‹ De la place de l'homme dans la natureChapitre 36 sur 49 · MENSURATION DU CRANE DE NEANDERTBAL · texte numérisé non relu

MENSURATION DU CRANE DE NEANDERTBAL

Arc longitudinal de l'épine nasale à ta ligne demi-circulaire supérieure de l'occipitat en passant sur te vci’tcx ôüô

Circonrérencc en passant sur tes arcades sourcilières et ta ligne

supérieure demi-circulaire de l'occipital. 590

Largeur du frontal du milieu de ta ligne temporale d'un côté au

même point du côté oppose tOA

Longueur de l'épine nasale è la suture coronale 135

Largeur extrême des sinus frontaux 35

Hauteur verticale prise sur une ligne tirée des bords écailleux des

pariétaux 70

Largeur de la partie postérieure du crène d'une protubérance pariétale à l'autre 138

Distance de l'angle supérieur de l'occipital b la ligne demi-circulaire

supérieure 51

Epaisseur de l'os aux bosses pariétales 8

Épaisseur à l’angle de l’occipital U

Épaisseur b la ligne demi-circulaire supérieure (1) . 10

Outre le crâne, on a préservé les os suivants :

1® Les deux fémurs intacts. De même que le crâne et tous les autres os, les fémurs sont caractérisés par une épaisseur exceptionnelle, et par le grand développement de toutes les saillies et dépressions pour l’insertion des

(1) M. Busk qui a traduit en anglais et annoté le mémoire de M. Schaafhausen, a pris sur le moule en plâtre des mesures qui diflèrent de cellc.s données par M. Shaafliausen. Les voici, dans le même ordre, telles que M. Huxley les reproduit en regard de celles de l’auleur allemand. 300 — 590 - lU — 125 —25 -00 — 150 - 00.

•i7ü SUR (jL'ELIJliKS OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES.

muscles. Au musée anatomique de Bonn, sous la désignation d’os de géants, il y a quelques fémurs dont l’épaisseur est à peu près la même, mais ils sont beaucoup plus courts.

us DG GËANT. OS DE .SEtNDEIl.

Longueur 5i2 45H

Üiamùlrc de la tête du fémur 54 t>3

— de rextrémité inférieure du fémur

d'un condylc à l’autre. ... 89 87

— du fémur au milieu de sa lon-

gueur 53 5U

2* Un humérus droit intact, dont le volume montre qu’il est en rapport avec le fémur.

Longueur 312

Épaisseur au milieu 2l!

Diamètre de la léte 49

Kti outre, un radius droit de dimension analogue et le tiers supérieur d’un cubitus droit répondent à l’huniérus et au radius.

3“ Un humérus gauche, auquel manque le tiers supérieur et qui est si grêle qu’il ne paraît pas appartenir au même individu que le droit; un cubitus gauche qui, bien que complet, est déformé par une affection au point que l’apophyse coronoïde étant très-épaissie par des dépôts ossiformes, la flexion du coude au delà de l’angle droit doit avoir été impossible; la fosse antérieure de l’humerus qui reçoit l’apophyse coronoïde est également remplie d’un dépôt semblable; l’olécrane est fortement incliné de haut en bas. Comme cet os ne présente d’ailleurs aucun signe de dégénérescence rachitique, on doit supposer que c’est à une lésion infligée pendant la vie qu’est due l’ankylose. Quand on compare le cubitus gauche au droit, il peut

sembler au premier cou[> d’œil (jiie ces os appartenaient à deux individus différents, le cubitus étant de plus d’un demi-ponce trop court pour s’articuler avec le radius correspondant. Mais il est clair que ce raccourcissement, non moins que la diminution de volume de l’humérus gauche, dépendent tous deux des accidents pathologiques dont nous venons de parler.

4“ Un ilion gauche presque intact et contigu au fémur, un fragment de l’épaule droite, l’extrémité antérieure d’une côte du côté droit, l’extrémité postérieure d’une côte du côté gauche et enfin deux extrémités postérieures et une portion moyenne de côte, qui, par leur rondeur exceptionnelle et leur courbe, abrupte, ressemblent plutôt à celle d’un carnassier qu’à celle d’un homme. Cependant le docteur V. Meyer, à l’opinion de qui je défère, ne voudrait pas se hasarder à déclarer qu’elles appartiennent à un animai, et il ne reste qu’à supposer que ces conditions anormales proviennent d’un développement considérable et exceptionnel des muscles thoraciques.

Les os adhèrent fortement à la langue, bien que, ainsi qu’on l’a démontré par l’acide chlorhydrique, la plus grande partie du cartilage soit encore adhérente et paraisse, néanmoins, avoir subi la transformation gélatineuse qui a ' été observée par Bihra, sur les ossements fossiles (1). La

(1) M. Scheurer-Kestner a fait de» recherches étendues sur les modification.» chimiques des ossements fossiles à l’occasion de sa découverte d’ossements dans le lehm de la vallée du Rhin. Selon cet auteur, les ossements fossiles renferment, outre l’osséine normale, une autre substance provenant probablement d’une modification chimique de l’osséine. Cette opinion est fondée sur la perle qu’éprouvent les ossements par la calcination, qui leur fait perdre plus du double de ce qu’ils devraient perdre par la combustion de l’os.séine seule. Il .suit de là que si l’on ne peut chimiquement établir l’àge absolu d’un os, on peut établir son ùge relatif par la détermination de la quantité d'osséine niodiliéc qu’il contient. Us recherches de M. Sclicurer ont porté principalement sur les ossements trouvés h Kgui.sbciin, et dont il

surface de tous les os est couverte en plusieurs endroits de petites taches noires qui, examinées à la loupe, représentent des dendrites très-délicates. Ces dépôts, qui ont d’abord été remarqués par le docteur Meyer, sont plus visibles à la face interne des os crâniens. Ils consistent en un composé ferrugineux, qui, d’après sa couleur noire, peut contenir du manganèse. Des dendrites analogues s’offrent fréquemment sur les rocs lamelleux et se rencontrent dans les tissures et dans les crevasses. A la réunion de la Société du Bas-Rhin, tenue à Bonn le I'' avril 1S57, le professeur Meyer dit qu’il avait observé, au musée de Poppelsdorf, de semblables cristaux dendritiques sur plusieurs ossements fossiles, particulièrement sur ceux de rt/rsM.s.spe/au«, mais encore plus abondamment et élégamment déposées sur les os fossiles et les dents de VEgms adamitkus, à YElephas prhnûjenius, provenant des cavernes de Boive et de Sundwig. De légères traces de dendrites analogues ont été observées sur un crâne romain de Siegburg, tandis que d’autres crânes, qui avaient passé plusieurs siècles sous la terre, n’en offraient aucune trace. Je dois à II. von Meyer les observations suivantes sur cette question :

« I.ia formation de dépôts dendritiques, qui étaient autrefois regardés comme une preuve de leur condition fossile, est intéressante. On a supposé que, dans les dépôts du diluvium, la présence de dendrites peut être regardée comme apportant une marque de distinction entre les os mêlés

sera question ci-après ; sa conclusion est que ces ossements trouvés dans le lebm présentant la même composition que les ossements d'animaux provenant du même terrain et ayant appartenu è des espèces éteintes. « la contemporanéité de l’étre humain et de ces races doit être acceptée comme démontrée au point de vue chimique. » Voyci Note sur la découeerU

d'ossements fossiles suivie de recherches chimiques, etc. Colmar,

1807. (Trad.)

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au diluvium à une période quelque peu postérieure, et le.s véritables ossements diluviens qui .seuls offriraient des dendrites. Mais je suis depuis longtemps convaincu que ni l’absence des dendrites ne peut être considérée comme un signe d’âge récent, ni leur présence comme suffisante pour établir la haute antiquité des objets sur lesquels ils se mon. Iront. J’ai moi-même constaté sur du papier qui ne pour vait avoir plus d’un an de date, des dépôts dendritiques que l’on ne pouvait distinguer de ceux des ossements fossiles. Ainsi je possède un crâne de chien qui provient d’une colonie romaine dans le voisinage de Heddersheim Castrum Hadrianuvi, que l’on ne peut en aucune façon distinguer des os fossiles des cavernes de Frankish; il présente la même couleur et adhère à la langue e.xactement comme ceux-là, de sorte que ce caractère qui, au meeting de Bonn, a donné lieu à des scènes si amusantes entre Bucklandes et Schmerling, n’a plus aucune valeur. C’est pourquoi, dans les cas douteux, la condition des os peut à peine donner des moyens de s’assurer s’il est fossile, c’est-à-dire s’il a unevantiquité géologique, ou s’il appartient à la période historique. »

Comme nous ne pouvons maintenant considérer le monde primitif comme présentant des conditions d’existence totalement différentes, sans aucune transition à la vie organique actuelle, la désignation de fossile, en tant qu’appliquée à un os, n’a plus le sens qu’elle comportait au temps de Cuvier. Il y a des présomptions suffisantes que l’homme a coexisté avec les animaux trouvés dans le diluvium, et plusieurs races sauvages peuvent avoir disparu bien avant toute période historique, en même temps que les animaux du monde ancien, taudis que les races dont l’organisation s’était perfectionnée avaient propagé leur genre. Les ossements qui sont le sujet de celte note offrent

280 SUR QUELQUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES, des caractères qui, bien que laissant l’époque géologique incertaine, indiquent néanmoins une très-haute antiquité. On doit aussi remarquer que, si commune que soit l;i découverte d’ossements d’animaux diluviens dans les cavernes à dépôt de limon, de tels débris n’ont point été trouvés à Ne.anderthal, et que les os qui étaient recouverts par un dépôt qui n’avait que 4 ou 5 pieds d’épaisseur, sans aucune enveloppe protectrice de stalagmite, avaient conservé la plus grande partie de leur substance organique.

« Ces circonstances peuvent être réunies contre la probabilité d’une antiquité géologique. En outre, rien ne nous autorise, à considérer cette forme crânienne comme représentant le type primitif le plus sauvage de la race humaine, depuis que l’on connaît des crânes parmi les sauvages contemporains, qui, bien que n’offrant pas celte conformation extraordinaire du front qui donne au crâne de Neandertbal l’aspect de celui des grands singes, ont néanmoins des caractères qui appartiennent à un état très-inférieur de développement tel que la gr’ande profondeur de la fusse temporale, les .saillies temporales en crête proéminentes, et la capacité crânienne généralement très-inférieure. Il n’y a aucune raison pour suppo.ser que la dépression postfrontale soit due à un aplatissement artificiel, tel qu’il est pratiqué, sous différentes formes, jiar les nations barbares du vieux et du nouveau monde. Le crâne est tout à fait symétrique et ne montre aucune trace de contre-pression occipitale, tandis que, selon Morton, chez les tètes plates de la Colombie, l’os frontal et le pariétal sont toujours sans symétrie. Sa conformation montre le peu «le développement de la région antérieure de la tête qui a été si fivquemment notée dans les crânes très-anciens, et qui nous donne une preuve des plus frappantes de l’in-

Fig. 47. ~ Crâne de Neondcrlhal. Vue$ : latérale (A), frontale (B) et supérieure (C). Môitié de la grandeur naturulle. Les cutilours sont faits à la chambre nuire et réduits â la moitié de leur grandeur par M. Busk. Les détails sont représentés d'après le moule et les photographies du docteur FulilrotU ~ < 7 . glabelle. protubérance iKcipilale. — c, Suture lambdoîde.

