MENSURATION DU CRANE DE NEANDERTHAL
Ârc longitudinal de Tépine nasale à la ligne demi-circulaire supérieure de Toccipilal en passant sur le vertex . . 503
Circonférence en passant sur les arcades sourcilières et la ligne
supérieure demi-circulaire cfe Toccipital 590
Largeur du frontal du milieu de la ligne temporale d'un côté au
même point du côté opposé i04
Longueur de Tépine nasale à la suture coronale 133
Largeur extrême des sinus frontaux. 25
Hauteur verticale prise sur une ligne tirée des bords écailleux des
pariétaux 70
Largeur de la partie postérieure du crâne d'une protubérance pariétale à Tautre 138
Distance de Tangle supérieur de Toccipital à la ligne demi-circulaire
supérieure 51
Épaisseur de Tos aux bosses pariétales 8
Epaisseur à Tangle de ToccipitaL . 9
Épaisseur à la ligne demi-circulaire supérieure (1). ...... 10
Outre le crâne, on a préservé les os suivants :
1* Les deux fémurs intacts. De même que le crâne et
tous les autres os , les fémurs sont caractérisés par une
épaisseur exceptionnelle, et par le grand développement
de toutes les saillies et dépressions pour l'insertion des
(1) M. Busk qui a traduit en anglais et annoté le mémoire de M. Schaafhausen, a pris sur le moule en plâtre des mesures qui diffèrent de celles données par M. Shaafhausen. Les voici, dans le même ordre, telles que ^. Huxley W reproduit en regard de celles de Tauteur allemand. 300 — 590 — 114 — 125 — 23 - 00 — 150 - 60.
muscles. Au musée anatomiquc de Bonn, sous la désignation d'os de géants, il y a quelques fémurs dont l'épaisseur est à peu près la même, mais ils sont beaucoup plus courts.
os DE GÉANT. OS DE REANDER.
Longueur , . . . 542 458
Diamètre de la tête du fémur 54 53
— de Textrémité inférieure du fémur
d'un condyle à Tautrc. ... 89 87
— du fémur au milieu de sa lon-
gueur 55 30
2* Un humérus droit intact, dont le volume montre qu'il est en rapport avec le fémur.
Longueur 312
Épaisseur au milieu 2G
Diamètre de la télé 49
En outre, un radius droit de dimension analogue et le tiers supérieur d*un cubitus droit répondent à l'humérus et au radius.
3^ Un humérus gauche, auquel manque le tiers supérieur et qui est si grêle qu'il ne paraît pas appartenir au même individu que le droit; un cubitus gauche qui, bien que complet, est déformé par une affection au point que Tapophyse coronoïde étant très-épaissie par des dépôts ossiformes, la flexion du coude au delà de l'angle droit doit avoir été impossible; la fosse antérieure de l'humérus qui reçoit l'apophyse coronoïde est également remplie d*un dépôt semblable; l'olécrane est fortement incliné de haut en bas. Comme cet os ne présente d'ailleurs aucun signe de dégénérescence rachi tique, on doit supposer que c'est à une lésion infligée pendant la vie qu'est due l'ankylose. Quand on compare le cubitus gauche au droit, il peut
sembler au premier coup d'oeil que ces os appartenaient à deux individus différents, le cubitus étant de plus d'un demi-pouce trop court pour s'articuler avec le radius correspondant. Mais il est clair que ce raccourcissement, non moins que la diminution de volume de l'humérus gauche, dépendent tous deux des accidents pathologiques dont nous venons de parler.
4** Un ilion gauche presque intact et contigu au fémur, un fragment de l'épaule droite, l'extrémité antérieure d'une côte du côté droit, l'extrémité postérieure d'une côte du côté gauche et enfin deux extrémités postérieureâ et une portion moyenne de côte, qui, par leur rondeur exceptionnelle et leur courbe, abrupte, ressemblent plutôt à celle d'un carnassier qu'à celle d'un homme. Cependant le docteur V. Meyer, à l'opinion de qui je défère, ne voudrait pas se hasarder à déclarer qu'elles appartiennent à un animal, et il ne reste qu'à supposer que ces conditions anormales proviennent d'un développement considérable et exceptionnel des muscles thoraciques.
