DU CONGRÈS PALÉO-ANTHROPOLOGIQUE
Aujourd'hui, messieurs, en présence des nombreux adhérents de tous les pays qui se trouvent réunis à nos séances, nous pouvons dire que le germe si modeste semé h la Spcziia et transplanté à Neuchâtel a grandi au milieu de la luUe pour l'existence, qu'il a poussé de fortes racines, et qu'un tronc majestueux va élever sa couronne portant des feuilles et des fruits. Ce congrès international pour l'anthropologie et l'archéologie préhistoriques va so continuer, nous pouvons en être certains, pendant des années, en transportant sa demeure fugitive et momentanée de pays en pays, et en discutant, au milieu des faits accumulés dans chaque contrée, les observations sur lesquelles doivent toujours se fonder les conséquences que nous tirons et les conclusions auxquelles nous arrivons.
La science â laquelle sont destinées nos séances est jeune sans aucun doute, ' et quoique nous comptions dans nos rangs des vétérans qui ont blanchi sous le harnais et dont les formes crâniennes sont accessibles à tous les regards, nous pouvons dire que nous marchons sous une bannii-rr nouvellement confectionnée et dont l'emblème, pour l'avouer franchemei\t. b'est pas encore définitivement fixé.
Or, messieurs, si d'autres peuvent trouver une sorte de contentement dans la culture d'une science faite et dont les bases sont arrêtées définitivement, il y en a aussi (et il me semble que par votre adhésion vous vous rangea de ce côté) qui aiment â fi-ayer des routes nouvelles et à suivre des sentiers peu battus, où, â côté des jouissances que procure la recherche de l'inconnu, se trouve aussi souvent le danger de la lutte et la déception de l'erreur. Malheur à nous, si nous croyons pouvoir sauter les obstacles à pieds joints, les yeux fermés, et si, entraînés par une imagination ardente ou par le désir d'arriver au but, nous négligeons les bases de toute science positive, en nous livrant à des conjectures hasardées!
il ne faut pas nous dissimuler, messieurs, que notre congrès est une innovation dans la vie scientifique européenne, et que partout où il y a innovation, il y a aussi lutte et combat ; lutte pour l'existence actuelle, combat pour la conservation future des résultats acquis, l'ius le champ que nous devons cultiver, suivant notre programme, est vaste, plus il touche à des domaines divers, dont les marques de frontières doivent souvent être reculées ou élargies, opération qui ne se fait pas avec moins de peine dans les domaines scientifiques que dans les domaines ruraux, avec celte différence seulement, que dans les anciens temps l'établissement des marques des frontières rurales faisait couler du sang comme on nous l'a démontré dans notre dernière .séance, tandis qu'aujourd'hui, dans le domaine scientifique, il ne fait couler que de l'encre.
L'histoire de chaque science nouvelle montre des phases presque identiques dans son développement. On a trouvé des faits épars, isolés, qui se sont offerts spontanément â des observateurs, et dont la connaissance s'est propagée sans être avouée, faits qui ne cadrent pas avec les sciences admises
oQiciellemeDt, et qu'on relègue souvent pendant longtemps dans un ^icux bahut quelconque, portant l'inscription ; Matériel estimable. Quelquefois ces faits isolés, épars et sans enchaînement avec d'autres faits, heurtent de front les opinions admises, raison de plus pour les mettre de côté, pour les ignorer ou pour les déclarer suspects dans leur authenticité. La science passe comme, pour n'en citer qu'un exemple, elle a passé pendant longtemps sur les faits connus qui établissaient péremptoirement la contemporanéité niée de l'homme avec des espèces éteintes.
Mais ces faits s'accumulent et deviennent plus pressants dans leur signiâcation, malgré < l'impossibilité scientifique s qu'on leur oppose, et même malgré l'anathème dont on les frappe. Des esprits hardis s'en emparent, les coordonnent, les enchaînent les uns aux autres, et on voit surgir avec étonnement un corps puissant et fort, lè où l'on n'apercevait auparavant que des membres épars et sans relations d'ensemble. On trouve alors la figure de cette science nouvellement née trcs-rcpoussantc d'aspect, l'harmonie des membres mal établie, la beauté des formes négligée et les allures du nou> veau^é détestables et même subversives. H crie trop, il a une voix perçantd qui éveille jusqu'à des personnes tranquilles, dormant sur les deux oreilles et la tète enveloppée de lauriers. — Ah! le gredin, il faut l'assommer!
