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7 Cocfu.
Fiii, IS. — (iuupc iiii'iliniic ol anli?i(»-posl('ricurc du crâne et du rîicJiis elici î'bürnnic. — A, Huiizon. — U, Lij;nc ^ep^é^cn^.^nl rinclinaUurt du baji^in par rap|>orl à riiorizon. (Beums et RoLUMita, ISouveaHJ elémetiis d anatomie dcacriptivet lig. 7.)
Di: L’HOMME ET DES .VMMAUX.
Chez l’homme, la colonne vericbrale, considérée dans son ensemble, offre une élé»anlc courbure siomoïdc (voyez lijr. 18); elle est convexe en avant, à la région du cou ( J ,2); concave dans le dos (5, 4), convexe dans les lombes (5, 0), et elle redevient concave dans la région sucrée (6, 7); cette lornie est duc en partie à la disposition des surfaces articulaires, des vertèbres ; mais elle est surtout déterminée par la tension élastique de bandes fibreuses ou ligaments qui unissent les vertèbres entre elles ; le résultat d’une telle structure est de donner beaucoup d’élasticité à toute la cbar- ^pente vertébrale et de diminuer la violence des chocs qui |X)urraicnt être communiqués à la moelle épinière et de la moelle au cerveau, par le fait de la locomotion dans la position verticale.
Constatons encore que pour l’ordinaire l’homme compte sept vertèbres au cou ; elles sont appelées cervicales. A celles-ci succèdent douze vertèbres dites dorsales, qui donnent insertion aux côtes et forment la portion supérieure du dos, d’où elles tirent leur nom; cinq vertèbres appelées lombaires se trouvent .à la région de ce même tronc; elles ne portent point de côtes distinctes ou libres; l’os sacrum, qui vient ensuite (fig. 19), est constitué par cinq vertèbres réunies ; cet os est antérieurement concave, solidement enchâssé entre les os de la hache et forme la paroi postérieure de l’excavation pelvienne ; enfin trois ou quatre petits os plus ou moins mobiles, et si petits qu’ils sont insignifiants, constituent le coccyx ou mteue rudimcnlaire (C',E,F).
Chez le gorille, la colonne dorsale est pareillement divisée en vertèbres cervicales, dorsales, lombaires, sacrées cl coccygiennes , et le nombre total des vertèbres cervicales cl dorsales réunies est le même que chez l’homme ; mais le développement d’une paire de côtes à la première vertèbre lombaire, qui est rare chez l’homme, est la règle chez le
BIjXIEV. 15
ll.U'POUTS \NATO)ll0L’Eî>
l'ic. lu. — Sacrum et Coccyx. — A, (ace auh/rieure : 1, luise du sacrum; 2, apophyses articulaires supérieures; 5, surface.s triangulaires latérales de la base; 4f lignes ou traces de soudure des vertèbres sacrées; 5, trous sacrés antérieurs; 6, sommet du sacrum; 7, faces latérales ; 8, cornes du coccyx; 9, base du coccyx. — B, face poxKrieiire : 1, ouverture supérieure du canal sacré; 2, apophyses articulaires supérieures ; 3, trous sacrés postérieurs ; 4, tubercules internes ; 5, tubercules externes des trous sacrés ; 6, crête sacrée; 7, cornes du sacrum; 8, facette auriculaire: 9, rugosités pour des insertions ligamenteuses: 10, cornes du coccyx. — ImertioHs mutculoires : A, muscle iliai|ue; B, muscle pyramidal; C, C', muscle coccygien; I), muscles spinaux postérieurs; E, releveur; F, F', grand fessier ; G, sphincter. (Btaisis et Boicii.iiid, Souceaux clemenlt (t'analomie descriptive, p. 38.)
gorille ; il suil de là que comme les verlèlires lombaires ne se distinguent des doi-sales que par la présence ou par l’absence de côtes libres, les dix-sept vertèbres dorso-lombaires du gorille sont composées de treize dorsales et de quatre lombaires, tandis que chez l’homme on compte douze dorsales et cinq lombaires.
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DK L'IlOMMK KT DES ANIMAUX.
Toutefois, non-seulement l’homme possède exceptionnellement treize paires de côtes (1), mais le gorille en compte quelquefois quatorze paires, tandis que le squelette d’un orang-outang qui est au Musée du collège royal des chirurgiens de Londres, a douze vertèbres dorsales et cinq lombaires comme l’homme. Cuvier note le même nombre chez un hijlobalex. D’un autre côté, parmi les singes inferieurs, plusieurs possèdent douze vertèbres dorsales et six ou sept lombaires ; le douroucouli compte quatorze dorsales et huil lombaires ; et un Icmurien {slempx lardifji aditx) a quinze vertèbres dorsales et neuf vertèbres lombaires.
La colonne vertébraledu gorille, dans son ensemble, diffère de celle de l’homme par le caractère moins marque de scs courbures (2), notamment par la moindrecoiivexité de la région lombaire ; les courbures existent néanmoins et sont tout à fait évidentes chez les jeunes squelettes de gorille cl
(1) » Plus d'une fois, dit Camper, j’ai rcnconlré plus de .six vertèbres lombaires cliei l'hoinnic; une fois j’ai reiieonlré treize côtes et quatre vertèbres lombaires. » Fallopc a fait la même découverte, et Eustacbe a trouve une fois onze vertèbres dorsales et six lombaires (P. Cam|>er, (lEuvivs, t. I, p. 12). Ainsi que Tyson le rapporte, son « pygmée » avait treize paires de côtes et cinq vertèbres lombaires. La question des courbures du raebis chez les singes demande des études plus complètes.
(2) « Les trois courbures de la colonne vertébrale, dit M. Pruner-bey, ne sont jamais aussi prononcées ebez le nègre que chez le Tourauicn et chez l'Aryen. » (Mém. sur les nègres.) L'anatomie comparée des courbures du raebis est une question presque entièrement neuve qui inérilcrait une étude spéciale. ,M. Duchenne (de Boulogne), dans son savant ouvrage (Physiologie des mouvemenls, Paris, 1867, p. 728), a tout récemment étudié la courbure lombo-sacrée qu'il a trouvée chez quelques sujets tellement prononcée, (ju'il la désigne sous le nom d'ensellure (voyez fig. 10; s et b). Il raïqiellc à cette occasion la catnbrurc des Andalouses, des Péruviennes, des femmes de Boulognesur-Mer et des llottentotes. M. G. Lagneau, reprenant cette question, a fait de celte ensellurc un caractère ethnique ; mais NM. Martin de .Moussy cl Guerlain voient là le résultat de certains exercices; MM. Giraldès et U. Trélat font intervenir la pathologie et supposent que certains cas d'incurvation lombo-sacrée pourraient être dus au rachitisme (voyez lSull.de la Soc. d'anlhr., 1866, p. 655, et 1867, p. 105). (Trad.)
VM
RAH'ÜUTS AiSATOMlQUES
de chimpanzé, qui ont élé préparés en conscrvanl les ligaments. D’un autre côté, les jeunes orangs, pareillement conservés, olTrent une colonne vertébrale ou toute droite ou même concave par sa face antérieure dans toute la région lombaire.
En sorte que si nous prenons les caractères que nous venons d’exposer ou tels autres inférieurs, par exemple ceux qui sont tirés de la longueur proportionnelle des épines des vertèbres cervicales, il n’y a aucun doute possible quant à la différence notable qui se révèle entre l’homme et le gorille; mais semblablement aucun doute ne peut exister que des différences tout aussi notables puissent être constatées enti'c le gorille et les singes inférieurs.
IjC j)elvis ou ceinture osseuse des hanches est une partie lrès-im[X)rtante de l’organisation deriiomine; les os coxaux, développés en hanches osseuses, donnent soutien aux viscères dans la position verticale habituelle, et leur superlicie est suffisante pour l’insertion des grands muscles qui lui permettent de prendre et de conserver cette attitude ; sous ces rapports, le pelvis du gorille diffère considérablement de celui de l’homme (fig. 20), mais sans descendre plus bas que le gibbon ; voyez combien, sous ce même ra|)port, il diffère plus du gorille que celui-ci ne diffère de l’homme. Remarquez les os coxaux plats et étroits, cette ouverture rétrécie et allongée, et les éminences ischialiques grossières, incurvées extérieurement, sur lesquelles le gibbon repose habituellement et qui sont revêtues par ce que l’on a appcilé crt//o.v(té.v, couches épaisses de peau tout aussi absentes chez le goiille que chez le chimpanzé et l’orang que chez l’homme (1).
(1) Signalons ici les travaux de M. Joulin sur le liassin des races liuiuaine!' et des mammifères (drcA. gru. tk méd., janv. et juill. IStiA), et le méiiioire très-complet de M. Pruner-liey {üu bassin dans les races humaines, in Bull.
DE L'tlOMME ET DES ANIMAUX. 1!)7
Chez les singes infcrieui-s, et chez les Iximuriens, la
Fie. 20. — Vues aiilérieures et intérale» du liatain de l’homme (A), du gorille (Bj et du gibbon [C), réduilea d'après des dessins faits sur nature, de la même grandeur ahfoluc, par N. Waterhousc Hawkins.
de la Soc. d'anthr., 186i, p. 902). Vorez aussi, .sur le bassin ti un IloUenlol, comparé h deux Européens, A un chimpanzé et A un gorille, J. AVjinan, Ou the Skelelon of a Hotlentol (Anthropologkal Dm>w, ordober 1 805). {Trnd.)
différence devient plus frappante encore, et le bassin acquiert dans son ensemble les caractères de celui des quadrupèdes.
Uevenons maintenant à un organe plus noble et plus caractéristique, celui par lequel l’ossature humaine semble être et est en effet si fortement distincte de toutes k*s autres — je veux dire le crâne. Les différences qui existent entre le crâne d’un gorille et celui d’un homme sont en î-éalilé considérables (fig. 25). Chez le premier, la face lar-
I ?r.. tïi. — CrjQfi européen (Prichartl). Fig. 22. — Crâne de nègre (Priciiard).
gement constituée par des os maxillaires massifs, domine la portion du crâne qui contient le cerveau ou crâne propre-
PE L'HOMME ET DES ANIMAUX
ment dit. Chez le second, les proportions sont inverses : chez l’homme, le trou occipital, à travers lequel passe le volumineux cordon nerveux qui unit le cerveau aux nerfs périphériques — et qui est appelé moelle épinière — est situé derrière le centre de la base du crâne qui se trouve ainsi en parfait équilibre dans la position verticale ; chez le gorille, il est situé au tiers du {toslérieur de cette bfise (1); chez l’homme, la surface du crâne est relativement lisse, et les arcjides sourcilières ne s’avancent généralenaent que fort peu, tandis que, chez le gorille, d’énormes crêtes se développent sur le crâne, et que les arcades sourcilières surplombent en bourrelets les cavité orbitaires à la manière des verandahs.