Les os adhèrent fortement à la langue, bien que, ainsi qu'on Ta démontré par l'acide chlorhydrique, la plus grande partie du cartilage soit encore adhérente et paraisse, néanmoins, avoir subi la transformation gélatineuse qui a été observée par Bibra, sur les ossements fossiles (1). La
(i) M. Scbeurer-Kcstner a fait des recherches étendues sur les modifications chimiques des ossements fossiles à l'occasion de sa découverte d'ossements dans le lehm de la vallée du Rhin. Selon cet auteur, les ossements fossiles renferment, outre Fosséine normale, une autre substance provenant probablement d'une modification chimique de Tosséine. Cette opinion est fondée sur la perte qu'éprouvent les ossements par la calcination, qui leur Csiit perdre plus du double de ce qu'ils devraient perdre par la combustion de l'osséine seule. Il suit de là que si l'on ne peut chimiquement établir l'âge absolu d*un os, on peut établir son âge relatif par la détermination de la quantité d'osséine modifiée qu'il contient. Les recherches de M. Scheurer ont porté principalement sur les ossements trouvés à Eguisheim, et dont il
surface de tous les os est couverte en plusieurs endroits de petites taches noires qui, examinées à la loupe, représentent des dendrites très-délicates. Ces dépôts, qui ont d'abord été remarqués par le docteur Meyer, sont plus visibles à la face interne des os crâniens. Ils consistent en un composé ferrugineux, qui, d'après sa couleur noire, peut contenir du manganèse. Des dendrites analogues s'offrent fréquemment sur les rocs lamelleux et se rencontrent dans les fissures et dans les crevasses. A la réunion de la Société du Bas-Rhin, tenue à Bonn le 1^' avril 1857, le professeur Meyer dit qu'il avait observé, au musée de Poppelsdorf, de semblables cristaux dendritiques sur plusieurs ossements fossiles, particulièrement sur ceux de VUrsus spelœttë , mais encore plus abondamment et élégamment déposées sur les os fossiles et les dents de VEquus adnmiticm^ de VElephas primigenius^ provenant des cavernes de Boive et de Sundwig. De légères traces de dendrites analogues ont été observées sur un crâne romain de Siegburg, tandis que d'autres crânes, qui avaient passé plusieurs siècles sous la terre, n'en offraient aucune trace. Je dois à H. von Meyer les observations suivantes sur cette question :
a La formation de dépôts dendritiques, qui étaient autrefois regardés comme une preuve de leur condition fossile, est intéressante. On a supposé que, dans les dépôts du diluvium, la présence de dendrites peut être regardée comme apportant une marque de distinction entre les os mêlés
sera question ci- après ; sa conclusion est que ces ossements trouyés dans le lebm présentant la même composition que les ossements d'animaux provenant du même terrain et ayant appartenu à des espèces éteintes, c la contemporanéité de Tétre humain et de ces races doit être acceptée comme démontrée au point de vue chimique. » Voyez Note sur la découverte
d'ossemenU fossiles suivie de recherches chimiques, etc. Colmar,
1867. (Trad.)
SUR QUELQUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES. 279 au diluvium à une période quelque peu postérieure, et les véritables ossements diluviens qui seuls offriraient des dendrites. Mais je suis depuis longtemps convaincu que ni Tabsence des dendrites ne peut être considérée comme un signe d'âge récent, ni leur présence comme suffisante pour établir la haute antiquité des objets sur lesquels ils se montrent. J'ai moi-même constaté sur du papier qui ne pour vail avoir plus d'un an de date, des dépôts dendritiques que l'on ne pouvait distinguer de ceux des ossements fossiles. Ainsi je possède un crâne de chien qui provient d'une colonie romaine dans le voisinage de Heddersheim Castrum Hadrtanunij que l'on ne peut en aucune façon distinguer des os fossiles des cavernes de Frankish ; il présente la même couleur et adhère à la langue exactement comme ceux-là, de sorte que ce caractère qui, au meeting de Bonn, a donné lieu à des scènes si amusantes entre Bucklandes et Schmerling, n'a plus aucune valeur. C'est pourquoi, dans les cas douteux, la condition des os peut à peine donner des moyens de s'assurer s'il est fossile, c'est-à-dire s'il a une antiquité géologique, ou s'il appartient à la période historique. »
Comme nous ne pouvons maintenant considérer le monde primitif comme présentant des conditions d'existence totalement différentes, sans aucune transition à la vie organique actuelle, la désignation de fossile^ en tant qu'appliquée à un os, n'a plus le sens qu'elle comportait au temps de Cuvier. Il y a des présomptions suffisantes que l'homme a coexisté avec les animaux trouvés dans le diluvium, et plusieurs races sauvages peuvent avoir disparu bien av^nt toute période historique, en même temps que les animaux du monde ancien, tandis que les races dont l'organisation s'était perfectionnée avaient propagé leur genre. Les ossements qui sont le sujet de celte note offrent
des caractères qui, bien que laissant l'époque géologique incertaine, indiquent néanmoins une très-haute antiquité. On doit aussi remarquer que, si commune que soit la découverte d'ossements d'animaux diluviens dans les cavernes à dépôt de limon, de tels débris n'ont point été trouvés à Neanderthal, et que les os qui étaient recouverts par un dépôt qui n'avait que 4 ou 5 pieds d'épaisseur, sans aucune enveloppe protectrice de stalagmite, avaient conservé la plus grande partie de leur substance organique.
