Î258 RAPPORTS ANATOM. DE L^UOMME ET DES ANIMAUX
la terre coïncident avec les classements des honunes en types distincts ; en sorte que les hommes apparaissent, au couronnement de chacune des grandes faunes, lesquelles sont primordiales et indépendantes du climat, quoique, par exception, certaines espèces aient les conditions climatériques pour raison de distribution.
La belle leçon d'Agaseiz repose, comme tous ses travaux, sur cette doctrine des créations indépendantes qui, seule, à ses yeux, peripet d'éviter Técueil de la transmutation. M. Agassiz n'est donc ni darwinien ni monogéniste. Il croit qu'il y a entre les hommes des différences égales à celles que Ton observe entre les singes. • Quelle que soit l'origine de ces différences, dit-il, si jamais on peut prouver que les hommes ont la même origine, on prouvera en même temps que tous les singes ont une origine commune, et finalement qu'hommes et singes ne peuvent pas avoir une origine différente. » C'est là une erreur, ajoute Téminent naturaliste, — et l'on ne peut la repousser qu^en repoussant aussi l'unité d'origine des hommes, car • les différences qui existent entre les hommes sont du même genre et tout aussi frappantes que celles qui existent entre les singes d'une part et les hommes d'autre part. »
On voit que le professeur Agassiz soutient ici la même thèse que M. Huxley, mais ses arguments, ses exemples et son but doctrinal sont tout autres. De plus, M. Agassiz se prononce formellement pour le progrès dans l'apparition des êtres vivants, non d'un embranchement à l'autre, mais dans chaque embranchement, s€Jon l'ordre de succession géologique. Les polypes, dit-il, ont existé dès le commencement, ils ont toujours existé, ils existent encore; il en est ainsi pour les acalèphes et les échinodermes. Nous y avons donc Va les trois classes de rayonnes; il y a des mollusques bivalves et des vers depuis les temps les plus anciens ; des articulés depuis les terrains carbonifères et des poissons (ainsi que M. Agassiz croit l'avoir prouvé histologiquement sur des fragments d'épines que Ton croyait appartenir k des crustacés) depuis les premiers temps de la vie organique. Dans chacun de ces embranchements, il y a progrès dans la suite des temps , en sorte qu'il semblerait que les plus perfectionnés descendent des premiers. Mais il n'en est pas ainsi. Pourquoi? Parce que, tandis que les espèces supérieures apparaissent, les inférieures subsistent. S'il y avait transformation, on ne ver-rait pas certaines formes se développer prodigieusement et d'autres rester dans le même état; les mêmes influences agissant sur les uns et n agissant pas sur les autres. Mais ce que les forces naturelles ne peuvent réaliser, le Créateur l'a voulu, et il a lentement préparé la terre aux formes de plus en pl^s perfectionnées qui devaient apparaître et qui se sont localisées dans les faunes particulières.
L'espace nous manque pour entrer dans de plus longs détails sur cette importante leçon. Pour en contrôler la pensée principale que nous avons soulignée, le lecteur fera bien de se reporter au chapitre du livre de M. Darwin sur \ Origine des espèces, et spécialement au § 8, intitulé : du Degré de développement des formes anciennes comparé à celui des formes vivantes.
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Je me suis efforcé de démontrer, dans l'essai qui précède, que les Anthropiniens ^ ou famille humaine, forment un groupe bien déiini de prima les qui n'a, avec la fanàille qui la précède immédiatement dans la série des êtres vivants, les Catarhiniens^ aucune parenté directe, et qui n'offre aucune forme organique transitoire; la même remarque peut être faite quant aux relations des Catarhiniens et des Platyrhiniens.