Cependant quelques coupes pratiquées sur le crâne du gorille montrent que la plupart de ces imperfections apparentes ne dépendent pas tant de l’insuffisance de la boîte cérébrale que d’un développement excessif de certaines parties de la fac»!. La «ivité crânienne n’est pas d’une
(1) GrJliolet, dans mie de ses dernières conimimiBitions à ta Société d'anthropologie, a dit que, étiez l’hoirinic, te plancher supérieur de l’orbite est cnlièrenienl recouvert par le cerveau; chez te chimpanzé, te tiers sujiérieur do l’orbite est seul recouvert, et, chez te gorille, celte disposition se prononce encore plus. On arrive, ajoute-t-il, è démontrer ce fait par une expérience très-simple ; en enfonçant une tige métallique, chez le crâne humain, au-dessus de l'arcade sourcilière, elle pénètre dans la cavité crânienne; chez te chimpanzé, on y arrive encore en donnant à la tige une direction un peu plus oblique; mais, chez le gorille, ce n’est plus dans l'intérieur du crâne que la tige vient faire saillie, inaLs dans la cavité orbitaire (Bull, de la Soc. d'anthr., 1864, p. 6,'il). C. Vogt a répété la même expérience chez les microcéphales, comparés aux blancs, aux nègres et aux singes. Le résultat constant, dit-il, est que le plan mentionné (tiye de Gratiolet) couperait une partie considérable du lobe cérébral antérieur, plus considérable chez le titane, moindre chez le nègre, d’une longueur de 2 ou 3 millimètres chez le chimpanzé, point du tout chez le gorille, et selon leur degré de développement mental, de 0 à quelques millimètres chez les microcéphales (Mi'moiresur les iincrûcéohalc.s, Genève, 1867, p. 55). (Tend.)
forme (léfccl lieuse el le crâne n’est pas véritablement aplati ou excessivemenl fuyant; ses courbes sont réellement bien dessinées, mais elles sont masquées par la masse osseus»‘ qui est conslriiile sur sa face antérieure (fig. 2ô).
Toutefois, la voûte orbitaire qui s’élève plus obliquement dans la cavité crânienne, diminue ainsi l’espace où se loge la partie inférieure des lobes antérieurs du cerveau (1) ; en sorte que la capacité absolue du crâne est beaucoup moindre chez le gorille que chez l’iiouimc. Autant que je sache, on n’a signalé aucun crâne liumain d’adulte dont la contenance fût moindre de 02 pouces cubes (1015 centimètres cubes) , le plus petit des crânes observés par Morton dans toutes les races humaines mesurait 65 pouces (1021 cent, cubes) ; d’un autre côté, le plus vaste crâne du gorille qui ait été mesuré, n’a pas plus de 54 pouces ; (550 cent.). Disons, pour simplilier les chiffres, que la capacité crânienne de l’Iiomme le plus inférieur est double de celle du gorille le plus élevé.
(1) Un a afiirme que certains crânes hindous ne contiennent que 27 onces (t'ean (S57 grammes), ce qui doimcrait mu- capatilc d'environ 47 pouces cubes (700 cent. c.). Cependant la plus petite capacité que j'aie citée ]dus haut est l'Ialilie d'après les précieuses tables publiées par le professeur 11. Wagner, dans les VorMudkn xu eincr wissenscliaftlichen Dlorphiilonie und Physiologie des .Veiischliehen Gehirns. lar résultat des pesées pratiipiées sur plus de 0110 cerveaux luunains a été, au rapport de Wagner, que la moitié pesait entre 1,200 et 1,400 grammes, et qu'environ b‘s deux neuvièmes, consistant pour la plupart en cerveaux masculins, pesaient 1,400 grammes. Le plus l<^ ger cerveau d'iiomnie adulte cl sain d'esprit constaté par W.ngncr ))csail 1,020 grammes, launmc le gramme est égal ti l.‘> grains 4, et que 1 pouce cube d'eau contient 2.‘>24 grains, cette quantité é(|uivaut à 02 pouces cubes d'eau ; de sorte que, comme la sutistance cérébrale est plus lourde que l'eau, nous sommes parfaitement sûrs que le chiffre de 02 pouces cubes (1005 centimètri'S cubes) ne saurait, en aucun cas, être diminué, el qu'on peut avec certitude le considérer comme le plus petit cerveau humain. Un seul cerveau mélo d'adulte, qui ne pesait pas plus de 070 grammes était celui d'un idiot; mais le cerveau d'une femme adulte, qui semble avoir joui de facultés mentales parfaitement saines, ne pesait pas plus de 007 grammes (.55,3 pouces
DK L’HOMME ET DES ANIMAUX
Sans aucun cloulc ces différences sont Irès-frappanles ; mais elles perdent beaucoup de leur apparente valeur systématique quand on les examine en regard de certains autres faits, également indubitables, relatifs aux capacités crâniennes.
Le premier des ces faits est que la différence de volume delà cavité crânienneest, absolument, beaucoup plus grande, enlre certaines races bumaines qu’entre l’homme le plus inférieur et le singe le plus élevé, tandis que, relativement, cette dilférence est à peu près égale; le crâne humain le plus volumineux, mesuré |)ar Morton, contenait en effet 114 pouces cubes (1,867 c. cubes), c’est-à-dire qu’il avait près du double de la capacité du plus petit (1). Cette prépondérance, représentée par 52 pouces cubes (852 centim. cubes), est beaucoup plus considérable que celle dont le crâne humain adulte le plus inférieur surpasse le plus volumineux des crânes du gorille (02 — 54 J = 27 1015 cent,
cubes — 551 =464 cent, cubes). Secondement les crânes de gorilles adultes qui, jusqu’à présent, ont été mesurés, offrent des écarts qui vont jusqu’au tiers environ, la capacité maximum étant 54,5 (552 cent, cubes), le minimum étant 24 (595 cent, cubes). Troisièmement enfin, après avoir tenu compte des différences de taille, on trouve que les capacités crâniennes de quelques-uns des singes
cubes (l’enii), et Rcid parle d’un cerveau de femme adidte d’une capacilé encore inférieure. Le cerveau le plus lourd , sur les tables de Wagner (1,872 grammes, ou environ 115 pouce.s cube.s) est neanmoins relui d'une femme; puis vient celui de Cuvier (hSI’il grammes), puis Byron (1,807 grammes), enfin celui d’un fou (1,783 grammes). Le cerveau d'adulte le plus léger (720 gr.immcs) est celui d’une femme idiote. Les cerveaux de cinq enfants âgés de quatre ans pesaienl- entre 1 ,275 et 992 grammes. De sorte que l’oii peut dire, en toute sécurité, qu'un enfant européen Agé de quatre ans, qui serait dans la moyenne, a un cerveau deux fois aussi volumineux que celui d'un gorille adulte.
(1) Le pouce cube anglais = 18.586 c. cubes.
inferieurs descendent au-dessous de celle des singes les plus élevés, presque autant que ces dernières s’éloignent de celles de l’homme (1). En sorte que, d’une part, même au point de vue si im|)ortant de la capacité crânienne, les hommes peuvent différer plus profondément les uns des autres qu’ils ne diffèrent des singes; et que, d’autre part, les singes inférieurs se distinguent tout autant des singes supérieurs, que ct« derniers se distinguent de l'homme. Cette proposition sera mieux démontrée par l’étude des modifications que subissent les autres parties du crâne dans la série simienne.
C’est le volume relativement considérable des os de la face et la grande projection des mâchoires qui donnent au crânedu gorille son petit angle facial et son caractère animal. Mais si nous considérons le volume des os de la faœ, par rapportau crâne proprement dit, le petit Ckrysolrix (G. Saïmiri, Platyrrhiniens, lig. 25) diffère notablement du gorille et de la même façon que l’homme lui-même en diffère; tandis que les babouins (Cynocéphales, fig. 25) offrent, à un degré excessif, les massives proportions de la mâchoire du grand anthropoïde, de sorte que son visage, auprès des leurs, semble doux et humain. Les différences entre le gorille et le babouin sont mêmes plus grandes qu’elles ne paraissent au premier abord, car la grande masse faciale du premier est due principalement au déveveloppcment inférieur ou vertical des mâchoires, carac-
(t) Vogt a donné un t.ibli'au très-complot des capacités crâniennes de 50 singes anthropomorphes, le maximum lui étant fourni par un vieux gorille (thivciTioj) qui jaugeait 500''"‘,' le minimum par un jeune orang qui jaugeait 280'. (.Win. sur tes microcéphales, p. 79.) Quant aux microc<‘phalos, le maximum des adultes, sur sept cas qu’il a étudiré, a clé 022% le minimum 4(!0'. (toc. cil., p. 54.) Si, avec Vogt, on reconnaît que les microcéphales sont des hommes (et s’ils ne. sont point des hommes, que sont-ils donc?), on voit que la série des volumes est complète. {Trait.)
OK l/nONME KT DES ANIMAUX.
IC. 25. — Soi'lion^ du orâne do l'iiommc et de dilTi'ienU »in|!es, dc!«sm(‘'C:« de fn<;oif à donner )Hmr cincun d'eux la mdme Inn^nieur et à niuiilrer par )i les pro|iortions des os de la face. La li^iio b inditjue le plan d tiiserlion de la tente du ccr*
ItAI'l'ORTS ANATO.MIOIIKS
1ère cssenliellemenl liuinain si on le compare au déveveloppeincnt presque exclusivement horizontal et éminemment bestial des mêmes parties, qui caractérise le babouin et plus particulièrement encore distingue le lemurien.
Semblablement le trou occipital des mycèles (fig. 25) cl plus encore celui des lémuriens est tout à fait reporté à la face postérieure du crâne; c’est-à-dire que, par rapport au gorille, il est placé aussi en arrière que l’est, par rapport à l’homme, celui du gorille; d’ailleurs, comme pour rendre plus évidente encore la futilité de chercher à établir une solide classification sur de tels caractères, le même; groupe de platyrrhiniens ou singes américains, auquel appartient le myedex comprend le chryxolliryx (G. Saïmiri), dont le trou occipital est placé bien plus en avant quechez tout autre singe et occii[)e à peu près la même place que chez l'homme (1).
(1 ) La |M)silion du trou occipital détermine la valeur de l'angle sphenofilal formé par l’interseelion d’une ligne qui part de la racine du nez au point nasid avec une ligne qui, partant du hurd anterieur du trou occipital, rencontrerait la première au bord antérieur de la selle lurcique ou point spliéno'idal. Cet angle, signalé pour la première fois par Virchow, étudié par Welcker, et dont la mensuration a été heureusement facilitée par Broca (lliill. anthr., 1805, p. î)6i), mesure exactement le développement de la face par rapport au cnine; on peut s’en assurer sur la planche 25, qui, faite dans un autre but, montre bien les valeurs angulaires par des lignes qui seraient tirrés approximativement des points ci-dessus indiqués. L'angle facial ou de Camper, formé par le plan de l'horizon avec la ligne qui passe par les parties saillantes du front et de la mâchoire supérieure, montre, au contraire, le développement du front. Il grandit, toutes choses supposées égales, avec l'intelligence; l'angle sphénoïdal diminue â mesure que s'accroissent les facultés mentales. La moyenne de trente crânes d'hommes allemands est, d'après Welcker, 154';
veau qui sépirc celui-ci du cervelet; d, nxe du trou occipital. L'étendue de la cavité cén'dirnle au-delà de C, qui e.sl la pci-pi iidiculaiic élevée sur b au ixiinl où la tente est altochée en arrière, indique la quantité dont le cerveau dépisse le cervelet ; la cavité cérélvelleuse e.st teintée en noir. En couqMranI ces diai gramuics, on se souviemlra que des ligures sur une aussi petite échelle ne sont destinées qu'ù démontrer les informations du texte, mais que la preuve doit être cherchée dans les ohjeLs cux-iiiétnes.
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UK L IIO.M.ME ET DES AMMAÜX.