282 SUn QUELQUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES.

fluence de la culture et de la civilisation sur la forme du crâne humain. »

Plus loin le docteur Shaafhausen dit encore :

« Il n’y a absolument aucun motif pour considérer le développement inaccoutumé des sinus frontaux, dans le crâne de Neandertlial, comme une déformation pathologique ou individuelle; il s’agit ici sans nul doute possible, d’un caractère typique de race qui est en relation physiologique avec l’épaisseur extraordinaire des autres os du squelette, lesquels excèdent d’environ la moitié les proportions usuelles. Le développement des sinus frontaux, qui sont des appendices des conduits de l’air, indique pareille ment une force et une puissance exceptionnelle des moiu* vements, telle que l’on peut l’induire du volume de toutes les arêtes et apophyses destinées à l’insertion des muscles ou à l’articulation des os. Que cette conclusion puisse être tirée de l’existence de larges sinus frontaux et de la proéminence de la région inférieure du front, plusieurs autres observations le confirment de différentes façons. Les mêmes caractères, .selon Pallas, distinguent le cheval sauvage du domestique et, selon Cuvier, l’ours des cavernes de l’ours contemporain; selon Roulin, le cochon sauvage d’Amérique a repris sa ressemblance avec le verrat, de même que le chamois se distingue delà chèvre; le bull-dogue enfin qui se caractérLse par ses os volumineux et ses muscles fortement développés, s’éloigne de toutes les esp<*ces de chiens. L’évaluation de l’angle facial, qui, selon le professeur Owen, est si difficile à fixer chez les grands singes à cause de la proéminence des arcad&s sus-orbitaires, est dans le cas présent, rendue encore plus difficile à cause de l’absence du trou auditif et de l’épine nasale. Mais si l’on donne au crâne une position horizontale convenable à la hauteur des parties subsistantes des lames orbitaires, et que

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la ligne ascendante touche la surface du frontal derrière les arcades sourcilières, l’angle facial n’excède pas 50°. Malheureusement aucune partie des os faciaux dont la ‘ conformation est si importante, quant à la forme et <à l’expression de la tête, n’a été conservée. La capacité crânienne, mise en regard du développement extraordinaire du squelette, semble indiquer un développement cérébral très- petit. Dans son état actuel, le crâne contient environ 51 onces de graine de millet; si l’on tient compte des os qui manquent en proportion de ceux qui restent, toute la cavité crânienne devait avoir 6 onces de plus, en sorte que l’on peut évaluer à 57 onces son contenu total s’il avait élé intact. Tiedemann assigne comme capacité du nègre 40, 58 et 55 onces. Le crâne contient un peu plus de 56 onces d’eau, qui correspond à une capacité cubique de 1,055 centimètres cubes (1). Huschke évaluc à 1,127 centimètres cubes la capacité crânienne d’une négresse, à 1,146 celle d’un vieux nègre. Les crânes malais mesurent en eau 56 et 55 onces, et chez les petits Hindous, elle descend à 27 onces. »

Après avoir comparé le crâne de Neandcrihal avec un grand nombre d’autres, anciens et modernes, le professeur Shaaffhausen conclut ainsi :

« Les ossements humains et le crâne de Neanderthal dépassent tous les autres dans ces particularités de conformation qui peuvent conduire à cette conclusion qu’ils appartiennent à une race barbare et sauvage. Oue la caverne dans laquelle ils ont été trouvés, sans aucune trace d’art humain, fût le lieu de leur sépulture, ou, comme les ossements d’animaux étaient ailleurs, qu’ils y aient été entraînés par des actions géologiques, ils j>euvent dans tous

(1) Dans son état complot, sa capacité serait donc de 6 onces do plus üf-

(=187 c. cubes) soit 1,220 c. cubes. (Trad.)

les cas être cnnsidénis comme la trace la plus ancienne des habitants primitifs de l’Europe. »

Quelque temps après la publication de la traduction du mémoire du professeur Shaaffbauscn, je fus amené à étudier le moule du crâne de Neandcrlhal, avec plus d’attention que je n’en avais mis jusqu’alors : je voulais donner à sir Charles Lyell un diagramme montrant les particuliarités de ce crâne, comparé aux autres crânes humains ; à cet effet, il était nécessaire de déterminer avec précision les points anatomiques qui devaient être comparés chez les différents spécimens. Parmi ces points, la glal)elle était l’iin des mieux marqués ; je pris ensuite un second point limité par la protubérance occipitale et la ligne semjcirculaire supérieure, cl je plaçai l’une sur l’autre le tracé du crâne de Neanderthal, et celui du crâne d’Engis, dans une situation telle, que la glabelle et la protubérance occij)itale externe de chacun d eux fussent sur la même ligne droite : la différence qui fut alors constatée était si considérable et l’aplatissement du crâne de Neandcrtbal si énorme (comparez fig. 45, A, et 47, A), que tout d’abord j’imaginai que j’avais commis quelque erreur. J’étais même d’autant plus disposé à l’admettre, que dans les crânes humains ordinaires, la protubérance occipitale et la ligne courbe semi-circulaire supérieure, qui est sur la face externe de l’occipitale, répondent presque strictement, à l’intérieur, avec les sinus latéraux et avec la ligne d’insertion du lentorium ou tente du cerveau.

Sur le lentorium repose, ainsi que j’ai dit dans mon précédent essai, le lobe postérieur du cerveau ; en sorte que la protubérance occipitale et la ligne courbe en question indiquent approximativement les limites inférieures de ce lobe. Etait-il possible qu’un être humain eût à ce point le cerveau aplati et déprimé, ou bien les insertions mnscii-

SDK OIIELQUES ossements HUMAINS FOSSILES. 28j

laircs avaient-clle.s changé leur situation naturelle? En vue (le mettre fin à ces doutes et de décider la question, de savoir si l’énorme projection de la région sourcilière dépendait ou non du développement des sinus frontau.v, je priai sir Charles Lyell d’obtenir du docteur Fuhlrott, possesseur du crâne, des réponses à certaines questions, ou, si la chose était possible, un moule, ou tout au moins, enfin, des dessins ou des photographies représentant l’intérieur du crâne.

Le docteur Fuhlrott répondit à mon enquête avec une courtoisie et une promptitude dont je lui suis extrêmement reconnaissant, et il m’envoya ultérieurement trois excellentes photographies. L’une d’elles nous donne, de

fl

Fig. 48. — Desun.», d'apros les photographies du docteur Fuhlrott, des parties intdrii'ures du crâne de Neandcrthal. — A, Vue de la face iotemc et inréricurc de la région frontale montrant les oritices inférieurs des sinus frontaux a. — B. Vue analogue de la région occipitale montrant l'ciupreiule des sinus latéraux aa.

28C SUR QUELQUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES, ce crâne, une vue de profil que nous avons fait graver (fig. 47, A), la seconde (fig. 48, A), nous montre les vastes orifices des sinus frontaux sur la face inférieure de la portion frontale du crâne, sinus dans lesquels, dit le docteur Fuhlrott, « une sonde peut être introduite à la profondeur d’un pouce; » cette même figure fait voir le grand développement des arcades sourcilières épaissies au delà de la cavité cérébrale. La troisième enfin (fig. 47, B), représente le bord de l’occipital et la face interne de la région postérieure du crâne; elle montre très-clairement les deux dépressions des sinus latéraux qui convergent vers la ligne «Mjntrale de la voûte du crâne, pour former le sinus longitudinal supérieur, il était donc clair que je ne m'étais pas trompé dans mon interprétation, et que le lobe postérieur du cerveau de l’iiommc de Neanderthal devait avoir été aussi aplati que je l’avais supposé.

La crâne de Néanderthal offre donc réellement les caractères les plus extraordinaires. Sa longueur extrême est de 202 millimètres (8 pouces), sa largeur est seulement de 144 millimètres (5, 75 pouces), ou, en d’autres termes, sa longueur est à sa largeur comme 100 est à 72 ; il est extrêmement déprimé puisqu’il mesure seulement 80 millimètres (5, 4 pouces), de la ligne glabcllo-occipitalc au point le plus élevé de sa courbe; l’arc longitudinal mesuré de la même façon que sur le crâne d’Engis (page 202), est de 505 millimètres (12 pouces); l’arc transversal ne peut pas être exactement mesuré, en raison de l’absence des'os temporaux; mais on suppose avec probabilité qu’il était à peu près égal au précédent ; en tout cas il excède 255 millimètres (lO pouces 1/4). La circonférence horizontale est de 57 1 millimètres (25 pouce.s) ; mais ce ebiffre élevé est dû en grande partie au vaste développement des arcades sourcilières, quoique, à la vérité, le périmètre in-

terne du crâne ne soit point petit. Le volume considérable de la région sourcilière donne, en effet, au front l’aspect beaucoup plus fuyant que le contour interne du crâne ne semble l’annoncer.

Pour l’œil d’un anatomiste, la partie postérieure du crâne est encore plus frappante que l’antérieure. La protubérance occipitale est située à l’extrémité postérieure du crâne, quand on met sur un plan horizontal la ligne glabcllo-occipitale, et bien loin qu’une partie quelconque de la région occipitale dépasse ce point, cette région du crâne glisse obliquement du haut en bas et d’arrière en avant, en sorte que la suture lambdoïde est située sur la face supérieure du crâne. En même temps et malgré la grande longueur du crâne, la suture sagittale est remarquablement courte (H2 millimètres) et la suture écailleuse est trèsdroite.

En réponse à mes questions, le docteur Fulbrott m’écrivit encore que l’occipital «est dans un état de con.servation parfaite, non moins que la ligne semi-circulaire supérieure qui forme une saillie très-accusée, linéaire à ses extrémités, mais s’élargissant vers le milieu, où elle forme deux saillies réunies par une ligne ininterrompue, qui est légèrement déprimée au centre.

« Sous le bourrelet gauche, l’os offre une surface oblique de G lignes de longueur sur 12 de largeur. » Ceci doit s’appliquer au tracé qui est au-dessous de b, fig. 47, A; c’est là une particuliaritc intéressante, car elle établit que, malgré l’aplatissement de l’occiput, les lobes postérieurs du cerveau s’avanc;aient notablement au delà du cervelet, et déplus, parce que cela constitue l’un des nombreux points similaires du crâne de Neandcrtbal et de certains crânes australiens.