c< Ces circonstances peuvent être réunies contre la probabilité d'une antiquité géologique. En outre, rien ne nous autorise à considérer cette forme crânienne comme représentant le type primitif le plus sauvage de la race humaine, depuis que l'on connaît des crânes parmi les sauvages contemporains, qui, bien que n'offrant pas cette conformation extraordinaire du front qui donne au crâne de Neanderthal l'aspect de celui des grands singes, ont néanmoins des caractères qui appartiennent à un état très-inférieur de développement tel que la grande profondeur de la fosse temporale, les saillies temporales en crête proéminentes, et la capacité crânienne généralement très-inférieure. 11 n'y a aucune raison pour supposer que la dépression postfrontale soit due à un aplatissement artificiel, tel qu'il est pratiqué, sous différentes formes, par les nations barbares du vieux et du nouveau monde. Le crâne est tout à fait symétrique et ne montre aucune trace de contre-pression occipitale, tandis que, selon Morton, chez les têtes plates de la Colombie, Tos frontal et le pariélal sont toujours sans symétrie. Sa conformation montre le peu de développement de la région antérieure de la tête qui a été si fréquemment notée dans les crânes très-anciens, et qui nous donne une preuve des plus frappantes de l'in-
FiG. 47.— Crâne deNeanderthal. Vues : latérale (A), frontale (B) et supérieure (C). Moitié de la grandeur naturelle. Les contours sont faits à la chambre noire et réduils à la moitié de leur grandeur par M. Busk. Les détails sont représentés d'après le moule et les photographies du docteur Fublrott. — a, glabelle. — /->, protubérance occipitale. — c, Suture lambdoîde.
fluence de la culture et de la civilisation sur la forme du crâne humain. »
Plus loin le docteur Shaafhausen dit encore : « Il n'y a absolument aucun motif pour considérer le développement inaccoutumé des sinus frontaux, dans le crâne de Neanderthal, comme une déformation pathologique ou individuelle; il s'agit ici sans nul doute possible, d'un caractère typique de race qui est en relation physiologique avec l'épaisseur extraordinaire des autres os du squelette, lesquels excèdent d'environ la moitié les proportions usuelles. Le développement des sinus frontaux, qui sont des appendices des conduits de l'air, indique pareille ment une force et une puissance exceptionnelle des mouvements, telle que l'on peut l'induire du volume de toutes les arêtes et apophyses destinées à l'insertion des muscles ou à l'articulation des os. Que cette conclusion puisse être tirée de l'existence de larges sinus frontaux et de la proéminence de la région inférieure du front, plusieurs autres observations le confirment de différentes façons. Les mêmes caractères, selon Pall^, distinguent le cheval sauvage du domestique et, selon Cuvier, Tours des cavernes de l'ours contemporain; selon Roulin, le cochon sauvage d'Amérique a repris sa ressemblance avec le verrat, de même que le chamois se distingue de la chèvre ; le buU-dogue enfin qui se caractérise par ses os volumineux et ses muscles fortement développés, s'éloigne de toutes les espèces de chiens. L'évaluation de l'angle facial, qui, selon le professeur Owen, est si difficile à fixer chez les grands singes à cause de la proéminence des arcades sus-orbitaires, est dans le cas présent, rendue encore plus difficile à cause de l'absence du trou auditif et de l'épine nasale. Mais si Ton donne au crâne une position horizontale convenable à la hauteur des parties subsistantes des lames orbitaires, et que