Enfin, le crâne de l’orang (lig. 24) est aussi dépourvu de proéminences sourcilières excessives que l’est celui de l’homme lui-même, quoique quelques variétés offrent en d’autres régions des crêtes osseuses considérables; chez quelques-uns des singes cebiens et chez le chrysothrix, le crâne est aussi lisse et aussi arrondi que chez l’homme lui-même.
On conçoit que ce (jui est vrai des caractères fondamentaux du crâne est vrai a fortiori pour ceux qui sont d’une moindre importance; ainsi pour chaque différence constante entre le crâne de gorille et celui de l’homme, une différence similaire non moins constante et du même ordre (c’est-à-dire consistant dans l’excès ou dans l’absence des mêmes qualités) peut être démontrée entre le crâne du gorille et celui de quelque autre singe. En sorte que, pour le crâne non moins que pour le squelette en général, cette proposition se vérifie : que les différences entre l’homme elle gorille sont d’une moindre importance que celles qui existent entre le gorille et quelques-uns des autres singes (1).
Après avoir étudié le crâne, il convient maintenant de l«rlcr des dents, organes qui ont une valeur particulière
trente crânes de femmes, 158"; six crünes de nègres, 144°; un crâne de chimpanié, 149°; un orang jeune, 155"; un vieux orang, 174°. On voit que la série est très-graduée. Vogt, dans son parallèle si minutieux entre les microcéphales et les anthropomorphes, a ctahli que les premiers a ont primitivement le trou occipital placé autant en arrière de la boite crânienne que les singes anthropomorphes, mais que cette position s’améliore en ce que par l’accroissement moindre des mâchoires, sa position relativement à la base du crâne devient meilleure sans cependant atteindre les proportions humaines d'aucune race. • {.Wiii. sur les microcéjihales, p. 94.) (Trad.)
(I) Bor]' de Saint-Vincent a écrit, en 1825 : « Abstraction faite du développement de l'intelligence, il y a certainement plus de différence dus orangs aux guenons et aux autres singes à queue qui sont confondus avec ces animaux dans Tordre des quadrumanes de Cuvier, que des orangs à Thomme. » {Article Homme du Dict. dass. d'h'sl. nal., tiré à part, p. 4.) (7'rnd )
2UÜ
p. vpi'oiiis .\\ \To\iiiji i;s
dans la classilication, ot dont les analogies ou les dissemblances, quant au nombre, à la forme et à l’ordre de succession, prises dans leur ensemble, sont habituellement considérées comme offrant, plus que tous les autres caractères, de fidèles indications sur les affinités organiques.
L’homme est pourvu de deux sortes de dents : les dents dites de lail et les dents permanentes. Les premières consistent en quatre incisives ou dents tranchantes ; deux canines (ou eye tcct/i), quatre molaires, ou dents qui broient, à chaque mâchoire, formant un total de vingt dents. Les
Il r, 1. i: 1» c 11 A
20. — DcuU (cote gauche de la mâchoire]. — A, première incisive ; U, seconde incisive; C, canine ; D et E, petites molaires ; F, G et H, grosses molaires.
dents définitives (lig. 26 ) comprennent quatre incisives, deux canines, quatre petites molaires, appelées prémolaires ou fausses molaires, et six grosses molaires à chaque mâchoire, en tout trente-deux dents. A la mâchoire supérieure, les deux incisives centrales sont plus larges que les deux incisives latérales ; celles-ci sont au contraire plus larges que les centrales à la mâchoire inférieure; les couronnes des molaires supérieures nous montrent quatre tubercules appelés cuspides, et une saillie traverse obliquement la surface de la couronne de la cuspide interne et antérieure à la cuspide externe et postérieure. Les molaires antérieures et inférieures ont cinq cuspides, trois externes et
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deux iulcrncs. Les fausses molaires onl deux cusjodes, une interne et une externe, celle-ci étant la plus élevée.
Sous tous CCS rapports la dentition du gorille peut être décrite dans les mômes termes tjue celle de l’homme, mais, à d’autres égards, elle montre plusieurs différences importantes (fig. 27). .\insi les dents humaines forment une série constante et régulière sans aucune interruption cl sans aucune saillie notable de l’une de ses dents au-dessus du niveau commun (fig. 27, A) ; Cuvier a depuis longtemps signalé celte particularité, ({ue n’offre aucun autre mammifère, sauf l’espèce depuis longtemps éteinte à laquelle on a donné le nom i’nnoplotherium, créature aussi différente de l’homme que l’on peut l’imaginer (1).
Les dents du gorille, au contraire, montrent une interruption ou intervalle appelé diaslème, dans les deux mâchoires : à la mâchoire supérieure, au-devant do la canine ou entre celle-ci et l’incisive latérale; (B, i) à la mâchoire inférieure après la canine ou entre la canine et la première fausse molaire. Dans cet intei valle, à chacpie mâchoire, se place la canine de la mâchoire opposée, le volume de la canine chez le gorille étant tel qu’elle se projette cominc une. défense de sanglier, de beaucoup au delà du niveau des autres dents. De plus, les racines des fausses molaires du gorillesont pluscomplexes que celles de l’homme, et le volume proportionnel des grosses molaires est différent (2). La
(t) Espèce de tapir tertiaire trouvé dans les "ypses de Montmartre. {Trad.)
(■2) En général, selon IVuncr-bey, la seconde molaire surpasse la première en volume chez les singes; chez l'homme, la première molaire est plus volumineuse que la seconde. Chez les .singes, la dernière molaire est généralement plus grosse que la seconde, en sorte que le volume des molaires, et meme des fausses molaires, irait croissant, tandis qu'il irait à peu près en diminuant chez l'homme. Mais quelques observations récentes, faites sur des crènes d'Australiens (juillet 18ü7) par M. Prnner-hey lui-même, le portent li mettre en doute la constance du volume relatif des molaires chez l’homme. Quant à
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couronne do la dernière molaire de la mâchoire inférieure est jdus complexe, et l’ordre d’éruption des dents délinitives est différent; les canines permanentes se montrent chez riiomme avant la deuxième et la troisième molaires; elles SC montrent après celles-ci chez le gorille.
Ainsi, tandis que les dents du gorille ressemblent étroitement à celles de l’homme,* quant au nombre, au genre et à la disposition générale de leur couronne, elles montrent des différences marquées à des points de vue secondaires tels que leurs formes relatives, le nombre de leuis saillies et l’ordre de leur évolution.
Mais si l’on compare les dents du gorille avec celles d’un singe, ne fût-il même pas plus éloigné que le cynocéphale ou babouin, on trouvera que des différences et des analogies du même ordre peuvent être facilement observées ; il est vrai que beaucoup des points par lesquels le gorille ressemble à l’homme sont ceux par lesquels il diffère du babouin, tandis que les caractères distinctifs du gorille et de l'homme se retrouvent à un degré plus marqué chez le cynocéphale. Le nombre et la nature des dents demeurent analogues chez le babouin, de même que chez le gorille cl chez l’homme. Mais la forme des molaires supérieures du babouin est tout à fait dÜTércnte de celle qui est décrite ci-dessus ; les canines sont proportionnellement plus longues
l'ordre d'éruption dos douls définitives, cliez les anthropoïdes, il est bien difficile, vu le petit nombre de sujets ([uo l'on a pu examiner, et inatgrc l'autorité d'Owen et de Üuvernoy, de croire que nous en connaissions tes lois. Enfin, pour ce qui est du diastème, de l'égalité et de la continuité de la série dentaire, Vogt fait remarquer que a souvent la canine liuinaine dépasse le niveau des autres dents et se loge dans un vide ménagé entre les pointes des dents opposées, la saillie <nrrcs|iondant aux racines des canines est quelquefois aussi ap|iarente que chez les singes à petites canines. » {Le(ons sur l'homme, p. l'J5.) Il constate aussi parfois l'existence d’un diastème. {Trad.)
DE L’HOMME ET DES ANIMAUX
ot plus ncUcmcnt laillécs en couteau. La fausse molaire anterieure de la mâchoire inférieure est spécialement modifiée ;
I IC. ‘27. — Vues latérales de la meme longueur de In mâchoire siijuTicnrc de plusieurs primates.— A, homme; B, gorille; G, cynocéphale; l>, céhien; E.chciromrs. — î, incisives; f, canines; pm, prémolaires; ni, luotuires ; une ligne verticale passe par la premiôic molaire de riiommc (A), du (loriilt: (B), du Cynoi t^phalc (C) et du Cébien (il), ha l'aco iiiféricure de la seconde molaire est deasinée pour ch»' cunc de CCS trois espèces ; ses angles antérieurs cl internes sc trouvent exuetement au-dessus de la lettre in dans m'*.
HÜXIEY. li
210 UAPl'ORTS ANATOMIQUES
la molaire jtoslérieuic de la mâelioire inférieure esl encore
plus large et plus complexe que chez le gorille.
Si nous passons des singes de l’ancien monde à ceux du nouveau, nous rencontrons une modification d’une im|)ortancc plus considérable qu’aucune de celles-ci. Dans un genre tel que celui des cebiem, par exemple, on trouvera (pie tandis que sur quelques points secondaires, tels que la projection des canines et le diastème, la ressemblance avec le grand singe persiste, sur d’autres points plus importants la dentition est extrêmement différente. Au lieu de vingt dents de lait on en trouve vingt-quatre; au lieu de trentedeux dents [icrmanentes on en comjite trente-six, et le nombre dis fausses molaires est accru de huit à douze. Quant à la forme, les couronnes des molaires .sont très-différentes de (telles du gorille et encore plus du type humain.
D'un autre côté, les marmousets nous montrent le même membre de dents que l’homme et le gorille; malgré cela, leur dentition est très-différente, puisqu’ils ont quatre fois plus de fausses molaires que les autres singes américains: mais comme ils ont aussi quatre fois moins de vraies molaires, le chiffre total reste le même que chez l’homme. ISi maintenant nous arrivons aux Lémuriens, nous trouvons (pie la dentition devient encore plus profondément cl essentiellement différente de celle du goi ille. Les incisives commencent à varier en nombre et en forme, les molaires acquièrent de plus en plus le caractère des insectivores, et dans un genre, l’aye-aye (Cheiromiens), les canines disparaissent et les dents simulent complètement celles d’un rongeur (lig.27).
Tontes ces considérations rendent donc nos conclusions évidentes : quelques différences que puisse offrir la dentition du singe le plus élevé, comparée à celle de riiomme, ces différences sont bien moins étendues que celles que l’on
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HK L'HOMME ET DES A.MMAIX
■Ml
|ieiit Cüiislaler entre la denlilion des singes supérieurs el celle des inférieurs.
Ouelquo partie de l'économie animale, quelque série de muscles, quelque viscère que nous choisissions pour tracer un parallèle, le résultat resterait le même : nous trouverions que les singes inférieurs et le gorille diffèrent plus entre eux tpie le gorille et l’homme. Je n’essayerai point ici lie |K)ursuivre en détail toutes ces coinj)araisons, el en vérité il n’csl point nécessaire que j'aille plus loin dans celle voie. Mais il reste à examiner certaines différences de structure, réelles ou su[»posées entre rhouimc el les singes, sur lesquelles on a tant insisté dans ces derniers temps, qu’elles demandent uncéludeallcnlive, en vucdc déterminer rcxacle valeur de celles qui sont réelles, el de démontrer la futilité de celles qui sont fictives; je veux jwrler des caractères de la innin, du pied el du cerveau.
