la plus {saisissante par cette méthode de mensuration.
Dans le diagramme du crâne de babouin, les lignes ponctuées <f d^' donnent les angles des crânes de lémurien et de castor, superposées sur l'axe basi-crânien du babouin. La ligne ab a la même longueur dans chacun des diagrammes.
pement, comme sa portion relativement fixe, sa voûte et ses parois latérales étant relativement mobiles. Cette même vérité se vérifie par l'étude des modifications que subit le crâne en s'élevant des animaux inférieurs à Thomme. Chez un mammifère tel que le castor (fig. 51 , Â), une ligne (a b) , tracée à travers les os, et appelée basioccipitale, basisphénoïde, présphénoïde (l),est très-longue, relativement à la plus grande longueur de la cavité qui contient les hémisphères cérébraux {g h). Le plan du trou occipital {b c) forme un angle légèrement aigu avec cet axe basi-crânien, tandis que le plan de la tente {i T) est incliné un peu plus de 90 degrés sur ce même axe. Le plan de la lame criblée de Tethmoîde (a d)y par laquelle les nerfs olfactifs sortent du crâne, affecte le même angle; en outre, une ligne, tirée par Taxe de la face, entre les os appelés elhmoïdes et vomer, axe basi-facial (fe), donne un un angle extrêmement obtus lorsque, prolongé, elle coupe Taxe basi-crânien. Appelons angle occipital, l'angle que fait la ligne b c avec la ligne ab; angle olfactif, Tangle fait par la ligne a d avec a b; angle tentorial, enfin,
(1) Le traducteur ayant demandé à M. Huxley quelques explications complémentaires au sujet du procédé de mensuraction dont la description ?a suivre, M. Huxley a bien voulu lui donner, sous forme de lettre, les explications suivantes :
La ligne ab basi-occipitale est supposée tracée du milieu du bord antérieur du trou occipital à l'extrémité antérieure du sphénoïde (suture ethmoïdo-sphénoïdale) , Cette ligne traverse donc entièrement les portions de Toccipal et du sphénoïde, qui forment la véritable base du crâne. Quant à la ligne basi-faciale [fe] qui passe entre l'ethmoïde et le vomer, je lui a substitué, dans un travail ultérieur (On two widely contrased forms of the cranium), une ligue qui dans les crânes humains est plus commode, et qui est tracée de Textrémité antérieure de la ligne basi-crânienne au bord nasal du maxillaire supérieur. On verra, dans une note de la page 505, les relations que peut avoir la méthode de M. Huxley et celle des savants qui ont des procédés de mensurtilions angulaires. (Trad,)
l'angle formée par i T avec a b : tous ces angles, chez le mammifère en question, sont presque droits et varient entre 80 et HO degrés. L'angle efby constitué par l'axe crânien et Taxe facial , et qui peut être appelé angle crâniofacial, est extrêmement obtus et s'élève chez le castor à 150 degrés au moins.
Mais si l'on étudie une série de sections de crânes de mammifères intermédiaires aux rongeurs et à l'homme (fig. 29), on trouvera que dans les crânes les plus élevés l'axe, basi-crânien devient déplus en plus petit relativement à la longueur du cerveau ; que l'angle olfactif et l'angle occipital deviennent plus obtus, et que l'angle crânio- facial devient plus aigu par l'inclinaison de Taxe facial sur l'axe crânien. En même temps la voûte du crâne devient de plus en plus arquée pour se mettre en harmonie avec les hauteurs croissantes des hémisphères cérébraux, éminemment caractéristiques de l'homme, aussi bien qu'avec leur développement au delà du cervelet, qui atteint son maximum chez les singes de l'Amérique du Sud; en sorte que, tout au moins dans le crâne humain (fig. 50), la longueur du cerveau est entre deux et trois fois aussi grande que la longueur de l'axe basi-crânien. La lame criblée est à 20 ou 30* du côté inférieur de cet axe ; l'angle occipital peut être de 150 ou 160 degrés au lieu d'être au-dessous de 90*; l'angle crânio-facial , de 90* ou même moins, et la hauteur verticale du crâne peut être considérable par rapport à sa longueur. D'après l'inspection des diagrammes ci-contre, il est évident que l'axe basi-crânien est, en s'élevant dans la série ascendante des mammifères, une ligne relativement fixe, autour de laquelle les os des parois latérales de la cavité crânienne de la voûte et de la face peuvent être considérés comme tournant en bas, en avant ou en arrière selon leur position. Cependant, l'arc décrit de la sorte par
un OS quelconque, ou par un plan, n'est en aucune façon toujours en proportion de l'arc décrit par un autre.