Cependant c'est une doctrine généralement reçue, qug la distance qui sépare anatomiquement les êtres vivants peut être diminuée ou même comblée, si l'on tient compte de la longue succession d'animaux et de plantes variés qui ont précédé ceux qui vivent aujourd'hui, et qui ne nous sont connus que par leurs débris fossiles. Jusqu'à quel point cette doctrine est-elle bien établie? jusqu'à quel point, dans l'état actuel de nos connaissances, peut-on la considérer comme peu en rapport avec les faits positifs? jusqu'à quel point les conclusions que Ton en a tirées dépassent-elles leur portée légitime? Ce sont là des points d'une importance considérable, mais sur lesquels je ne veux pas, pour le moment, entrer en discussion. Il suffit qu'une telle théorie des relations entre les espèces éteintes et les vi-
anles ail été proposée, pour nous conduire à rechercher, non sans anxiété, si les récentes découvertes d'ossements humain à l'état fossile (1) lui viennent en aide ou la combattent, et dans quelle mesure.
Je me limiterai, en discutant celte question, à ces fragments de crânes humains qui proviennent des cavernes (FEngis, dans la vallée de la Meuse en Belgique et de celles de Neanderthal près Dussèldorf, cavernes dont les rapports géologiques ont été étudiés avec tant de soin par sir Charles Lyell (2); je m'appuierai sur cette grande au-
(1) Il y a dans le texte : in a fossil state; mais on c<»nçoit qu'il n'est point ici question d'un état particulier des ossements défigurés par des incrustations salines. On donne néanmoins quelquefois le nom de fossile à certaines pétrifications ; mais c'est là un emploi vulgaire et abusif de ce terme ; la ootiou qu'il comporte est celle de contemporanéité avec certaines espèces d'animaux aujourd'hui complètement éteintes ou n'existant plus en Europe, telles que le Mammouth de Sibérie (Elephas primigenitis Blum.), le Rhinocéros (fi/i. tichori7ius(jMy.)y le Renne (Cervtis Tarand.), la Hyène (H. spelaed) et rOurs des Cavernes {Ursus spelaeus), l'Hippopotanje (H. major). Toutes ces espèces appartiennent aux terrains quaternaires. M. Ë. Lartet admet quatre âges paléo-zoologiques : ceux du Mammouth, 'de l'Ours des Cavernes. (lu Renne et de l'Aurochs.
M. Garrigou a très-bien étudié cette chronologie dans son étude comparative ■sur Les alluvions qxiatei*naires anciennes et des cavernes. Il a réduit h deux les âges zoologiques fossiles, ceux du grand Ours et du Renne ; Tâge de la pierre polie, beaucoup plus récent, offre presque exclusivement des animaux dont les espèces domestiques existent encore de nos jours. On trouvera au surplus des notions très-étendues sur ces questions dans luppendice à l'ouvrage de sir Charles Lyell, CHonime fossile en France (Paris, 1864. J. R. Baillière et fils). Les Beliquix aquitanicae de MM. Lartet et Christv,, auxquels nous aurons l'occasion de faire un emprunt dans notre appendice» offriront au complet l'histoire des cavernes du Périgord et du bassin de b Gnronne. Sir John Lubbock a proposé les termes palmolithique et néolithique pour les périodes du drift ou' dilivium (mol absurde qui semble implit|uer l'idée fausse d'un déluge). Les deux autres âges préhistoriques seraient l'âge du bronze et du feu (Prehistoric TimeSy p. 2). (Trad,)
(2) Gh. Lyell, V Ancienneté de V homme prouvée par la géologie ; trad. par M. Chaper. Paris, 1864.
lorité pour admettre, comme établi, que le crâne d'Engis appartenait à un contemporain du Mammouth {Elephas primigmius) et du Rhinocéros laineux {Rhinocéros tichornniis),avec les os desquels il a été découvert, et que le crâne de Neanderthal est d'une date fort reculée quoique incertaine. Quel que soit Page géologique de ce dernier, je conçois qu'il est parfaitement sûr (d'après les principes ordinaires des raisonnements paléontologiques) d'admettre que le premier de ces crânes nous fait remonter au moins jusqu'à la limite la plus reculée de cette zone biologique si vague, qui sépare l'époque géologique actuelle de celle qui l'a immédiatement précédée ; il ne p*eut y avoir aucun doute sur les merveilleux changements qu*a subi la géographie physique de l'Europe, depuis le lemps où les ossements des hommes et des Mammouths, des Hyènes et des Rhinocéros furent emportés pêle-mêle dans les cavernes d'Engis.