Un a défini l’homme comme le seul animal qui possédât deux mains à l’exlrémilé des membres supérieurs el deux pieds terminant scs membres inférieurs, tandis que tous les singes avaient quatre mains ; on a de plus alïirmé qu’il différait fondamentalement de tous les singes quant aux caractères de son cerveau, qui seul, a-l-on étrangement el obstinément soutenu, montre les parties connues des anatomistes sous les noms de lobe poüérienr, de rorne poslérieure du ventricule latéral cl de ijeiit Itippocampe.
Que la première proposition ail été généralement admise, cela n’a rien de surprenant, caries apparences, tout d’abord, sont en sa faveur; mais quant à la seconde, on ne peut qu’admirer l’atidacc sans égale de celui qui l’a énoncée, car non-seulement elle est en opposition avec les doctrines généralement et justement admises, mais elle est ouvertement déniée par le témoignage de tous les ob-
llAl'POKTS ANATOMIQUES
servateurs originaux qui ont spécialement étudié la question; de plus, elle n’a jamais été et ne peut être appuyée par aucune préparation anatomique. Elle serait donc indigne d’une réfutation sérieuse, si l’on no savait que, dans l’opinion générale et naturelle, des assertions délibérées et réitérées doivent avoir quelque fondement.
Mais, avant que nous puissions discuter la première question avec utilité, considérons avec attention et comparons la structure de la main et celle du pied humains, de façon que nous ayions des idées claires et distinctes sur ce qui conslitue une main et sur ce qu’est un pied,
La forme extérieure de la main humaine est familière à chacun : elle est constituée par un poignet solide suivi d’une large paume composée de chairs, de tendons et de |>eau, qui relient quatre os, lesquels se divisent entre quatre extrémités longues et flexibles, les doigts; — chacun d’eux porte sur la face dorsale de sa dernière subdivision un ongle large et aplati. Le plus long écartement entre deux doigts quelconques est un peu moindre que la moitié de la longueur de la main; du côté externe de la base de la paume, un doigt volumineux se détache qui compte deux articulations au lieu de trois, et si petit qu’il ne s’étend guère au delà du milieu de la première articulation du doigt voisin; de plus, il se distingue par sa grande mobilité, grâce à laquelle il peut être porté en dehors, pres(iue à angle droit avec la masse des doigts. Ce doigt est nommé pollex, ou pouce et, comme les autres, il porte un ongle aplati sur la face postérieure de sa dernière articulation.
En con.séquence de .ses proportions et de sa mobilité, il est ce tjue l’on appelle opposable; en d’autres termes, son extrémité peut, avec la plus grande facilité, être mise en contact avec les extrémités de tous les doigts; propriété
DE L'HOMME ET DES ANIMAUX
d’où dépend en si grande partie la possibilité de réaliser nos conceptions.
La forme du pied diffère considérablement de celle de la main, et toutefois si on les compare rigoureusement, on s’aperçoit qu'ils offrent quelques ressemblances singulières. \insi la cheville correspond au poignet, la plante à la paume, les orteils aux doigts, le gros orteil au pouce. Mais las orteils ou doigts du pied sont beaucoup plus petits que les doigts de la main et bien moins mobiles; ce défaut est très-frappant dans le gros orteil qui, en outre, est, par rapport aux autres orteils, baaucoup plus gros que ne l’est le pouce par rapport aux doigts. Toutefois, en examinant ce point, n’oublions pas que le gros orteil civilisé, enfermé et comprimé depuis l’enfance, n’est point vu sous son jour le plus favorable, et que chez les peuplades non civilisées et qui marchent nu-pieds, il conserve une grande mobilité et même une sorte d'oppostabllité. On dit que les bateliers chinois peuvent s’en servir pour rarner, les ouvriers. du Bengale pour tisser et les Ca rajas pour voler les lignes des pêcheurs ; néanmoins, on doit se rappeler que la conformation das articulations et la disposition des os rendent nécessairement la préhension beaucoup moins parfaite avec le gros orteil qu’avec le pouce (1).
(1) Bory de Saint-Vincent a, le premier, rapporté le fait des résiniers des Landes, qui se cramponnent du pied gauclie contre l’arbre d'où ils recueillent la résine. • Il en résulte, dit-il, que les pouces se contournent, deviennent exactement opposables et acquiérent une certaine facilité de mouvements qui fait que le résinier peut s’en servir pour arracher l'écorce, saisir l'instrument qui sert ù entailler, remuer en tous sens et enlin aider ù ramasser les plus petits objets... » (Loc. cil., p. 40). Bory avait employé un ouvrier résinier qui .savait écrire avec scs pieds. M. Broca a cité le cas d’un homme • qui se sc'rvait de .son pied couiine d'une véritable main et de son orteil comme d'un pouce. » Il croit même se rappeler que cet homme, de la sorte pouvait cniiler d(“s aiguilles {Bulletins de lu .Soc. d'niithr. 1 SCO, p. 55). [Trad.)
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2U lUl’I'ORTS ANATOMinrKS
Mais, pour acquérir une notion pré-cisc des analogies et des difft‘rcnccs de la main et du pied et de leur caractère distinctif, pénétrons sous la |)cau et comparons la cliarpente osseuse et les appareils de mouvements de l’un et de l’antre (fi". 28 et 29).
Tir.. Squclelte (le la main Ho
rhominc n'Huil d’après les dessins du docteur Carter dans l’Anatomio de Gray.
1/8 main eal dessinée à une è'clicllo plus ^^raiide que le pied. La ligne a a de la main indique U limite entre le ear|^c et le métacarpe; h b, celle entre le métacarpe et les phalanges suivantes; c C innnpio ri'xlrémilé des phnlamreUes.
Fig. 20. ~ Squelette du pied do l'iioinmc. La ligne a*if du pied dé* signe les limitas du tarse et du tnotatarso; b' celles du inélalarse c*t des promièi'QS phalanges; & (f ^ l'extrémité des pliniangcttes; ca^ leralcanéiiin; Tastmifale; xe. lus
sra]>lioide du tarse.
I,f sqiirlctlo (le la main nous montre, dans l.i ré"ion qm'
DE L’HOMME ET DES ANIMAUX
nous appelons poignet et qui est appelée tecliniquemeni le carpe, deux rangéo.s d’os polygonaux étroilement ajustées; chaque rangée en compte quatre qui sont sensiblement égaux en volume. Les os de la première rangée, avec ceux de l’avant-bras, forment l’articulation du poignet, et sont rangés de façon qu’aucun d’eux ne dépasse notablement les autres ou ne soit en retrait. Trois des os de la seconde rangée du carpe sont contigus aux quatre os longs qui supportent la paume de. la main. Le cinquième os long est articulé d’une manière plus large et plus ni(d)ile avec son os du carpe et forme la base du |)ouce. Ces os longs sont appelés miiacarpienx, cl ils portent les phalanges ou os des appendices digitaux; on en compte deux pour le pouce cl trois pour chacun des doigts.
Le squelette du pied est, à quelques égards, très-semblable à celui de la main : il y a trois phalanges à chacun des orteils, et deux seulement au gros orteil qui est l’analogue du pouce. Il y a lù un os long appelé métatarsien, correspondant au mélacar|)e, pour chaque appendice; et le lar.se, qui est l’analogue du carpe, |)résente en une rangée (jiiatre os polygonaux qui répondent très-exactement aux quatre os du carpe de la seconde rangée. A d’autres égards, le pied diffère notablement de la main. Ainsi le gros orteil est plus long que tous les autres, sauf un, et son articulation tarso-métatarsienne est beaucoup moins mobile que celle du métacarpe du pouce avec son carpe ou articulation carpo-métacarpienne. Mais une distinction l)caucouj> plus importante consiste en ce qu’au lieu de quatre os tarsiens de plus, on n’en compte que trois, et qu’il ne sont pas placés côte, à côte ou en une rangée. L’un d’entre eux, le calcanéum ou os du talon, projette au dehors un large appendice o.sseuxqui forme le talon ; l’autre, l’astragale, repose sur celui-ci par une de ses faces; il
n APPORTS ANATOMIQUES
conslilue, par l’union d’une autre de ses faces aux os de la jambe, l’arliciilalion du cou-de-pied, tandis qu’une troisième face, dirigée en avant, est séparée, par un os appelé scaphoïde, des trois os tarsiens de la rangée qui est contiguë au métatarse.
Il y a donc, dans la structure du pied et de la main, une différence capitale que l’on remarque cpiand on comjiare le carpe et le tarse; il y a aussi des différences de degrés observables quand on met en regard les proportions et la mobilité des métacarpiens et des métatarsiens avec leurs appendices respectifs. Les mêmas catégories de différences deviennent évidentes quand il s’agit des muscles de la main et de ceux du pied.
T rois couches principales de muscles, appelés fléchisseurs, ploient les doigts et le pouce, lorsque, par exemple, l’on ferme le poing, et trois couches (Vcriensenrs ouvrent la main et roidissent les doigts. Ces muscles sont tous appelés « muscles longs, » c’est-à-dire que la partie charnue de chacun d’eux, étant étendue et fixée aux os du bras, est, à l’autre extrémité, terminée par des tendons ou cordes arrondies qui passent dans la main et sont finalement attachés aux os que l’on doit mouvoir. Aussi quand les doigts sont fléchis, les parties charnues dc's fléchisseurs des doigts se contractent en vertu de leurs propriétés particulières comme muscles, et eu tirant ces cordes tendineuses déterminent la flexion des os des doigts vers la paume de la main.
Non-seulement les principaux flcchisseurs des doigts et du pouce sont des muscles longs, mais ils restent tout à fait distincts l’un de l’autre dans toute leur longueur. Au pied, il y a aussi trois muscles fléchisseurs principaux extenseurs ; mais l’un des fléchisseurs et l’un des exten- .seurssont des muscles courts, c’est-à-dire que leurs par-
DE L’HOMME ET DES ANIMAUX
lies charnues ne sont pas siUiées dans la jambe (qui répond au bras), mais sur le dos et sur la plante du pied, régions qui répondent au dos cl à la paume de la main.
De plus, quand les tendons du long fléchisseur des orteils et du fléchisseur propre du gros orteil atteignent la plante du pied, ils ne demeurent pas distincts l’im de l’autre à la manière des fléchisseurs de la paume de la main, mais ils .s’unissent et se mêlent d’une singulière façon, tandis que leurs tendons réunis reçoivent un muscle accessoire qui est en rapport avec le calcanéum.
Mais le caractère distinctif le plus absolu des muscles du pied est peut-être l’existence du long péronier, muscle long qui est appliqué sur l’os extérieur de la jambe, cl qui envoie son tendon à la cheville externe en arrière et en dessous de laquelle il passe, d’où il traverse obliquement le pied pour aller s’insérer à la base du gros orteil. Aucun muscle de la main ne correspond exactement à celui-ci, qui est éminemment un muscle du pied. En résumé, le pied de l’homme se distingue de sa main par les différences anatomiques suivantes :
1” Par la disposition des os du birsc ;
2* Par la présence d’un muscle court fléchisseur et d’un court extenseur des appendices digitaux du pied;
Par l’existence du muscle appelé long péi'onier.
Et maintenant si nous voulons déterminer si la division terminale d’un membre dans les autres primates doit être appelé pied ou main, nous serons guidé par la présence ou par l’absence de ces caractères, et non par les seules proportions et la plus ou moins grande mobilité du gros orteil, qui peut varier indéRuiment sans aucune modification capitale dans la structure du pied.