Mais on ne peut pas toujours ce que l'on voudrait bien. Ce bon public, qui aime les enfants et quelquefois d'autant plus qu'ils sont plus tapageurs, protège aussi celui-ci en disant ; U a pourtant du bon. La science nouvelle grandit par l'intérêt de tous ; chacun s'empresse à apporter son contingent de faits nouveaux, d'observations intéressantes, et les coups d'estoc et de taille qu'on lui prodigue sont souvent plus nuisibles à celui qui croit les porter, rpi'à celui qui doit les recevoir. L'enfant grandit par la lutte sans cesse renouvelée, ses formes s'harmonisent, scs membres s'arrondissent, pleins do sève et de force.
Les adversaires restent les mêmes, mais la tactique change. Tout cela est connu d'ancienne date, nous savons cela depuis longtemps, pas besoin de se remuer pour ces vieilleries ! Ce qu'il [leiit arriver alors do pire i une science bien née cl bien développée, c'est d'être élevée au rang d'une science faite, arrêtée et reconnue ! Aurions-nous le malheur d'être déjà arrivés, si jeunes encore, à cette dernière période de notre histoire?
Non, messieurs, rappelons-nous toujours que nous sommes encore dans la période de la lutte et du combat, et que, plus notre route est ardue, plus nous devons marcher avec prudence. Or, en science, la garantie de la victoire c'est la plus grande exactitude dans l'observation, la plus grande véracité dans l'énoncé du fait observé, la plus rigoureuse logique dans l'encliainemcnt des raisonnements. Nous avons besoin du concours do tous pour éclairer le domaine que nous cultivons : le géologue doit nous renseigner sur la nature des terrains qui recèlent les anciennes traces de l'existence de l'homme, sur 1.1 succession de leurs couclics, sur les conditions plnsiqnos sous rinfloence
DU CONGRÈS l’ALÉO -ANTIIROPOLOGIOUE. 32fl
dcsqucRcs CCS couches se sont déposées ; — le ïoologisto doit nous faire l'histoire des races d'animaiii qui ont accompagné l'homme dans ses migrations et celles qu'il a rcnrontrëes sur leur sol natal ; — le botaniste doit nous montrer les plantes dont l'homme s'est nourri à l'état saurage, comme celles qu'il a successivement cultivées pendant les phases progressives de sa civilisation ; — l'anatomiste reconstruira ces cr&nes, réceptacle précieux de l'organe de l'intelligence, et ces races, dont les types se sont ou conservés depuis les temps les plus reculés, ou anéantis par le mélange et la destruction ; — le paléontologiste, en remontant même an delh des terrains dits diluviens, doit nous montrer les espèces éteintes, émigrées ou transformées, que l'homme a rencontrées dans les premiers temps de son apparition ; — le minéralogiste nous enseignera l'origine des pierres dont on faisait usage ; — le chimiste, par l'analyse des métaux, nous indiquera les minerais que l'on fondait et les mines dont on faisait l'exploiLation. Toutes les sciences naturelles doivent donc pour nous être des amies, chez lesquelles nous allons puiser continuellement des lumières, et dont les méthodes exactes doivent nous être familières, pour pouvoir les employer tour <i tour dans nos propres recherches.
