‹ De la place de l'homme dans la nature (volume 3)Chapitre 24 sur 31 · JE · texte numérisé non relu

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du système osseux, nos collections sont malheureusement dépourvues de toutes les parties autres que la tête. U y a des crânes en assez grand nombre, et depuis le temps où Blumenbach et Camper appelèrent l'attention sur les différences notables et singulières qu'ils nous révèlent, la collection et la mensuration des crânes sont devenues une branche de l'histoire naturelle, étudiée avec zèle; les résultats qu'elle a fournis ont été groupés et classés par différents auteurs, parmi lesquels l'actif et savant Retzius doit toujours être cité le premier.

Les crânes humains diffèrent les uns des autres, nonseulement par leur volume absolu et par la capacité des parties qui logent le cerveau, mais encore par la proportion relative de leurs différents diamètres, par le volume relatif des os de la face (et plus particulièrement de la mâchoire et des dents), comparés à ceux du crâne, par le degré auquel la mâchoire supérieure (qui est nécessairement suivie par l'inférieure) est rejetée en arrière et en bas sous la ligne de la région frontale, ou en avant et en haut, au delà de cette ligne; ils diffèrent encore par la reladoD du diamètre transverse de la face, pris d'un os malaire à l'autre, au diamètre transverse du crâne ; par la forme plus arrondie ou plus conique de la voûte du crâne et par le degré d'aplatissement du crâne dans sa région postérieure ou, au contraire, par sa projection au delà de la ligne, à laquelle et au-dessous de laquelle s'insèrent les muscles du cou.

Dans quelques crânes, le cerveau peut être appelé rond y la longueur extrême ne dépassant pas l'extrême largeur dans une proportion supérieure à 400 : 80, quoique la différence puisse être beaucoup moindre (1). Les hommes qui

(1) Dans aucun crâne humain normal h largeur du crâne n'excède m longueur.

SUR (iUËLQUËS OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES. 291 ont des crânes de cette forme, ont été appelés, par Retzius,

FiG. i9. — Vues de profil et de face.'d'un crftne de Kalmouck rood et orthognalbe. d'après Ton Baer ^1/3 de la grandeur naturelle).

brachycéphales; le crâne de Kalmouck, dont de Baer a publié des vues de face et de proûl (nous en donnons une

copie réduite fig. 49) dans son excellent ouvrage (1), nous fournit un exemple admirable de ce genre. D'autres, tels

KiG. 50. — Vues de Tace et de profil d'un crâne oblong ci prognalhe d'un nègre (1/3 de la grandeur oalurelle).

(1) Crania selecla.

que celui du nègre, représenté fig. 50 d'après M. Busk (1), ont une forme très-différente, très-allongée, et peuvent être appelés oblongs; chez ce sujet, la longueur extrême est à la' plus grande longueur comme 100 est à 67, et le diamètre transverse peut même descendre ^u-dessous de ces proportions. Les individus qui offrent cette forme de crâne ont été appelés, par Retzius, dolichocéphales (2).

(1) Crania lypica, *

(2) La nomenclature relative aux diamètres des crânes s'est, dans ces dernières années, enrichie — si c'est là une ?raie richesse — de si nombreuses expressions, que nous rendrons peut-être quelque service au lecteur en lui présentant les définitions de quelques néologismes. Parlons d'abord des mots utiles. Broca, le premier, a proposé de désigner du nom à'indice cépfia^ lique le rapport réduit en centièmes du diamètre transversal maximum au diamètre longitudinal. Cette dénomination a été universellement adoptée. L'indice céphalique est donc le quotient obtenu en multipliant par iOO le diamètre transversal, et en divisant le produit par le diamètre longitudinal. Cela posé, où finit la dolichocéphalie? où commence la brachycéphalie ? Retzius avait fixé au quart du diamètre longitudinal chez les dolichocéphales sa différence d'avec le transversal, soit à 75 p. 100. Ainsi que Huxley l'a fait remarquer, ce chiffre excluait du rang des dolichocéphales les Suédois euxmêmes. D'ailleurs, il est maintenant universellement convenu, pour des raisons tirées de la pratique, que tout crâne dont la largeur est à la longueur comme 80^ : 100 (ou au delà de 80)- est brachycéphalique. Au-dessous de 80, dans la division dichotomique de Retzius, tout crâne devrait être dolichocéphalique. Mais l'insuffisance de cette distribution, qui confondrait des groupes très-distincts d'honunes, a été rapidement sentie, et Broca a proposé, à titre de procédé descriptif, le nom de mésaticéphales pour distinguer les crânes de type intermédiaire entre 77,7 et 80 p. 100. En outre, comme ces li mites lui paraissaient encore trop larges, il a déterminé des chiffres intermédiaires, en sorte que les crânes étroits étaient distribués en dolichocéphales purs (75 p. 100 et au-dessous) et en sous-dolichocéphales (entre 75 et 77,6). Ici venaient les mésaticéphales (de 77,7 à 79,9). A leur tour, les brachycéphales se divisaient en sous-brachycéphales (de 80 à 84,9) et bra^ chycéphales purs (de 85 et au delà).

Welcker, dans ses tables crâniométriques, a pris pour minimum de brachycéphalie 81, et pour maximum de dolichocéphalie 72. Entre 72 et 81, se rangent les crânes les plus nombreux,' qu'il appelle ortlwcéphales, terme auquel Vogt préfère, avec raison, celui de mésaticéphales, proposé par Broca,

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294 SUR QUELQUES OSSEMEiNTS HUMAINS FOSSILES.

Le coup d'œil le plus superficiel jeté sur les vues de profil de ces deux crânes suffira polir prouver qu'ils diffèrent, à un autre point de vue, d'une manière très-frappanle. Le profil de la face de Kalmouck est presque vertical ; les os de la face sont inclinés du haut en bas et sous la partie antérieure du crâne. Le profil de la tête de n^re^ d'un autre côté, offre une singulière inclinaison : la partie

et généralement adopté. Enfin fluxley a donné une nomenclature éminemment éclectique et internationale, où la Suède, rAngleterre, TAUemagne ei h France sont également représentées : au delà de 80 p. 100» brachycépha^ dirisés en brachistocéphtûes (de 85 p. 100 et au-dessus), et eurycéphales (de 80 à 85) ; au-dessous de 80 les dolichocéphales se divisent en quatre groupes, de 80 à 77, saus-brachycéphales ; de 77 k 74, orthocéphales ; de 74 à 71, mécocéphales ; 71 et au-dessous, mécistocéphales, (Prekistorie remains ofCaithness, p. 85; 1866.) Il pourrait y avoir quelque inconvénient à celle nomenclature multiple et qui a été récemment encore augmentée, et dont quelques termes ont plusieurs acceptions si Ton y voyait autre chose, selon Texpression de Broca, qu'un procédé descriptif. Or, il semble que Thenreuse innovation due à cet auteur de Tindice céphalique rend accessoire toute classification verbale. On pourrait prendre Thabitude de dire crâne de 80, de 85, de 75, etc., avec Tavantage d^une grande, précision, tout en conservant les trois termes principaux : dolicho, mesati èi^achycéphalez.

Après ces explications, le lecteur peut se dàm^ider à quoi ont abouti les classifications d'après les rapports des longueurs. Huxley en parle un peu plus loin; Yogt, résumant sur ce point les observations clo Welcker,- dit qu'en apparence t les conditions de civilisation se trouvent pliu^t dans un juste milieu entre les deux extrêmes, dans un degré moyen de lonkji^ur de la tête, » conclusion extrêmement flatteuse pour les Français qui occu{[{^ ^ P^ pi*^ le milieu de Féchelle des têtes moyennes, de même (et ici la pt^o^^ d'ironie est marquée) qu'ils se considèrent comme le centre de la civilisaKÎP'^ ' (^^' sur l'homme, p. 65).