Telles sont les deux formes les mieux connues des crânes

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'J88 StJK (JUtLyUES USSEME.MS IIÜMAINS FOSSILES.

humains (jiii aient été decouvertes dans ce qui peut s’appeler un état fossile. L’une ou l’autre peut-elle, à un degré appréciable quelconque, diminuer à nos yeux ou remplir l’espace qui, anatomiquement, existe entre l'homme et le singe anthropomorphe? ou bien ni l’une ni l’autre de ces formes ne se dislingue-t-clle plus profondément de la stiucture moyenne du crâne humain que ne le font, à notre connaissance, les crânes normalement développés étudiés jusqu’à ce jour?

Il est impossible de se former une opinion quelconque sur ce double problème, sans entrer dans l’élude préliminaire des variétés que nous montre la structure humaine en général, sujet qui a été jusqu’à ce jour imparfaitement étudié, quoique, même pour exposer ce que nous en savocs, les limites de ce travail soient insuirisanlcs et m’obligent à à ne tracer qu’une esquisse incomplète.

L’anatomiste le moins expert sait parfaitement qu’il n’y a pas un seul organe du corps humain dont la conformation générale ne varie dans des limites plus ou moins étendues chez les divers individus. Le squelette offre des proportions variables et même, jusqu’à certain points, différentes. Les muscles qui meuvent les os changent notablement leurs points d’insertion, les variétés dans le mode de distribution des artères sont soigneusement classées en raison de l’importance chirurgicale qu’offre la connaissance de leurs anomalies. Les caractères cérébraux sont tixtrèmemenl variables, car rien n’est moins constant que la forme et le volume des bémisphères, le nombre des circonvolutions de la surface du cerveau et j’ajouterai — ces caractères eux-mêmes, plus inconstants que tous les autres, que très- imprudemment on a tenté de donner comme caractères distinctifs de l’iiomme à savoir : la corne |X)stéricure du ventricule latéral, le petit hippocampe et le

SÜK (JUELQUES üSSEMEiNTS HUMAINS FOSSILES. 28'J

degré de projection du lobe postérieur du cerveau sur le cervelet. Enfin, ainsi que chacun le sait, les cheveux et la peau des êtres humains peuvent offrir les diversités les plus extraordinaires de couleur et de texture.

Pour autant (juc les connaissances actuelles nous permettent de le dire, le plus grand nombre des variétés de structure que nous venons d’énumérer sont individuelles. La disposition simienne de certains muscles que l’on rencontre çà et là (1) dans les races blanches du genre humain, n’est pas, que l’on sache, plus fréquente parmi les nègres ou parmi les Australiens; et ce n’est pas parce que le cerveau de la Vénus liottentolc était plus lisse, que ses circonvolutions étaient plus symétriques et que, à ces points de vue, elle tenait du singe plus que les Européens ordinaires — que l’on sera en droit de conclure qu’un semblable étal anatomique du cerveau est général parmi les races humaines inférieures, quelque probable d’ailleurs que puisse être celte conclusion.

Il est l:\cheux, en effet, que nous manquions de renseignements sur les parties molles des différentes races d’hommes, sauf de la nôtre (2); et, même pour ce qui est

(1) M. Church, NaUirnl hislonj lieview, 1861. Voyez fexccllenl Eisay on myology oforang.

(2) La Sociéle d'anthropologie de Paris a public * des Inslriiclions générales pour les recherches et observations anthropologiques, qui ont clé rédigées par M. Broca, et délivre des feuilles d’observation que tout voyageur j>cul remplir même sans être au courant de la science.. En outre, des Instructions spéciales pour le Pérou, le Sénégal, le Mexique, le Chili, lu Sicile et le littoral de la mer Rouge se délivrent ù tous les voyageurs qui en font la deniumie. Il y a donc lieu d'espérer, giâce ii la précision de ces questionnaires explicites, ijue dans quelques années le regret si justement exprimé par M. Huxley n'aura plus, au inénie degré, sa i-aison d'être. (Trad.)

’ Mémoires de la Société d'anthropologie, 1865; Archives de médecine narale, 1805, t. 111, p. 501), cl tirage à part.

■■ UuUetins de ta Société d'anllinqiotogie et tirage à |kuI.

HUXLEY. Il)

290 Sim OÜELQUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES.

du système osscu.v, nos collections sont malheureusement dépourvues de toutes les parties autres que la tète. 11 y a des crânes en assez grand nombre, et depuis le temps où Blumenbach et Camper appelèrent l’attention sur les différences notables et singulières qu’ils nous révèlent, la collection et la mensuration des crânes sont devenues une branche de riiisloire naturelle, étudiée avec zèle; les résultats qu’elle a fournis ont été groupés et classés par différents auteurs, parmi lesquels l’actif et savant Hetzius doit toujours être cité le premier.

Les crânes humains diffèrent les uns des autres, nonseulement par leur volume absolu et par la capacité des parties qui logent le cerveau, mais encore par la proportion relative de leu ra différents diamètres, par le volume rt'lalif des os de la face (et plus particulièrement de /a mâchoire et des dents), comparés à ceu.\ du crâne, parle degré auquel la mâchoire supérieure (qui est nécessairement suivie par l’inférieure) est rejetée en arrière et en bas sous la ligne de la région frontale, ou en avant et en haut, au delà de celte ligne; ils diffèrent encore par la relation du diamètre transverse de la face, pris d’un os malaire à l’autre, au diamètre transverse du crâne ; par la forme plus arrondie ou plus conique de la voûte du crâne et par le degré d’aplatissement du crâne dans sa région postérieure ou, au contraire, par sa projection au delà de la ligne, à laquelle et au-dessous de laquelle s’insèrent les muscli% du cou. .

Üans qu’clques crânes, le cerveau peut être appelé rond, la longueur extrême ne dépassant pas l'extrême largeur dans une proportion supérieure à lUO : 80, quoique la diflërenec puisse être beaucoup moindre (1). Les hommes qui

(1) Dans aucun cràne humain normal la largeur du crâne n'excède sa longueur.

SUR (JUKLUUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES. -Jill

ont des crânes de celle l'orme, ont été appelés, par Ketzius,

Fie. 49. — Vues de prufil cl de facc^d'un erdne de Kaiiiiouck rund cl uiiho^itolhe. d'après von Bacr(l/3 de la ginndcur naturelle).

brachycèiihales; le crâne de Kalmouck, dont de Baer a publié des vues de face et de profil (nous en donnons une

que celui du nègre, rcpréscnlé fig. 50 d’après M. Busk (I), ont une forme très-differente, très-allongée, et peuvent être appelés oè/onÿ,s; 'chez ce sujet, la longueur extrême esta la plus grdndc longueur comme 100 est h 07, et le diamètre transverse peut mémo descendre au-dessous de ces proportions. Les individus qui offrent cette forme de crâne ont été appelés, par Rclzius, dolichocéphales (2).

(1) Craiiia typica.

(2) Iæ nomenclature relative aux diamètres des crânes s'est, dans ces dernières années, enrichie — si c’est là une vraie richesse — de si nombreuses expressions, que nous rendrons peut-être quelque service au lecteur en lui présentant les définitions de quelques néologismes. Parlons d'aliord des mots utiles. Broca, le premier, a proposé de désigner du nom d'ùidice céphalique le rapport réduit en centièmes du diamètre transversal maximum au diamètre longitudinal. Cette dénomination a été universellement adoptée. L'indice céphalique est donc le quotient obtenu en multipliant par 1 UO le diamètre transversal, et en divisant le produit par le diamètre longitudinal. Cela posé, où finit la dolichocéphalie? où commence la brachycéphalic? Retzius avait fixé au quart du diamètre longitudinal chez les dolichocéphales sa différence d’avec le transversal, soit è 75 p. 100. Ainsi que Huxley l'a fait remarquer, ce chiffre excluait du rang des dolichocéphales les Suédois euxmêmes. D'ailleurs, il est maintenant universellement convenu, pour des raisons tirées de la pratique, que tout crâne dont la largeur est à la longueur comme 80 : 100 (ou au delà de 80) est brachycéphalique. Au-dessous de 80, dans la division dicliotomique de Retzius, tout crâne devrait être dolichocéphalique. Hais l'insuffisance de cette distribution, qui confondrait des groupes très-distincts d'hommes, a été rapidement sentie, et Broca a proposé, .A titre de procédé descriptif, le nom de mésalicéphales pour distinguer les crânes de type intermédiaire entre 77,7 et 80 p. 100. En outre, comme ces li mites lui paraissaient encore trop larges, il a déterminé des chiffres intermédiaires, en sorte que les crânes étroits étaient distribués en dolichocéphales purs (75 p. 100 et au-dessous) et en sous-dolichocéphales (entre 75 et 77,6). Ici venaient les mésaticéphales (de 77,7 â 79,9). A leur tour, les brachycéphales se divisaient en sous-brachycéphales (de 80 !i 8A,9) et brachycéphales purs (de 85 et au delà).

AVelcker, dans ses tables cràniométriques, a pris pour minimum de brachycéphalie 81, et pour maximum do dolichocéphalie 72. Entre 72 et 81, se rangent les crânes les plus nombreux, qu'il appelle orthocéphales, terme auquel Vogt préfère, avec raison, celui de mésaticéphales, proposé par Broca,

'm SUR QUELQUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES.

Le coup (l’œil le plus superficiel jelti sur les vues de profil de CCS deux crânes suffira pour prouver qu’ils diffèrent, à un autre point de vue, d’une nianière très-frappante. Le profil de la face de Kalmouck est presque vertical ; les os de la face sont inclines du haut en bas et sous la partie antérieure du crâne. Le profil de la tête de nègre, d’un autre côté, offre une singulière inclinaison : la partie

et généralement adopté. Enfin Huxley a donné une nomenclature éminemment éclectique et internationale, où la Suède, l'Angleterre, l'Allemagne et la France sont également représentées : au delb de 80 p. 100, brachycéphales divisés en brackütocéphales (de 85 p. 100 et au-dessus), et euryfépfca/c.s (de 80 ù 85) ; au-dessous do 80 les dolicliocéphales se divisent en quatre groupe.«, de 80 à 77, sotu-brachycéphales ; de 77 à 7-4, orthocéphales ; de 74 à 71. mècocéphales ; 71 et au-dessous, mécütocéphales. (Prehistorie remains of Caithness, p. 85 ; 1860.) 11 pourrait y avoir quelque inconvénient h cette nomenclature multiple et qui a été récemment encore augmentée, et dont quelques termes ont plusieurs acceptions si l'on y voyait autre chose, selon l'expression do Broca, qu'un procédé descriptif. Or, il semble que l’heureuse innovation ilue à cet auteur de l’indice céphalique rend accessoire toute classification verbale. On pourrait prendre l'habitude de dire crâne de 80. de 85. de 75, etc., avec l’avantage d’une grande précision, tout en conservant les trois termes principaux : doliefw, mesali et brachycéphales.