la ligne ascendante touche Ja surface du frontal derrière les arcades sourcilières, l'angle facial n'excède pas 56°. Malheureusement aucune partie des os faciaux dont la conformation est si importante, quant à la forme et à l'expression de la tête, n'a été conservée. La capacité crânienne, mise en regard du développement extraordinaire du squelette, semble indiquer un développement cérébral très- petit. Dans son état actuel, le crâne contient environ 31 onces de graine de millet; si l'on tient compte des os qui manquent en proportion de ceux qui restent, toute la cavité crânienne devait avoir 6 onces de plus, en sorte que l'on peut évaluer à 57 onces son contenu total s'il avait été intact. Tiedemann assigne comme capacité du nègre 40, 38 et 35 onces. Le crâne contient un peu plus de 36 onces d'eau, qui correspond à une capacité cubique de 1,033 centimètres cubes (1). Huschke évalue à 1,127 centimètres cubes la capacité crânienne d'une négresse, à 1,146 celle d'un vieux nègre. Les crânes malais mesurent en eau 36 et 33 onces, et chez les petits Hindous, elle descend à 27 onces. »
Après avoir comparé le crâne de Neanderthal avec un grand nombre d'autres, anciens et modernes, le professeur Shaaffhausen conclut ainsi :
« Les ossements humains et le crâne de Neanderthal dépassent tous les autres dans ces particularités de conformation qui peuvent conduire à cette conclusion qu'ils appartiennent à une race barbare et sauvage. Que la caverne dans laquelle ils ont été trouvés, sans aucune trace d'art humain, fût le lieu de leur sépulture, ou, comme les ossements d'animaux étaient ailleurs, qu'ils y aient été entraînés par des actions géologiques, ils peuvent dans tous
(i) Dans son état complet, sa capacité serait donc de 6 onces de plus (= 187 c. cubes) soit i,220 c. cubes. (Trad.)
les cas être considérés comme la trace la plus ancienne des habitants primitifs de TEurope. »
Quelque temps après la publication de la traduction du mémoire du professeur Shaaffhausen, je fus amené à étudier le moule du crâne de Neanderthal, avec plus d'attention que je n'en avais mis jusqu'alors : je voulais donner à sir Charles Lyell un diagramme montrant les particuliarités de ce crâne, comparé aux autres crânes humains ; à cet effet, i\ était nécessaire de déterminer avec précision les points anatomiques qui devaient être comparés chez les différents spécimens. Parmi ces points, la glabelle était l'un des mieux marqués ; je pris ensuite un second point limité par la protubérance occipitale et la ligne semicirculaire supérieure, et je plaçai l'une sur l'autre le tracé du crâne de Neanderthal, et celui du crâne d'Engis, dans une situation telle, que la glabelle et la protubérance occipitale externe de chacun d'eux fussent sur la même ligne droite : la différence qui fut alors constatée était si considérable et l'aplatissement du crâne de Neanderthal si énorme (comparez fig. 43, A, et 47, A), que tout d'abord j'imaginai que j'avais commis quelque erreur. J'étais même d'autant plus disposé à l'admettre, que dans les crânes humains ordinaires, la protubérance occipitale et la ligne courbe semi-circulaire supérieure, qui est sur la face externe de l'occipitale, répondent presque strictement, à l'intérieur, avec les sinus latéraux et avec la ligne d'insertion du tentorium ou tente du cerveau.
Sur le tentorium repose, ainsi que j'ai dit dans mon précédent essai, le lobe postérieur du cerveau ; en sorte que la protubérance occipitale et la ligne courbe en question indiquent approximativement les limites inférieures de ce lobe. Était-il possible qu'un être humain eût à ce point le cerveau aplati et déprimé, ou bien les insertions muscu-
laires avaient-elles changé leur situation naturelle? En vue de mettre fin à ces doutes et de décider la question, de savoir si rénorme projeclion de la région sourcilière dépendait ou non du développement des sinus frontaux, je priai sir Charles Lyell d'obtenir du docteur Fuhlrott, possesseur du crâne, des réponses à certaines questions, ou, si la chose était possible, un moule, ou tout au moins, enfin, des dessins ou des photographies représentant l'intérieur du crâne.