Le crâne, de la caverne d'Engis a été découvert par le professeur Schmerling, qui l'a décrit avec d'autres restes humains, exhumés à la même époque dans son précieux ouvrage (1 ) , d'où nous extrayons le passage suivant (page 59 et seq.).
« J^observe d'abord que ces restes humains qui sont en ma possession sont, comme les milliers d'os que j'ai exhumés depuis peu de temps, caractérisés par le degré de décomposition qui est absolument le même que ceux des espèces éteintes ; tous sont cassés, à quelques exceptions près; quelques-uns sont arrondis comme cela a souvent lieu dans les ossements fossiles d'autres espèces; les cassures sont verticales ou obliques; aucune ne porte des traces
(1) Schmerling, Recherches sur les ossements fossiles découverts dans les cavernes de la province de Liège ^ 1833. Nous aTons reproduit le texte original de cet ouvrage qui se trouve à la bibliothèque du Muséum, (frad,)
d'érosion; la couleur ne diffère point de celle d'autres ossements fossiles, et varie du blanc jaunâtre au noirâtre. Tous sont plus légers que les os frais, à l'exception de ceux qui sont couverts d'une couche de tuf calcaire, ou bien dont les cavités sont remplies d'une pareille concrétion.
FiG. 45. — Crnne de la cayerue d'Engis.vu du c6té droit. Moitié de la grandoor nalurclle. — a, Glabelle. — ^, Protubérniice occipitale. — De a à ^, Ligne glabellp-occîpiUilc. — r, Trou auditif.
a Le crâne (pi. I du texte de Schmerling et qui est représenté fig. 26) est d'un individu âgé ; les sutures commencent à s'effacer, tous les os de la face y manquent et il n'y a qu'un fragment de Tos temporal du côté droit qui a été conservé. La face et la base de ce crâne ont été enlevées avant qu'il fût déposé dans cet endroit, puisqu'après avoir exploré régulièrement toute cette caverne, nous n'avons
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pu trouver ces restes. C'est à un mètre et demi de profondeur que nous rencontrâmes ce crâne caché sous une brèche osseuse composée, du reste, de petits animaux, et contenant une dent de Rhinocéros et quelques-unes de Chevaux et de ruminants. Cette brèche avait un mètre de large, s'élevant à un mètre et demi au-dessus du sol de la caverne. La terre qui contenait ce crâne humain n'indiquait aucun dérangement; des dents de rhinocéros, de cheval, d'hyène, d'ours, l'entouraient de toutes parts.
c< Le célèbre Blumenbach a exposé les différences ddns la forme et les dimensions des crânes humains des différentes races. Cet important ouvrage nous aurait été d'un grand secours, si la face, partie essentielle pour déterminer avec plus ou moins de certitude la race, ne manquait pas à notre crâne fossile; nous sommes convaincu que, d'après un seul échantillon, nous ne pouvons nullement nous prononcer avec certitude, quand même cette tête serait complète, car les nuances individuelles sont si nombreuses dans les crânes d'une même race, que l'on ne peut, sans s'exposer aux plus grandes inconséquences, conclure d'un seul fragment de crâne pour la forme totale de cette tête. Néanmoins, pour ne rien négliger concernant la forme du crâne fossile que nous avons recueilli, nous ferons observer que la forme allongée et étroite du front a' d'abord fixé notre attention.
« En effet, le peu d'élévation du frontal, son étroitesse et la forme des orbites le rapprochent plus du crâne de rÉlhiopien que de celui de l'Européen; la forme allongée et l'état développé de l'occiput sont encore des caractères que nous croyons avoir remarqués dans notre crâne fossile; mais pour écarter tout doute à cet égard, j'ai fait représenter le contour du crâne d'un Européen et d'un Éthiopien... (ces contours) suffiront pour faire distinguer les
différences, et un simple coup d'oeil en apprendra plus que de longues et fatigantes descriptions.