Et si les sciences exactes doivent nous apporter leur aide et leur appui, nous avons aussi à recueillir de riches moissons dans un autre domaine. Nous nous appelons préhistoriques, messieurs, mais nous no répudions pas pour cela les enseignements de l'histoire et des branches voisines. Nous recherchons partout et avec avidité les points do relation entre les données de notre science et celle des sciences historiques et littéraires; la philologie comparée doit rétablir .avec nous, et par l'étude des langues, l'histoire des races et leur filiation ; rien ne doit être négligé dans l'étude des moeurs et des habitudes des peuples actuels, car tous ces faits, souvent en apparence si minimes et sans valeur aucune, prennent une haute importance lorsqu'ils peuvent être mis en corrélation avec des faits datant de plus loin. Si les sciences exactes nous démontrent que la matière est aussi immortelle et aussi indestructible que la force, que tout, dans le jeu des choses physiques, n'est que transformation incessante d'un seul et même principe, il en est de même dans le domaine historique et philosopl.ique. Les dieux ne meurent jamais d'apoplexie, ils se transforment seulement, et leurs parties non employées dans la transformation se promènent, pendant des siècles et des siècles, sous forme de spectres, de revenants, de fcux-follets ou de farfadets; les habitudes du sauvage ne s'éteignent jamais entièrement dans la vie de civilisation ; elles se conservent plus ou moins intactes !i travers de longues périodes sous des formes diverses, mais reconnaissables h l'œil exercé. Rien n'est conservateur comme le foyer domestique, comme la tradition vivante des habitudes de génération en génération; on a dit avec raison qu'il était bien plus facile du changer la forme d'un gouvernement, que la manière d'installer le foyer de la cuisine.
Partout, messieurs, vous vojci le champ ouvert (levant vous. Vos s<-anccs apporteront, sans doute, des Iumi6res nouvelles sur beaucoup de points; vos discussions s'étendront sur une foule de questions, et, si le bureau qu’il vous a plu de placer à votre tête a accepté celte lûchc diHicilc avec reconnaissance, tout en sentant sa faiblesse, c'est qu'il est convaincu qu'au milieu d'un concours de savants et de travailleurs aussi distingués, la science ne peut que gagner et devenir de plus on plus le bien de tout le monde.
A la suite de ce discours, M. Dupont a lu la description géologique cl biologique des cavernes qu'il a explorées dans la vallée de la Lesse (province de Namur, Belgique), pendant l’été de 1865 et de 1866. Ces cavernes sont au nombre de vingt et une, et sont connues sous les noms de trom de la IS'auleltc, de l’Oi/rs, de la Roche-àrPemte, de BalleuXy de Falmigoul, dit Frontal, des ISutonx, de Chaleux ; elles étaient toutes plus ou moins remplies de sédiments quaternaires au milieu desquels on a trouvé, dans le trou de la Naulelte, un premier niveau ossifère (xmtenant des fragments de maxillaire supérieur iVhyœna spcica, puis, au milieu d’une couche d’argile grise, séparée de la précédente par une nappe de stalagmite, un deuxième niveau ossifère contenant un mdxillaire inférieur à caractère exceptionnel, un cubitus et deux canines d’homme, et, en outre, des ossements divers d'elephax primigeniitx, de rhinocéros, de renne, de chamois, de sanglier; au-dessus de celle couche se trouvaient cinq nappes plus ou moins continues de stalagmites alternant avec de l’argile grise stratifiée; puis enfin une nouvelle couche d’argile de 5 mètres de hauteur, à la hase de la quelle se trouvaient des débris de ruminants. La hauteur des couches géologiques depuis les débris humains était de 5 à 6 mètres, constituée en partie par cette argile grise que sir Ch. Lyell compare à la dureté du marbre. De toutes les laçons, faullienticité chronologique du maxil-
bU CONGRÈS PALÉO-ANTHROPOLOGIQUE.
laire inférieur de la Nauletle est inconleslableel M. DuponI le fait remonter aux dépôts quaternaires les plus inférieurs. De plus, on est conduit à reconnaître que ces ossements d’animaux doivent avoir été introduits dans la caverne par l’homme lui-méme, dont il représenterait des restes de repas. Quelques-uns d’entre eux en effet portent la trace de fractures artificielles produites à l’aide d’un corps dur. Dans le trou Balleux, M. Dupont a trouvé des silex taillés, du charbon, des os brûlés et des débris de la faune du renne. Le trou du Frontal a fourni les débris d’au moins quatorze squelette, dont deux crânes entiers; le trou Rosette a donné un crâne et un grand nombre de maxillaires; d’autres cavernes, enfin, ont fourni des ossements humains moins importants. Nous reviendrons plus loin sur les caractères anatomiques et ethnologiques de ces ossements. Faisons ici, pour compléter la communication dcM. Dupont, le résumé succinct du mémoire qu’il a soumis à l’Académie royale de Belgique sur V Elhmgraphie de l’homme de l’dijc du renne (1 ).