Quoi qu'il en soit, voici quelques mesures que nous empruntons à auteurs et notamment aux tableaux cr&niométriques de Pruner-Bey, Broca , Huxley : Indices céphaliques : crânes déformés du Pérou , chycéphaleslOOp. 100; dolichocéphales de même provenance (acrocéphalu, 76. On voit par Ut que les déformations artificielles ont plus d'action Ion qu'elles agissent en longueur qu'en largeur, ce qui confirme l'opinion d*Aeby sur la prééminence comme caractéristique du diamètre transversal, et les belles recherches de Shaafhausen sur le développement du crâne chez les enfants

antérieure des mâchoires se projette beaucoup au delà du niveau de ja région antérieure du crâne. Dans le premier cas, le crâne est dit orthognathe ou à mâchoire droite; dans le second, il est apgelé prognathe, expression qui l'end avec plus de force que d'élégance l'équivalent saxon mouty (qui ressemble à un museau ou groin).

Diverses méthodes ont été imaginées en vue d'exprimer avec quelque précision le degré de prognathisme et d'orthognathisme d'un crâne quelconque (1); mais la plupart de ces

{Bull, de la Soc. (Tanf/i., 1866, p. 319). Les crânes les plus étroits que nous connaissions sont mentionnés, l'un par Yogt, avec Tépithète de crâne véritablement simien, c^est celui d'un Australien (65 p. 100); Tautre, par Huxley, c'est celui d'un indigène de la Nouvelle-Zélande dont l'index est 62,0. Il n'est pas rare de trouver des crânes d'Australiens de 65 à 70 ; 7 Australiens ont donné à Pruner-Bey une moyenne de 70 ; moyenne de 8 Hottentots, 69; de 50 Néo-Galédoniens, 70; de 50 nègres, 72; de 15 Esquimaux, 69; de 12 Chinois, 77; de 10 Scandinaves, 76 ; de 11 Bretons, 76 ; en Amérique, où la . forme brachycéphale s'accuse très-marquée, le même savant n trouvé pour des nombres très-petits d'individus des moyennes de 80 à 95 (Mém, de la Soc, d'anth.,U Tï).

Broca, dans ^es recherches sur 125 crânes du cimetière de la Cité, antérieur fiu douzième siècle, a trouvé pour indice céphalique minimum 71, maximum 90, moyenne 79 ; sur 117 crânes du cimetière d^s Innocents, 79; sur 584 crânes parisiens de plusieurs époques et de diverses provenances, 79 ; pour 60 Basques, 77, etc. 56 anciens crânes écossais ont donné â Huxley 76; sur 33 anciens Irlandais, Wright a trouvé une moyenne de 75 ; sur 55 Anglo- Soxons, Davis et Tbumam ont eu une moyenne de 75. Un crâne supposé tartare a donné h Huxley 97,7 ; c'est le plus rond des crânes normaux connus (On two widely contf'asted forms ofhuman cranium). D'autres diamètres, dont les rapports réciproques ont été formulés par M. Gaussin (Bull, de la Soc. d'^anth., 1865, p. 141), notamment lediymètre vertical, ont donné lieu à de nombreuses nomenclatures dont les résultats ne sont point encore trèssignificatifs. (Trad,)

(1 ) Tout récemment Liétard a proposé pour la mesure du prognathisme un procédé qui permet de le déterminer d'après la valeur angulaire obtenue en abaissant du point sus-nasal une perpendiculaire sur le plan horizontal ; la ligne faciale, qui va du point sus-nasal au bord antérieur du maxillaire supé- ^ £ rieur, détermine un angle aigu qui mesure le prognathisme. Le triangle est eli^ t( rectangle et la valeur de l'angle supérieur est le complément de l'angle anté-

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méthodes ne sont autre chose que des modificalions de celle qu'a inventée Pierre Camper, pour obtenir ce qu'il appelait Tangle facial (1). Le plus léger examen montrera que quelque angle facial que l'on détermine, il ne pourra jamais exprimer que d'une manière grossière et trèssommaire les modifications anatomiques qu'entraînent l'orthognathisme ou le prognathisme, car les lignes dont l'intersection constitue l'angle facial , passent par des points du crâne dont la situation est modifiée par un grand nombre de circonstances, en sorte que l'angle obtenu est une résultante complexe de toutes ces circonstances, et n'est point l'expression d'un rapport organique bien déterminé des diverses parties du crâne.

Je suis arrivé à cette conviction, que les comparaisons crâniennes n'ont de valeur sérieuse que si elles sont établies sur la détermination d'une li^ne fondamentale relatiTement fixe, à laquelle les mesures doivent être rapportées dans tous les cas; et je ne pense point, au surplus, qu'il y ait quelques difficultés à décider quelle doit être cette ligne fondamentale. Les parties du crâne, de même que celles du reste de la charpente animale, se développent successivement; la base du crâne est formée aTanl ses parois latérales et sa voûte ; elle est convertie en cartilage bien plus tôt et plus complètement que ces régions; et cette base cartilagineuse s'ossifie et se soude en une seule pièce bien avant la voûte. Je conçois alors que la base

rieur. La base de ce triangle ne mesure pas le prognathisme, puisqu'elle peut ▼arier avec la longueur de la perpendiculaire (Yoy. Bull, de la Soc. d^anAr.. 1867, p. 127).

(1) C*est en déterminant des valeurs angulaires, que Welcker a indiqué les nations les plus prognathes dans Tordre suivant : Cafres, Nègres australieBS. Nègres, Hindous, indigènes de la Nouvelle-Hollande, HoUandais, Brésiliens. Cosaques, indigènes de Sumatra, Baschkirs (cité par Vogl, loc. cit., p. 61)-

(Trad.)

SUR QUELQUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES. 297 du crâne peut être considérée, au point de vue du dévelop-

Fic. 51 . Sections longitudinales et verticales des crânes d'un castor (G, Canaâemis A) . d'un lémurien (L. Catta B.) et d'un babouin (Cynoc.papio G); ab, axe basi-crânicn; bCf plan occipital ; fT, plan de la tente du cervelet ; dûà^ angle olfactif; efb, angle crftnio-facial ; ghj longueur extrême de la cavité qui contient les hémisphères cérébraux, ou longueur cérébrale; la longueur de Taxe basi-crânien par rapport à la longueur cérébrale, ou, en d'autres termes, la longueur proportionnelle de ta ligne gh à la ligne ab représentée par 100 est, dans les trois crânes : castor, 70; lémurien^ 119; babouin, 144. Chez un gorille mâle adulte, cette môme longueur égale 170; chez le nègre (fig. 50), elle égale 236. Dans le crâne de Gonstantinoplc (fig. 52), elle égale 266. La différence qui existe entre le singe le plus élevé et rhomme le plus inférieur est mise en évidence de la manière la plus yaisissante par cette méthode de mensuration.

Dans le diagramme du crâne de babouin, les lignes ponctuées <f d" donnent los angles des crânes de lémurien et de castor, superposées sur l'axe basi-crânien du babonin. La ligne o^ a In même longueur dans chacun des diagrammes.