Après ces explications, le lecteur peut se demander è quoi ont abouti les classifications d’après les rapports des longueurs. Huxley en parle un peu pins loin; Vogt, résumant sur ce point les ohse.rvatious de AVelcker, dit qu’en apparence c les conditions de civilisation se trouvent plutôt dans un juste milieu entre les deux extrêmes, dans un degré moyen de longueur de la tête, > conclusion extrêmement flatteuse pour les Français qui occupent h peu près le milieu de l’éclielle des tètes moyennes, de même (et ici la pointe d'ironie est marquée) qu’ils se considèrent comme le centre de la civibsation > {Leç. sur l'homme, p. 65).

Quoi qu’il en .soit, voici quelques mesures que nous empruntons â plusieurs auteurs et notamment aux tableaux crâniométriques de Pruner-Bey, Vogt, Broca , Huxley : Indices céphaliques : crânes déformés du Pérou, brachycéphales 106 p. 100; dolichocéphales de même provenance (acrocéphales), 76. On voit par lâ que les déformations artificielles ont plus d'action lorsqu’elles agissent en longueur qu’en largeur, ce qui confirme l’opinion d’Aehy sur la prééminence comme caractéristique du diamètre transversal, et les belles recherches de Sbaafliauscn sur le développement du crâne chez les enfants

SIR ni'ELgUES OSSEMENTS ROMAINS FOSSILES. 2!)5 anliiriciirc dos mâchoires se projette beaucoup ou delà du niveau de la région antérieure du crâne. Dans le premier cas, le crâne est dit orlhognathe ou à mâchoire droite; dans le .si'cond, il est appelé prognathe, expression qui rend avec plus de force que d’élégance l’équivalent saxon movty (qui ressemble à un museau ou groin).

Diverses méthodes ont été imaginées on vue d’exprimer avec quelque précision le degré de prognathisme et d’orlhognathi.sme d’un crâne quelconque (1); mais la plupart de ces

(Bull, de la Soc. (f an(A. , 18C6, p. 519). Lrs crânes les plus étroits que nous connaissions sont mentionnés, l'un par Vogt, avec répilhète de crâne veritalilement simien, c’est celui d’un Australien (05 p. 100); l'autre, par Huiley, c'est celui d'un indigène de la Nouvelle-Zélande dont l'index est 02,0. Il n'est pas rare de trouver des crânes d’Australiens de 05 i 70 ; 7 Australiens ont donné à Pruner-Bey une movenne de 70; moyenne de 8 Hottentots, 09; de 50 Néo-Calédoniens, 70 ; de 50 nègres, 72 ; de 15 Esquimaux, 09 ; de 12 Chinois, 77 ; de 10 Scandinaves, 70 ; de 11 Bretons, 70 ; en Amérique, où la forme hrachycéphale s’accuse très-marquée, le même savant a trouvé pour des nombres très-petits d'individus des moyennes de 80 à 95 de la

Soc. d'anth.,1. 11).

Broca, dans ses recherches sur 125 crânes du cimetière de la Cité, antérieur au douzième siècle, a trouvé pour indice céphalique minimum 71, maximum 90. moyenne 79; sur 117 crânes du cimetière des Innocents, 79; sur 584 crânes parisiens de plusieurs époques et do diverses provenances, 79 ; pour 00 Basques, 77, etc. 56 anciens crânes écossais ont donné â Huxley 70; sur 55 anciens Irlandais, Wright a trouvé une moyenne de 75; sur 5i> Anglo- Saxons, Davis et Thumam ont eu une moyenne de 75. Un crâne supposé tarlare a donné à Huxley 97,7; c'est le plus rond dos crânes normaux connus (On Iwo widely contrasted forms ofhuman cranium). D’autres diamètres, dont les rapports réciproques ont été formulés par M. Gaussin [Bull, de ta Soc. d'nnlh., 1805, p. 141), notamment le diamètre vertical, ont donné lieu â de nombreuses nomenclatures dont les résultats ne sont point encore trèssigniOcatifs. (Trad.)

(1 ) Tout récemment Liétard a proposé pour la mesure du prognathisme un procédé qui permet de le déterminer d'après ta valeur angulaire obtenue en abaissant du point sus-nasal une perpendiculaire sur le plan horizontal; la ligne faciale, qui va du point sus-nasal au bord antérieur du maxillaire supc^ rieur, détermine un angle aigu qui mesure le prognathisme. Le triangle est rectangle et la valeur de l’angle supérieur est le complément de l'angle anté--

mclliodos ne sont autre cliose que des modificalions de celle qu’a inventée Pierre Camper, pour obtenir ce qu’il appelait l’angle facial (1). Le plus léger examen montrera que quelque angle facial que l’on détermine, il ne pourra jamais exprimer que d’une manière grossière et trèssommaire les modifications anatomiques qu’entraînent l’ortliognatliisme ou le prognathisme, car les lignes dont l’intersection constitue l’angle facial , passent par des points du crâne dont la situation est modifiée par un grand nombre de circonstances, en sorte que l’angle obtenu est une résultante complexe de toutes ces circonstances, et n’est point l’expression d’un rapport organique bien déterminé des diverses parties du crâne.

Je suis arrivé à cette conviction, que les comparaisons crâniennes n’ont de valeur sérieuse que si elles sont établies sur la détermination d’une ligne fondamentale relativement fixe, à laquelle les mesures doivent être rapportées dans tous les cas; et je ne pense point, au surplus, qu’il y ait quelques difficultés à décider quelle doit être cette ligne fondamentale. Les parties du crâne, de même que celles du reste de la charpente animale , se développent successivement; la base du crâne est formée avant ses parois latérales et sa voûte; elle est convertie en cartilage bien plus tôt et plus complètement que ces régions ; et cette base cartilagineuse s’ossifie et se soude en une seule pièce bien avant la voûte. Je conçois alors que la base

rieur. La base de re triangle ne mesure pas le prognathisme, puisqu'elle peut varier avec la longueur de la perpendiculaire (Voy. Bull, de la Soc. dtanlhr., 1867, p. 127).

(I) C'est en déterminant des valeurs angulaires, que Weicker a indiqué les nations les plus prognathes dans l'onlre .suivant ; Cafres, Nègres australiens. Nègres, Hindous, indigènes de la Nouvelle-Hollande, Hollandais, Brésiliens. Cos.aques, indigènes de Sumatra. Baschkirs (cité par Vogt, loc. cil., p. 67).

(Trad.)

SUR OUELORES OSSEME;\TS HUMAINS FOSSILES. 207

ilu crâne peut ôlrc considérée, au point do vue du dévelop-

Fffi. 5! . Sections longitudinales et verticales des crânes d’un castor (G. Canad^nfift A), d'un lémuricn (A. Catta B.) et d’un babouin [G^oc.papio G]; a^.axcbasi-crânien; bCt plan occipital; iT, plan de la tente du cervelet ; dûb^ angle olfactif; efh, angle crànio-facial ; ghy longueur extrême de la caviltî qui contient les liémisphêrcs cérébraux, ou longueur cérébrale; la longueur <lc l’axe basi<rânien par rapport à la longueur cérébrale, ou, en d’autres termes, la longueur pro{>ortionnelle de In ligne gh à la ligne ah représentée par iOO est, dans les trois crânes : castor, 70; lémurien, 1 19 ; babouin, 111. Chez un gorille mâle adulte, cette même longueur égale 170; chez le nègre (lig. 50), elle égale 256. Dans le crâne de Conslanlinoplc (Hg. 52], clic égale 206. La différence qui existe entre le singe le plus élevé et l’homme le plus inférieur est mise en évidence de In manière la plus saisissante par cette méthode de mensuration.

Dans le diagramme du crâne de l)abouiii, les lignes ponctuées (f d" donnent 1rs angles des crânes de lémuricn ci de castor, superposées sur i'axc hasi-crânien du babouin. Iji ligne ab a la même longueur dan.s chacun des diagrammes.

20H SUR OliELQIlKS ()S«EMRNTS HUMAINS FOSSILES.

pement, comme sa portion relativement fixe, sa voûte et scs parois latérales étant relativement mobiles. Cette même vérité se vérifie par l’étude des modifications que subit le crâne en s’élevant des animaux inférieurs à l’homme. Cbezun mammifère tel que le castor (fig. 51, A), une ligne (ah), tracée à travers les os, et appelée basioccipitalc, basisphénoïde, présphénoïde (l),est très-longue, relativement à la plus grande longueur de la cavité qui contient les hémi.splières cérébraux (g h). Le plan du trou occipital (b c) forme un angle légèrement aigu avec cet axe basi-crânien, tandis que le plan de la tente (» T) est incliné un pou plus de 90 degrés sur ce même axe. Le plan de la lame criblée de l’ethmoïde (a d), par laquelle les nerfs olfactifs sortent du crâne, affecte le même angle; en outre, une ligne, tirée par l’axe de la face, entre les os appelés clhmoïdes et vomer, axe basi-facial (f é], donne un un angle extrêmement obtus lorsque, prolongé, elle coujX! ra,xc basi-crânien. Appelons angle occipital, l’angle que fait la ligne b c avec la ligne a h; angle olfactif, l’angle fait par la ligne a d avec a b; angle tcnlorial, enfin.

(1) 1.0 traducteur ayant demandé à M. Iluxle» quelques explications complémentaires au sujet du procédé de mensuraclion dont la description ra suivre, M. Huxley a bien voulu lui donner, sous forme de lettre, les explû alions suivantes :

La ligne ab basi-occipitalc est supposée tracée du milieu du bord antérieur du trou occipital à rextrémité antérieure du sphénoïde (salure elhmoîiio-splwmii date). Celle ligne traverse donc entièrement les portions de l’occipal cl du sphénoïde, qui forment la véritable base du crâne. Quant à la ligne basi-facialc (fe) qui passe entre l’ethmoïde et le vomer, je lui a substitué, dans un travail ultérieur (On Iwo widcly ronlrased forms of lhe cranium), une ligne qui dans les crânes humains est plus commode, et qui est tracée de rcilrémilé antérieure de la ligne basi-eràniennc au bord nasal du maxillaire supérieur. On verra, dans une note de la page 303, les relations que peut avoir la méthode de M. Huxley et celle des savants qui ont des procédés de mensurations angulaires. (Trad.)

SUR QÜELQIIF.S OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES. 2!)!l

l’angle formée par i T avec a h : tous ces angles, chez le mammifère en question, sont presque droits et varient entre 80 et 110 degrés. L’angle efl), constitué par l’axe crânien et l’axe facial, et qui peut être appelé angle craniofacial, est extrêmement obtus et s’élève chez le castor à 150 degrés au moins.