L’antériorité relative de l’âge de renne, dans la vallée de la Lesse, sur le dépôt de l’argile-à-blocaux, est incontestable. L’homme de cet âge était, dans celle région, faiblement brachycéphale, à crâne pyramidal, à face aplatie et en forme de losange. L’étude des débris de son squelette le montre de petite taille, agile et vigoureux. Éminemment troglodyte, il ne prolongeait son stqour que dans les cavernes les plus favorables. Le silex lui fournissait des instruments tranchants qui présentaient tous la même forme générale de lame mince et étroite ou de couteau. 11 travailla les ossements, surtout les bois de rennes. Les cavernes de la Lesse n’offrent pas comme celle d’Aquitaine
(1) Mémoire.^ couronnés dn celle académie, 18l!7. lomc XIX.
des traces de gravures et de sculptures; d’où il suit, selon MM.LartetctCliristy (l),quc la vie devait être facüeet abondante dans la région méridionale qu’ils ont explorée, tandis qu’cllé devait être plus pénible aux bords de la liesse; quelques traits gravés sur des plaques de psammiles semblent indiquer ou une ornementation ou même l’intention de représenter une idée bien déflnie.
C’est la chair de cheval qui semble avoir dominé dans leurs repas, mais presque tous les animaux du pays s’y montrent, notamment le renard et le rat d’eau, l’ne maladie osseuse grave a été observée sur un individu du trou du Frontal. L’usage du feu était très-répandu, ils employaient à cet effet la pyrite de fer. Ix! silex crétacé et les coquillages locaux semblent démontrer les relations des hommes de Furfooz avec la Champagne. Le silex de Touraine s’y retrouve aussi. Quant aux sépultures, on déposait les cadavres les uns sur les autres dans une anfractuosité naturelle; des ornements, des-armes, un vase y étaient déposés, une dalle en fermait l’ouverture et des repas avaient lieu devant la cavité sépulcrajc.
Le mémoire de .M. Dupont donna lieu à une discussion soulevée par M. Pouchet sur ce qu’il faut entendre par espèces émigrées; M. G. Pouchet a soutenu que quand il s’agissait d’animaux actuellement vivants en certaines régions et disparus en d’autres régions, rien ne no>is autorisait à dire que ceux-là descendaient de ceux-ci. L’extinction n’implique pas l’émigration. De cette question à celle des caractères distinctifs des espèces de même genre éteintes et vivantes, il n’y avait qu’un pas ; un moment on a pu croire que le congrès allait aborder la question de la transformation des espèces, mais on s’est bien vile aperçu que les
(1) Larlet et Cliiisty, Tielliiiuiæ AiiniUmicie. P.iri'!, 18Gli.
DU CONGRÈS l’ALÉO-ANTIIROPOLüClQUfc;.
éléments précis de comparaison manquaient, et ce n’cst que sur de très-vagues données que MM. Nilsson, Worsa;! et Vogt ont indiqué des différences qui ne sauraient être considérées comme spécifiques. Cette discussion a montré que la paléontologie comparée est loin d’avoir atteint dans les détails le degré de précision désirable; nous ne savons pas encore exactement les différences de toutes les espèces fossiles avec les vivantes.
M. l’abbé Bourgeois a ensuite donné lecture d’une note sur les silex taillés trouvés dans les dépôts tertiaires de la commune de Thcnay près Pontlecoy (Loir-et-Cher).