Vient maintenant la question importante de savoir si nous pouvons distinguer, parmi les formes les plus inférieures et parmi les plus élevées du crâne humain, un point quelconque, répondant à un degré, si léger qu'il puisse être, de cette révolution des os latéraux et des os de la voûte du crâne autour de Taxe basi-crânien , observée sur une
Fi6. 52, Sections de crânes orthognalhes (contours clairs], et prognathes (contours foncés) au tiers de la grandeur naturelle. — ff, b^ Axe basi-crânien. — b Cf b' c', Plan du trou occipital. — d, d', Extrénnité postérieure des os palatins. e, C, Extrémité antérieure de la mâchoire supérieure. — TT', Tifeertion
de la tente du cerveau.
grande échelle dans la série des mammifères. De nombreuses observations me conduisent à croire que nous devons répondre à cette question par l'affirmative. Les diagrammes de la figure 52 sont réduits d'après des diagrammes, soigneusement tracés, des sections de quatre crânes, dont deux arrondis et orthognathes, deux allongés et prognathes, pris longitudinalement et verticalement à travers le centre.
Les diagrammes des sections ont été recouvertes de telle façon, que les axes basiaires des crânes coïncident par leur extrémité antérieure et dans leur direction respective. Les déviations des autres parties du tracé, qui représentent l'intérieur des crânes seulement, nous donnent les différences de ces crânes, de l'un à l'autre , quand leurs axes sont considérés comme des lignes relativement fixes. I^es contours noirs sont ceux d'un crâne d'Australien et d'un nègre. Les contours clairs sont ceux d'un crâne tartare qui est au musée du Collège royal des chirurgiens de Londres, et d'un crâne arrondi bien développé de race incertaine, qui est en ma possession, et qui provient d'un cimetière de Constantinople .
On voit, au premier coup d'œil sur ces derniers, que les crânes prognathes, au moins en ce qui concerne les mâchoires, diffèrent réellement des orthognathes à peu près de la même sorte, quoique à un moindre degré, que les crânes des mammifères inférieurs diffèrent de ceux de l'homme. En outre, le plan du trou occipital [bc] forme avec l'axe {a b) un angle en quelque sorle plus petit dans les crânes spécialement prognathes que dans les orthognathes ; et la même chose est à peu près vraie de la lame perforée de l'éthmoïde, quoique cela ne soit pas aussi clair. Mais on remarquera cette particularité que les crânes prognathes sont, à certain point de vue, moins semblables à ceux des
singes que ne le sont les orlhoghathes, car la cavité cérébrale se projette plus nettement au delà de l'extréinité antérieure de Taxe, chez les crânes des prognathes, qu'elle ne le fait chez les ortbognathes.
On notera aussi que ces diagrammes montrent une grande série de variations dans la capacité çl dans les proportions relatives à TaJte crânien, des différentes parties du crâne qui contiennent le caveau proprement dit. La différence dans la portion de la cavité cérébrale qui dépasse la cérébelleuse, n'est pas moins singulière. Un crâne rond (fig. 52 Comt.) peut avoir une proportion cérébrale poslérieure plus grande qu un crâne allongé (fig. 50 negro).
Jusqu'à ce que les crânes humains aient été profondément étudiés avec des procédés semblables à ceux que je suggère ici; jusqu'au jour où ce sera un opprobre pour une collection ethnologique de posséder un seul crâne qui n'aurait pas été coupé longitudinalement; jusqu'au jour où les angles et les mesures que je viens de mentionner, ainsi que nombre d'autres dont je ne puis ici parler, auront été déterminés et établis en tableau par rapport à l'axe basi-crânienpris comme unité, et cela pour un nombre considérable de crânes des différentes races du genre humain, je ne pense pas que nous puissions avoir aucune base certaine pour cette crâniologie ethnique, qui aspire à donner les caractères anatomiques des crânes des races humaines (1).
Quant à présent, je crois que Ton peut esquisser en peu de mots tout ce qui, sur ce sujet, peut être dit avec quel-
(i ) Parmi les nombreuses méthodes de mensurations angulaires qui ont été décrites dans ces dernières années, il faut mentionner celle qui est due à rUlustre Virchow, et qui a pris un développement considérable entre les mains de Welcker. Nous voulons parler de Taugle sphénoïdal dont il a déjà été question ; cet angle est formé par Tintersection de la ligne NS, qui part de la racine du nez ou suture fronto-nasale» avec la ligne BS, qui part du bord
que certitude. Tracez une ligne sur un globe terrestre, de l'ouest de l'Afrique {Cote-d'Or) aux steppes de la Tartarie; à l'extrémité méridionale et occidentale de cette ligne, vit la race d'hommes 4a plus dolichocéphalique, prognathe, aux cheveux frisés et à la peau noire — les vrais - A l'extrémité septentrionale et orientale de cette
aniérietir B da tron occipitaL Le point d'intersectioD S est situé au bord ai léneut de la selle lurcique, derrière les deux trous optiques.