Ayant ces considérations présentes à l’esprit, venons-
RAPPOUTS ANATOMIQÜES
on inainlenant aux inombrcs du gorille. Les divisions lerminalcs du membre antérieur ne présentent aucune difficulté : os ]iour os, muscle pour muscle sont disposés essenliellemcnt comme chez l’homme ou avec des différences si minimes qu’elles s«; rencontrent chez les variétés d’hommes, La main du gorille est plus massive, plus lourde, et elle a un pouce proportionnellement un peu plus court que celui de l’homme (1). Mais personne n’a jamais mis en doute que ce ne fîlt là une véritable main.
(1) Pans unecominunicalion faite à l’Académie des sciences (17 août 1801), (Iratiolet a publié les recherches qu'il avait entreprises avec le concours de M. Alix, sur le bras et la main des anthropoïdes compares à ceux de rhoniiue. Il trouve que les muscles du pouce présentent une différence • capitale » cher le gorille et chez l'homme. Chez l'homme, le pouce est fléchi par un miLs<le indépendant, le long fWchiMCur, qui s'insère à l'extrémité antérieure de la seconde phalange du jiouce ; choi les singes, ce fléchisseur n'esl pas indépciitlant ; il est représenté par une division du tendon du muscle fléchisseur commun dis autres doigts; mais, chez le gorille cl chez le chimpanzé, ce muscle est n'aluit A un iilet tendineux qui n'a plus aucune action , car son origine se perd dans les replis synoviaux des tendons fléchisseurs des autres doigts, et il n'ahoutit à aucun faisceau musculaire. > Enflii, chez l'orang, il n’y a plus aucune trace de fléchisseur, et le pouce est fléchi par les iilircs marginales de l'adducteur du pouce, ce qui, d’après Gratiolet, est • un arlifiee du Créateur, s pour rendre cette main plus parfaite. Je ne pense pas qu'd en eût heaucoup [dus coi'ité au Créateur de donnei' à l'orang un vrai fléchisseur, au heu de détourner artificiellement l’adducteur de ses fonctions. — (Jnoi qu'il en .soit, il est qucsiion, dans le texte même du mémoire déjii cité sur le Troglolydes Auhryi (p. 172), d'un (ilamoiU fibreux, qui se détache vers la base de la première phalange du pouce et s'enfonce sous le ligamrni annulaire. « Cependant, ajoutent les auteurs, nous nous refusons A voir, dans ce filament inutile, un vestige de muscle. » Je n'ai garde de mettre en doute la .science d'un firaliolcl, ni celle de son digne élève, M. .Alix. Cependant ne pourrait-on, avant de se refuser li noir, attendre que de nouvelles disscetions viennent confirmer les résultats d'uii premier examen. Malheureusement, les oce.isious sont rares et les muscles grêles qui ont subi des alléi-ations cadavériques se perdent aisément; aussi est-on eu droit de roii- ■server quelques doutes à l’endroit de ce filament inutile qui [lOuiTait devenir quelque jour un long fléchisseur. 11 est bien aventureux sur une aussi petite différence analuiniqiie d’élayer des différences • [u ofonde* et n'-el-
DK LMIOMMK ET DES ANIMAUX.
.\u premier coup d’œil, l’cxliémilé dii membre postérieur du gorille ressemble beaucoup à une main, et comme
Icment lypiques. » En elTct, ainsi que l'a nioniré M. Duclienne (de Boulogne), l'impuissance du long fléchisscui' du pouce chez les malades ne peut |)orler atteinte qu'à un très-petit nombre de fonctions délicates ignorées du singe. Il s'ensuit donc que l'atrophie normale de ce muscle peut n'ètro qu'un défaut de développement que, l'exercice, aidé de la sélection, eut pu modifier.
Pour montrer les différenres produites par la |irédominancc d'action îles tenseurs sur les fléchisseurs, nous reproduisons ici les figures ÔO, .âl, .12, empruntées à l'eicellent ouvrage de M. Duchenne (l‘liysiotuyie des inouvejnetits, Paris, 1867), quia savamment expliqué le n'ilc du long fléclii.s.seur dans la civilisation. On remarquera que le caractère simien de ces mains malades ne tient qu'h une atrophie de quelques faisceaux musculaires.
fie. "0. — Main d’un lionimo chez lequel l’.alropliie musculaire graisseuse a détroit complètement les muscles de l'éminence tliénar. On voit que le premier métacarpien a été entraîné sur le même plan que le .second métacarpien par le long extenseur du pouce encore vivant et antagoniste des muscles qui concourent à l'opposition iln ponce. 1, 'extrémité intérieure du premier métacarpien i-st même située en .arrière ilu second. Ici le long extenseur du (Hnire est pins rétracté que dans la ligure ôl.
p„; 7,1, — Main d’nn homme chez lequel hsi muscles de l'éminence tliénar sont prcsipie entièrement atrophiés depuis phisicnrs annéi'S; il en est résulte que,
HAPPORTS ANATOMIQUES
cette ressemblance est encore plus accentuée chez plusieurs des singes inférieurs, on ne doit pas être surpris que la dénomination de « quadrumanes », ou êtres à quatre mains, empruntée par Blumcnbach aux anciens anatomistes (1), et malbeureusement rendue populaire par Cuvier, se soit propagée au point de servir d’appellation
9011S l’inllucnoc de lo force Ionique non modcriîc du long eitenseur du poii.f, le premier métacarpien s'csl mis sur le même plan que le second métacarpien, en tournant sur son axe longitudinal, de manière que la face dorsale du pouce regarde en arrière. On remarquera que l'attitude du pouce de cette main a une granile ressemblance avec celle du pouce cbei lo singe (vojer la ligure 50), (l)rcnrsvF:,)
Fio. 52. — Main de singe vue de côté, comme la main humaine déformée qui a été représentée dams la ligure 50. (Vrolik, Chimpanzé.)
(t) En parlant du pied de son u pygmée, a Tyson fait la remarque suivante : {loc cil., p. 15). « Mais cette partie dans sa structure et dans sa fonction étant plutôt une main qu’un pied, je me suis demandé si pour le distinguer des autres animaux, il ne vaudr.iit pas mieux l'appeler tijiadrtimane que quadruple, c’est-îi-dire ayant quatre mains plutôt qu'ayant quatre pieds, a Comme ce passage a été publié en 1699, M. 1. Geoffroy Saint-Hilaire est évidemment dans l'erreur en attribuant h BufTon le terme quadrumane, quoique le terme bimane puisse réellement lui appartenir. Tyson se sert du mot quadmmane en plusieurs endroits, comme b la page 91... « Notre pygméen’cstni un homme, ni un singe ordinaire, mais une snrted’animal entre les deux ; quoique bipède, il est cependant du genre quadrumane, bien que quelques hommes aient été observés qui se servaient de leurs pieds comme mains, ainsi que j'en ai vu plusieurs, v
Die. ■: . ' è - iqlc
DE L’HOMME ET DES \.MMAÜX. 221
pour le groupe simien. Mais la plus superficielle investigation anatomique montre de prime-saut que la ressemblance de la prétendue « main de derrière » avec la vraie main ne va pas plus loin que la j)cau, et que, sous tous les rapports essentiels, le membre postérieur du gorille est terminé par un pied aussi véritablement que celui de l’homme (fig. 55). Les os du tarse, sous tous les rapports importants de nombre, de disposition et de forme, ressemblent à ceux do l’homme ; d’une autre part, les métatarsiens et leurs appendices digitaux sont proportionnellement plus longs et plus grêles, tandis que le gros orteil est non-seulement plus court et plus faible, mais que le métatarsien qui lui corresjjond est uni au tarse par une articulation plus mobile. Enfin, le pied est articulé sur la jambe plus obliquement qu’il ne l’est chez l’homme. Quant aux muscles, il y a un court fléchisseur, un court extenseur et un long péronier, tandis que les tendons du long fléchisseur, du gros orteil et des autres orteils sont réunis entre eux avec un faisceau charnu accessoire.
Le membre postérieur du gorille se termine donc par un véritable pied avec un gros orteil mobile. C’est un pied, à vrai dire, préhensible, mais ce ii’est en aucune façon une main; c’est un pied qui ne diffère de celui de l'homme par aucun caractère fondamental, mais seulement dans ses proportions, dans son degré de mobilité et dans l’arrangement secondaire de ses parties.
On ne doit pas croire, toutefois, qu’en parlant de ces différences comme n’étant point fondamentales, ce soit mon désir de diminuer leur valeur ; elles sont importantes en soi, la structure du pied étant, danschaque cas, en étroite corrélation avec celle du reste de l’organisation. On ne peut davantage mettre en doute que la plus grande division du travail physiologique chez l’homme — division dont la
-W‘2 K Ari’OUiS A.V.VrOMliJI ts
conswiUL'iice csl «jiic la l'onclion de siipporl repose eiilièreiiiéiil sur la jambe el sur le pied — ne soit un progrès organique qui lui est de la plus grande ulililé. Mais, soniine toute, les analogies du pied du gorille el de celui de riioinnie sont l)caucoup plus l'rappanles que leurs dilTérences.
Je nie suis quelque peu étendu sur ce point, parce que c’est l’un de ceux sur lesquels beaucoup de préjugés soûl répandus; niais j’aurais pu le négliger sans nuire à mon argumentation qui consiste seulement à démontrer que, quelles que soient les dil'férences entre la main et le pied de l’homme d’une part, el d’autre part ceux du gorille, les singes inférieurs, comparés au gorille, oflVent, sous ce rapport, des difléi’enees beaucoup plus considérables.
Il n’est pas nécessaire, |M)ur obtenir sur ce chef une preuve décisive, de descendre dans réchelle plus bas ipie l’orang :
Le pouce de l’orang diffère plus de celui du gorille, que celui-ci ne diffère du pouce de l’Iiomine, non-seulement |»arce que le premier est plus court, mais encore à cause de l’absence de tout long lléebisseur spécial (1). Le carpe de l’orang, commecelui de la plupart des singes inférieurs, contient neuf os, tandis que celui du gorille, de même que ceux de l’homme et du chimpanzé, n’en compte que huit.
Le pied de l’oratig s’écarte plus encore (lig. ôô} : scs très-longs orteils et son tarse raccourci, son gros orteil
(1) S'il élait bien démontré i|ue le gorille cl le cliiniiwiizé n'ont réellement pas de long lléchisseur, ainsi qui- le veulenl (îratiolet et Alix, cette différence s’effacerait. (Voir la note de la page ‘il 7). M. Auzoux, cite par M. Ducliennc {toc. cil., p. ô'i5), a découvert fjiic « le |>clil Icndon » du gorille se perd dans le faisceau de l'imlex qui provient du ilé-ehisseur superficiel des doigts. {Trad.)
DK L'HOMMK ET DES AMNAUX.
Irès-coiirl, son talon court et élevé, lu grande obliquité de son articulation avec la jambe et l’absence du tendon du
Fio. ôr». — l'ieiis (le 1 iiuiiimc A, «lu U cl «le 1 ur«iii^>uuUn;; C («uilcs à l.i
même {grandeur absolue pour munlrcr les «Unêreiicos dans les proporlioiis <lo diaeuh (l'eus ; les IcUres sont comme dans la ligure 10. — Ueduit d'apres lea dessins originaux de M. Walerliousc Hawkins.
long flécliisscur du gros orteil le distinguent beaucoup plus prorotulénient du pied du gorille que le pied du gorille ne se distingue de celui de l'hoinine.