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pement, comme sa portion relativement fixe, sa voûte et ses parois latérales étant relativement mobiles. Celte même vérité se vérifie par Tétude des modifications que subit le crâne en s'élevant des animaux inférieurs à l'homme. Chez un mammifère tel que le castor (fig.51,A), une ligne (aè), tracée à travers les os, et appelée basioccipitale, basisphénoïde, présphénoïde (1 ), est très-longue, relativement à la plus grande longueur de la cavité qui contient les hémisphères cérébraux {g h). Le plan du trou occipital {b c) forme un angle légèrement aigu avec cet axe basi-crânien, tandis que le plan de^ la tente (i T) est incliné un peu plus de 90 degrés sur ce même axe. Le plan de la lame criblée de Tethmoïde (a rf), par laquelle les nerfs olfactifs sortent du crâne, affecte le môme angle; en outre, une ligne, tirée par Taxe de la face, entre les os appelés elhmoïdes et vomer, axe basi-facial (fe)^ donne un un angle extrêmement obtus lorsque, prolongé, elle coupe Taxe basi-crânien. Appelons angle occipital, l'angle que fait la ligne b c avec la ligne ab; angle olfactif, l'angle fait par la ligne a d avec a b; angle tentorial, enfin,

(1) Le traducteur ayant demandé à M. Huxley quelques explications complémentaires au sujet du procédé de mensuraction dont la description Ta suivre, M. Huxley a bien voulu lui donner, sous forme de lettre, les explications suivantes :

La ligne ab basi-occipitale est supposée tracée du milieu du bord antérieur du trou occipital à l'extrémité antérieure du sphénoïde (suture ethmofào-sphénoïdale). Cette ligne traverse donc entièrement les portions de Toccipal et du sphénoïde, qui forment la véritable base du crâne. Quant à la ligne basi-faciale (fe) qui passe entre l'ethmoïde et le vomer, je lui a substitué, dans un travail ultérieur (On two widely contrased forms of the cranium), une ligne qui dans les crânes humains est plus commode, et qui est tracée de l'extrémité antérieure de la ligne basi-crânienne au bord nasal du maxillaire supérieur. On verra, dans une note de la page 503, les relations que peut avoir la méthode de M. Huxley et celle des savants qui ont des procédés de mensurjlions angulaires. (Trad.)

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Pangle formée par i T avec a h : tous ces angles, chez le mammifère en question, sont presque droits et varient entre 80 et HO degrés. L'angle efb^ constitué par Taxe crânien et Taxe facial, et qui peut être appelé angle crâniofacial, est extrêmement obtus et s'élève chez le castor â 150 degrés au moins.

Mais si Ton étudie une série de sections de crânes de mammifères intermédiaires aux rongeurs et à l'homme (fig. 29), on trouvera que dans les crânes les plus élevés Taxe, basi-crânien devient déplus en plus petit relativement à la longueur du cerveau ; que l'angle olfactif et l'angle occipital deviennent plus obtus, et que Tanglecrânio- facial devient plus aigu par l'inclinaison de Taxe facial sur l'axe crânien. En même temps la voûte du crâne devient de plus en plus arquée pour se mettre en harmonie avec les hauteurs croissantes des hémisphères cérébraux, éminemment caractéristiques de l'homme, aussi bien qu'avec leur développement au delà du cervelet, qui atteint son maximum chez les singes de l'Amérique du Sud; en sorte que, tout au moins dans le crâne humain (fig. 50), la longueur du cerveau est entre deux et trois fois aussi grande que la longueur de l'axe basi-crânien. La lame criblée est à 20 ou 30* du côté inférieur de cet axe ; l'angle occipital peut être de 150 ou 160 degrés au lieu d'être au-dessous de 90*; l'angle crânio-facial, de 90* ou même moins, et la hauteur verticale du crâne peut être considérable par rapport à sa longueur. D'après l'inspection des diagrammes ci-contre, il est évident que l'axe basi-crânien est, en s'élevant dans la série ascendante des mammifères, une ligne relativement fixe, autour de laquelle les os des parois latérales de la cavité crânienne de la voûte et de la face peuvent être considérés comme tournant en bas, en avant ou en arrière selon leur position. Cependant, l'arc décrit de la sorte par

un OS quelconque, ou par un plan, n'est en aucune façon toujours en proportion de l'arc décrit par un autre.

Vient maintenant la question importante de savoir si nous pouvons distinguer, parmi les formes les plus inférieures et parmi les plus élevées du crâne humain, un point quelconque, répondant à un degré, si léger qu'il puisse être, de cette révolution des os latéraux et des os de la voûte du crâne autour de Taxe basi-crânien, observée sur une

Fio. 52. — Sections de crânes orlhognathes (contours clairs], et prognathes (ceatours foncés) au tiers de la grandeur naturelle. — ff, b^ Axe basi-crÂnieD.-* b c, b' C, Plan du trou occipital. — • d, éP, Extrémité postérieure des os prfa-

lins. e^ e\ Extrémité antérieure de la mâchoire supérieure. — TT', Iivertieu

de la tente du cerveau.

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gratide échelle dans la série des mammifères. De nom-

^breuses observations me conduisent à croire que nous

devons répondre à cette question par l'affirmative. Les J^j

diagrammes de la figure 52 sont réduits d'après des ; "'>Ci

^diagrammes, soigneusement tracés, des sections de quatre

crânes, dont deux arrondis et orthognathes, deux allongés , ^;

!et prognathes, pris longitudinalement et verticalement à --'h?;

î travers le centre. < l'^^

Les diagrammes des sections ont été recouvertes de telle ''-'^

façon, que les axes basiaires des crânes coïncident par leur extrémité antérieure et dans leur direction respective. Les déviations des autres parties du tracé, qui représentent l'intérieur des crânes seulement, nous donnent les différences de ces crânes, de l'un à l'autre , quand leurs axes sont considérés comme des lignes relativement fixes. Les contours noirs sont ceux d'un crâne d'Australien et d'un nègre. Les contours clairs sont ceux d'un crâne tartare qui est au musée du Collège royal des chirurgiens de Londres, et d'un crâne arrondi bien développé de race incertaine, qui est en mi possession, et qui provient d'un cimetière de Constantinople.

On voit, au premier coup d'œil sur ces derniers, que les crânes prognathes, au moins en ce qui concerne les mâchoires, diffèrent réellement des orthognathes à peu près de la même sorte, quoique à un moindre degré, que les crânes des mammifères inférieurs diffèrent de ceux de l'homme. En outre, le plan du trou occipital [bc) forme avec Taxe [ab) un angle en quelque sorte plus petit dans les crânes spécialement prognathes que dans les orthognathes ; et la même éhose est à peu près vraie de la lame perforée de l'éthmoïde, quoique cela ne soit pas aussi clair. Mais on remarquera cette particularité que les crânes prognathes sont, à certain point de vue, moins semblables à ceux des

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singes que ne le sont les orthognathes, car la cavité cérébrale se projette plus nettement au delà de l'extrérailé antérieure de Taxe, chez les crânes des prognathes, qu'elle ne le fait chez les orthognathes.

On notera aussi que ces diagrammes montrent une grande série de variations dans la capacité et dans les proportions relatives à l'axe crânien, des différentes parties du crâne qui contiennent le cerveau proprement dit. La différence dans la portion de la cavité cérébrale qui dépasse la cérébelleuse, n'est pas moins singulière. Un crâne rond (fig. 52 Comt.) peut avoir une proportion cérébrale postérieure plus grande qu'un crâne allongé (fig. 50 negro).