« Quel que soit le jugement que Ton porte sur l'origine de l'individu d'où provient ce crâne fossile, on peut, ce nous semble, émettre une opinion, sans s'exposer à une controverse dont l'issue serait sans résultat positif; chacun, du reste, est libre de choisir l'hypothèse qui lui parait la plus fondée; quant à moi, il m'est démontré que ce crâne a appartenu à un individu dont les moyens intellectuels ont été peu développés, et nous en concluons qu'il provient d'un homme dont le degré de civilisation ne devait être que peu avancé, ce dont nous pouvons nous rendre compte en confrontant la capacité du front avec la partie occipitale.
« Un autre crâne, d'un individu jeune, se trouvait sur le fond de cette caverne à côté d'une dent d'Éléphant ; ce crâne était entier jusqu'au moment où je voulus le recueillir, il tomba alors en pièces que je n'ai pu réunir jusqu'à présent; mais j'ai fait représenter les os de la mâchoire supérieure; rétat des alvéoles et des dents montre que les molaires n'avaient pas encore percé la gencive. Des molaires de lait détachées, quelques fragments de crâne humain proviennent du même endroit. La figure 3 représente une incisive humaine supérieure dont le volume est réellement remarquable (1). »
M. Schmerling énumère ensuite les os qu'il possède : un fragment du maxillaire supérieur dont les molaires sont usées jusqu'aux racines, deux vertèbres, une clavicule gauche, qui, bien qu'appartenant à un jeune sujet, montre
(1) Dans un passage subséquent, Schmerling appelle Tatlention sur une incisive • d^un volume énorme » provenant des cavernes d'Ëngiboul. La dent représentée est assez longue, mais ses dimensions ne me paraissent pas autrement remarquables.
qu'il devait être d'une haute stature (1); un fragment du cubitus' et du radius , un métacarpien , trouvé près du crâne, et quelques autres trouvés à différentes distances, une demi-douzaine de métatarsiens, trois phalanges de la main et une du pied.
« Telle est, dit Schmerling en terminant, Ténumération succincte des restes d'ossements humains recueillis dans .la cavernes d'Engis, qui nous a conservé les débris de trois individus parmi ceux de l'Éléphant, du Rhinocéros et de carnassiers d'une espèce inconnue à la création actuelle. »
De la caverne d'Engiboul, qui est située en face de celle d'Engis, sur la rive droite de la Meuse, Schmerling a tiré les débris de trois autres squelettes humains, parmi lesquels on ne trouva que deux fragments de pariétaux, mais plusieurs os des extrémités des membres. Dans un cas, le fragment brisé d'un cubitus était soudé à un fragment semblable de cubitus par des stalagmites, condition fréquemment observée en Belgique parmi les ossements de l'ours des cavernes {ursus spxleus) .
Ce fut dans la caverne d'Engis, que le professeur Schmerling a trouvé, incrusté dans la stalagmite et associé à une pierre, l'instrument osseux, pointu, qu'il a représenté (planche XXXVI, fig.7); des silex taillés ont été découverts dans toutes les cavernes belges qui contenaient en abondance des ossements fossiles.
Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a publié une lettre trèscourte (2), où il parle d'une visite (et apparemment d'une visite faite en toute hâte) faite à la collection du professeur « Schermidt » (ce qui est probablement une faute d'im-
(1) La planche qui représente cette clavicule mesure 5 pouces d'une extrémité à Pautre en ligne droite, en sorte que cet os est plutôt petit que grand.