Mais, chez quelques-uns des singes inférieurs, la main et le pied s’éloignent encore plus de ceux du gorille qu’ils ne font chez l’orang; chez les singes américains, le jwuce cesse d’ètre opposable ; il est réduit à un rudiment osseux recouvert de peau chez le singe araignée {G. Aides)-, et, chez les marmousets, il est dirigé en avant et armé, comme les autres appendices digitaux, d’une griffe recourbée, en
sorte que, dans tous ces cas, on ne peut douter que la main de ces singes ne s’écarte beaucoup plus de celle du gorille que celle-ci ne s’écarte de la main de riioniinc.
Quant au pied, le gros orteil des marmousets a des proportions encore plus insignifiantes que celui de l’orang, tandis que celui des lémuriens est très-grand et aussi com- |)létement semblable au pouce et opposable que chez le gorille; mais, chez ces animaux, le second orteil est souvent tiTs-irrégulièrement modifié et, dans quelques es|)èces, les deux principaux os du tarse, l’astragale et le calcanéum, sont énormément allongés, au point de rendre le pied tout il fait différent de celui d’aucun autre mammifère.
11 en est de même pour les muscles. Le court llécliisseur des orteils du gorille diffère de celui de riiomine en ce que l’un de ses chefs s’insère, non à l’os du talon, mais aux tendons des longs fléchisseurs. Les singes inferieurs s’éloignent du gorille par une exagération du même caractère; tantôt deux, trois ou un plus grand nombre de chefs se fixent à ces mêmes tendons ; tantôt le nombre des chefs se multiplie sensiblement. De plus, le gorille diffère légèrement de l’homme quant au mode d’entre-croisement des tendons du long fléchisseur; et les singes inférieurs, à leur- tour, diffèrent du gorille, en offrant encore d’autres particularités, quelquefois très-complexes, dans l’arrangement de ces parties et, occasionnellement, par l’absence du faisceau charnu accessoire.
A travers toutes a“s modifications, on doit se souvenir que le pied ne perd aucun de scs caractères essentiels. Chaque singe et chaque lémurien nous montrciil l’organisation airactéristique des os du tarse; il possède un muscle court fléchisseur, un court extenseur et un long péronier. Si variées que puissent être les proportions et l’apparence de cet organe, les divisions terminales du
DE L'HOMME ET DES AMMAÜX
membre postérieur, quant au plan et au prineipe de eonstruction, constituent toujours un pied et, à cet égard, ne peuvent jamais être confondues avec une main.
Pour démontrer que les différences structurales cuire l’homme et les singes les plus élevés ont moins de valeur que celles qui existent entre eeux-ci cl les singes inférieurs, nulle partie de la charpente organique ne semble donc pouvoir être mieux appropriée que le pied ou la main, et cependant il y a un organe dont l’élude conduit aux mêmes conclusions d’une manière encore plus frap- • paille — je veux parler du cerveau.
Mais avant d’entrer dans la question précise de la somme des différences entre le cerveau du singe et celui de riiomme, il est nécessaire que nous comprenions clairement ce qui constitue une grande différence et ce qui n’est qu’une petite différence dans la structure cérébrale ; et nous serons mieux en mesure de l’établir si nous procédons à l’élude sommaire des principales modifications que subit le cerveau dans la série des animaux vertébrés.
Le cerveau du poisson est très-petit comparé à la moelle épinière qui le termine et aux nerfs qui en dérivent; des segments qui le composent — ■ lobes olfactifs, hémisphères cérébraux et divisions ultérieures — pas un ne s’étend assez sur les autres pour les effacer ou les recouvrir ; ce que l’on appelle lobes optiques en forme souvent la masse la plus volumineuse. Chez les reptiles, la masse du cerveau s’augmente relativement à la moelle épinière, et les hémisphères cérébraux commencent à prédominer; chez les oiseaux, celte prédominance est encore plus marquée. Le cerveau des mammifères les |>lus inférieurs, tels que le platypus à liée de canard {omythorhijaiiue), les opossums et les kanguroos, nous montre un progrès encore mieux défini dans le même sons. Les hémisphères cérébraux ont alors pris un
llUXtïX.
UAl-l’üUTS ANATOMIQUES
tel accroissement qu'ils cachent les analogues des lobes oj)ti(jues, lesquels reslent comparativement petits, de sorte que le cerveau d’un marsupial diffère considérablement de celui d’un oiseau, d’un reptile ou d’un poisson. A un échelon plus élevé parmi les mammifères à placenta, la structure du ceiTcau subit de grandes modifications ; non qu’il paraisse extérieurement modifié chez le rat ou chez le lapin par rapport au marsupial, non que les proportions de ses parties constituantes soient très-différentes, mais on découvre entre les hémisphères cérébraux une nouvelle formation organique qui les réunit et que pour cela l’on appelle (jruude commissure ou corj)s calleux. Ce sujet demande de nouvelles et soigneuses investigations ; mais si les assertions qui ont cours dans la science sont correctes, l’apparition du corps calleux chez les mammifères à jdacenta est la plus importante et la plus soudaine modification que nous montre le cerveau dans tonte la série des animaux vertébrés; c’est pour ainsi dire le plus grand saut accompli par la nature dans son travail cérébral. Car une fois les deux hémisphères du cerveau réunis de la sorte, les progrès de la complexité se marquent par une série régulière de pas, depuis le rongeur ou l’inseetivore jusqu’à riiomme. Et cette complexité consiste principalement dans l’inégal développement des hémisphères cérébraux et du cervelet, mais particulièrement des hémisphères, par rapport aux autres parties de l’encéphale.
Dans les mammifères placentaires inférieurs, si l’on examine le cerveau par sa face supérieure, on voit que les hémisphères laissent complètement visible la face supérieure et postérieure du cervelet; mais dans les formes plus élevées, la partie postérieure de chaque hémisphère qui n’est séparée que par la tente de la face antérieure du cervelet s’incline en arrière et en bas, et sc développe à la façon du
DE L’IlO.MNE ET DES ANIMAI X.
lobe puxlérieiir, de manière à surplomber et iinalemenl à cacher le cervelet. Chez tous les mammifères, chaque hémisphère cérébral contient une cavité qui est appelée ventricule, et comme ce ventricule s’étend, d’une part, en avant, d'aiilre part, en bas, dans la substance de l’hémisphère, on dit que le ventricule a deux cornes, l’une corne antérieure, l’autre corne descendante. Quand le lobe postérieur est bien développé, une troisième prolongation du ventricule s’étend dans son épaisseur, et prend le nom do corne postérieure ou corne d' Amman.
Dans les formes inférieures et plus petites de mammifères jdacentaires, la surface des hémisphères cérébraux est ou lisse, ou au moins uniformément arrondie, ou elle montre un petit nombre de sillons qui sont appelés techniquement sm/c/, et séparent les circonvolutions cérébrales; les plus petites espèces de tous les ordres tendent à une pareille simplicité de la surface cérébrale. Mais, dans les ordres les plus élevés, et spécialement chez les espèces les plus grosses, les sillons deviennent extrêmement nombreux, et les circonvolutions intermédiaires proportionnellement plus compliquées dans leurs méandres, jusqu’à ce que, en arrivant à l’éléphant, au mareouin, aux singes supérieurs et à l’homme, la surface cérébrale devient un véritable labyrinthe de replis tortueux.
Quand existe un lobe postérieur qui présente sa cavité habituelle — la corne postérieure — il arrive fréquemment qu’un sillon se montre à la surface intérieure et inférieure du lobe, parallèle et inférieure au plancher de cette corne, et en quelque sorte construit en arche sur la voûte du sillon. Il semble que le sillon ait été constitué en coupant le plancher de la corne jxjstérieure avec un instrumentgrossier, de telle sorte que ce plancher s’élève en éminence convexe. C'est cette éminence qui a été désignée du nom de petit
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■22S RAPPORTS ANATOMltJÜES
hippocampe ou crgol de Morand ; le grand hippocampe est line éminenee plus considérable sur le plancher de la corne descendante. Nous ignorons quelle peut être l’iinportancc lonctionnellc de ces deux divisions anatomiques.
Comme pour démontrer, par un exemple saisissant, l’impossibilité d’élever aucune barrière entre le cerveau de riiommc et celui des singes, la nature nous a pourvus, dans les simiens inférieurs , d’une série presque complète de gradations, depuis les cerveaux de très-peu plus élevés que celui des rongeurs jusqu’à ceux qui sont j>eu inférieurs à celui de l’homme. Et c’est un fait remarquable que bien qu’il existe un hiatus dans cette série simienne, pour autant que nos connaissances actuelles nous permettent de l’aflirnier, cet hiatus n’est pas entre l’homme et le singe, mais entre les singes moyens et les inférieurs, ou, en d’autres leimcs, entre les singes du vieux et du nouveau monde, d’une part, et les lémuriens. Chacun des lémuriens qui jusqu’à présent a été étudié a un cervelet partiellement visible t’.'. la lace supérieure de l’encéphale, et possède un lobe postérieur qui contient la corne postérieure et le petit hippocampe plus ou moins rudimentaire. Chaque singe du nouveau monde ou du vieux, sapajou, babouin ou anthrojioïde, a, au contraire, son cervelet entièrement recouvert postérieurement par les lobes cérébraux, et possède une volumineuse corne postérieure avec un petit hippocampe bien développé.
Cbc 2 plusieurs de ces individus, tels que le saimiri {chrysolrhix), les lobes cérébraux surplombent et s’étendent en arrière de beaucoup plus au delà du cervelet qu’ils ne font chez riioinme (fig. 25), et il est certain que, chez tous, le cervelet est complètement recouvert en arrière par des lobes postérieurs bien dévolop[»és. Ce fait peut être vérifié par tous ceux qui possèdent le crâne d’un singe quelconque de
DK L'IIOMMK KT DES AMMADX.
l’îincien ou du iiouve.iu conlinciU. Rn efl'el, comme le ccrvenu,chez tous les mammifères, remplit entièrement la cavité crânienne, il est évident (ju’un moule de l’intérieur du • râne reproduira la forme générale de l’encéphale avec assez d’exactitude pour que, en ce qui nous intéresse, on puisse négliger les différences sans importance qui peuvent provenir de l’absence des membranes du cerveau dans le cràmi sec. Si donc l’on compare le nioub* en jilàtre avec un semblable moule obtenu il’iin crâne bumaiu, on verra (jin! lem<;;d;'de la loge cérébrale qui représente le cerveau du singe couvre et surplombe le moule de la loge cérébelleuse, qui repn'sente le cervelet de la même bicon (pie chez riiommc (fig. ôi). Un observateur peu atUmtif, oubliant qu’un tissu mou comme celui du cerveau perd sa forme, propre au moment où il est èxtrait du crâne, peut, à la vérité, se méprendre, et s’il trouve le cervelet découvert, ne (las s’ajicrcevoirque ce fait peut être attribué, non au rapport naturel des nigions, mais à l’extraction et à la déformation cons(‘Cutive; mais son erreur deviendra évidente meme à ses propres yeux s’il essaye de replaciT le cerveau dans la cavité crânienne. Supposer que le cervelet d'un singe est naturellement à découvert en arrière estime erreur comparable seulement à celle que l’on commettrait si l’on pensait que les poumons de l’homme n’occupent qu’une petite portion de la cavité thoracique, parce que, au moment de l’ouverture de la poitrine, ils reviennent sur eux-mêmes, et que leur élasticité n’est plus nentralisé'e par la pression intérieure de l’air.
