‹ De la place de l'homme dans la nature (volume 3)Chapitre 15 sur 31 · HYPOTHÈSE I)K L'ESPÈCE · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSE I)K L'ESPÈCE

iiîQUloiis et des chèvres, des chevaux et des poules, des canards et des lapins.

M. Darwin, dans son célèbre ouvrage sur l'origine des espèces ,%'est surtout attaché à décrire les différences qu'offrent entre elles les races de pigeons, et Ton connaît son opinion fondamentale, partagée par tous les naturalistes, sur Torigine commune de toutes leurs variétés, fécondes entre elles, et cependant assez distinctes par leur forme pour qu'on les puisse prendre pour autant d'espèces; en généralisant la question on en est d'ailleurs arrivé à reconnaître que la grande majorité des espèces domestiques est d'origine inconnue, en sorte qu'il faut bien admettre que ce sont là des produits artificiels dont le type primitif a complètement disparu, et qui, pour la plupart, ne sauraient subsister à l'élat sauvage.

On conçoit que ce ne saurait être notre projet de traiter ici dans tous ses développements la question de l'espèce qui a donné lieu à tant de travaux récents de premier ordre, parmi lesquels ceux de M. Broca, de M.Godron(l)etde M. Naudin, écrits dans des opinions différentes, méritent une étude toute spéciale. Mais si l'on tient compte de tous les faits, on reconnaîtra que, même pour « un ordre de choses donné, » des exceptions très-nombreuses peuvent être produites à la règle qui assure la reproduction par des individus

(1) Godron, de r Espèce et des races dans les êtres organisés, Paris, Î85!».

dont les formes sont analogues, bien plus sûrement que par ceux dont les formes sont distinctes. Ce serait là en effet le dernier mol de la question de Tespèce, abstraction faite des lois imposées à la nature par les classifications. D'ailleurs la question de Thybridité est en quelque sorte toute récente, et nul ne peut dire à quels résultats l'on pourrait arriver si Ton [ Û poursuivait pendant p a ndftnt un grand nombre d'années des expériences méthodiques sur la fécondité des métis et des hybrides. J'ajouterai que nul ne peut dire comment, chez les mollusques, chez les insectes, chez les repi lies, se créent les variétés, et que nul n'a jamais lenléj d'une manière suivie, d'obtenir des hybrides ehez les invertébrés en général, et de s'assurer de leur degré de fécondité. Concluons donc avec M. Broca que a lopinion classique de la permanence des espèces ne resle plus dans la science que comme une hypothèse (1). »

Mais à mesure que se déroule la question de l'espèce, des points de vue nouveaux surgissent; l'un des plus intéressants et peut-être des plus décisifs, est, peul-êlre le problème des métamorphoses des animaux non-seulement pendant la période embryonnaire, mais encore pendant l'étal adulte ; c'est sur cette donnée qu est fondée la théorie de M. Baumgartner, à laquelle s'est rattaché M. Kôlliker, sur le perfectionne-

(1) Broca, loco cit., p. 440.

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