L’auteur rappelle d’abord que M. Desnoyers a découvert en 1865 dans les sablonnières deSaint-Prest (Eurc-ct-Loir), appartenant incontestablement aux terrains tertiaires pliocènes, des ossements de rhinocéros, d't*/c/)/ifls merulionalis et d’bippopotame, sur lesquels se voyaient des stries ou traces d’incisions très-nettes et régulièrement calculées, parfaitement analogues à celles qui ont été observées sur les ossements fossiles d’autres espèces plus nouvelles de mammifères; l’existence de l’homme pliocène de Saint- Prest est devenue encore plus positive le jour où M. Bourgeois a signalé dans le même dépôt, le 7 janvier dernier ( 1 ), la présence de silex taillés.
Poursuivant ses recherches sur le plateau de Pontlevoy, M. Bourgeois a déterminé l’ordre des couches successives ainsi qu’il suit : 1" alluvions quaternaires des plateaux avec limon, argile, graviers quartzeux et siliceux; 2“ falhuns de Touraine, sable, grès, coquilles marines et ossements de mammifères ; 5“ sables fluviatiles de l’Orléanais avec ossements fossiles à la base : pliopitliecus, nmphicyoïi giganteus, dinothérium ; 4° calcaire de Beauce compacte et
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences. 7 jatiTlcrlSCO.
334 ANALYSE DES THAVAUX ANTll U0I>0LÜG1()LES
marneux à la partie inférieure (rhinocéros à quatre doigts); 5° argile ou craie à silex.
Or, on commence à trouver des silex travaillés dès la base du calcaire de Beauce, c’est-à-dire dans la partie marneuse qui mesure environ 5 mètres d’épaisseur, savoir : au niveau supérieur, marne lacustre avec module du calcaire (sans silex taillés), 0"',50; puis, marne argileuse avec ossements de rhinocéros à quatre doigts, O*", 15; marne avec modules de calcaire (silex travaillés), 0“,80; argile verdâtre ou jaunâtre (principal gisement des silex travaillés), 0",55; mélange de marne lacustre et d’argile à silex (quelques silex taillés), 5 mètres, et eniin argile à silex sans aucune trace d’industrie humaine. M. Bourgeois a retrouvé les mêmes types fondamentaux parmi ces silex et ceux que l’on trouvés à la surface du sol ; la forme dite de Saint- Acheul (fig. 08) était absente de même qu’à Saint-Prest. Beaucoup de ces silex sont déformés par l’action du feu.
L’homme existait donc à l’époque miocène au milieu d’une faune qui s’est depuis deux fois au moins renouvelée. M. Bourgeois n’a pas reculé devant les conséquences do sa découverte, et il a terminé sa communication par les paroles suivantes :
« Pour calculer avec certitude le temps nécessaire à toutes ces substitutions, ne devons-nous pas préalablement en connaître le mode et la cause? Or, la naissance et la mort des espèces est encore plus mystérieuse pour nous que la naissance et la mort des individus. Quand nous voulons expliquer le mystère qui projette une ombre sur toute la géologie, nous avons à choisir entre deux hypothèses. La première, l'hypothèse des créations successives, s’accorde bien avec la puissance de Dieu ; mais cpiand je cberche la raison de ces destructions et rénovations continuelles d’espèces dans un milieu qui ne paraît pas avoir subi des
Digitizod by Coogl
DU CONGKÉS PALÉO-ANTHRÜPOLOi^lKjUK. 355
modifications profondes, j'avoue que je ne l’aperç^ois pas.
c( La seconde, l’hypotlièse du transformisme, a été posée et défendue avec une science incontestable, mais à chaque fait qui l’établit, on pourrait peut-être opposer un fait qui la renverse. Pour ne pas sortir du cercle de mes observations, je citerai seulement l’apparition brusque du dinothérium et du mastodonte. On n’a jamais rencontré la moindre trace de ces grands proboscidiens parmi les nombreux ossements de rhinocéros trouvés dans le calcaire de Bcauce à Billes (Loir-et-Clier) . 11 n’existe pas non plus dans le calcaire de Monteburard. Puis tout à coup, les sables de l’Orléanais qui se rattachent au calcaire de Bcauce par leurs formes malacologiques nous montrent partout leurs débris gigantesques. Où sont donc les formes intermédiaires qui les ont précédés? Nous devrons sans doute vieillir l’homme européen, mais nous devrons peut-être aussi rajeunir nos fossiles. »
Cette importante communication a été suivie des lectures de MM. Issel et Dawkins qui avaient trait à l’époque quaternaire à Scurne, en Ligurie et en Angleterre, lectures qui corroboraient les faits connus sans y rien ajouter de saillant.