La première erreur est même moins excusable, car elle doit devenir patente à toute personne qui examinera une section crânienne d’un singe quelconque au-dessus des lémuriens, même sans prendre la peine d’en faire un moulage. Dans chacun de ces crânes, il y a en effet, comme
I!\l'l>ORTS ANATOMIOUES
‘iSO
Fie. Tii. — Ifiiminc.
Fig. 55. — Cliimpanii?.
Fig. 54 Pt 5.5. — Dessins représentant les moules intérieurs d’un homme et d'iiii Hiimpanié, de b même longueur absolue, et placés dans des positions similaires; A, cerveau; B, cervelet. — le premier dessin est pris d’un moule qui est su musée du Collêsro des chirurgiens de Londres ; le .second d’une photographie du moule d’un crâne de rhinip.in 2 é qui orne le tr.wail de M. Marshall, Sur le cerl eiiu du Chimpami, in Natiiral llislory liei'iew de juillet 1801 . La terminaison plus nette du bord inférieur du cerveau dans le moule du chimpanzé vient de ce que la tente du cerveau était conservée dans le crâne du chimpanzé non dans le crâne humain. Le moule représente d'ailleurs plus ezaclement le cerveau du chimpanzé que, respectivement, celui de l'homme, et la projection en arrière des lobes postérieurs du cerveau au delà du cervelet est, riiez le chimpanzé, évidente.
DE L’HOMME ET DES AMMAUX. 251
dans le crâne humain, un sillon très-marque qui montre la ligne d’insertion de ce que l’on appelle la tente du cervelet, sorte de membrane parchemince qui, à l’état frais, est placée entre le cerveau et le cervelet et empêche celuilà de peser sur le dernier (fig. 25).
Ce sillon établit donc la ligne de séparation entre la partie de la cavité crânienne qui contient le cerveau et ctdle qui contient le cervelet ; et comme l’encéphale remplit exactement cette cavité, il est évident que les relations de ces deux parties nous éclairent du même coup sur les relations de leurs contenus; or, chez l’homme et chez tous les simiens de l’ancien et du nouveau continent, à une seule exception près, quand la face est dirigée en avant, la ligne d’insertion de la tente du cervelet ou le sillon du sinus latéral, ainsi qu’on l’appelle scientifiquement, est à peu près horizontale, et la loge cérébrale surplombe invariablement la loge cérébelleuse ou la dépasse. Chez les singes hurleurs ou mycètes, cette ligne passe obliquement en haut et en arrière, et la portion du cerveau qui dépasse le cervelet est à peu près nulle; chez les lémuriens et chez les mammifères inférieurs, cette ligne est beaucoup plus enclavée dans la même direction, et la loge cérébelleuse s’étend en arrière beaucoup au delà de la loge cérébi'ale.
Quand les plus graves erreurs peuvent être avancées avec assurance sur des questions aussi facilement solubles que celle qui concerne les lobes postérieurs, on ne doit pas être surpris qu’à l’égard d’observations d’un caractère peu complexe, mais qui néanmoins réclament une certaine somme d’attention, on .se trouve dans des conditions encore plus mauvaises. Celui qui ne peut voir le lobe postérieur du cerveau d’nn singe ne donnera pas, vraisemblablement, une opinion valable en ce qui touche la corne
pnsUhieuro tlii polil hippocampe (l).Il est siiporflu dedemander une opinion sur le maître-aulel ou sur les vitraux peints à un homme qui ne peut même voir l’église. C’est pourquoi je ne me crois point obligé d’entamer une discussion sur ces points, et je me contenterai d’affirmer au lecteur que la corne postérieure a maintenant été vue ordinairement aussi bien développée que chez l’homme et souvent mieux, non-seulement chez le chimpanzé, l’orang et le gibbon, mais dans tous les genres de babouins cl de singes du vieux monde, ainsi que dans la plupart des types du nouveau continent, y compris les marmousets.
Eu effet, les témoignages nombreux et dignes de foi (reposant sur les résultats d’investigations attentives instilué'es pour la solution de ces mêmes questions par d'habiles anatomisle.s) (pie nous possédons actuellement nous ont conduit à celte conviction que, bien loin d’être des particularités anatomiques propres à l’homme, ainsi que cela a été itérativement affirmé même après les démonstrations les plus évidentes du contraire, le lobe postérieur, la corne postérieure cl le petit hippocampe sont précisément les caractf'res de structure cérébrale les mieux marqués comme étant communs à l’homme et aux singes. Ils comptent parmi les particularités simiennes les plus distinctes que peut offrir l’organisme humain.
Quant aux circonvolutions, les cerveaux des singes nous montrent chaque échelon de progrès, depuis le cerveau presque lis.se du marmouset jusqu’à ceux de l’orang et du chimpanzé, qui sont de fort peu au-dessous de celui de l’homme. Et ceci est des plus remarquables : aussitiH que se montrent les principales circonvolutions, le modèle, selon
(1) Voyez, à I.T fin de ccl Essai, une note qui contient l'histoire succincte, la controverse ii laquelle il est fait allusion cl les planclios qui s'y rapportent*
DE I/IIOMME KT i)KS ANIM.UX, 233
lequel elles se dessinent, est idenlitjiic avec celui des principaux sillons correspondants de rhomme(I).
La surface du cerveau d’un singe américain nous offre une sorte de carte rudimentaire de celle du cerveau Immain ; et, chez les singes aniliropomorplics, les details accusent une ressemblance de plus en plus marquée jusqu’à ce que ce soit seulement par des caractères mineurs, tels que la grandeur plus considérable de la cavité des lobes antérieurs, la constante présence «le fissures ordinairement
(1 ) M. Itiixley n’a point parlé d'un Irait distinctif auquel Gratioict allacliait nne extrême importance, à savoir ; l'ordre du développement des circonvolutions. Selon lui, cliez les singes, co sont les circonvolutions tomporo-spliénoidalcs qui apparaissent les premièn s, et le développement se termina par les circonvolutions frontales. |j' contraire a lieu cliez l'homme, les frontales apparaissent les premières, les teniporo-sphénoïdales se dessinent en dernier lieu. De ce fait résultait, .selon le regrettable anatomiste, qu’aucun arrêt de développement ne saurait rendre le cerveau des singes plus scmldaldo il celui de l'homme qu'il ne. l’est dans l’âge adulte; il en différera, au contraire, d’autant plus qu’il sera moins développé. Cette conclusion a été combattue par 11. Wagner et par Vogt. Le premier a reconnu « une analogie bien décidée (analogie et homologie) entre la série successive des phases du développement du cerveau humain et les degrés de développement des singes les plus inférieurs jusqu'aux singes supérieurs anthropoïdes. » 11 y a aussi, d’après le même auteur, « une ressemblance très-marquée entre les hémisphères presque li.sscs du cerveau humain A vingt mois, et les hémisphères privés de plis des potits ouistitis. • Wagner reconnaît encore la res- .semblance de cerveaux de foetus de six à sept mois et celle d’un grand nombre de singes supérieurs (cité par Vogt, Leçons sur l'homme, p. 210). Vogt, de son côté, fait remarquer que nul observateur n'a encore étudié le développement des embryons nègres ou liottentots du cinquième au septième mois; ce qui est vrai pour notre race n’est point nécessairement tel pour les autres races. D'ailleurs c’est Gratiolet lui-même qui a constaté que le nègre suit, relativement aux sutures du crâne, une loi inverse de celle du blanc; les sutures antérieures s'ossilient les premières chez le nègre ; les dernières chez le blancs. Il en résulte des conséquences énormes quant au développement mental. M. Touchard, dans un mémoire sur le développement comparé de la face chez le nègre et chez le blanc, les a très-net Icment exposés (BulL de ta Soc. d’anthr., 1800. p. 520). (Trad.)
RAPPORTS ANATnniOÜF.S
absentes chez l’homme, et les dispositions et proportions différentes de quelques circonvolutions, que le cerveau du chimpanzé et de l’orang puisse être anatomiquement distingué de celui de l’homme.
Il est donc bien clair qu’en ce qui touche la structure du cerveau, l’homme diffère moins du chimpanzé ou de l’orang que ceux-ci n'ont jamais différé des singes inférieurs, et que les dissemblances du cei’veau de l’homme et du chimpanzé sont à peu près insignifiants, si on les compare à celles qui existent entre l’encéphale du chimpanzé et celui des lémuriens.
Cependant on ne doit pas oublier qu’il y a dans le volume et le poids du cerveau de l’homme le plus inférieur, et celui de l’anthropomorphe le plus élevé, une différence frappante — différence qui, à tous égards, devient encore plus saisissante, si l’on se rappelle qu’un gorille adulte atteint probablement bien près du double du poids d’un hoschimen ou d’une femme européenne. On peut mettre en doute, d’une part, que jamais le cerveau d’un homme adulte et sain ait pesé moins de 960 ou 990 grammes (31 ou 52 onces); et, d’autre part, que le cerveau du gorille le jdiis lourd ait dépassé 620 grammes.
C’est là un fait digne de remarque, et qui, sans nul doute, nous aidera quelque jour à donner une explication de la distance énorme qui existe entre le pouvoir mental de l’homme le plus inférieur et celui du .singe le plus élevé; mais il n’a qu’une valeur théorique très-minime, parce que la différence, dans le poids du cerveau, entre l’homme le plus élevé, le plus inférieur, est bien plus grande, relativement et absolument, que celle qui existe entre l’homme inférieur et le singe le plus élevé : on a pu le dé-duire de ce que nous avons dit plus haut sur les capacités crâniennes. Le singe le plus élevé, en effet.
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Fig. 30. — Homme.
Fig. 37. — Chimpanzé.
Fiç. 30 el 37. ~ Hémisphères cérébraux d’un homme et d'un chimpanzé, réduits a la même longueur, en vue de montrer les proportions relatives des parties.
premier dessin a été pris sur une pièce que M. Flower, eonst^rvaieiir du musée du Collège des Chirurgiens de Lomlres, a bien voulu prépnriT pour moi; le se> cond vient d'une photographie prise sur un cerveau semolablement disséqué cl donné dans le Mémoire de M. Marshall, cité plus haut. — a, Lobe postérieur. ~ bt Ventricule latéral. — >c, Corne postérieure du petit hippocampe.
2âfi RAPPORTS ANATOMIQUES
|)cut êlrc représenté al)solumcnt par environ 12 onces de substance cérébrale ou relativement par 52 : 20. Mais comme le cerveau humain le plus voluminemv que l’on ait observé pèse de 05 à 66 onces, la différence se mesure absolument |iar plus de 45 onces et relativement jwr 65 : 52. Examinés systématiquement, les différences cérébrales de l’homme et des singes n’ont donc de valeur (|ue pour le genre, la distinction de famille reposant principalement sur la dentition, le bassin et les membres inférieurs.