Jusqu'à ce que les crânes humains aient été profondément étudiés avec des procédés semblables à ceux que je suggère ici; jusqu'au jour où ce sera un opprobre pour une collection ethnologique de posséder un seul crâne qui n'aurait pas été coupé longitudinalement; jusqu'au jour où les angles et les mesures que je viens de mentionner, ainsi que nombre d'autres dont je ne puis ici parler, auront été déterminés et établis en tableau par rapport àl'axe basi-crânienpris comme unité, et cela pour un nombre considérable de crânes des différentes races du genre humain, je ne pense pas que nous puissions avoir aucune base certaine pour cette crâniologie ethnique, qui aspire à donner les caractères anatomiques des crânes des races humaines (1).

Quant à présent, je crois que l'on peut esquisser en pea de mots tout ce qui, sur ce sujet, peut être dit avec quel-

(i ) Parmi les nombreuses méthodes de mensuratioiis angulaires qui ont été décrites dans ces dernières années, il faut mentionner celle qui est due à rillustre Virchow, et qui a pris un développement considérable entre les mains de Welcker. Nous voulons parler de Tangle sphénoldal dont il a d^ été question ; cet angle est formé par Fintersection de la ligne NS, qui part de la racine du nez ou suture fronto-nasale^ arec la ligne BS, qui part du hosû

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que certitude. Tracez une ligne sur un globe terrestre, de l'ouest de l'Afrique (Côte-d'Or) aux steppes de la Tartarie; à l'extrémité méridionale et occidentale de cette ligne, vit la race d'hommes la plus dolichocéphalique, prognathe, aux cheveux frisés et à la peau noire — les vrais nègres. — A l'extrémité septentrionale et orientale de cette

antérieur 6 du trou occipital. Le point d'intersection S est situé au bord antérieur de la seile turcique, derrière les deux trous optiques.

FiG. 53. Angle sphénoïdal. Procédé de mensuration de Broca. NSB , angle sphénoîdal ; ENB, angle nasal; BR, base du triangle facial ; ENSB, quadrilatère facial; E, angle dentaire; N, angle nasal; S, angle sphénoïdal; B, angle occipital. Le crochet est destiné à montrer un procédé de mensuration de cet angle, sans ouvrir le crâne, dû è M. Broca. [Bull, de la Soc. d'anthr., 1865, p. 565.)

Chacun des autres angles du quadrilatère facial a donné des résultats ioDiportants. Mais Tangle spénoïdal est à coup sûr le plus significatif. On comprend, en effet, à la seule inspection de la figure, qu'il sera d*autant plus

304 SUR QUELQUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES, ligne, vivent les hommes les plus brachycéphales, orthognates, aux cheveux lisses et à la peau jaune — les Tartares et les Kalmoucks. Les deux extrémités de cette ligne imaginaire sont pour ainsi dire des antipodes ethniques (1).

ouvert, que la grandeur do la face par rapport au crâne sera considérable et inversement, de sorte qu'il doit diminuer k mesure que Tintelligence s'^aocroit. C'est, en effet, ce qu'a vérifié Welcker, qui a trouvé les séries smvantes: sur 30 crânes allemands normaux, moyenne 134*; 30 crftnes de femmes, moyenne 138"; six nègres, 144"; 8 nouveau-nés, moyenne 141*; 10 enfants de 10 à 15 ans, moyenne 137 ; 3 nègres, 138 ; 1 idiot, 145; 1 chimpanzé, 149 ; jeune orang, 155; orang adulte, 174; orang vieux, 180. Trois crânes de sagous bruns ont fourni la même progression d'accroissement de l'angle, à mesure que l'intelligence diminuait, c* est-à-dire que l'âge augmentait ce qui est de règle chez les ^nges.

L'angle nasal E, N, 6 (fig. 53) mesure, selon Welcker, le prognathisme de la face ; il croît avec l'angle sphénoïdal, c'est-â-dire qu'il diminue à mesure que l'intelligence s'accroît. Nous ne pouvons entrer dans plus de détails sur les triangulations crâniennes; tout en reconnaissant l'avantage qu'il y a à prendre des mesures sur un crâne ouvert, le procédé de M. Broca, au moins pour ce qui est de l'angle sphénoïdal, évite une section, autrefois indispensable; ce qui, vu la nécessité de prendre des moyennes stables sur un grand nombre de crânes, rendait l'angle en question peu pratique, ainsi que l'a fait justement remarquer Bertillon dans son excellent article, Angles céphaliques, du Dict, encycL des se. médicales.

(1) Depuis cet ouvrage, M. Huxley a publié un mémoire que nous avons déjà eu l'occasion de citer (p. 298), et qui contient implicitement une méthode que nous devons signaler en même temps que des, documents crâniologiques trop importants pour que nous laissions passer l'occasion de les faire connaître aux antbropologistes français. Ce mémoire de 16 pages, lu à la réunion de l'Association britannique de Birmingham en 1866, a pour titre : Sur deux formes extrêmement contrastées du crâne humain, La méthode, à nos yeux, et sans que M. Huxley fasse mention de son dessein, consiste à rechercher et k décrire les formes crâniennes extrêmes, afin de déterminer pour des points de repère précis les types intermédiaires, et cela pour chacun des éléments principaux de la structure crânienne. Ces éléments ne sont pas très-nombreux. En première Ugne, il faudrait placer les relations angulaires de la face et de la partie du crâne qui loge le cerveau ; en seconde Ugne, les proportions rebtives de la longueur et de la largeur du crâne ou l'mdice céphalique ; cet indice devrait pouvoir être rapporté à la portion du crâne, antéri^re ou postérieure, qui la déterminé, ainsi que Broca l'a établi pour les crânes des

Une ligne tirée à angle droit ou à peu près, sur cette ligne polaire qui va de l'Europe et de l'Asie méridionale à THindoustan, nous donnerait une sorte d'équateur autour duquel se groupent les têtes ari*ondies, les ovalaires, les

Basques (dolichocéphalie occipitale ou frontale); an troisième ligne, le diamètre vertical maximum, ou mieux encore Tindice yertical, c'est-à-dire le rapport du diamètre longitudinal au yertical, rapport qui selon Gaussin augmente ou diminue proportionnellement à rindice céphalique; disons en passant, que selon de Kbanikof le diamètre vertical est constamment égal au tiers de la somme des deux autres {BtdL de la Soc, (Tanthr., 1865, p. 141 et 184); en quatrième ligne, la capacité crânienne. Sans contester la valeur des cinquante ou soixante mensurations indiquées par les craniologistes, je crois que, pour arriver à de grands groupes, les quatre éléments que je viens de signaler, rapportés aux formes extrêmes, suffiraient à déterminer des classements mathématiques, et auraient en outre Tavantage de Baiciliter le travail d'observation; de la note de M. Huxley, j'extrairai donc les éléments qui peuvent s'y rapporter et ceux qui, d'ailleurs, sont les plus frappants. Les deux crânes à formes extrêmes — qui probablement sont les formes normales les plus extrêmes — proviennent, l'un d'un Tartare, et le second est attribué vaguement à un indigène de la Nouvelle-Zélande, ^ais M. Huxley croit qu'il y a eu là une erreur et que ce crâne est australien, opinion que dès le premier coup d'oeil on est disposé à partager. Le premier appartient au musée des chirurgiens de Londres, le second à M. J.-B. Sedgwick. Mais, comme la provenance des crânes n'a pour ce qui nous occupe en ce moment qu'un intérêt secondaire, acceptons les dénominations de Tartare et d'Australien comme les plus vraisemblables. Gela convenu, disons que les diamètres longitudinaux sont, en millimètres (réduits d'après les mesures données ^" ihô ^^ pouce) : tartare 169,5 ; australien 19 1 ; diamètre vertical (pris du bord antérieur du trou occipital au point de jonction des sutures coronales et sagittales) : tartare ld4; australien 145,4; transverse : tartare 165,7; australien 120 ; d'où l'on déduit les indices céphaliques suivants : tartare 97,7 ; australien 62,9. Ainsi, le crâne australien est plus long que le tartare de 215 millimètres, et le crâne tartare est plus large que l'australien de 546 millimètres. Le C4)ntenu cubique du crâne de tartare, d'après le moule de l'intérieur du crâne est évalué à 95 pouces cubes, soit 1566 cent, cubes, celui de Faustralien à 80 pouces cubes, soit 1310; largeur extrême du frontal : tartare 1 30 millimètres; australien 99 ; somme toute, les contrastes extrêmes semblent se rapporter par-dessus tout aux indices céphaliques. Il est à désirer que l'on recherche les formes extrêmes pour tous les éléments craniomorphiques. (Trad,)

