II. L’habitation dans les cavernes a-t-elle été générale
Est-elle le fait d'une seule et même race, et se rapporte-t-elle à une seule et meme époque?
Dans le cas contraire, comment peut-on la subdiviser et quels sont les caractères essentiels de chaque subdivision?
III. Les monuments mégalithiques sont-ils dus à une population qui aurait occupé successivement dilTi rents pays?
Dans ce cas, quelle a été la marche de cette population? Quels ont été ses progrès successifs dans les arts et dans l'industrie ?
Enfin, quels rapports ont pu exister entre cotte pO]iulalion et les habitations lacustres, dont l'industrie est analogue?
IV. L'apparition du bronze dans l’Occident &<l-elle le produit de l'industrie indigène, le résultat d'une conquête violente ou le fait de nouvelles relations commerciales ?
Y. Quels sont, dans les dilTérents pays de l’Europe, les principaux caractères de la première époque du fer?
Celte époque y est-elle antérieure aux temps historiques ?
\l. Quelles sont les notions acquises sur les caractères anatomique.s de
Digiti. .j<j by Couple
DU CONGIIÈS l’ALÉO-AiMHHOrOLOClQL'E. 325
l'Iiomme dans les temps préhistoriques, depuis les époques les plus reculées jusqu’à l’apparition du fer?
Peut-on constater la succession, surtout dans l’Europe occidentale, de plusieurs races, et caractériser ces races?
première réunion eut lieu le samedi 17 août à deux heures, et fut consacrée à la séance d’inauguration, qui eut lieu, ainsi que les suivantes, dans le grand amphithéâtre de l’Ecole de médecine. Le bureau et le conseil furent élus par les membres présents.
Le lendemain le congrès se réunit à l’Exposition universelle, où, sous la direction de plusieurs de scs membres, on examina en détail les belles collections préhistoriques contenues dans la galerie de Vhisloire du travail.
La première salle française, désignée sous le nom de Gaule avant l’emptin des métaux, contient les insirumenis ensilexiaillé provenant delà vallée de la Somme, et principalement de Saint-Achcul, associés aux débris d’animaux d’espèces éteintes, le mammouth, l’éléphant antique et le rhinocéros laineux. Nous en donnons ici (fig. 08), d’après Lycll(l), le type principal qui porte le nom de sa provenance.
Ace meme type se rapportent les silex taillés provenant de Vendôme (Loir-et-Cher), du grand Pressigny, de l’Yonne, du plateau de Pontlevoy, du Calvados; parmi les silex de la Dordogne et de l’Ailier on retrouve, avec d’autres formes, un grand nombre d’instruments d’un type analogue.
Les sablières de Clichy, de Levallois, de Neuilly, de Datignolles ont fourni à M. Reboux une belle collection de silex en lames dont il expose trois types, tandis que M. E. Martin montre une hache de Saint-Acheul associée à des débris d'éléjdiant et d’hippopotame provenant des
(I) Ch. Lyell, l'Ancienneté de l'Iiomtne prouvée pur ta géologie, trad. par Cliaper. l’aris. 18G4, p. 118.
52i ANALYSE DES TRAVAUX ANTHROPOLOGIQUES
sablières de Grenelle. Du plateau de Pontlevoye, qui a fourni à MM. Bourgeois et Delaunay de si magnifiques decouvertes, ces savants ont extrait une collection fixée sur sept carions : deux contiennent des haches du type de Saint- Acheul : un troisième contient les lames, puis des
Fig. 6S. — Instruments en silex de Saiiit-Aclicul, près Amiens, en forme de fer de lance, moitié de la grandeur naturelle, qui a 180 millimètres de long. — a, vu de cAtû. — A, Le même, vu par le bord tranchant. Ces instruments, en forme de fer de lance, ont été trouvés dans le gravier supérieur de Saint-Acheul, en nombre proportionnel bien plus considérable, relativement à ceux de forme orale, que dans aucun gravier inferieur de la vallée de la Somme. Dans ces der* niera, la forme ovale prédomine, surtout à Abbeville.
scies, dos espèces de vrilles et des ciseaux très-analogues, selon M. de Morlillcl, à ceux que l’on Irouvc dans les kjekkenmœddings danois (voir page 515); enfin des
nu CONGRÈS PALÉO-ANTHROPOLOGIQUE. '.25
pointes de flèche, des grattoirs et même des haches polies, trouvées à la surface du sol. L’êge de la pierre polie fournit des polissoirs cl de grands nucléus à silex provenant de l’atelier du Grand-Pressigny. Presque toutes les régions de la France en un mot ont fourni quelques spécimens d’une ère industrielle qui a été fort longue et très-générale, antérieure aux modifications géologiques post-pliocènes, mais qu’il est jusqu’à présent impossible de placer avant ou après les dépôts des cavernes.