(2) Comptes rendus de r Académie des sciences de Paris, 2 juillet 1838.
pression pour Schmerling), à Liège. L'auteur critique brièvement les dessins qui ornent l'ouvrage de Schmerling, et affirme que « le crâne humain est un peu plus long qu'il n'est représenté » dans la planche de Schmerling. La seule autre remarque qui soit digne d'être cilée est la suivante : « L'aspect des ossements humains diffère peu de celui des os des cavernes que nous connaissons bien, et dont.dans cette même ville se trouve une collection considérable. En ce qui touche leurs formes particulières, comparées à celles des variétés des crânes humains modernes, peu de conclusions positives peuvent être avancées, car il existe des différences beaucoup plus grandes entre les différents spécimens de variétés bien caractérisées, qu'entre le crâne fossile de Liège et celui de l'une de ces variétés, choisie comme terme de comparaison. »
On remarquera que les réflexions de Geoffroy Sainl- Hilaire ne sont guère qu^un écho des doutes philosophiques de celui qui a décrit et découvert les débris osseux. Quant à la critique des planches, je trouve que la vue de profil donnée par Schmerling est réellement d'environ les fô d'un pouce plus petit que le modèle, et que la vue de face est diminuée d'à peu près autant. A cette exception près, la reproduction n'est en aucune façon inexacte, mais répond très-bien au plâtre qui est en ma possession.
Un morceau de l'occipital, que Schmerling semble avoir oublié, a. depuis, été posé sur le reste du crâne par un anatomisle accompli, le docteur Spring (de Liège), sous la direction de qui un excellent moule de plâtre a été fait par sir Charles Lyell (1). C'est d'après un duplicata de ce plâtre, que mes propres observations sont faites ainsi que
(1) Le professeur Spring a publié en 1864 un mémoire intitulé : Us
Hommes (TEngis et de Chauvaux, plein d^ faits et de vues ingénieuses, qui
\[ sera consulté avec fruit (Bull, de lAc. roy. de Belgique ^ t. XVIIÎ, n* 12).
les figures qui les accompagnent, dont les contours sont copiées de dessins très-exacts, faits à la chambre noire par mon ami M. Busk, et qui ont été réduites à la moitié de leur grandeur naturelle.
Ainsi que le professeur Schmerling le fait observer, la base du crâne est détruite et les os de la face manquent complètement; mais la voûte du crâne, qui comprend le frontal, le pariétal et la plus grande partie de l'occipital, jusqu'au milieu du trou occipital, est complète ou à peu près; le temporal gauche manque; du temporal droit les portions qui sont dans le voisinage immédiat du trou auditif, l'apophyse mastoïde et une portion considérable de l'écaillé temporale, sont bien conservées (figure 43).
Le tracé des fractures qui subsistent entre les pièces rapprochées du crâne, sont fidèlement dessinées dans la planche de Schmerling, et peuvent être aisément déterminées dans le moule en plâtre; on y discerne aussi les sutures ; mais la disposition complexe de leurs dentelures que nous montre la planche, n'est point évidente sur le moule. Quoique les saillies osseuses qui donnent insertion aux muscles ne soient pas extrêmement proéipinentes, elles sont bien marquées, et ce caractère, joint au développement bien apparent des sinus frontaux et à la condition des sutures, ne laisse dans mon esprit aucun doute que ce crâne ne soit celui d'un adulte, sinon même celui d'un homme de l'âge moyen. L'extrême longueur du crâne est de (7 pouces 7) 194 millimètres ; son extrême largeur, qui répond très-approximativement à l'intervalle entre les protubérances pariétales, n'a pas plus de 136 millimètres (5 pouces 4). Le rapport de la longueur à la largeur est par conséquent très-voisin de 100 à 70. Si l'on trace une ligne du point où l'arcade sourciiière s'incline vers la racine du nez, et qui est appelée la glabelle {a figure 45),
FiG 44. — Cnine d'Engis vu d'en haut.
FiG. 45. — Crâne d'Engis vu de face.
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SUR QUELQUES OSSEMEÎJTS HURIAINS FOSSILES. !269
à la protubérance occipitale (6), et que la hauteur verticale du point le plus élevé de la voûte du cnmc à celte ligne, sera représentée (4 p. 75) par 120 millimètres. Vu par la face supérieure du crâne, le front présente une courbe également arrondie et qui se continue dans la direction des côtés et de la face postérieure du crâne, lequel offre aussi une courbe elliptique sensiblement régulière.