11. La question relative à l’habitation de l’homme dans les cavernes a été traitée successivement par .MM. Ed. Lartet, Desnoyers, Maury, Vogt et Issel. M. Lartet a établi le succession chronologique des cavernes habitées, d’après la faune dont elles contiennent les débris. Dans les cavernes les plus anciennes se rencontre toute la faune quaternaire et même tertiaire, etc. ; dans celles dont l’habitation date d’une époque subséquente, quelques-unes de ces espèces disparaissent, et en même temps on remarque des progrès considérables dans les produits de l’induàtrie humaine; on y rencontre notamment quelques essais de gravure ormentalc. Les cavernes les plus récentes appartiennent à la
Ô5<i A.NALVSK DES TDAVAIX ANTIIDOPOLOGIQUES
l'aunc aduelle; on v trouve des ossements d’animaux travaillés, les poteries sont abondantes et les silex sont polis. Il n’est ici question ni des cavernes qui à diverses époques historiques ont pu servir de refuge, en temps de guerre ou de persécution, ni de celles qui, avant l’apparition de l’homme, ont servi de repaire aux animaux. Disons cependant que, d’après MM. Lartet cl Christy ( 1 ), quelquesunes ont successivement servi aux animaux et aux hommes, mais qu’il y a des preuves suffisantes que l’homme n’en a pas été le premier occupant. M. Dupont a signalé la même succession dans la caverne du trou de la Naulette.
Quant aux relations chronologiques des cavernes les plus anciennement habitées et des débris de l’industrie liuniaine trouvés dans les alluvions quaternaires, il n’y a pas lieu d’allrihucr, avec certitude, à ceux-ci une plus haute antiquité. Les hommes qui fabriquaient les silex ouvrés de Saint-Acheul et de Bedford habitaient très-vraisemblablement des cîiverncs; celle époque, d’ailleurs, a été de longue durée et ses dernières périodes, caractérisées par la pierre polie, coïncident avec celles des premières habitations lacustres de la Suisse.
La faune des cavernes qui détermine la succession des âges se compose d’une douzaine de types principaux qui ont été classés par M. Lartet (2) dans l’ordre suivant : L’ours des cavernes {ursm spelæn$)\ l’hyène {hyœna spelæa); le tigre {fclis xpelæa); le mammouth (clephas primi- (/enim)\ le rhinocéros laineux (r A. t/c/ior/ci « ms) ; l’hippopolame {h. major)-, le grand cerf d’Irlande [meyacero» Hibernicus)-, le bœuf musqué {otibox moschatus)-, le renne (cercm larandm)-, l’aurochs (bison Europæas) et l’iirus
(t) llelliquiæ Aquitaniae. l'aria, 186ü, p. tiO.
(2) Voyci GarrigüU, Ati7i. des sciences liai., 1801, p. 217; vojwl aussi {'Étude comparative des alluvions quaternaires anciennes et des cavernes.
DU CO.NGKÈS PALÉÜ-ANTHIIÜPOLÜGIQÜE.
{bos primigenius) . Ces types ont servi aux quatre grandes divisions que nous avons déjà signalées (p. 260 ), les âges du grand ours des cavernes, du mammouth , de l’éléphant cl du rhinocéros, du renne cl de l’aurochs.