Le docteur Fuhlrott répondit à mon enquête avec une courloisie et une promptitude dont je lui suis extrêmement reconnaissant, et il m'envoya ultérieurement trois excellentes photographies. L'une d'elles nous donne, de
/-pv^^,
Fio. 48. — Dessins, d'aprùs les photographies du docteur Fuhlrott, des parties intérieures du crâne de Neanderthal. — A, Vue de la face interne et inférieure de la région frontale montrant les orifices inférieurs des sinus frontaux a, — B, Vue analogue de la région occipitale montrant Tcmpreinle des sinus latéraux aa.
ce crâne, une vue de profil que nous avons fait graver (fig. 47, A), la seconde (fig. 48, A), nous montre les vastes orifices des sinus frontaux sur la face inférieure de la portion frontale du crâne, sinus dans lesquels, dit le docteur Fuhlrott, c< une sonde peut être introduite à la profondeur d'un pouce; » cette même figure fait voir le grand développement des arcades sourcilières épaissies au delà de la cavité cérébrale. La troisième enfin (fig. 47, B), représente le bord de l'occipital et la face interne de la région postérieure du crâne; elle montre très-clairement les deux dépressions des sinus latéraux qui convergent vers la ligne centrale de la voûte du crâne, pour former le sinus longitudinal supérieur. Il était donc clair que je ne m'étais pas trompé dans mon interprétation, et que le lobe postérieur du cerveau de l'homme de Neanderthal devait avoir été aussi aplati que je l'avais supposé.
La crâne de Neanderthal offre donc réellement les caractères les plus extraordinaires. Sa longueur extrême est de 202 millimètres (8 pouces), sa largeur est seulement de 144 millimètres (5, 75 pouces), ou, en d'autres termes, sa longueur est à sa largeur comme 100 est h 72 ; il est extrêmement déprimé puisqu'il mesure seulement 86 millimètres (5, 4 pouces), de la ligne glabellooccipitale au point le plus élevé de sa courbe; l'arc longitudinal mesuré de la même façon que sur le crâne d'Engis (page 262), est de 303 millimètres (12 pouces); l'arc transversal ne peut pas être exactement mesuré, en raison de l'absence des os temporaux; mais on suppose avec probabilité qu'il était à peu près égal au précédent ; en tout cas il excède 255 millimètres (10 pouces 1/4). La circonférence horizontale est de 571 millimètres (25 pouces) ; mais ce chiffre élevé est dû en grande partie au vaste développement des arcades sourcilières, quoique, à la vérité, le périmètre in-
terne du crâne ne soit point petit. Le volume considérable de la région sourcilière donne, en effet, au front Faspecl beaucoup plus fuyant que le contour interne du crâne ne semble l'annoncer.
Pour l'œil d'un . analomiste, la partie postérieure du crâne est encore plus frappante que l'antérieure. La protubérance occipitale est située à l'extrémité postérieure du crâne, quand on met sur un plan horizontal la ligne glabello-occipitale, et bien loin qu'une partie quelconque de la région occipitale dépasse ce point, cette région du crâne glisse obliquement du haut en bas et d'arrière en avant, en sorte que la suture lambdoïde est située sur la face supérieure du crâne. En même temps et malgré la grande longueur du crâne, Ja suture sagittale est remarquablement courte (112 millimètres) et la suture écailleuse est trèsdroite.
En réponse à mes questions, le docteur Fulhrott m'écrivit encore que l'occipital « est dans un état de conservalion parfaite, non moins que la ligne semi-circulaire supérieure qui forme une saillie très-accusée, linéaire à ses extrémités, mais s'élargissant vers le milieu, où elle forme deux saillies réunies par une ligne ininterrompue, qui est légèrement déprimée au centre.
« Sous le bourrelet gauche, l'os offre une surface oblique de 6 lignes de longueur sur 12 de largeur. » Ceci doit s'appliquer au tracé qui est au-dessous de 6, fig. 47, A; c'est là une particuliarité intéressante, car elle établit que, malgré l'aplatissement de l'occiput, les lobes postérieurs du cerveau s'avançaient notablement au delà du cervelet, et déplus, parce que cela constitue l'un des nombreux points similaires du crâne de Neanderthal et de certains crânes australiens.
