‹ De la place de l'homme dans la nature (volume 3)Chapitre 14 sur 31 · HYPOTHESE DE L'ESPECE · texte numérisé non relu

HYPOTHESE DE L'ESPECE

qu'ils ne forment qu'une seule espèce el qu'ils proviennent tous d'une souche commune. » Voilà donc un groupe qui est espèce par l'un des caractères, la fécondité, et qui ne Test plus par un autre caractère, la ressemblance entre les individus, car nul neconteslera qu'il y a plus de différence entre un terrier et un lévrier qu'entre un cheval et un hémione qui sont d'espèces différentes. Que si, pour échapper à cette objection, on suppose à l'origine plusieurs types, c'est-à-dire plusieurs espèces de chiens — l'espèce qui tout à l'heure se prouvait par la fécondité continue, perd celte dernière caractéristique, et dès lors la notion espèce peut s'appliquer dans le même type au mélange de deux ou de plusieurs espèces.

On a cru échapper à cette objection en supposant que tous les chiens étaient issus d'un couple primitif et que les variations qu'ils offraient aujourd'hui étaient acquises parles croisements et par la domesticité. Cette hypothèse, professée tout d'abord par Guldenstaëlt, adoptée par Cuvier, Is. Geoffroy Saint-Hilaire, M. de Quatrefages, et corroborée par plusieurs expériences de M. Flourens, d'apparence concluante, rattache le chien au chacal ; elle expliquerait en effet la fécondité continue de Pespèce chien (i). Mais ici se présente une nouvelle objection : comment une même espèce a-l-el le

(i) Voyez sur ce point de Quatrefages, tJîiité de l'espèce humaine, p. lOà» et Broca, Sur i'hybridilc, [>. biô.

5(î IKTRODliCTlOiN.

pu engendrer des types tellement dislincls, et, en cas d'explication satisfaisante, que devient Finimutabilité morphologique de l'espèce?

Evidemment il ne peut être ici question de croisement : un croisement suppose des éléments hétérogènes ou, si l'on veut, des espèces distinctes. Il faudra (!onc admettre que sous les influences des milieux, les chiens ont pu acquérir les traits si profondément spécifiques qu'ils offrent aujourd'hui et qui portent sur les organes les plus stables de l'économie, sur ses appareils les plus caractéristiques, — le crâne, le squelette, le nombre des doigts et celui des vertèbres, celui des mamelles, etc., aussi bien que par le pelage, les oreilles, tenez, etc. ?

Dans ce cas, l'un des traits, la ressemblance, doit être sacrifié à l'autre.

11 ne reste donc que l'hypothèse de la.niukiplicité originelle des espèces de chiens, et à coup sûr, quand on a sous les yeux des types aussi distincts que le limier, leboule-dogue, le lévrier et le terrier, on est bien forcé, de prime abord, à admettre que leurs dissemblances sont assez considérables pour qu'à ce point de vue, ils ne puissent être de la même espèce; mais comme leurs croisements sont fertiles, on suppose par pétition de principe qu'ils sont de la même espèce.

Quoique ce raisonnement ne puisse s'appliquer avec la même justesse qu'aux espèces domestiques et fort illégalement, il conserve toute sa valeur à l'égard des

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