Mais si l’on étudie une série de sections de crânes de mammifères intermédiaires aux rongeurs et à l’homme (fig. 29), on trouvera que dans les crânes les plus élevés l’axe, basi-crânien devient de plus en plus petit relativement à la longueur du cerveau ; que l’angle olfactif et l’angle occipital deviennent plus obtus, et que l’angle crânio- facial devient plus aigu par l’inclinaison de l’axe facial sur l’axe crânien. En même temps la voûte du crâne devient de plus en plus arquée pour se mettre en harmonie avec les hauteurs croissantes des hémisphères cérébraux, éminemment caractéristiques de l’homme, aussi bien qu’avec leur développement au delà du cervelet, qui atteint son maximum chez les singes de l’Amérique du Sud; en sorte que, tout au moins dans le crâne humain (fig. 30), la longueur du cerveau est entre deux et trois fois aussi grande que la longueur de l’axe basi-crânien. La lame criblée est à 20 ou 30* du côté inférieur de cet axe ; l’angle occipital peut être de 150 ou 160 degrés au lieu d’être au-dessous de 90°; l’angle crânio-facial, de 90° ou même moins, et la hauteur verticale du crâne peut être considérable par rapport à sa longueur. D’après l’inspection des diagrammes ci-contre, il est évident que l’axe basi-crânien est, en s’éle'vant dans la série ascendante des mammifères, une ligne relativement fixe, autour de laquelle les os des parois latérales de la cavité crânienne de la voûte et de la face peuvent être considérés comme tournant en bas, en avant ou en arrière selon leur position. Cependant, l’arc décrit de la sorte par

un OS quelconque, ou par un plan, n’est en aucune façon toujours en proportion de l’arc décrit par un autre.

Vient maintenant la question importante de savoir si nous pouvons distinguer, parmi les formes les plus inférieures et parmi les plus élevées du crâne humain, un point quelconque, répondant à un degré, si léger qu’il puisse» être, de cette révolution des os latéraux et des os de la voûte du crâne autour de l’axe hasi-crânicn, observée sur une

b c, b' C, l’Iiin ilii Iroii occl|iitnl. — d, d’, F.jirémili' gioslêrieurc îles os pulalins. — e, e’, Kilrûmiti': anliTieiire de l.s mîdtoire suix'rieurc. — T Inscrlion lie 11 tente du eerveaii.

SUll yUEUJUKS OSSEME^TS HUMAINS FOSSILES, 301

grande échelle dans la série des mammifères. De nombreuses observations me conduisent à croire que nous devons répondre à cette question par l’aftirmative. Les diagrammes de la figure 52 sont réduits d’après des diagrammes, soigneusement tracés, des sections de quatre crânes, dont deux arrondis et orthognathes, deux allongés et prognathes, pris longitudinalement et verticalement à travers le centre.

Les diagrammes des sections ont été recouvertes de telle façon, que les axes hasiaires des crânes coïncident par leur extrémité antérieure et dans leur direction respective. Les déviations des autres parties du tracé, qui représentent l’intérieur des crânes seulement, nous donnent les différences de ces crânes, de l’un à l’autre, quand leurs axes sont considérés comme des lignes relativement fixes. Les contours noirs sont ceux d’un crâne d’Australien et d’un nègre. Les contours clairs sont ceux d’un crâne tartare qui est au musée du Collège royal des chirurgiens de Londres, et d’un crâne arrondi bien développé de race incertaine, qui est en ma possession, et qui provient d’un cimetière de Constantinople.

On voit, au premier coup d’œil sur ces derniers, que les crânes prognathes, au moins en ce qui concerne les mâchoires, diffèrent réellement des orthognathes à peu près de la même sorte, quoique à un moindre degré, que les crânes des mammifères inférieurs diffèrent de ceux de l’homme. En outre, le plan du trou occipital (te) forme avec l’axe (rt b) un angle en quelque sorte plus petit dans les crânes spécialement prognathes que dans les orthognathes ; et la même chose est à peu près vraie de la lame perforée de rélhinoïde, quoique cela ne soit pas aussi clair. Mais on remarquera cette particularité que les crânes prognathes sont, à certain point de vue, moins semblables à ceux des

singes que ne le sont les ortliognalhcs, car la cavité cérébrale se projette plus nettement au delà de l’extrérailé antérieure de l’axe, chez les crânes des prognathes, qu’elle ne le fait chez les orthognathes.

On notera aussi que ces diagrammes montrent une grande série de variations dans la capacité et dans les proportions relatives à l’axe crânien, des différentes parties du crâne qui contiennent le cerveau proprement dit. La dilTérence dans la portion de la cavité cérébrale qui dépasse la cérébelleuse, n’est pas moins singulière. Un crâne rond (fig. 52 Coïwst.) peut avoir une proporlion cérébrale postérieure plus grande (ju'un crâne allongé (fig. 50 nexjro).

Jusqu’à ce que les crânes humains aient été profondément étudiés avec des procédés semblables à ceux que je suggère ici; jusqu’au jour où ce sera un opprobre pour une collection ethnologique de posséder un seul crâne qui n’aurait pas été coupé longitudinalement; jusqu’au jour où les angles et les mesures que je viens de mentionner, ainsi que nombre d’autres dont je ne puis ici parler, auront été déterminés et établis en tableau par rapport àl’a.xe basi-crânien pris comme unité, et cela pour un nombre considérable de crânes des dilférentes races du genre humain, je ne pense pas que nous puissions avoir aucune base certaine pour cette crâniologie ethnique, qui aspire à donner les caractères anatomiques des crânes des races humaines (1).

Quant à présent, je crois que l’on peut esquisser en peu de mots tout ce qui, sur ce sujet, peut être dit avec quel-

(1 ) l‘armi les nombreuses méthodes de mensurations angulaires qui ont etc décrites dans ces dernières années, il faut mentionner celle qui est due à rillustrc Virchow, et qui a pris un développement considérable entre les mains de Welcker. Nous voulons parler de l'angle sphénoïdal dont il a déjà été question ; cet angle est formé par l'intersection do la ligne NS, qui part de la racine du nez ou suture fronto-nasale, avec la ligne BS, qui part du bord

SUK yUELOL'ES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES. Ô03

que ccrlilucle. Tracez une ligne sur un globe lerrcslre, de l’ouest de l’Afrique [Côlc-d'Or] aux steppes de la Tartarie; à l’extrémité méridionale et occidentale de cette ligne, vit la race d'hommes la plusdolicliocéphalique, prognathe, aux cheveux frisés et à la peau noire — les vrais nègres. — A l’extrémité septentrionale et orientale de cette

antérieur I) du trou occipital. Le point d'intersection S est situé au Iwrd antérieur de la selle turcique, derrière les deux trous optiques.

Fie. 53. Angle sphénoïdal. Procéilé de mensuration de Oroca. NSB, angle sphénoïdal ; ENB, angle nasal ; BR, base du triangle facial ; ENSB, quadrilatère facial; E, angie dentaire; N, angle nasal; S, angle sphénoïdal; B, angle occipital Le crochet est destiné à montrer un procédé de mensuration de cet angle, sans ouvrir le criue, dé à M Broca. [liull. de la Soc. d'anthr., 1865, p. 505.)

Chacun des autres angles du quadribtère facial a donné des ré.sultats importants. .Mais l'angle spéno'idal est à coup série plus significatif. On comprend, en effet, à la seule inspection de la ligure, qu'il sera d'autant plus

504 suit OUELtjUtS USSEMUiNTS lltMALNS FOSSILES.

ligne, vivent les lioinnies les plus braeliycépliales, orlliognalcs, aux cheveux lisses cl à la peau jaune — les Tartaros et les Kalmoueks. Les deux exlrémités de cette ligne imaginaire sont pour ainsi dire des anlijwdes ethniques (1).

ouvert, que la grandeur do la face par rapport au crâne sera considérable cl inversement, de sorte qu’il doit diminuer à mesure que l'intelligence s'accroit. C’est, en effet, ce qu’a vériBc Welcker, qui a trouvé les séries suivantes : sur 30 crânes allemands normaux, moyenne 134*; 50 crânes de femmes, moyenne 158"; six nègres, 144"; 8 nouveau-nés, moyenne 141°; 10 enfants de 10 515 ans, moyenne 137 ; 3 nègres, 138 ; 1 idiot, 14.5; 1 chimpanzé, 149 ; jeune orang, 155 ; orang adulte, 174 ; orang vieux, 180. Trois crânes de sagous bruns ont fourni la même progression d'accroissement de l’angle, à mesure que l'intelligence diminuait, c'est-à-dire que l’âge augmentait ce qui est de règle chez les singes.

L'angle nasal E, N, B (flg. 53) mesure, selon Welcker, le prognathisme de la face ; il croit avec l'angle sphénoïdal, c’est-â-dire qu'il diminue à mesure que l'intelligence s'accroît. Nous ne pouvons entrer dans plus de détails sur les triangulationscrâniennes; tout en reconnaissant l'avantagei]u’il y a à prendre des mesures sur un crâne ouvert, le procédé de M. Broca, au moins pour ce qui est de l’angle sphénoïdal, évite une section, autrefois indispensable; ce qui, vu la nécessite de prendre des moyennes stables sur un graixl nombre de crânes, rendait l'angle en question peu pratique, ainsi que l’a fait justement remarquer Bertillon dans son excellent article, Ançiles céphaliques, du Dict. eiicycl. des sc. médicales.

(1) Depuis cet ouvrage, M. Uuxlcy a publié un mémoire que nous avons déjà eu l'occasion de citer (p. 298), et qui contient implicitement une méthode que nous devons signaler en même temps que des doeuments crâniologiques trop importants pour que nous laissions passer l'occasion de les faire connaitre aux antliropoiogistcs français. Ce mémoire de IG pages, lu à la réunion de r.\ssociatinn britannique de Birmingham en 18GG, a pour titre : Sur deux formes exlrèmemenl contrastées du crâne humain. La méthode, à nos yeux, et sans que M. Huxley fasse mention de son dessein, consiste â rcclierclicr et a décrire les formes crâniennes extrêmes, afin de déterminer pour des points de repère précis les types intermédiaires, cl cela pour chacun des éléments principaux de la structure crânienne. Ces éléments ne sont pas très-nombreux. En (iremièrc ligne, il faudrait placiT les relations angulaires de la face et de la partie du crâne qui loge le cerveau ; en seconde ligne, les proportions relatives de la longueur et de la largeur du crâne ou l’indice céphalique ; cet indice devrait pouvoir être rapporté 5 la imrtion du crâne, antérieure ou postérieure, qui l'a déterminé, ainsi que Broca l’a établi pour les crânes des

SUU (JUELüUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES. 505

Une ligne tirée à angle droit ou à peu près, sur cette ligne polaire qui va de l’Europe et de l’Asie méridionale à l’Flindoustan, nous donnerait une sorte d’équateur autour duquel se groupent les tètes arrondies, les ovalaires, les

Basques (dolicliocéplialie occipitale ou frontale); «ii troisième ligne, le diamètre vertical maximum, ou mieux encore l'indice vertical, c’est-à-dire le rapport du diamètre longitudinal au vertical, rapport qui selon Gaussin augmente ou diminue proportionnellement à l'indice céphalique ; disons en passant, que selon de Khanikof le diamètre vertical est constamment égal au tiers de la sonunc des deux autres {BuU. de la Soc. d'anthr., 1865, p. H1 et 184); en quatrième ligne, la capacité crânienne. Sans contester la valeur des cinquante ou soixante mensurations indiquées par les craniologistes, je crois que, pour arriver kde grands groupes, les quatre éléments que je viens de signaler, rapportés aux formes extrêmes, suffiraient à déterminer des classements mathématiques, et auraient en outre l'avantage de faciliter le travail d'ohscrvation ; de la note de M. Huxley, j'extrairai donc les éléments qui peuvent s'y rapporter et ceux qui, d'ailleurs, sont les plus frappants.