Telles sont les deux formes les mieux connues des crânes
288 SUH QUELQUES OSSEMEiNTS HUMAINS FOSSILES.
humains qui aient été découvertes dans ce qui peut s'appeler un état fossile. L'une ou l'autre peut-elle, à un degré appréciable quelconque, diminuer à nos yeux ou rempliil'espace qui, anatomiquemcnt, existe entre Thomme et le singe anthropomorphe? ou bien ni l'une ni l'autre de ces formes ne se dislingue-t-elle plus profondément de la structure moyenne du crâne humain que ne le font, à notre connaissance, les crânes normalement développés étudiés jusqu'à ce jour?
Il est impossible de se former une opinion quelconque sur ce double problème, sans entrer dans l'étude préliminaire des variétés que nous montre la structure humaine en général, sujet qui a été jusqu'à ce jour imparfaitement étudié, quoique, même pour exposer ce que nous en savons, les limites de ce travail soient insuffisantes et m'obligent à à ne tracer qu'une esquisse incomplète.
L'anatomîste le moins expert sait parfaitement qu'il n'y a pas un seul organe du corps humain dont la conformation générale ne varie dans des limites plus ou moins étendues chez les divers individus. Le squelelle offre des proportions variables et même, jusqu'à certain points, différentes* Les muscles qui meuvent les os changent notablement leurs points d'insertion, les variétés dans le mode de distribution des artères sont soigneusement classées en raison de l'importance chirurgicale qu'offre la connaissance de leurs anomalies. Les caractères cérébraux sont extrêmement variables, car rien n'est moins constant que la forme et le volume des hémisphères, le nombre des circonvolutions de la surface du cerveau et j'ajouterai — ces caractères eux-mêmes, plus inconstants que tous les autres, que très- imprudemment on a tenté de donner comme caractères distinctifs de l'homme à savoir : la corne postérieure du ventricule latéral, le petit hippocampe et le
degré de projection du lobe postérieur du cerveau sur le cervelet. Enfin, ainsi que chacun le sait, les cheveux et la peau des êtres humains peuvent offrir les diversités les plus extraordinaires de couleur et de texture.
Pour autant que les connaissances actuelles nous permettent de le dire, le plus grand nombre des variétés de structure que nous venons d'énumérer sont individuelles. La disposition simienne de certains muscles que l'on rencontre çà et là (1) dans les races blanches du genre humain, n'est pas, que Ton sache, plus fréquente parmi les nègres ou parmi les Australiens; et ce n'est pas parce que le cerveau de la Vénus hottentote était plus lisse, que ses circonvolutions étaient plus symétriques et que, à ces points de vue, elle tenait du singe plus que les Européens ordinaires — que Ton sera en droit de conclure qu'un semblable état anatomique du cerveau est général parmi les races humaines inférieures, quelque probable d'ailleurs que puisse être cette conclusion.
Il est fâcheux, en effet, que nous manquions de renseignements sur les parties molles des différentes races d'hommes, sauf de la nôtre (2); et, même pour ce qui est
(i) H. Church, Natural history Reuiew^ 1861. Voyez Texcellent Essay on myology oforang.
(2) La Société d'anthropologie de Paris a publié * des Instructions générales pour les recherches et observations anthropologiques, qui ont été rédigées par M. Broca, et délivre des feuilles d'observation que tout voyageur peut remplir même sans être au courant de la science. En outre, des Insirucltons spéciales pour le Pérou^ le Sénégal, le Mexique, le Chili, la Sicile et le littoral de la mer Rouge **, se délivrent à tous les voyageurs qui en font la demande. Il y a donc lieu d'espérer, grâce h la précision de ces questionnaires explicites, que dans quelques années le regret si justement exprimé par M. Huxley n'aura plus, au même degré, sa raison d'être. (Trad,)
* Mémoires de la Société d'anthropologie^ 1865; Archives de médecine navale, 1S65, t. HT, p. 369, et tirage à part.
•• Bulletins de la Société d'anthrojwlogie et tirage à paît. ucxLEY. lu