La vue de face (fig. 45) montre que la charpente du crâne était très-régulière et élégamment voûtée dans la direction transversale, et que le plus grand diamètre est plutôt un peu en dessous qu'au-dessus des bosses pariétales; on ne peut dire que, par rapport au reste du crâne, le front soit étroit; on ne peut, davantage, l'appeler fuyant; tout au contraire, le contour antéro-postérieur du' crâne est bien une courbe régulière, dont la longueur, de la dépression nasale (glabelle) à la protubérance occipitale externe est de 557 millimètres (15 |»ouces 75). L'arc transverse du crâne, mesuré de Fun des trous auditifs a l'autre, en passant par le milieu delà suture, sagittale, est d'environ 528 millimètres (15 pouces). La suture sagittale elle-même a 159 millimètres (5 pouces 5) de longueur.
I^es arcades sourcilières (de chaque côté de a, fig. 45) sont bien développées, mais sans excès, et sont séparées par une dépression médiane. Leur principale élévation est dans une diuection tellement oblique, que je juge qu'elle est due à de larges tissus frontaux.
Si une ligne, joignant la glabelle à la protubérance occipitale, est supposée horizontale (a b, fig. 45), aucune portion de la région occipitale ne dépassera déplus de l^ de ligne en arrière de l'extrémité postérieure de cette ligne, et le bord supérieur du trou auditif (c) est [ircsque en contact avec une ligne tracée, parallèlement à celle-ci, sur 1.1 surface extérieure du crâne.
One ligne transversale tirée de l'un des trous auditifs à l'autre, traverse comme d'ordinaire la partie antérieure du trou occipital. La capacité de l'intérieur de ce crâne fragmenté n'a pas été déterminée.
Citons maintenant littéralement l'histoire des débris humains de la caverne de Neanderthal, d'après celui qui, le premier, les a décrites, le docteur Shaffhausen (1).
« Au commencement de l'année 1857, un squelette humain fut découvert dans une caverne calcaire de Neanderthal, près deHochdale, entre Dusseldorf et Elberfeld. Je ne pus d'abord m'en procurer qu'un moule en plâtre, qui fut pris à Elberfeld, et d'après lequel je traçai une description de sa conformation singulière ; cette description fut lue le 4 février 1857 à la réunion de la Société d'histoire naturelle et médicale du Bas-Rhin, qui fut tenue à Bonn. Plus tard, le docteur Fuhlrott, à qui la science est redevable de la conservation de ces ossements, qui tout d'abord ne furent pas considérés comme humains, apporta le crâne d'Elberfeld à Bonn et me le conGa pour en faire un examen anatonuque approfondi. A la réunion générale de la Société d'histoire naturelle de la Prusse rhénane et delà Westphalie, tenueà Bonn, le 2 juin 1857, le docteur Fulhrott lui-même donna une description complète de la localité et des circonstances au milieu desquelles la découverte fut faite. Son opinion était que les ossements pouvaient être regardés comme fossiles, et en arrivant à cette conclusion, il appelait spécialement l'attention sur l'existence de dépôts dendritiques (f ) dont leur surface était
(1) Zur Kenntniss, etc., Sur les crânes des races humaines les plus anciennes (Muller's Archiv,, 1858, p. 453).
(2) Les dendrites sont des cristallisations ramifiées qui, diaprés Lyell, se composent généralement d*un mélange d^oxyde de fer et de manganèse —
couverte, et qui avaient d'abord été signalés par le professeur H. van Mayer. J'ajoutai à cette communication une courte note sur le résultat de mon examen anatomique, et les conclusions auxquelles j'arrivai furent : 1° que la forme extraordinaire de ce crâne était due à une conformation naturelle inconnue jusqu'à ce jour, même chez les races les plus sauvages; 2® que ces remarquables ossements humains appartenaient à une période antérieure, aux Celtes et aux Germains, et, très-probablement, dérivaient de l'une de ces races sauvages du nord-ouest de l'Europe, dont parlent les auteurs latins et que les immi- . grants germaniques ont rencontrées comme aulochthones; 3° qu'il était hors de doute que ces débris humains devaient remonter à une période à laquelle existaient encore les derniers animaux contemporains du diluvium (1),
ressemblant à certaines espèces de petites plantes marines ramifiées. On les trouve sûr les instruments de silex et elles sont une preuve de leur ancienneté. Cependant on les a observés sur les os romains selon H. van Meyer; elles sont néanmoins beaucoup plus fréquentes sur les os qui ont été longtemps enfouis. (Trad.)