Dans le magnifique ouvrage dont M. Ed. Larlel a entrepris la publication avec le concours du si regrettable Il.Chrisly (l),la succession paléo-zoologiquc est établie dans le passage suivant que l’on nous saura gré de traduire ici : « Géologiquement, un vaste golfe sépare l’âge du renne de la période des alluvions quaternaires {drifî period) , quoique ce golfe soit peut-être plus grand au point de vue géologique qu’au point de vue paléontologique ; mais, d’un autre côté, les faits paléontologiques et archéologiques nous démontrent que cet âge est plus ancien que les kjokkenmôddings du Danemark, les habitations lacustres de la Suisse, plus ancien, à plus forte raison, que l’ensemble des monuments appelés celtiques et des débris de kromlechs. En comparant sa faune avec celle de ces périodes, l’âge du renne se détermine donc ainsi qu’il suit :
«Dans les alluvions quaternaires {graviers des vallées), le mammouth, le rhinocéros, le cheval, le bœuf prédominent et le renne apparaît rarement. Dans les cavernes de la Dordogne, le renne domine, associé à d’abondants ossements de cheval et d’aurochs, et, exceptionnellement, de mammouth et d’hyène, mais sans aucun débris d’animaux domestiques, tels que le mouton, la chèvre et le chien.
« Dans les kjokkcnmôddings danois, quoiqu’ils soient voisins des régions subarctiques, le renne est absent et la faune, plus ancienne cependant que celle de nos jours, indique la présence d’un animal domestique, le chien.
« On ]>eut en dire autant des habitations lacustres de la
•(1) Relliquix Aquüanicæ. l’aris. 1866-U8.
HUXLEY. i'I
558 ANALYSE DKS THAVAUX ANTUIlül’ULlJGlQUES Suisse; les animaux domestiques s’y trouvent et le renne n’y existe pas, même dans les plus anciennes, bien que sa présence ait été constatée dans les cavernes de l’Échelle qui sont situées dans leur voisinage.
« Dans aucun des kromlechs ousépulcres,il n’y à de traces de renne et la faune dont ils contiennent les débris est plus récente que celle des kjokkenmôddings et que celle des plus anciennes habitations lacustres.»
Ainsi la chronologie est nettement établie par la faune; elle se confirme par l'industrie. Dans la période dite diluvienne on ne trouve que du silex grossièrement taillé; dans la période du renne les haches polies sont absentes, et quoique l’homme eût appris à coudre il ne savait pas tisser et les poteries étaient rares, mais il savait ornementer les armes et les outils en os ; dans les kjokkenmôddings la poterie .se rencontre fréquemment, les haches polies sont assez nombreuses ; on trouve dans les habitations lacustres les plus anciennes (à Wangen) la grande majorité des haches polies; la poterie est abondante, l’art de tisser est connu, les céréales sont cultivées ; dans les dolmens et kromlechs la poterie est abondante et le bronze apparaît. La chronologie préhistorique semble donc, depuis l’époque des cavernes jusqu’au bronze, aussi bien déterminée que celle de certaines époques historiques.
Mais revenons au congrès. M. Lartela terminé sa communication par quelques remarques sur le remplissage des cavernes, remarques qui devaient être complétées par M. Desnoyers. Disons seulement que dans l’opinion de M. Lartctil n'y a pas eu de cavernes habitées avant l’époque glaciaire, et que les documents que nous possédons sur la succession des races humaines troglodytes sont insuffisants pour en déduire rien de positif.
M, Desnoyers, réjrondant à l’appel de M. Lartet, a traité
DU CÜNGKÈS l’ALÊÜ-A>TIIROI>ULOCl<jUU. 559
du mode de formation et de remplissage des cavernes. Selon ce savant géologue, la plupart des cavernes ont été produites par des dislocations du sol ; on les rencontre surtout dans les terrains calcaires; les lignes de fracture s’agrandissent successivement en couloirs étroits qui deviennent de plus en plus larges par l’action des eaux torrentielles et, plus tard, par l’action de l’homme. Quant au mode de remplissage des cavernes, il n’est pas douteux qu’il faut admettre à la fois et le transport par les torrents, opinion soutenue avec persévérance par G. Prévost, et le transport j)ar les grands carnassiei’s , notamment par les lijènes qui faisaient de ces cavernes leurs repaires habituels, opinion développée principalement par Buckland. M. Desnoyers a exposé les phases par lesquelles il a passé depuis plus de trente ans, ses nombreuses hésitations, les objections qu’il faisait autrefois à Chrislol, à Tournai et à Schmerling, et finalement ses convictions actuelles, relatives aux trois modes de remplissage des cavernes , qui peuvent se confondre, ainsi que cela se voit à Bruniquel, sur les bords de la Vczère, et, de nos jours, dans les grottes de Salins, où l’action fluvialile forme un dépôt au-dessus d’une couche qui contient toute une faune.