oblongues, les prognathes et les orthognathes, les races claires et les races foncées; mais nulle d'entre elles ne possède les caractères excessivement marqués du Kalmouck et du nègre. Il est digne de remarque que les régions des races antipodes, sont également antipodes quant au climat, le contraste le plus grand qu'offre le monde étant peut-être celui qui existe entre les cotes humides, chaudes, brumeuses, formées par les terrains d'alluvions de rAfriquc occidentale, et d'autre part, les steppes et les plateaux arides de l'Asie centrale, steppes glaciales en hiver et aussi éloignées de la mer que peut l'être une partie quelconque des continents (1).

De r Asie centrale, vers Test, aux îles de l'océan Pacifique, d'une part, et à T Amérique de l'autre, les types brachycéplialiqueset Torthognathisme diminuent graduellement, et sont remplacés par les dolichocéphales prognathes, moins, cependant, sur le continent américain (sur toute la longueur duquel existe en grande majorité, mais non exclusivement, un type de crânes arrondis) (1) que dans les régions du

(1) D'après les recherches de Welcker, rapportées par Vogt (Lee, sur lliomme^. 64), on peut classer comme il suit les têtes courtes, rondes, hracbycéphaliques : Lapons, Mal^ches, Madurais, Baschkirs, Turcs et Italiens modernes; parmi les têtes longues les plus caractérisées : NoukahiTieiis, Hindous, Esquimaux, Nègres, Nègres australiens , Kaffires, Boscbimen et lluUcntots. Le groupe des têtes moyennes, des moins longues aux plus longues ( st gradué de la façon suivante : Allemands, Russes, Sumatra, Kalmoucks, Javanais, Français, Cosaques, Juifs, Bohémiens, Mollucais, Indiens, Chinois, Finnois, anciens Grecs, anciens Romains, Brésiliens, Hollandais. On voit combien les classements sont désordonnés, par rapport aux idées courantes sur les viilcurs supposées de^ races. Il y a à cela deux motife au moins : le premier est que nous manquons de critérium philosophique pour la valeur des races ; le second, que toute appréciation craniologique faite à un seul point de vue e^i nécessairement défectueuse. (Trad.)

(2) Voyez le précieux écrit du docteur D. Wilson, intitulé : Sur la prééminence supposée d'un type crânien parmi les indigènes Américains (Canadian Journal, 1857, vol. II).

Pacifique où reparaissent, dans le continent australien et dans les îles adjacentes, le crâne oblong, les mâchoires saillantes, la peau noire. Toutefois, à d'autres égards, ce type s'éloigne tellement du nègre, que quelques ethnologistes lui assignent le nom spécial de négritos ou négroïdes. Le crâne australien est remarquable par son étroitesse et par l'épaisseur de ses parois, spécialement dans la région des arcades sou rcilières, laquelle est massive fréquemment, quoique non constamment, dans toute son épaisseur, les sinus subissant un arrêt de développement. En outre, la dépression nasale est extrêmement brusque, en sorte que les arcades surplombent, et donnent à la contenance, une expression particulièrement basse et menaçante. La région occipitale du crâne e^t quelquefois moins proéminente, à ce jmint que non-seulement elle ne s'avance pas au delà d'une ligne abaissée perpendiculairement à l'extrémité postérieure de la ligne glabello-occipitale, mais même, dans quelques cas, elle s'incline presque tout de suite vers la région antérieure. En raison de cette circonstance, les parties occipitales qui sont au-dessus et au-dessous de la protubérance forment entre elles un angle beaucoup plus aigu que d'ordinaire; d'où il suit que la partie postérieure de la base du crâne semble être obliquement tronquée. Beaucoup de crânes australiens ont une hauteur considérable, tout ù fait égale à la hauteur moyenne des crânes de toute autre race ; mais il en est d'autres chez qui, Uuidis que la voûte du crâne se déprime remarquablement, il se produit une élongation (elle que probablement la capacité n'est point diminuée. ÏAi plus grand nombre des crânes qui possèdent ces caractères que j'ai (pu constater, proviennent du voisinage de Port-Adélaïde, dans le sud de l'Australie et servaient aux indigènes pour leurs provisions d'eau; à ce dessein, la lace avait été brisée et une corde avait été passée à travers

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308 SLR QLELQIES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES.

la cavilë orbilaire d'une part cl le trou occipital de l'autre, en sorte que le crâne était suspendu par la plus grande partie de sa base.

La ligure 51 rc])réîsente le trace d'un cranc de ce genre, nrnini de sa mâchoire et provenant de Western-Port; le

FiG 54. — Crâne australien de Weslern-Porl, provenant du musée du coUé^des chirurgiens de Londres, avec le tracé du crâne de Ncauder thaï, tous deux réduits au tiers de Ja grandeur uaturcUc.

tnicé noir représente le crâne de Neanderthal, el tous deux sont réduils au tiers de la grandeur naturelle. On remarquera qu'il suHirait d'aplatir et d'allonger quelque peu le crâne australien en augmentant dans la même proportion les arcades sourcilières, pour le transformer en une forme identique à celle du fossile de Neanderthal, égaré parmi nous (1).

(1) M. Faudel a récemment décrit des ossements humains trouvés dans le lehm de la vallée du Rhin à Eguisbeim, pics de Colmar (BulL de la SOC. çéol. Janvier 18G7), associés aune molaire de Maninioulh (E. primigenius) et à d'autres ossements de mammifères Ibssiles. Les os humains el ceux des inam-

Gcogle

Et maintenant, revenons aux crânes fossiles et au rang qu'ils occupent parmi les variétés modernes des confor- , -

mations crâniennes, si toutefois ils peuvent prendre place parmi elle. En premier lieu, jedois faire remarquer que, ainsi que le professeur Schmerling Ta bien observé (voy. p. 265) dans ses commentaires sur le crâne d'Engis, — tout juge- i.

ment solide sur les problèmes que les crânes soulèvent, est grandement ébranlé par l'absence des mâchoires inférieures des deux crânes en question , de sorte qu'il n'y a aucun moyen de décider avec certitude, s'ils sont plus ou , '^

moins prognathes que les races contemporaines inférieures du genre humain. Et cependant nous l'avons vu, c'est plu- -

tôt sous ce rapport que sous aucun autre, que les crânes humains s'éloignent ou se rapprochent du type bestial. Le

migres offraient les mêmes caractères physico-chimiques. Nous donnons ici (d'après les Bulletins de la soc. (Vanlhrop., 1867, p. 130) le tracé en profil du crâne de Neanderthal et de celui d'Ëguisheim, on veri*a que le tracé du second est encore plus déprimé que celui du premier.

.EGUISHEIM ^.^.NEANDERTHAL.