Les deux crânes à formes extrêmes — qui probablement sont les formes normales les pins extrêmes — proviennent, l'un d’un Tartare, et le second est attribué vaguement à un indigène de la Nouvelle-Zélande. Mais H. Huxley croit qu’il y a eu là une erreur et que ce crâne est australien, opinion que dès le premier coup d'œil on est disposé à partager. Le premier appartient au musée desebirurgiens de Londres, le second à M. J. -B. Sedgwick. Vais, comme la provenance des crânes n'a pour ce qui nous occupe en ce moment qu'un intérêt secondaire, acceptons les dénominations de Tartare et d'Austraben comme les plus vraisemblables. Cela convenu, disons que les diamètres longitudinaux sont, en millimètres (réduits d'après les mesures données vi To5 pouce) ; tartare 169,5 ; australien 191 : diamètre vertical (pris du bord antérieur du trou occipital au point de jonction des sutures roronales et sagittales) ; tartare 154; australien 145,4; Iransverse : tartare 165,7; australien 120 ; d'où l'on déduit les indices céphaliques suivants ; tartare 97,7 ; australien 62,9. Ainsi, le crâne australien est plus long que le tartare de 215 millimètres, et le crâne tartare est plus large que l'australien de 546 millimètres. Le ronleuu cubi(|ue du crâne de tartare, d'après le moule de l'intérieur du cnine est évalué à 95 pouces cubes, soit 1566 cent, cubes, celui de l'australien à 80 pouces cubes, soit 1310; largeur extrême du frontal : tartare 130 millimètres; australien 99; somme toute, les contrastes extrêmes semblent se rapiiorter par-dessus tout aux indices céphaliques. 11 est à désirer que l’on recherche les formes extrêmes pour tous les élénieuts craniomorphiques. (Trad.)

nuxLEï. 20

500 suit (JUEUJUES ÜSSEMKNTS HUMAINS FOSSILES, oblongues, les prognathes et les orthognathcs, les races claires et les races foncées; mais nulle d’entre elles ne possède les caractères excessivement marqués du Kalmouck et du nègre. Il est digne de remarque que les régions des races antipodes, sont également antipodes quant au climat, le contraste le plus grand qu’olTre le monde étant jx!ut-ètrc celui qui existe entre les cotes humides, chaudes, brumeuses, formées par les terrains d’alluvions de l’.\friquc occidentale, et d’autre part, les steppes et les plateaux arides de l’Asie centrale, steppes glaciales en hiver et aussi éloignées de la mer que peut l’ètre une partie quelconque des continents (1).

De l’Asie centrale, vers l’est, aux îles de l’océan Pacifique, d’une part, et à l’Amérique de l’autre, les types brachycéplialiquesct l’orthognathisme diminuent graduellement, e( sont remplacés par les dolichocéphales prognathes, moins, cependant, sur le continent américain (sur toute la longueur duquel existe en grande majorité, mais non exclusivement, un type de crânes arrondis) (1) que dans les régions du

(1) D’après les recherches de AVelcker, rapportées par Vogt (Lee. sur l'homme \i. C4),on peut classer comme il suit les têtes courtes, rondes, hrachycéphaliqucs : Lapons, Malgaches, Madurais, Bnschkirs, Turcs et Italiens modernes; parmi les tètes longues les plus caractérisées ; Noukabiviens, Hindous, Esquimaux, Nègres, Nègres australiens , Kaffres, Boschimen et Hottentots. Le groupe des tètes moyennes, des moins longues aux plus longues est gradué du la façon suivante : Allemands, Busses, Sumatra, Kalmoucks, Javanais, Français, Cosaques, Juifs, Bohémiens, Mollucais, Indiens, Chinois, Finnois, anciens Grecs, anciens Romains, Brésiliens, Hollandais. On voit combien les cbssements sont désordonnés, par rapport aux idées courantes sur les valeurs supposées des races. Il y a & cela deux motifs au moins : le premier est que nous manquons de critérium philosophique pour la valeur dus races ; le second, que toute appréciation craniologiquc faite à un seul point du vue est nécessairement défectueuse. (Trad.)

(2) Voyez le précieux écrit du docteur D. Wilson, intitulé : Sur la prééminence supposée d’un type crânien parmi les indigènes Américains (Canadiau Journal, 1857, vol. II).

SUR QUEinUES OSSEMENTS HUMAINS EOSSILES. 507

Pacifique où reparaissent, dans le continent australien et dans les îles adjacentes, le crâne oblong, les mâchoires saillantes, la peau noire. Toutefois, à d’autres égards, ce type s’éloigne tellement du nègre, que quelques ethnologisles lui assignent le nom spécial de négritos ou négroïdes.

Ixi crâne australien est remarquable par son étroitesse et par l’épaisseur de ses parois, spécialement dans la région des arcadessourcilières, laquelle est massive fréquemment, quoique non constamment, dans toute son épaisseur, les sinus subissant un arrêt de développement. En outre, la dépression nasale est extrêmement brusque, en sorte que les arcades surplombent, et donnent à la contenance, une expression particulièrement basse et menaçante. La région occipitale du crâne est quelquefois moins proéminente, à ce |K)int que non-seulement elle ne s'avance pas au delà d’une ligne abaissée perpendiculairement à l’extrémité postérieure 'de la ligne glabello-occipitale, mais même, dans quelques cas, elle s’incline presque tout de suite vers la région anterieure. En rai.son de cette circonstance, les parties occipitales qui sont au-dessus et au-dessous de la protubérance forment entre elles un angle beaucoup plus aigu que d’ordinaire; d’où il suit que la partie postérieure de la base du crâne semble être obliquement tronquée. Beaucoup de crânes australiens ont une hauteur considérable, tout à fait égale à la hauteur moyenne des crânes de toute autre race ; mais il en estd’autres chez qui, tandis que la voûte du crâne se déprime remarquablement, il se produit une élongation telle que probablement la capacité n’est point diminuée. Le plus grand nombre des crânes qui possèdent ces caractères que j’ai pu constater, proviennent du voisinage de l’ort-.\délaïde, dans le sud de l’Australie et servaient aux indigènes pour leurs provisions d’eau; à ce dessein, la tice avait été brisée et une corde avait été passée à travers

508 SLK (JlELQl’ES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES.

la cavilé orbitaire d’une part et le trou occipital de l’autre, en sorte que le crâne était suspendu par la plus grande partie de sa base.

La figure 31 représente le tracé d’un crâne de ce genre, muni de sa mâchoire et provenant de Western-Port; le

Fie 54. ^ Crâne australien de \Vc8tern-ror(, provenant du mus^e du college de.« chirurgiens de Londres, avec le tracé du crâne de ^ea^dc^thaly tous deux réduits au tiers de la grandeur naturelle.

tracé noir représente le crâne de Neandertbal, et tous deux sont réduits au tiers de la grandeur naturelle. On remar- (juera qu’il suffirait d’aplatir et d’allonger quelque peu le crâne australien en augmentant dans la même proportion les arcades sourcilières, |jour le transformer en une forme identique à celle du fossile de Neandertbal, égaré parmi nous (1).

(1) M. Faudel a récemini'.iit décrit des ossements humains trouvés dans le lehm de la vallée du Rhin à Eguislicim, près de Colmar {Bull, de la soc. gdol. Janvier I8ü7), associés à une molaire de Mammouth (E. primigenius) et à d’autres ossements de mammifères fossiles. Les os humains cl ceux des mani-

SliR nilELQUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES. 309 Et maintenant, revenons aux crânes fossiles et au rang qu’ils occupent parmi les variétés modernes des conformations crâniennes, si toutefois ils peuvent prendre place parmi elle. En premier lieu, jedoisfaireremarquerque,ainsi que le professeur Schmerling l'a bien observé (voy. p. 265) dans ses commentaires sur le crâne d’Engis, — tout jugement solide sur les problèmes que les crânes soulèvent, est grandement ébranlé par l’absence des mâchoires inférieures des deux crânes en question , de sorte qu’il n’y a aucun moyen de décider avec certitude, s’ils sont plus ou moins prognathes que les races contemporaines inférieures du genre humain. Et cependant nous l’avons vu, c’est pliilôt sous ce rapport que sous aucun autre, que les crânes humains s’éloignent ou se rapprochent du type bestial. Le

mifères offraient les mêmes caractères phvsicn-chimiques. Nous donnons ici (d’après les Butletim de la soc. d’anlhrop., 1867, p. 150) le tracé en prolil du crine de Neanderlhal et de celui d'Eguisheim, on verra que le tracé du second est encore pins déprimé que celui du premier.

^EGUISHEIIVi NEANDERTHAL.

Fio. 55. — Comparaison du crêne de Neandcrthal et de celui d’Eguisheim.

Les crânes qui offrent un caractère analogue et qui sont d’une authenticité pali-ontologiquc incontestable sont maintenant assez nombreux. (Trad.)

niO SliK (JI KLQIIKS OSSRMENTS Hl'MMNS FOSSILES.

crAne il’nn Furopt'i’n d'une dolielioa'phalie moyenne, diffère beaucoup moins du crâne d’un nègre, par exemple, que n’en diffère sa mâchoire. C’est pourquoi, en l’absence des mâchoires, les opinions avancées sur les rapports de,s crânes fossiles avec les races modernes, doivent n’être admises qu’avec certaines réserves.

Prenant donc les témoignages tels qu’ils sont réellement, je dois avouer d’abord en ce qui concerne le crâne d’Efigis, que je ne vois dans ses débris aucun caractère qui, s’il était d’origine récente, pourrait me mettre sur la voie de la race à laquelle il appartient ; son contour et ses mesures s’accordent parfaitement bien avec ceux de quelques crânes australiens que j’ai e.xaminés. Il a parfaitement cette tendance à l’aplatissement de l’occiput si remarquable dans quelques crânes australiens dont j’ai parlé. Mais tous les crânes australiens ne présentent pas cel aplatissement cl l’arcade sourcilière du crâne d’Engis est tout à fait différente de celle des types australiens.