Ces dépôts sont représentés à l'Exposition par de magnifiques collections d’objets ouvrés en os, en bois de cerf cl de renne, en coquillage et aussi en pierre; enfin, au-dessus des vitrines on voyait les débris de la faune contemporaine des troglodytes humains, représentée par l’hippopotame, l’éléphant antique, le rhinocéros, l’ours des cavernes, le mammouth, l’ovibos, la hyène, le renne, l’aurochs et le grand cerf d’Irlande.
Les hahitalions lacustres cl les dolmens ont fourni de nombreux documents, et la deuxième salle celtique, gauloise et gallo-romaine est consacrée à l’ère des métaux depuis les temps les plus reculés jusqu’à l’époque romaine. I/Allcmagne, l’Italie, le Danemark, la Sui.sse, rAiiglclerrc, toutes les nations de l’Europe, etc., sont dignement représentées, en sorte que dans les galeries préhistori(jues on trouve, ainsi que l’a fait remarquer M. de Morlillet, trois lois mises en lumière : la loi du progrès humain, celle du développement similaire des diverses fractions de l’humanité et le fait de la haute antiquité de l’homme.
Mais nous ne jiouvons poursuivre ici celle description qui a été faite avec talent pour toutes les ])arlies du monde par M. de Morlillet dans un travail spécial (I).
(1) Promenade préhMorique à l'Exposilion. 1807. Chez Reinwald.
5‘iü ANALYSE DES TRAVAUX ANTHROPOLOGIQUES
Le 19 août, le congrès qui dès le malin avait fait, accompagné de M. de Qualrefagcs, une visite collective aux galeries anthropologique et paléonlologique du Muséum d’histoire naturelle sous la conduite de MM. Pruner et Gaudry, se réunit le soir pour discuter la première des six questions du programme. La séance fut remplie par les communications de MM. Vogl, Dupont, Bourgeois, G. Pouchet, de Ouatrefages, Hébert, de Longpérier, Worsœl, Niisson, Issel, Dawkins. Nous reproduirons ici le discours de M. Vogt qui a été accueilli par d’unanimes applaudissements.
Il y a deux ans, un |>ctit groupe d'hommes réunis à la Spezzia pour le congrès des naturalistes italiens fut inspiré par notre infatigable secrétaire, M. de Mortillet. On se réunit, on discuta quelques articles d'un règlement provisoire, et en choisissant la Suisse comme lieu d'une réunion prochaine, on SC sépara dans l’espoir d'avoir fondé un congrès utile pour une science dans l'enfaiicc, et dont l'avenir se présentait encore enveloppé de brouillards assez épais sur quelques points. L'année dernière, le congrès se réunit à Neuchâtel, sous la présidence de notre ami Desor, dont les études ont signalé les progri'S si marqués dans le champ de nos recherclies, et qui, au milieu de douleurs poignantes, ne soupire qu'après le moment oi'i il pourra prendre part h nos travaux. Nous nous trouvions à Neuchâtel, au bord du seul lac suisse dont les eaux couvrent des stations remarquables des trois âges de pierre, de bronze et de fer, au milieu d'hommes qui ont sondé ch.aque pied du sol pour l'interroger sur son passé préhistorique. Nous nous trouvions en face de ces inagniliques collections retirées des palafittcs neuchâtcloises par MM. Clément, Desor, Schwab et tant d'autres, dont les richesses sont aujourd'hui un des ornements do la galerie de l'hisloire du travail â l'Exposition, et nous pouvions contrôler nous-mêmes dans une excursion sur le lac, sous la direction intelligente de pécheurs de nos amis, l'ex.actitude des faits qu'on nous avait présentés. C’est danscette réunion pleine de charme d’une vie pour ainsi dire passée en famille, qu'on acclama avec transport Paris comme centre de la prochaine réunion, et M. Kd. Lartet comme président. Je n’ai pas besoin de vous énumérer les titres qui devaient nous engager â porter nos vues sur M. Ed. Lartet. Nous connaissons, tous, les travaux admirables de ce savant modeste, qui malheureusement doit expier loin de nous, â Dieppe, l'excès d'ardeur cpi'il a toujours prodigué aux études. Nous espérons qu'il pouria revenir bientôt et premlre ce fauteuil que nous avons cru devoir lui réserver.