Fi6. 55. — Comparaison du crftne de Neanderthal et de celui d'Egui^heiin.

Les crânes qui offrent un caractère analogue et qui sont d'une authenticité . paléontologique incontestable sont maintenant assez nombreux. (Trad.)

âlO SUR QUELQUES OSSEMENTS HUMAINS. FOSSILES.

ciAne d'un Européen d'une dolichocéphalie moyenne, diffère beaucoup moins du crâne d'un nègre, par exemple, que n'en diffère sa mâchoire. C'est pourquoi, en l'absence des mâchoires, les opinions avancées sur les rapports des erAries fossiles avec les races modernes, doivent n'être nilmises qu'avec certaines réserves.

Prenant donc les témoignages tels qu'ils sont réellement, je dois avouer d'abord en ce qui concerne le crâne d'Engis, que je ne vois dans ses débris aucun caractère qui, s'il était d'origine récente, pourrait me mettre sur la voie de )n race à laquelle' il appartient; son contour et ses mesures s'accordent parfaitement bien avec ceux de quelques crânes australiens que j'ai examinés. Il a parfaitement cette tendance à l'aplatissement de l'occiput si remarquable dans quelques crânes australiens dont j'ai parlé. Mais tous les crânes australiens ne présentent pas cet aplatissement et Tarcade sourcilièredu crâne d'Engis est tout à fait différeutede celle des types australiens.

D'un autre côté ses mesures concordent également bien avec celles de quelques crânes européens. Assurément <l'ailleurs aucune partie de sa structure n'offre la moindre trace de dégradation. C'est là, en effet, un crâne humain d'une bonne moyenne qui peut avoir appartenu à un philosophe, ou peut tout aussi bien avoir contenu le cerveau iuculle d'un sauvage (1).

(1) Yogt cl SprJDg ont contesté celle conclusion : le premier après aToir rit''- celle dernière phrase d'Huxley, ajoute qu'il ne peut adopter sans réserves Topinion qu'elle exprime. « La longueur excessi?e, letroitesse >)e ce ( I àne et sa faible hauteur impliquent une capacité cérébrale relativement fnihio. Ce n'est que le rapprochement des protubérances frontales qui font paraître le front bombé. Depuis les protubérances fmntales jusqu'au point le phis élevé et très-reculé du verlex, la courbure est assez aplatie et les lobt*s antérieurs du cerveau devaient nécessairement n'être que peu développée. (>\<; (iétails se ratLichenl du reste en grande partie au dévdoppement indivi-

SUR QUELQUES OSSEMENTS HUMAINS F06SILES. oli

Autre est le crâne de Neanderthal : sous quelque aspect que nous le considérions, que nous regardions sa dépression dans le sens vertical, Ténorme épaisseur de ses arcades sourcilières, son occiput incliné ou ses sutures écailleuses longues et droites, nous rencontrons partout les caractères simiens qui le marquent de leur empreinte comme étant la forme la plus pithécoïde qui ait été découverte parmi les crânes humains. Toutefois le professeur Schaaftiausen dit que ce crâne, dans sa condition présente, contient 1033,24 centimètres cubes d'eau, ou environ 63 pouces cubes, et comme le crâne tout entier pourrait difGcilement avoir contenu une quantité additionnelle d'eau supérieure à 12 pouces cubes, sa capacité peut être estimée à environ 75 pouces cubes (1230 c. cubes), ce qui est la capacité moyenne donnée par Morton pour les Polynésiens et les Hottentots. Cette quantité de substance cérébrale suffirait pour qu'on pût penser que les tendances pithécoïdes indiquées par ce crâne ne s'étendaient pas profondément dans l'organisation, et cette conclusion est appuyée par les

duel de la masse célébrale. Les caractères les plus importants pour Tappréciation de la race résident dans les rapports de la longueur à la largeur et sous ce point de vue le crâne d'Engis est un des plus dëfaTorablement, des plus nnimalement conformés, un des crânes les plus simiens... S'il faut émettre une opinion qui ne peut, à la vérité, reposer sur de nombreuses observations, le crâne d'Engis parait occuper le milieu entre Taustralien et Tesquimau. » (Léç, sur Vhomme, p. 589). Spring dit : c Nous considérons comme stériles tous les efforts qu'en tenterait afin d'appliquer à ces très-anciens restes une étiquette moderne. V homme (TEngis doit être considéré comme une rtice à part, race troglodyte, ayant pour caractère distinctif, outre le gisement géologique d'être dolichocéphale et ortbognathe, etc., pour répéter des indications déjà données, de présenter une faible capacité frontale, des orbites larges, des arcades sourcilières séparées peu proéminentes et peu concaves, des dents incisives très-grandes et une stature moyenne ; race contemporaine des grands mammifères éteints et ne disposant pour armes et ustensiles que d'instruments de pierre aiguisés par simple cassure, sans avoir connu l'art de les polir. » toc. cit., p. U.) (Trad,)

Ma

dimensions des autres os du squelette données par le professeur Sehaafhausen, qui montrent que la hauteur absolue et les proportions relatives des membres étaient tout à fait ceux d'un Européen de stature moyenne; à la vérité les os étaient plus volumineux, mais ce fait, ainsi que le grand développement des insertions musculaires noté par le docteur Schaafhausen, sont des caractères que Ton rencontre chez les sauvages. Les Patagons, exposés sans vêtements ni protection à l'action d'un climat qui ne diffère pas beaucoup de celui qu'offrait l'Europe au temps où vivait l'homme de Neanderthal, sont remarquables par le volume des os de leurs membres (1).

(1 ) Le crâne de NeanderUial a fourni le sujet de nombreux travaux et de discussions trës-Tiyement soutenues de part et d'autre sur la valeur de ses caractères qui sont de moins en moins exceptionnels. On connaît maintenant les remarques de Shaafhausen et de Huxley ; mentionnons les opinions émises depuis par quelques anthropologistes : Vogt est loin de repousser toute analogie entre le crâne d'Engis et celui de Neander ; il est disposé à croire, tout au contraire, qu'il pourraient provenir de la même souche et avoir appartenu, le premier à un homme, le second k une femme. Rodolphe Wagner dans un de ses derniers écrits a émis Topinion que le crâne de Neander pourrait trè»bien être considéré comme celui d'un Hollandais moderne ; Pruner-bej a pensé qu'il s'agissait ici d'un crâne d'idiot ; mais ni l'une ni l'autre de ces opinions ne supporte l'examen. Le Dr. Bernard Davis a publié dans les Mé^ moires de la société d'Anthropologie de Londres (1865-4) un important travail, dans lequel s'appuyant sur les travaux de Virchow, de Lues et de Welcker sur l'ossification des sutures, il a cherché à prouver que la première conclusion de Shaafhausen (citée p. 271) était indirectement inexacte et que d la forme de la calotte de Neander est due â un développement anormal qui ne peut être considéré comme un caractère de race ancien qui se rencontre assez souvent dans toutes les races, â différents degrés, selon les combinaisons (les sutures ossifiées. » Dans l'espèce • l'ossification prématurée des sutures de la région temporale, de quelques portions de la suture fronlo-pariétale et des grandes ailes du sphénoïde a empêché le développement normal des lobes antérieurs du cerveau et a repoussé en arrière la substance cérébrale». Thurnam dans son mémoire sur la synoslose du crâne (Nat. hisL Retnew, avril 1865) et Huxley lui-même (Prehistoric Remains ofCaithness, p. 151) ont réfuté les explications synostosiqiies de Davis. D'un autre côté Shaafhausen