FiG. 53. Angle sphÉnoîdal. l'rocédÉ de menBuration de Broc». flSB, angle sphénoïdil; ENB, ongle nasal; BR, base du triangle facial ; ENSB, quadrilatère facial; E, angle dentaire; H, angle naaal; S, angle sphénoîdil; B, angle occipital Le crochet esl destiné i montrer un procédé de mensuration de Kt angle, tans ouvrir le crâne, dil i H Broca. [Bull, de la Soe. d'anthr., 1865, p. 565.)
Chacun dee autres angles du quadrilatère facial a donné des résultats importants. Mais l'angle spénoïdal est k coup sûr le plus significatir. On comprend, en elîet. i la seule inspection de la figure, qu'il sera d'autant plus
ligne, vivent les hommes les plus brachycéphales, orlhognates, aux cheveux lisses et à la peau jaune — les Tartares et les Kalmoucks. Les deux extrémités de celte ligne imaginaire sont pour ainsi dire des antipodes ethniques (1).
ouvert, que la grandeur de la face par rapport au crâne sera considérable et înyersement, de sorte qu^il doit diminuer k mesure que Tintelligence s'accroit. C'est, en effet, ce qu'a Térifié Welcker, qui a trouvé les séries suivantes : sur 50 crânes allemands normaux, moyenne 154°; 50 crânes de femmes, moyenne 158**; six nègres, 144°; 8 nouveau-nés, moyenne 141°; 10 enfants de 10 à 15 ans, moyenne 157 ; 5 nègres, 158 ; 1 idiot, 145 ; 1 chimpanzé, 149; jeune orang, 155; oràng adulte, 174; orang vieux, 180. Trois crânes de sagous bruns ont fourni la même progression d'accroissement de l'angle, à mesure que l'intelligence diminuait, c* est-à-dire que l'âge augmentait ce qui est de règle chez les singes.
L'angle nasal E, N, B (fig. 55) mesure, selon Welcker, le prognathisme de la face ; il croit avec l'angle sphénoïdal, c'est-à-dire qu'il diminue à mesure que l'intelligence s'accroit. Nous ne pouvons entrer dans plus de détails sur les triangulations crâniennes; tout en reconnaissant l'avantage qu'il y a à prendre des mesures sur un crâne ouvert, le procédé de M. Broca, au moins pour ce qui est de l'angle sphénoïdal, évite une section , autrefois indispensable; ce qui, vu la nécessité de prendre des moyennes stables sur im grand nombre de crânes, rendait l'angle en question peu pratique, ainsi que l'a fait justement remarquer Bertillon dans son excellent article, Angles céphaliqueSf du Dict. encycl. des se. médicales.
(1) Depuis cet ouvrage, M. Huxley a publié un mémoire que nous avons déjà eu l'occasion de citer (p. 298), et qui contient implicitement une méthode que nous devons signaler en même temps que àt$ documents crâoiologiques trop importants pour que nous laissions passer l'occasion de les faire connaître aux antbropologistes français'. Ce mémoire de 16 pages, lu à la réunion de l'Association britannique de Birmingham en 1866, a pour titre : Sur deux formes extrêmement contrastées du crâne humaifi, La méthode, à nos yeux, et sans que M. Huxley fasse mention de son dessein, consiste à rechercher et à décrire les formes crâniennes extrêmes, afin de déterminer pour des points de repère précis les types intermédiaires, et cela pour chacun des éléments principaux de la structure crânienne. Ces éléments ne sont pas très-nombreux. En première ligne, il faudrait placer lés relations angulaires de la face et de la partie du crâne qui loge le cerveau ; en seconde ligne, les proportions relatives de la lotigueur et de la largeur du crâne ou l'indice céphalique; cet indice devrait pouvoir être rapporté à la portion du crâne, antérieure ou postérieure, qui Ta déterminé, ainsi que Broca Ta établi pour les crânes des
Une ligne tirée à angle droit ou à peu près, sur cette ligne polaire qui va de l'Europe et de l'Asie nïéridionale à l'Hindoustan, nous donnerait une sorte d'équateur autour duquel se groupent les têtes arrondies, les ovalaires, les