(1) CoQune dans les études palso-anthropologiques, il est souvent question du diluvium, nous croyons utile de rappeler ici d'après M. Hébert quels sont les phénomènes quaternaires qui ont donné naissance à ce terrain : « 1* Creusement par voie d'érosion de nos vallées actuelles, opération longue et nécessitant Tmlervention de masses d^eau considérables. 2" Développement de la Êiune de VElepfias prvnigenius sur le sol de la France ainsi accidenté et qui était alors couvert de forêts peuplées d'éléphants et de rhinocéros, forêts qui, pour le dire en passant, ont à peine laissé de traces quand les animaux qu'elles contenaient ont parsemé le sol de leurs débris. Formation par Toie de courants aqueux du dépôt erratique inférieur de nos vallées, caillouteux en bas, sableux en haut, avec nombreux ossements d'Elephas primi'genius et de Rhinocéros ticfwrrinus et quantité de siler taillés de main d^homme dans la vallée de la Somme... 3** Dépôt du limon calcarifère appelé loess, caractérisé par des concrétions calcaires constantes de forme et de nature aussi bien sur les bords du Rhin qu'à Paris, recouvrant directement le précédent et indiquant une phase nouvelle dans la période quaternaire. 4** Formation d'un dépôt caillouteux composé d'argile rouge et de gravier
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mais qu'aucune preuve de celle assurance, ni par conséquent de leur élat fossile, n'était fournie par les circonstances au milieu desquelles ces ossements avaient été trouvées.
« Comme le docteur Fuhlrott n'a pas encore publié la relation de ces circonstances, j'emprunte à Tune de ses lettres 1^ description suivante : a Une petite caverne ou grotte assez grande pour admettre un homme, et située
FiG. 46. — Coupe de la caverne de Ncanderlhal, près de Dûsseldorf. — a, Civerne à 18 mètres au-dessus de la Dûssel et de 50 mètres au-dessous de la surface de la région cM- — b. Limon couvrant le sol de la caverne. Le S(|uelette fut trouvé presque à sa partie inférieure. — lf,c. Fente mettant la caverne en communicatioD avec la surface de la r.'gion supérieure. — dy Limon sableux superficiel. — f, Calcaire dévonien. — f, Terrasse ou saillie du rocher.
quartzeux empâtant des silex brisés, sans débris organiques, ne présentant presque jamais de stratification bien nette et reposant soit sur le diluviuni gris soit sur le lœss... (diluvium rouge). 5* La surface du diluvium rouge a été soumise elle-même à un lavage par des eaux qui en ont strati6é ta partie supérieure et Font mélangée avec de Fargile grise... 6* Postérieurement à tous CCS phénomènes successifs, nos vallées ont été creusées de nouveau, évidemment dans de nouvelles conditions. Les dépôts que nous venons d'énumcrer sont restés appliqués contre les flancs des coteaux, et la forme du sol est devenue ce qu'elle est aujourd'hui, bien que, dans ces vallées ainsi creusées à nouveau, il se soit encore passé de nombreux phénomènes géologiques dont Fétude est à peine ébauchée, mais qui reportent incontestablement à une très-haute antiquité Fépoque de la dernière érosion générale. • (VÀn^ cienneté de l'homme^ appendice par sir Gb. Lycll, p. 85.) Ces phénomènes post-pliocènes sont en partie consécutifs h la fonte des glaciers. Cela est au moins très-probable. (Trad.)