C'est pourquoi, à aucun point de vue, les ossements trouvés à Neanderthal ne peuvent être considérés comme ceux d'un être humain intermédiaire à l'homme et aux singes ; tout au plus prouvent-ils Texislence d'un homme dont on peut dire qu'il retourne, en quelque chose, vers le type pithécoïde, de même que les pigeons Messager, Grosse-gorge ou Culbutant revêtent parfois le plumage de leur souche primitive, la columba livia. A vrai dire, le crâne de Neanderthal, quoique très-réellement le plus pithécoïde des crânes humains connus, n'est en aucune façon aussi complètement isolé qu'il semble l'être tout d'abord ; il forme en réalité le terme extrême et inférieur d'une série ascendante qui conduit graduellement au crâne humain le plus élevé et le mieux développé; d'un côté il se rapproche étroitement du crâne australien aplati dont j'ai parlé, tandis que les autres formes australiennes nous coqduisent graduellement aux crânes qui ont à un très-haut degré le type de celui d'Engis; d'un autre côté, il est encore plus étroitement voisin des crânes des hommes de la race qui habitait le Danemark pendant Vâge de pierre^ et qui étaient probablement contemporains ou ancêtres des constructeurs de ce que Ton a appelé « refuse heaps (1) » ou kjokkenmôddings de celte contrée.

dans une note adressée à la société d'Anthropologie de Paris (juin 1863), a ajouté à sa première description quelques indications utiles qui, malgré une apparence de contradiction, confirment sensiblement toutes les vues de M. Huxley, sauf en ce qui touche les sinus latéraux, lesquels ne sont point parfaitement visibles, ainsi que Ta dit Huxley d'après une photographie (fig. 48, p. 285); en réalité on n'apercevrait que le commencement du sinus latéral droit. Nous regrettons de ne pouvoir entrer dans de plus longs détails sur les mémoires Busk, de W. King, de Tumer et de G. Black relatifs à ce crâne célèbre. (Trad.)

(i) Les fqohkenmôddings ou restes de cuisine danois donnent leurs noms à une période trop bien définie de Thistoire de Thomme, pour que nous ne profitions pas de cette occasion pour en rappeler ici les traits principaux*.

lia correspondance est très-frappante entre le contour longitudinal ou profil du crâne de Neanderthal et celui de

Sur plusieurs points de la cote danoise et tout près de la mer, on rencontre des accumulations de coquilles de mollusques et de crustacés, qui ont été longtemps considérées comme de simples amas naturels tels que Ton en trouve sur tous les rivages. L'illustre Steenstrup, le premier à ce que nous pensons, remarqua que ces coquilles appartenaient toutes à des individus adultes et i des espèces qui ne vivent point en conmiun, ni dans les mêmes eaux. En outre, il découvrit bientôt des ossements de vertébrés, des instruments grossiers en silex taillé, des poteries, des foyers, du charbon, etc. Un comité fat nommé, composé de trois célèbres professeurs, Steenstrup le naturaliste, Forchhammer le géologue, et Worsae, archéologue ; il présenta une série de rapports très-complets à TÂcadémie des sciences de Copenhague; Lyell,Morlot, Lubbock et Vogt ont, dans différents ouvrages déjà cités, très-bien résumé ces rapports. La hauteur de ces amas do coquilles varie de 1 à 5 mètres; leur largeur de 50 à 60 mètres et leur longueur va quelquefois jusqu'à 500 mètres. Souvent, ces amas de débris sont disposés circulairement autour d'un point qui peut avoir été une tente ou une hutte. Rarement la masse des débris est mêlée de sable et de gravier; les espèces les plus abondantes sont rhuitre (ostrèa edulis), la bucarde (cardium edtde), la moule (mysilus edtilis) et la littorine (liUorina littoreajf qui sont toutes actuelles mais beaucoup plus grosses que celles qui vivent actuellement dans le voisinage. En outre des crabes, des poissons, des oiseaux, des cerfs, des sangliers, castors, phoques, bœufs primitifs, aurochs, etc. Aucun animal domestique ne s'\ trouve, sauf le chien qui, ainsi que le remarque Lubbock peut fort bien avoir été sauvage. Les instruments de pierre sont d'un type particulier, très-grossier ; mais Yogt pense que leurs auteurs en possédaient de plus fins pour d'autres usages que pour la cuisine; toutefois, selon Lubbock, on n'a trouvé qu'un seul fragment de hache polie. On n'y rencontre aucune trace de céréales, aucun débris d'os humain, ni aucune trace de métal. Les crânes trouvés dans les turouli de Moen et de Borreby (fîg. 56) étaient associés k des instruments de pierre du même type que ceux des kjokkenmôddings. Steenstrup pense donc que ces documents sont contemporains et que les tumuli étaient les sépultures des chefs. Worss est d'avis que les amas de coquilles sont d'une date antérieure aux tumuli ; Tindice céphalique de ces crânes, d'après une moyenne prise sur 20 d'entre eux par M. Busk, est de 78. Yogi en dit : c Ib sont remarquablement petits, très-ronds, à occiput très-court, à orbites ex- Iraordinairement petites, les arcades sus-orbitaires, par contre, très-saillantes, les os du nez proéminents ; entre ceux-ci et les arcades sus-orbitaires, il y a une dépression si profonde, qu'on peut y loger le doigt. Le front est ordinairement aplati, quelque peu fuyant quoique à un moindre degré que cdiii

quelquas-uns des crânes du tumulus de Borreby, crânes dont des dessins très-exacts, que nous reproduisons ici,

Fia, 50. — Crâne danois de l'âge de pierre, provenant du tumulus de Borreby (dessinés h la chambre noire, au tiers de la grandeur naturelle, par M. Busk;.

du Nennder » (loc, cit.\i. AA\). Sur Tâge des amas de coquilles, nous nV vons que des données relatiTes : parmi les débris qu'ils contiennent, on a trouvé le coq de bruyère dont la présence établit, ainsi que la rencontre de troncs travaillés par des silex et associés à ces instruments, que l'homme des kjokkenraôddings était contemporain de Tépoque où les forêts de pins couvraient le Danemark. Le pin a disparu; le chéno Ta remplacé cl n, pen-

ont été tracés par M. Busk. L'occiput est tout aussi fuyant, les arcades sourcilières sont presque aussi proéminentes et le crâne est aussi bas. De plus, le crâne de Borreby ressemble plus qu'aucun crâne australien à celui de Neanderthal par l'inclinaison rétrograde du front, beaucoup plus rapide que dans ceux-là. D'autre part les crânes de Borreby sont tous un peu plus larges que le crâne de Neanderthal, par rapport à leur longueur; quelques-uns d'entre eux, en effet, atteignent le rapport de 80 : 100, qui constitue la brachycéphalie.