Basques (dolichocéphalie occipitale ou frontale) ; «n troisième ligne, le diamètre yertical maximum, ou mieux encore Pindice yertical, c'est-à-dire le rapport du diamètre longitudinal au vertical, rapport qui selon Gaussin augmente ou diminue proportionnellement à Findice céphalique; disons en passant, que selon de Khanikof le diamètre vertical est constamment égal au tiers de la somme des deux autres {Bull, de la Soc, d'anthr., 1865, p. 141 et 184); en quatrième ligne, la capacité crânienne. Sans contester la valeur des cinquante ou soixante mensurations indiquées par les craniologistes, je crois que, pour arriver à de grands groupes, les quatre éléments que je viens de signaler, rapportés aux formes extrêmes, suffiraient à déterminer des classements mathématiques, et auraient en outre l'avantage de faciliter le travail d'observation; de la note de M. Huxley, j'extrairai donc les éléments qui peuvent s y rapporter et ceux qui, d'ailleurs, sont les plus frappants. Les deux crânes à formes extrêmes — qui probablement sont les formes normales les plus extrêmes — proviennent, Tun d'un Tartare, et le second est attribué vaguement à un indigène de la Nouvelle-Zélande. Mais M. Huxley croit qu'il y a eu lli une erreur et que ce crâne est australien, opinion que dés le premier coup d'œil on est disposé à partager. Le premier appartient au musée des chirurgiens de Londres, lesecond à M. J.-B. Sedgwick. Nais, comme la provenance des crânes n'a pour ce qui nous occupe en ce moment qu'un intérêt secondaire, acceptons les dénominations de Tartare et d'Australien comme les plus vraisemblables. Gela convenu, disons que les diamètres longitudinaux sont, en millimètres (réduits d'après les mesures données 6" ïhô ^^ pouce) : tartare 169,5 ; australien 191 ; diamètre vertical (pris du bord antérieur du trou occipital au point de jonction des sutures coronales et sagittales) : tartare 134; australien 145,4; transverse : tartare 165,7; australien 120 ; d'où l'on déduit les indices céphaliques suivants : tartare 97,7 ; australien 62,9. Ainsi, le crâne australien est plus long que le tartare de 215 miUimètres, et le crâne tartare est plus large que l'australien de 546 millimètres. Le contenu cubique du crâne de tartare, d'après le moule de rintérieur du crâne est évalué à 95 pouces cubes, soit 1566 cent, cubes, celui de l'australien à 80 pouces cubes, soit 1510; largeur extrême du frontal : tartare 1 50 millimètres; australien 99 ; somme toute, les contrastes extrêmes semblent se rapporter par-dessus tout aux indices céphaliques. Il est à désirer que l'on recherche les formes extrêmes pour tous les éléments craniomorphiques. (Trad,)
oblongues, les prognathes et les ortbognathes , les races claires et les races foncées; mais nulle d'entre elles ne possède les caractères excessivement marqués du Kalmouck et du n^^. n est digne de remarque que les régions des races antipodes, sont également antipodes quant au climat, le contraste le plus grand qu'offre le monde étant peut-être celui qui existe entre les côtes humides , chaudes , brumeuses, formées par les terrains d'alluvions de FÂfrique occidentale, et d'autre part, les steppes et les plateaux arides de TAsie centrale, steppes glaciales en hiver et aussi éloignées de la mer que peut Têtre une partie quelconque des continents (1).
De l'Asie centrale, vers l'est, aux iles de l'océan Pacifique, d'une part, et à l'Amérique de l'autre, les types brachycéphaliqueset Torthognathisme diminuent graduellement, et sont remplacés par les dolichocéphales prognathes, moins, cependant, sur le continent américain (sur toute la longueur duquel existe en grande majorité, mais non exclusivement, un type de crânes arrondis) (1) que dans les régions du
(1 ) D'après les recherches de Welcker, rapportées par Yogi {Lee. sur r/iomme p. 64)y on peut classer comme il suit les têtes courtes, rondes, brachycéphaliques t Lapons, Malgaches, Madurais, Ba&chkirs, Turcs et Italiens modernes; parmi les têtes longues les plus caractérisées : Noukahinens, Uindous, Esquimaux, Nègres, Nègres australiens , Kaffires, Boscbimen et HottentoU. Le groupe des têtes moyennes, des moins longues aux plus longues est gradué de la façon suivante : Allemands, Russes, Sumatra, Kalmoucks, Javanais, Français, Cosaques, Juifs, Bohémiens, Mollucais, Indiens, Chinois, Finnois, anciens Grecs, anciens Romains, Brésiliens, Hollandais. On voit combien les classements sont désordonnés, par rapport aux idées courantes sur les valeurs supposées des races. Il y a à cela deux motifs au moins : le premier est que nous manquons de critérium philosophique pour la valeur des races ; le second, que toute appréciation craniologique faite à un seul point de vue est nécessairement défectueuse. (Trad,)
(2) Yoyet le précieux écrit du docteur D. Wilson, intitulé : Sur la préémi^ nence supposée d'un type crânien parmi les indigènes Américains (Cafta- ^an Journal, 1857, vol. II).