SUR QUELQUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES 275 à environ 15 pieds de profondeur de son entrée qui a de 2 à 2", 50 de largeur, existe au sud de la vallée de Neanderthal à environ 30 mètres de la rivière Dûssel et à 50 mètres au-dessus du sommet de la vallée. Dans sa condition première, cette caverne s'ouvrait sur un plateau à partir duquel la paroi rocheuse descendait presque perpendiculairement dans la rivière. On pouvait y arriver d'en haut, quoique difficilement. Le sol inégal était couvert de limon sur une épaisseur de 4 ou 5 pieds; ce limon était entremêlé d'une petite quantité de cailloux arrondis. En enlevant ce dépôt, les ossements furent découverts, on vit d'abord le crâne placé près de 1* entrée de la caverne, et, plus loin, les autres os placés sur le même plan horizontal; j'en recueillis au moins l'assurance, dans les termes les plus formels, de deux paysans que l'on a employés pour déblayer la grotte, et que je questionnai sur les lieux mêmes. Tout d'abord, personne ne pensa que ces ossements étaient humains, et ce ne fut que plusieurs semaines après leur découverte que je les reconnus comme tels et que je les plaçai en lieu sûr. Mais comme l'importance de cette découverte ne fut pas alors appréciée, les paysans mirent peu de soins dans leur fouille et ne mettaient de côté que les grands os. C'est à cette circonstance que l'on peut attribuer que des fragments de ce qui était sans doute un squelette complet vinrent seuls en ma possession.
« L'examen anatomique de ces fragments m'a donné Jes résultats suivants :
« Le crâne est d'un volume inaccoutumé et de la forme il'une* ellipse allongée. Une particularité des plus remarquables frappe fout d'abord, c'est le développement extraordinaire des sinus frontaux, dont la conséquence est que les arcades sourcilières qui se confondent entièrement au
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milieu, sont si proéminentes, que Tos frontal offre un creux ou une dépression considérable au-dessous, ou plutôt en arrière de ces sinus, tandis qu'une dépression profonde s'est formée au-dessus de la racine du nez. Le front est bas et étroit, quoique le milieu et la partie postérieure de la voûte crânienne soient bien développés. Malheureusement le fragment du crâne qui a été préservé ne comprend que la partie située au-dessus du plancher de Torbite, et les lignes courbes occipitales supérieures sont presque réunies au point de former une saillie horizontale; ce crâne comprend donc la presque totalité du frontal, les deux pariétaux, une petite portion de Técaille et le tiers supérieur de Toccipital. La surface des cassures est récente et prouve que le crâne a été brisé lors de son exhumation. Sa cavité contient 16,876 grains d'eau, d'où son volume peut être évalué en eau à 57,64 pouces cubes ou 1035,24 centimètres cubes. En faisant cette estimation, on suppose que l'eau est au niveau de la lame orbitaire du frontal et de l'entaille la plus profonde dans la suture écailleuse du pariétal et de la ligne demi-circulaire supérieure de l'occipital... La ligne demicirculaire, indiquant les insertions supérieures du temporal, quoiqu'elle ne soit pas très-fortement marquée, s'élève néanmoins à plus de la moitié de la hauteur du pariétal. Sur l'arc sourcilier droit, on remarque une dépression (l) ou sillon oblique, qui est la trace d'une blessure reçue pendant la vie. Les sutures coronales et sagittales sont à l'extérieur presque fermées, et à la face interne si complètement ossifiées, qu'elles n'ont laissé aucune trace, tandis que la suture lambdoïde reste ouverte. Les dépressions produites par les glandes de Paccioni sont profondes et nombreuses, et il y a un sillon vasculaire profond, anor-
(i) M. Busk a noté que celle déprission est probablement l'orifice du nerf frontal.
mal immédiatement après la suture coronale; ce sillon, aboutissant à ce trou, contenait, sans nul doule, une veine émissaire. Le trajet de la suture frontale est indiqué extérieurement, par une légère saillie et au lieu où elle se réunit à la suture coronale, cette saillie forme une petite protubérance. Le Irajet de la suture sagittale est creusé, et au-dessus de Tangle de l'occipital les pariétaux sont déprimés.