Je puis maintenant conclure et dire que les ossements fossiles découverts jusqu'à ce jour ne semblent pas nous rapprocher sensiblement de cette forme inférieure pithécoïde par les modifications de laquelle l'homme est probablement devenu ce qu'il est; et si nous considérons ce qui est connu des plus anciennes races humaines; sachant qu'elles fabriquent des haches et des couteaux de silex de la même forme que ceux que fabriquent les hommes les plus sauvages de l'époque actuelle (1) , et que nous avons

dant une longue période, couvert la contrée d'épaisses forêts ; ^ son tour le chêne a cédé la place au hêtre qui n'existait pas encore à Tépoque du bronze et qui aujourd'hui abonde dans les forêts du Danemark. Ces changements exigent un laps énorme de temps. Par Tensemble de leurs caractères les kjokkenroôddings doivent se placer chronologiquement entre TAge du renne et celui des habitations lacustres. Ajoutons ici que des amas de coquillages analogues ont été trouvés à la Terre-de-Feu par Darwin, dans les comtés de Gornouaille et de Devonshire par Pengellyet Bâter, sur les côtes d^Écosse par Gordon, à Saint-Valery-sur-Somme, par Lubbock, en Australie par Dampier, dans b péninsule Malaise par Earle, dans le Massachusetts et la Géorgie par Lyell . (Trad) . (i ) 11 a souvent été question dans ce volume des analogies qu'offraient les races sauvages modernes avec les habitants des cavernes et des terrains quaternaires, nous profitons donc de Tautorisation que nous donne M. Lartet pour reproduire ici quelques types des instruments de l'&ge de la pierre, comparés à ceux des Esquimaux, des Néo-Calédoniens, etc. (Voir fig. 57 Si 67.) Ces figures sont empruntées au magnifique ouvrage de Lartet et Christy : Rtiiquiw Aquitanicœ. Paris, 1866, livraison 2.

toute raison de croire qu'ils sont restés à ce même état depuis le temps de Mammouth et du Rhinocéros tichorrhinm jusqu'à nos jours , je ne crois pas que Ton dût s'attendre à un aulre résultat.

Où donc alors faut-il chercher l'homme primitif? Le plus ancien individu du genre homo sapiens date-t-il des terrains pliocènes ou des miocènes? Est-il encore plus ancien? Les ossements fossiles de quelque singe plus anthropomorphe ou de quelque homme plus simien qu'aucun de ceux qui sont connus attendent-ils dans des couches géologiques les plus vieilles les recherches d'un paléontologiste qui n'a point encore vu le jour?

L'avenir nous l'apprendra. En attendant, disons que si une théorie quelconque de développement progressif se vérilie, nous devrons ajouter de longues périodes aux estimations les plus larges qui aient été données de l'antiquité de l'homme (1).

(ij Les découvertes de M. l'abbé Bourgeois, dont nous parlerons dans Tappendice, rendent éroinenuneni probable la démonstration de Fexistence de rhomme à Tépoque miocène. Mais, puisque cette expression se rencontre, faisons remarquer qu'en définitive, les termes éocéne^ miocène et pliocène ne désignent en aucune façon des périodes trancbées dans Tbistoire de la terre ; on se rappelle que ces termes ont été appliqués par Lyell aux formations tertiaires, au point de vue exclusif de la paléo^oncbyliologie. Les coucbes sont dites éocènes quand elles renferment une petite proportion de mollusques dont les espèces sont encore vivantes; miocènes, quand la proportion atteint 17 pour 100; etpliocènes, quand elle monte de 35 à 95 pour 100. Jamais les vices d'une nomenclature tout arbitraire, ne se montrèrent plus fâcheusement ; à cette beure, elle n'offre plus aucun rapport étymologique exact, non plus que les termes post- pliocène, pleioslènef etc. Il serait grand temps de renoncer à ces dénominations toutes fictives. La période tertiaire offre plus quaucune autre peut-être, une assez grande uniformité; ni la feune ni la floio tertiaires ne contredisent la possibilité de l'existence de Tbomme à ses dates les plus anciennes et jusqu'au moment où une grande partie de notre hémisphère s'est recouverte de glaces ; les documents exhumés par M. Bourgeois et les remarques de M. Marlins,*8ur les traces préglaciaires de

Fie. 57

Fie. 65.

Fïs. 6|.

FiG. 57. Tôle de lance oimpanclide en obsidionne (Nouv.-Calédonic). — Fio. 58. Tétc de Inncc en silex |alluvions do la vallée de la Somme] . — Fjg. 59. Vue de face rrun grattoir en tydite monté sur un manche d'ivoire (Esquimaux). — Fig. 60. Vue de profil du même grattoir en lydite, monté sur un manclie d'ivoire [Esquimaux). — PiG. 61. (jratloir en silex (vallée de la Somme). — Fjg. 62. Grattoir en silex (vallée de la Somme). — Fio. 63. Hache polie en diorile (Indes anglaises). — FiG. 64. Hache polie en diorite (Angleterre). — Fio. 65. Hache polie en diorite (Amérique du Sud). — Fio. 66. Hache polie en basalte (France). — Fig. 67. Hache polie en diorite, montée sur bois (îles Solomon du Pacifique).

l'homme n*ont donc fait que confirmer une notion vraisemblable. Quant à la période glaciaire, son influence destructive n'a pas été absolue; la vie n'a point été anéantie sur notre hémisphère; bien des espèces ont survécu dans tous les genres qui ont de nouveau peuplé le sol après la retraite des glaciers, dont la fusion a été Tun des principaux agents de la configuration actuelle du sol. Toutes ces périodes ont été exceèsivement longues, tellement qu'il est impossible de les évaluer par les mesures ordinaires ^le temps. Quant à la période quaternaire, on a tenté diverses applications approximatives. Le D' Dowler a évalué l'âge des ossements humains découverts dans les tourbières de la Louisiane, où l'on a pu constater onze couches successives de forêts de cyprès et de chênes dont la durée totale, calculée d'après l'âge des troncs les plus vieux, doit être, au minimum, de cent cinquante-huit mille ans. k cinq mètres de profondeur, sous les racines d'un cyprès appartenant à la quatrième couche inférieure, on a trouvé du charbon de bois, un squelette humain dont la date établie d'après le calcul indiqué plus haut est au minimum de cinquante-sept mille six cents ans ; Lyell a déterminé par le calcul du temps nécessaire au dépôt des alluvions, que d'après les plus basses estimations la formation du delta du Mississipi a demandé cent mille ans; or, ï Natchez, Dickeson a trouvé un os pelviSn humain associé au mastodonte, et au megalonyx, dans un lœss ancien que Lyell a démontré être de formation antérieure au delta du Mississipi, et postérieure aux alluvions de la vallée de la Somme (U ancienneté de Vhomme, etc. p. 210). Les calculs de M. Morlot, fondés sur l'accroissement du cône formé par les matériaux transportés par le torrent de la Tinière, donnent, pour la formation de cette éminence environ cent siècles ; or, les débris humains les plus anciens que nous offre le cône de la Tinière, paraissent appartenir à Tâge de pierre le plus récent et remonter à une antiquité de cinq à sept mille ans.

Mais un autre cône au-dessus de celui de la Tinière, et qui appartient aux alluvions quaternaires, a, par les mêmes calculs, au moins mille siècles. Par des calculs analogues, M. Gillieron attribue une antiquité de six à sept mille ans à l'époque des habitations lacustres de l'âge de la pierre polie. Mais, dans la vallée du Nil, Homer a trouvé à la profondeur de 13 mètres un vase en poterie de terre ; ce qui, d'après des évaluations discutables sur Fépaisseur annuelle des sédiments, donnerait une antiquité de près de douze mille ans. Linant-bey a trouvé un fragment de brique rouge qui avait été enfoui à une époque fixée par des calculs semblables, à trente mille ans. On voit, par cette liste de tentatives que nous pourrions de beaucoup allonger, que la chronologie palcontologique est loin d'être uniforme. Si l'on passe aux formations tertiaires, les évaluations deviennent énormes. En sorte que les partisans de la transformation des espèces ne peuvent être gênés d'aucun côté par le temps, qui, dans cette question, f fait tout à l'affaire. » Quoi qu'il en soit, la chronologie préhistorique est un problème qui se présente avec tous les caractères que réclame la méthode positive. On peut donc en espérer la solution. (Trad.)

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