SUR QUELQUES OSSEMENTS HUMAIiNS FOSSILES. 307
Pacifique où reparaissent, dans le continent australien et dans les îles adjacentes, le crâne oblong, les mâchoires saillantes, la peau noire. Toutefois, à d'autres égards, ce type s'éloigne tellement du nègre, que quelques ethnologistes lui assignent le nom spécial de négritos ou négroïdes. Le crâne australien est remarquable par son étroitesse et par l'épaisseur de ses parois, spécialement dans la région des arcadessourcilières, laquelle est massive fréquemment, quoique non constamment, dans toute son épaisseur, les sinus subissant un arrêt de développement. En outre, la dépression nasale est extrêmement brusque, en sorte que les arcades surplombent, et donnent à la contenance, une expression particulièrement basse et menaçante. La région occipitale du crâne est quelquefois moins proéminente, à ce point que non-seulement elle ne s'avance pas au delà d'une ligne abaissée perpendiculairement à l'extrémité postérieure de la ligne glabello-occipitale, mais même, dans quelques cas, elle s'incline presque tout de suite vers la région antérieure. En raison de cette circonstance, les parties occipitales qui sont au-dessus et au-dessous de la protubérance forment entre elles un angle beaucoup plus aigu que d'ordinaire; d'où il suit que la partie postérieure de la base du crâne semble être obliquement tronquée* Beaucoup de crânes australiens ont une hauteur considérable, tout u fait égale à la hauteur moyenne des crânes de toute autre race ; mais il en est d'autres chez qui, tandis que la voûte du crâne se déprime remarquablement, il se produit une élongation telle que probablement la capacité n'est point diminuée. Le plus grand nombre des crânes qui possèdent ces caractères que j'ai (pu constater, proviennent du voisinage de Port-Adélaïde, dans le sud de l'Australie et servaient aux indigènes pour leurs provisions d'eau; à ce dessein, la face avait été brisée et une corde avait été passée à travers
la cavité orbîtaire d'une part et le trou occipital de l'autre, en sorte que le crâne était suspendu par la plus grande partie de sa base.
La Ggure 31 représente le tracé d'un crâne de ce genre, muni de sa mâchoire et provenant de Western-Port; le
FiG 54. — Crâne austratien de Western-Port, provenant du musée du collège des chirurgiens de Londres, avec le tracé du crâne de Meanderthal, tous deux réduits au tiers de la grandeur naturelle.
tracé noir représente le crâne de Neandertlial, et tous deux sont réduits au tiers de la grandeur naturelle. On remarquera qu'il suffirait d'aplatir et d'allonger quelque peu le crâne australien en augmentant dans la même proportion les arcades sourcilières, pour le transformer en une forme identique à celle du fossile de Neanderthal, égaré parmi nous (1).
(1) M. Faudel a récemment décrit des ossements humains trouvés dans le lehm de la vallée du Rhin à Eguisheim, près de Golmar [Bull, de la soc. géoL Janvier 1867), associés à une molaire de Mammouth (E. primigenius) et à d^autres ossements de mammifères fossiles. Les os humains et ceux des mam-
Et maintenant, revenons aux crânes fossiles et au rang qu*ils occupent parmi les variétés modernes des conformations crâniennes, si toutefois ils peuvent prendre place parmi elle. En premier lieu, jedois faire remarquer que, ainsi que le professeur Schmerling Ta bien observé (voy. p. 265) dans ses commentaires sur le crâne d'Engis, — tout jugement solide sur les problèmes que les crânes soulèvent, est grandement ébranlé par l'absence des mâchoires inférieures des deux crânes en question , de sorte qu'il n'y a aucun moyen de décider avec certitude, s'ils sont plus ou moins prognathes que les races contemporaines inférieures du genre humain. Et cependant nous l'avons vu, c'est plutôt sous ce rapport que sous aucun autre, que les crânes humains s'éloignent ou se rapprochent du type bestial. Le
mifères offraient les mêmes caractères physico-chimiques. Nous donnons ici (d'après les Bulletins de la soc. (Vanlhrop., 1867, p. 150) le tracé en profil du crâne de Neanderthal et de celui d'Ëguisheim, on verra que le tracé du second est encore plus déprimé que celui du premier.
EGUISHEliVi