J’ai dit plus haut que les différences de |)oids entre les cerveaux aideraient à donner une explication de la distance mentale de l’homme au singe : je ne crois, en aucune façon, en effet, que cela puisse suffire, et que ce soit une dilférence primitive dans la quantité ou dans la qualité de substance cérébrale qui a déterminé la divergence des souches humaine et pithécoïde, qui alwiitit au « gouffre énorme » qui existe entre elles. Il est, en un certain sens, parlaitemcntvrai que toutes les différences de fonctions sont le résultat d’une différence de structure, ou, en d’autres termes, d'une différence des forces moléculaires primitive.s de la substance vivante; et, partant de cet incontestable axiome, nos contradicteurs, avec des raisons en apparence très-plausibles, disent parfois que la distance entre les fonctions intellectuelles de l’homme et du singe implique une distance correspondante dans la constitution anatomique des organes de ces fonctions; et l’on ajoute souvent que, de ce que ces diffénmees n’ont point été constatées, il ne suit pas qu’elles n’existent pas, mais seulement que la science est incapable de les découvrir. Un peu de réflexion montrera cependant l’erreur de ce raisonnement; toute sa valeur repose sur cette supposition que le pouvoir intellectuel dé-
DE L’HOMME ET DES .V.NIMALX. ‘257
pend exclusivement du cerveau, tandis que le cerveau n’est que l’une des nombreuses conditions dont dépendent les manifestât ions intellectuelles (1), les autres étant principalement les organes des sens et les a[)pareils moteurs, spécialement ceux qui jouent un rôle dans la préhension et dans la production du langage articulé.
Un muet, quel que soit le volume de son cerveau et la force des instincts intellectuels dont il aurait hérité, ne serait pas capable de montrer beaucoup plus d’intelligence
(1) Le liaduelcui' a soutenu celle thèse devant ta Société d’anlhropotogie, li la suite d'une discussion sur le siège des fonctions intellectuelles, le !•' février 1800, et l’a reprise le 15 du niéiue inois. Il est heureux de pouvoir s’appuyer aujourd'hui de l’autorité de M. Huxley, car il avoue n'atoir trouvé parmi ses collègues que des contradicteurs. H a même été, h cette occasion, accusé de produire « une réminiscence de ces époques harbares où la science anatomique n'existait pas. » L’idée que toutes les parties de l’organisme concourent à ta production des pliéiioinènes intellectuels, et que le cerveau est, un appareil collecteur des impressions et transformateur de ces impressions en mouvements, a semblé contraire à tous les dogmes de la physiologie. Les dogmes, fort heureusement, durent moins longtemps dans les sciences naturelles qu’en théologie, surtout en ce qui touche les fonctions du système nerveux, au sujet desquelles il n’existe pas une II éorie qui supporte l'épreuve de tous tes faits. La notion de la localisation absolue des fonctions est comme celle de la localisation absolue des maladies, l’une des plus étroites qui aient été émises; on a complètement perdu de vue les corrélations organiques dont le rôle est tellement considérable qu’il suffit d’une maladie viscérale pour changer le cours des idées, et même leur nature et leur portée. Le cerveau, loin d’être le maître, n’est que l’esclave des viscères ; il est, si l’on veut, l’organe le plus complexe, subordonné au plus grand nombre d’inllucnccs. Que le coeur se dilate ou s’hypertrophie, que reslomac digère mal, que le fuie suit calculeux, que les poumons sc tuberculiseut, et les manifestations mentales cliaiigent de nature, des idées nouvelles, tristes, mélancoliques, violentes, criminelles même surgissent, le cerveau restant le même ! H suit de là que quand on possède un crùncct même un cerveau, un n’a, comme ledit M. Huxley, que l’une des conditions de rcntendcmeiil; cette • condition» ne pourra rendre compte des phénomènes intellectuels que dans la proportion où elle les produit. Celte prupurlhm est grandi', sans nul doute, mais elle reste une proportion. (7’rnd )
n.U’i’oi’.Ts a.n'ato.mioiks
qu’un orang OU un chimpanzé s’il était réduit à la société de ses pareils. Et cependant il peut ne pas y avoir la plus petite différence appréciable entre ce cerveau et celui d’une personne très-intelligente et cultivée. Le mutisme peut être la conséquence d’une conformation défectueuse de la bouche ou de la langue, ou seulement un défaut d’innervation de CCS organes; il peut être aussi le résultat d’une surdité congéniale causée par quelque très-légère anomalie de l’oreille interne, qu'un anatomiste très-attentif [>eut seul découvrir.
L’argument par lequel on soutient qu’une différence considérable entre rintclligence de l’homme et celle du singe doit produire une dilTérence égale de leurs cei\e;uix me paraît aussi mal fondé que le mode de raisonnement dans lequel on voudrait prouver que, puisqu’il y a un « golfe immense » entre une montre qui marque birii l’heure et une autre montre qui n’irait pas du tout, il doit y avoir un hiatus de structure considérable entre les deux montres. Un cheveu sur le balancier, un peu de poussière sur le pinion, une flexion imprimée à une dent de l’échappement, un quelque chose si léger que l’œil exercé de l’horloger peut seul découvrir, voilà quelle peut être la source des différences.
Gomme je crois, avec Cuvier, que la possession du langage articulé est la grande caractéristique de l’homme (qu’il lui soit ou non exclusivement propre), je pense qu’il est très-facile de comprendre (juc quelque différence de structure aussi délicate peut avoir été la cause première de l'immense et, dans la pratique, infinie divergence (1) de la souche humaine et de la simienne.
(t ) Les mois immense différence, grand golfe, liialiis, abîme, gouffre, qui reviennent soumit dans le leste de .M.llusicy, iu'oiit quelquct'ois paru peu en rapport arec sa pensée. Je lésai néaiiiuoiiis traduits lels quels, en me sourc-
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DK L IIOMME KT DKS AMM AUX. 239
En (Jéfiiiilivc, pour eu revenir au point de vue ana toniique, quelque système organique que l’on examine, la comparaison de ses modifications dans les séries siiniennes conduit à une seule et même conclusion, à savoir, que les différences anatomiques qui séparent l’homme du gorille et du chimpanzé ne sont ps aussi considérahlcs (juc celles qui séparent le gorille des singes inférieurs; mais en énonçant celte importante vérité, je dois me mettre en garde contre une forme de malentendu qui est très-commune. J’ai observé, en effet, que ceux qui s’efforcent d’enseigner ce que la nature nous montre si clairement en cette matière, sont exposés à voir leurs 0|)inions altérées et leur langage défiguré, jusqu’au point de leur faire dire que les dinérences structurales, entre l’homme et les singes les plus élevés, sont petites et insignifiantes. Je saisirai donc celte occasion pour affirmer nettement, tout au contraire, qu’elles sont considérables cl significatives ; que chaque os de gorille porte une empreinte par laquelle on peut le distinguer de l’os humain coi respondant, et que, dans la création actuelle tout au moins, aucun être intermédiaire ne comble la brèche qui sépare l’homme du troglodyte.
Nier l’existence de cet abîme serait aussi blâmable qu’absurde; mais il n’csl ni moins blâmable ni moins absurde d'exagérer son étendue, et, s’arrêtant à l’admission de ce fait, de se refuser à reclierchcr si elle est immense
liant d’ailleurs que l'on fait, en franç.nis non moins qu’en anglais, un singulier abus du mot immense {immense majorité, par eicnlple, deux mots éminemincnt contradictoires). 11 sérail, en effet, bien plus plus facile d'établir qu’il n'y a pas plus de différence entre certains singes et certains Australiens ou Mincopies (|u'entre ceux-ci et les hommes les [dus éminents de l'Occidenl. D'ailleurs, puisque M. Huxley rap[irocbe. le muet abandonné du chimpanzé, un est Vablmel Un sourd-muet est-il un homme ou non? 11 serait grand temps de renoncer à ces abinics et à ces gouffres. (Trad.)
RAPrOllTS ANATOMIQUES
OU si elle est pelilc. Souvenez-vous, si vous le voulez, qu’il n’y a aucun lien entre l’homme et le gorille, mais n’oubliez pas que la ligne de démarcation n’est pas moins profonde, cl, en l’absence de formes intermédiaires, n’est pas moins complète entre le gorille et l’orang ou entre l’orang et le gibbon. Je dis que, pour ces derniers, la ligne de.démarcation n’est pas moins tranchée, quoiqu’elle soit quelquefois plus étroite. Les différences anatomiques entre l’homme et les singes anthropomorphes nous autorisent certainement à le considérer comme formant une famille distincte; mais comme il diffère moins de ces singes qn’eux-mcmes ne dillèrcnt d’autres familles du même ordre, il n’y a aucune raison pour le placer dans un ordre distinct.
Ainsi se trouve justifiée la sagace perspicacité du granil législateur de la zoologie méthodique, Linnée, et un siècle de recherches anatomiques nous ramène à sa conclusion : que l’homme est un membre <lu même ordre que les singes et les lémuriens, auquel la dénomination linnéennede riu- MATES doit être conservée. Cet ordre peut maintenant se diviser en sept familles d’une valeur systématique à |)cu près égale, à savoir : la première, les axthropimens, qui ne renferme que l’homme seul ; la seconde, les c.vtaiuii- ME.Ns, qui embrasse tous les singes du vieux monde; la troisième, les PLATvniii.ME.Ns, tous les singes du nouveau monde, excepté les marmousets; la quatrième, les arctopitiièüees, qui contient les marmousets; la cinquième, les lémuiueiXs, desquels le cheiromyn serait probablement exclu pour former une sixième famille distincte, les cueiromymeiNS, tandis que la septième, les GALEXfPiïiifxiEXs, compiendrait seulement les lémuriens volants {(jaleopitliccm), forme étrange qui touebe presque aux chauves-souris, de même que le cheiromys semble revêtu d’une enveloppe de rongeur, et que le lémurien ressemble aux insectivores.
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DE L’UOMME ET DES A.NIMALX. 241
Aucun ordre de mammifères ne se présente peut-être avec une série aussi extraordinaire de gradations que le faik celui-ci — qui nous conduit insensiblement du sommet de la création animale à des êtres qui ne sont séparés, comme on le voit, que par un échelon, du plus inférieur, du plus petit et du moins intelligent des mammifères à placenta. Il semble que la nature elle-même avait prévu l’orgueil de l’homme, et, avec une cruauté toute romaine, ait voulu que son intelligence, au sein même de ses triomphes, fît sortir les esclaves de la foule pour rappeler au vainqueur qu’il n’est que poussière.
Tels sont les faits principaux, telle est la conclusion immédiate que j’en ai tirée et h laquelle j’ai fait allusion au début de cet Essai. Je pense que ces faits ne peuvent pas être contestés, et s’il en est ainsi, la conclusion m’apparaît inévitable.
Mais si l’homme n’est séparé des animaux par aucune différence anatomique plus importante que celles qui les séparent les uns des autres, il semble que si l’on peut découvrir un procédé quelconque cansatif de modifications organiques par lequel se seraient produits les genres et les familles des animaux ordinaires, ce procédé pourrait amplement rendre compte de l'origine de l’homme. En d’autres termes, si l’on pouvait établir que les marmousets (I), par exemple, sc sont formés et élevés par des modifications graduelles des platyrhiniens, ou que marmousets et platyrliiniens sont des rameaux modifiés d’une même souche primitive, on ne trouverait aucune raison solide pour mettre en doute que riiomme peut avoir pris origine, soit
(1) Les niarmoiisols cnmprennnnl les oulstilis elles laui.nrins qui app.irtieaneiil aux genres llapale, Jncchns et Midas. Ce sont des singes américains petits et semblables aux écureuils. Le nom de munnousel n'est plus usité en français que dans un sens injurieux, appliqué ii rbomine. (Trad.)