D’un autre côté ses mesures concordent également bien avec celles de quelques crânes européens. Assurément <raillcin’s aucune partie de sa structure n’offre la moindre trace de dégradation. C’est là, en effet, un crâne bumniii il’une bonne moyenne qui jxuit avoir appartenu à un philosophe, ou peut tout aussi bien avoir contenu le cerveau inculte d’un sauvage (1).

(t) Vngt cl Spring ont contesié celte conclusion: le premier après avoir rite celle dernière phrase d'Huxley, ajoute qu'il ne peut adopter sans ré- .serves l'opinion qu’elle exprime. « I.a longueur excessive, l'élroilcsse de ce crâne et sa faible hauteur impliquent une capacité cérébrale relativement faible. Ce n'est que le rapprocliement des protubérances fronUiles qui font panitre le front bombé. Depuis les protubérances frontales jusqu'au point le plus élevé et très-reculé du vcriex, la courbure est assez aplatie cl les lobe.s antérieurs du cerveau devaient nécessairement n’étre que peu développr-.s. Les détails se rattacbenl du reste en grande partie au développement indivi-

SUR «lUEinilKS OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES. 511

Autre est le crâne de Neanderthal : sous quelque aspect que nous le considérions, que nous regardions sa dépression dans le sens vertical, l’énorme épaisseur de ses arcades sourcilières, son occiput incliné ou scs sutures écailleuses longues et droites, nous rencontrons partout les caractères simiens qui le marquent de leur empreinte comme étant la forme la plus pithécoïde qui ait été découverte parmi les crânes humains. Toutefois le professeur Scliaafhausen dit que ce crâne, dans sa condition présente, contient 1053,24 centimètres cubes d’eau, ou environ 65 pouces cubes, et comme le crâne tout entier pourrait difficilement avoir contenu une quantité additionnelle d’eau supérieure à 12 pouces cubes, sa capacité peut être estimée à environ 75 pouces cubes (1230 c. cubes), ce qui est la capacité moyenne donnée par Morton pour les Polynésiens et les Hottentots. Cette quantité de substance cérébrale suffirait pour qu’on pût penser que les tendances pithécoïdes indiquées par ce crâne ne s’étendaient pas profondément dans l’organisation, et cette conclusion est appuyée par les

iluel de la masse célcbralo. Les caraclèrcs les plus importants pour l’apprériation de la rare résident dans les rapports de la longueur k la largeur et sous ce point de vue le crâne d’Engis est un des plus défavorablement, des plus imimalcment conformes, un des cr.ânesles plus simiens... S'il faut émettre une opinion qui ne peut, â la vérité, reposer sur de nombreuses observations, le crâne d'Engis parait occuper le milieu entre l'australien et l'esquimau. > (Lep. sur l'homtnc, p. 580). Spring dit : ■ Nous considérons comme stériles tous les efforts qu’en tenterait afin d'appliquer â ces très-anciens restes une étiquette moderne. V homme (CEngis doit être considéré comme une race â part, race troglodyte, ayant pour caractère distinctif, outre le gisement géologique d'être dolichocéphale et orthognathe, etc., pour répéter des indications déjà données, de présenter une faible capacité frontale, des orbites larges, des arcades sourcilières séparées peu proéminentes cl peu concaves, des dents incisives très-grandes et une stature moyenne ; race contemporaine des grands maminifÎ!res éteints cl ne disposant pour armes et ustensiles que d'instruments de pierre aiguisés par simple cassure, sans avoir connu l’art de les polir. * Loc.cit., p. 14.) (Trad.)

512 SUR Ql'KlOUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES, dimensions des autres os du squelette données par le professeur Schaafhausen, qui montrent que la hauteur absolue et les proportions relatives des membres étaient tout à fait ceux d’un Européen de stature moyenne; à la vérité les os étaient plus volumineux, mais ce fait, ainsi que le grand développement des insertions musculaires noté par le docteur Scbaafliausen, sont des caractères que l’on rencontre chez les sauvages. Les Patagons, exposés sans vêtements ni protection à l’action d’un climat qui ne diffère pas beaucoup de celui qu’offrait l’Europe au temps où vivait l’homme de Neandertbal, sont remarquables par le volume des os de leurs membres (i).

(I) Le crlnc de Ncandertiial a fourni le sujet de nombreux travaux et de discussions très-vivement soutenues de part et d'autre sur la valeur de ses caractères qui sont de moins en moins exceptionnels. On connaît maintenant les remarques de Shaalhauscn et de Huxley ; inenlinnnons les ofiinions émises depuis par quelques antliropologistes : Vogt est loin de repousser toute analogie entre le crâne d'Engis et celui de Neandcr : il est disjxisé îi croire, tout au contraire, qu’il pourraient provenir de la même souche et avoir appartenu, le premier à un homme, le second è une femme. Rodolphe Wagner dans un de ses derniers écrits a émis l'opinion que le crâne de Neander pourrait trèsbien être considère comme celui d’un Hollandais moderne ; Pruner-bey a pense qu'il s'agissait ici d'un crâne d'idiot ; mais ni l'une ni l'autre de ces opinions ne supporte l'examen. Le Dr. Bernard Davis a publié dans les Mémoires de la société d’Anthropologie de Londres (1865-4) un important travail, dans lequel s'appuyant sur les travaux de Yirchow, de Lucæ et de Weicker surl'ossiücation des sutures, il a cherché â prouver que la première conclusion de Shaafhausen (citée p. 271) était indirectement inexacte et que « la forme de la calotte de Neander est due â un développement anormal qui ne peut être considéré comme un caractère de race ancien qui se rencontre assez souvent dans toutes les races, â différents degrés, selon les combinaisons (les sutures ossifiées. • Dans l'espèce t l'ossification prématurée des sutures de la région temporale, de quelques portions de la suture fronto-pariétale et des crandes ailes du sphénoïde a empêché le développement normal des lobes antérieurs du cerveau et a repoussé en arrière la substance cérébrale». Thurnam dans son mémoire sur la synostose du crâne (Nat. hisl. Review, gvril 1865) et Huxley lui-même (Prehistoric Remains of Cailhness, p. 151) ont réfuté les explications synoslnsiques de Davis. D’un autre côté Shaafhausen

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Digitizc'j : Cji

SUR QUELOCES OSSEMENTS IIÜMAINS FOSSILES. 313

C’est pourquoi, à aucun point de vue, les ossements trouves à Neanderlhal ne peuvent être considérés comme ceux d’un être humain intermédiaire à l’homme et aux singes ; tout au plus prouvent-ils l’existence d’un homme / dont on peut dire qu’il retourne, en quelque chose, vers , le type pithécoïde, de même que les pigeons Messager, Gros.se-gorge ou Culbutant revêtent parfois le plumage de leur souche primitive, la columba livia. A vrai dire, le crâne de Neanderthal, quoique très-réellement le plus pithécoide des crânes humains connus, n’est en aucune façon aussi complètement isolé qu’il semble l’être tout d’abord ; il forme en réalité le terme extrême et inférieur d’une série ascendante qui conduit graduellement au crâne humain le plus élevé et le mieux développé; d’un côté il se rapproche étroitement du crâne australien aplati dont j’ai parlé, tandis que les autres formes australiennes nous conduisent graduellement aux crânes qui ont à un très-haut degré le type de celui d’Engis; d’un autre côté, il est encore plus étroitement voisin des crânes des hommes de la race qui habitait le Danemark pendant Vâge de pierre, et qui étaient probablement contemporains ou ancêtres des constructeurs de ce que l’on a appelé « refuse heaps (1) » ou kjokkenmôddings de cette contrée.

dans une note adressée à la société d’.Vnthropologic de Paris (juin 1 863), a ajouté i sa première description quelques indications utiles qui, malgré une apparence de contradiction, confirment .sensiblement toutes les vues de M.Huiley,sauf en ce qui touche les sinus latéraux, lesquels ne sont point parfaitement visibles, ainsique l'adit Huxley d'après une photographie (fig. 48, p. 285); en réalité on n'apercevrait que le commencement du sinus latéral droit. Nous regrettons de ne pouvoir entrer dans de plus longs détails sur les mémoires Bush, de W. Ring, de Turner et de C. Black relatifs è ce crâne célèbre. (Trad.)

(1) Les kjokkenmôddings ou restes de cuisine danois donnent leurs noms h une période trop iiien définie de l'histoire de l'homme, pour que nous ne profitions pas de cette occasion pour en rappeler ici les traits principaux.

Ii.T corrcspondnncc est trùs-frappante entre le contour longitudinal ou profil du crAne de Neanderthal et celui do

Sur plusieurs points de la côte danoise et tout pris de la mer, on rencontre des accumulations de coquilles de moUusques et de crustacés, qui ont été longtemps considérées comme de simples amas naturels tels que l'on enIrouTr sur tous les rivages. L'illustre Steenstrup, le premier i ce que nous pensons, remarqua que ces coquilles appartenaient toutes à des individus adultes et à des espèces qui ne vivent point en commun, ni dans les mêmes eaui. En outre, il découvrit bientôt des ossements de vertébrés, des instruments grossiers en silex taillé, des poteries, des foyers, du charbon, etc. Un comité fut nommé, composé de trois célèbres professeurs, Steenstrup le naturaliste. Forchliammer le géologue, et Worsæ, archéologue ; il présenta une série de rapports très-complets à l'Académie des sciences de Copenhague ; Lyell, Morlot, Lubbock et Vogt ont, dans différents ouvrages déjà cités, très-bien résumé ces rap|iorts. La liautcur de ces amas du coquilles varie de 1 h 3 mètres; leur largeur de 50 h 60 mètres et leur longueur va quelquefois jusqu'i 300 mètres. .Souvent, ces amas de débris sont disposés circulaircment autour il'im point qui peut avoir été une tente ou une hutte. Rarement la masse des débi'is est mêlée de sable et de gravier; les espèces les plus abondantes sont l'hiiitre (ostrea ediilis), la bucardc (cardium cdule), la moule (mysilus edutis) cl la littorinc (liltorina tiltorea), qui sont toutes actuelles mais beaucoup plus grosses i|ue celles qui vivent actuellement dans le voisinage. En outre des crabes, des poissons, des oiseaux, des cerfs, des sungliers, castors, phoques, boeufs primitifs, aurochs, etc. Aucun animal domestique ne s'y trouve, sauf le chien qui, ainsi quo le remarque Lubbock peut fort bien avoir été sauvage. Les instruments de pierre sont d'un type particulier, très-grossier; mais Vogt pense que leurs auteurs en possédaient de plus 6ns pour d'autres usages que pour la cuisine; toutefois, selon Lubbock, on n'a trouvé qu’un seul fragment de hache polie. On n’y rencontre aucune trace de céréales. aucun débris d'os humain, ni aucune trace de métal. Les crincs trouvés dans les tumuli de Moen et de Borreby (fig. 56) étaient associés b des instruments de pierre du mémo type que ceux des kjokkenmoddings. Steenstrup pense donc que ces documents sont contemporains et que les tuinuU étaient les sépultures des chefs. Worsæ est d'avis que les amas de coquilles sont d'une date antérieure aux tumuli ; l'indice céphalique de ces crânes, d'après une moyenne prise sur 20 d'entre eux par M. Rask, est de 78. Vogt en dit : « Ils sont remarquablement petits, très-ronds, b occiput très-court, b orbites extraordinairement petites, les arcades sus-orbitaires, par contre, très-saillaides. les os du nez ])roéminenls ; entre ceux-ci et les arcades sus-orbitaires, il y a une dépression si profonde, qu'on peut y loger le doigt. Le front est ordinairement aplati, i|uehpie peu fuyant quoique b un moindre degré que ft'Iui

SUR (JL’ELOUES OSSEMENTS HUMAINS FOSSILES. 315

qiielquc.s-iins des crânes du tumulus de üorrchy, crânes dont des dc-ssins Irès-cxacls, que nous reproduisons ici,

Fio. .')<(. — Crîne d.inois de l'ige de pierre, provenanl du lumulus de Borreliy (der^ineV à la cluinbre noire, au liera delà grandeur naturelle, par M, Bu.<k'.

du NVander a (/oc. ri/. p. 441 ). Sur l'ÜKe des amas de coquilles, nous n'a- Toiis que des données relatives; parmi 1e.s débris qu'ils eonlicnneut, on a trouvé le coq de bruyère dont la présence établit, ainsi que la renroutre de troncs travadlés par des silex et associés 11 ces instrumeuLs, que rbonmic des kjokkcniniiddings était contemporain de l’éjioque oit les forêts de pins couvraient le Danemark. Le pin a disparu; le chêne l'a remplacé et a, pen-

Digilized by Goo^lt

ont été tracés par M. Busk. L’occiput est tout aussi fuyant, les arcades sourcilières sont presque aussi proéminentes et lecràneest aussi bas. Déplus, lecrèncde Borreby ressemble plus qu’aucun crâne australien à c^lui de Neanderthal par l’inclinaison rétrograde du front, beaucoup plus rapide que dans ceux-là. D’autre part les crânes de Borreby sont tous un peu plus larges que le crâne de Neandertbal, par rapport à leur longueur; quelques-uns d’entre eux, en effet, atteignent le rapport de 80 : 100, qui constitue la brachycéphalie.

Je puis maintenant conclure et dire que les ossements fossiles découverts jusqu’à ce jour ne semblent pas nous rapprocher sensiblement de cette forme inférieure pithécoïde par les modifications de laquelle l’homme est probablement devenu ce qu’il est; et si nous considérons ce qui est connu des plus anciennes races humaines; .sachant qu’elles fabriquent des haches et des couteaux de silex de la même forme que ceux que fabriquent les hommes les plus sauvages de l’époque actuelle (1), et que nous avons

dant une longue période, couvert la contrée d'épaisses forêts ; A son tour lo chêne a cédé la place au hêtre qui n'eiistait pas encore à l'époque du brome et qui aujourd'hui abonde dans les forêts du Danemark. Ces changcmenti exigent un laps énorme de temps. Par l'ensemble de leurs caractères les kjokkenmOddings doivent se placer chronologiquement entre l'àge du renne H celui des habitations lacustres. Ajoutons ici que des amas de coquillages analogues ont été trouves à la Terre-de-Feu par Darwin, dans les comtés de Cornouaille et de Devonshire par Pengellyel Bâter, sur les côlesd'Écosse par Gordon , ê Saint-Valery-sur-Somme, par Lubbock, en Australie par Dampier, dans la péninsule Malaise par Earle, dans le Massachusetts et la Géorgie par Lyell.(rrai/j.

(1 ) Il a souvent été question dans ce volume des analogies qu'offraient les races sauvages modernes avec les habitants des cavernes et des terrains quaternaires, nous pro&tons donc de l'autorisation que nous donne M. Lartet pour reproduire ici quelques types des instruments de Pige de la pierre, comparés à ceux des Esquimaux, des Néo-Calédoniens, etc. (Voir fig. 57 i 07.) Ces Rgures sont empruntées au magnifique ouvrage de Lartet et Chris! y ; fir/iquiæ Aquilaniex. Paris, 1860, livraison 2.

Coojjv

toute raison de croire qu’ils sont restés à ce même état depuis le temps de Mammouth et du Rhinocéros lichurrhin us jusqu’à nos jours, je ne crois pas que l’on dût s’attendre à un autre résultat.

Où donc alors faut-il chercher l’homme primitif? Le plus ancien individu du genre hoitio sapiens date-t-il des terrains pliocènes ou des miocènes? Est-il encore plus ancien? Les ossements fossiles de quelque singe plus anthropomorphe ou de quelque homme plus simien qu'aucun de ceux qui sont connus attendent-ils dans des couches géologiques les plus vieilles les recherches d’un paléontologiste qui n’a point encore vu le jour?

L’avenir nous l’apprendra. En attendant, disons que si mie théorie quelconque de développement progressif se véritie, nous devrons ajouter de longues périodes aux estimations les plus larges qui aient été données de l’antiquité de l’homme (1 ) .

(I) Les découvertes de M. l'abbé Bourgeois, dont nous parlerons dans l'npiiendice, rendent éinineinment probable la démonstration de l'existence (le l'hoiniiie à l'époque miocène. Mais, puisque cette expression se rencontre, faisons remarquer qu'en délinitive, les tci ines éocène, miocène et pliocène nu désignent en aucune façon des périodes tranchées dans l'histoire de In terre ; on SC r.ippcile que ces termes ont été appliqués par L)ell aux formations tertiaires, au point de vue exclusif de la paléoH'ouchyliologie. Les couches sont dites éocènes quand elles renferment une petite proportion de mollusques dont les espèces sont encore vivantes; miocènes, quand la proportion atteint 17 pour 100; et pliocènes, quand elle monte de 35 à 95 pour 100. Jamais les vices d'une nomenclature tout arbitraire, ne sc montrèrent plus ficheuseinent ; 5 cette heure, elle n'offre plus aucun rapjxirt étymologique exact, non plus que \esier\iies post- pliocène, pleiosltne, etc. Il serait grand temps (le renoncer 5 ces dénominations toutes fictives. La période tertiaire offre plus ((u'aucune autre peut-être, une assez grande uniformité ; ni la faune ni la floïc tertiaires ne contredisent la possibilité de l'existence de riiommc à scs dates les plus anciennes et jusqu'au moment où une grande partie de notre hémisphère s'est recouverte de glaces ; les docuinyflts exhumés par M. Bourgeois et les remarques de M. Martins, sur les t/aces préglaciaires de

Fig. 65.

Fio. 07.

Fig. 57. TMa do. lance Gmmnncli6e en ub>tüicnne (Nmiv.-Galédunk*). — Fie. 58. Tclc de lance en silex (.illuvions de la valli5c de la Sommej. — Fio. 50. Vue de face ti'im j;raUüir en lyailc moiit^ sur un niuncbe d ivoire (Ki^auiiiiüux]. — Fio. 00. Vue de pridil du nii^mc grattoir en lyditc, monté sur un mannie d'ivuire (Esquimaux). ~ riG.Ol. Gralluir en silex (vallée de lu Somme). — Fig. 02. Grattoir on silex (vallée de la Somme). — Fie. 05. Hache inilic en dioritc (Indes anglaises). ~ Fig. 04. Hache polie en diorile (Angleterre). — Fie. 05. Hache |>olie en dioritc (Amérique du Sud). — Fig. 00. llncho polie en basalte (Francel. — Fio. 07. Hache polio en diorile, montée sur bois (îles Solomon du Facifiqiic).

Fie. 00.

rbouune n'ont donc fait que conlinncr une notion vraisemblable . Quant b la période glaciaire, son inQuence destructive n'a pas été absolue; la vie n'a point été anéantie sur notre hémisphère ; hicn des especes ont survécu dans tous les genres qui ont de nouveau peuplé le sol après la retraite des glaciers, dont la fusion a été l'un des principaux agents de la conriguration actuelle du sol. Toutes CCS périodes ont été excessivement longues, tellement qu'il est im|H>ssible de les évaluer par les mesures ordinaires de temps. Quant it la période quaternaire, on a tenté diverses applications approximatives. Le D' Ddwler a évalué l'ùge des ossements humains découverts dans les tourbières de la Louisiane, où l'on a pu constater onze couches successives de forets du cyprès et de chênes dont la durée totale, calculée d'après l'ùge des troncs les plus vieux, doit être, au minimum, de cent cinquante-huit mille ans. .A cinq mètres de profondeur, sous les racines d'un cyprès appartenant à la quatrième couche inférieure, on .f trouvé du charbon de bois, un squelette humain dont la date établie d'après le calcul indiqué plus haut est au minimum de cinquante-sept mille six cents ans ; Lyell a déterminé par le calcul du temps nécessaire au dépôt des aUuvions, que d'après les plus basses estimations la formation du delta du Mississipi a demandé cent mille ans; or, à Natchez, bickeson a trouvé un os pelvien humain associé au mastodonte, et au megalonyx, dans un loess ancien que Lyell a démontré être de formation antérieure au delta du Mississipi, et postérieure aux alluvions de la vallée de la Somme (L'ancienneté de l'homme, etc. p. 210). Les calculs dcM. Morlot, fondés sur l'accroissement du cône formé par les matériaux transportés par le torrent de la Tinière, donnent, pour la formation de cette éminence environ cent siècles; or, les débris humains les plut anciens que nous offre le cône de la Tinière, paraissent appartenir à l'ùge de pierre le plus récent et remonter à une antiquité de cinq à sept mille ans.

Mais un autre cône au-dessus de celui de la Tinière, et qui appartient aux alluvions quaternaires, a, par les mêmes calculs, au moins mille siècles. Pur des calculs analogues, M. Glllicrou attribue une antiquité de six ù sept mille ans à l'époque des habitations lacustres de l'ùge de la pierre polie. Mais, dans la vallée du Nil, Humera trouvé ù la profondeur de 13 mètres un vase en poterie de terre ; ce qui, d'après des évaluations discutables sur l'épaisseur annuelle des sédiments, donnerait une antiquité de près de douze mille ans. Linant-bey a trouvé un fragment de brique rouge qui avait été enfoui ù une époque fixée par des calculs semblables, ù trente miUe ans. On voit, par cette liste de tentatives que nous pourrions de beaucoup allonger, que la chronologie paléontolugique est loin d'être unifoinie. Si l'on passe aux formations tertiaires, les évaluations deviennent énormes. En sorte que les partisans de la transformation des espèces ne peuvent être gênés d'aucun côté jiar le temps, qui, dans cette question, « fait tout à l'affaire. > Quoi qu'il en soit, la chronologie préhistorique est un problème qui se préscute avec tous les caractères que réclame la méthode |>ositivc. Ün peut donc en espérer la solution. (Trad.)

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