Une discussion pleine d’intérêt lit suite à la communication de M. Desnoyers. MM. Maury, Vogt (1), de Mortillet, Broca , entrèrent dans des détails très-nombreux sur le caractère des différentes cavernes, et purent distinguer celles qui étaient habitées, celles qui ont été uniquement remplies par des débris osseux transportés par les torlents, celles (jui servaient de lieux de sépulture, et celles
(I) M. Vugt ü rêceuimenl truité avec le plus grand talent toutes les ques lions qui se rapportent aux périodes primitives de l'humanité dans un article des Archii' fflr Anthropologie traduit par lhe AnOiropologkal lieview, avril et juillet, 18b 7.
5KI ANALYSE ÜES THAV.UN ANTIIIiOI'üLUCiylES
i|ui ont été un ;ibri temporaire dans <le certaines catastrophes géologiques ou sociales. (Juant à la (jucstion anatomique, bien qu’elle ait été abordée par MM. Cliarvet et Broca, sa discussion n’a point fourni de documenis assez im[)orlanis pour que nous entreprenions de l’exposer sur des notes prises pendant la séanee. Ajoutons cependanl que la question de l’anthropophagie, qui a déjà été discutée à la Société d’anthropologie, ayant été mise à l’ordre du jour sur la demande de MM. Vogt et Worsicl, les faits cités |)ar MM. Issel, Boujoux, Jullieu, llamy, rapprochés de ceux qu’ont publiés .MM. Spring, Lubbock et Garrigoii, reudcnl assez vraisemblable l’existence, au moins accidentelle, du cannibalisme chez les hommes de l’àge de la pierre polie.
111. Les monuments mégalithiques, l’âge du bronze et l’âge du fer, ont fourni à M.M. Bertrand, Squier, Martin, Worsæl, de Longpérier, Uesor, Cartailhac, le sujet de trèsintéressantes communications qui, sans résoudre d’une manière jwsitivc les questions 111, IV, V, ne laissent pas que de jeter une grande lumière sur les problèmes (|u’elles énoncent. Mais pour exposer ici la substance de ces travaux, il faudrait entrci' dans des détails très-comj)liqués qui n’offrent avec notre sujet que des connexions indirectes. Avec la sixième question, nous revenons au contraire à riiistoirc organique de l’homme dans le temps et dans l’espace, histoire dont M. Huxley a largement tracé les grandes divisions dans son troisième fssat.
Malheureusement, cette sixième question, de beaucoup la plus intéressante, avait été placée la dernière sur le programme du congrès, circonstance qui a nécessaircmeni limité ses développements. 11 était visible que, si le temps l’eût permis, ni les matériaux ni les orateurs n'eussent fait défaut pour entrer dans les détails d’un sujet qui se rattache à la question fondamenUde de l'anthropologie, à savoir
DU (’.ONfiRKS PALKO-ANTIIROPOLOGIOIIE. :ii1
si, dans la succession des temps, les types humains se sont modifiés anatomiquement d’une manière appréciable, ou tout au moins si, dans les temps préhistoriques, les races humaines offraient des caractères que ne présentent plus les races contemporaines. Pour les animaux la question ne fait pas doute: oui, le monde du passé était peuplé d’une faune spécifiquement différente de la faune actuelle, et l’on peut ajouter que les variétés successives, assez étendues pour être spécifiques, ne le sont point assez pour éloigner l’idée de leur filiation. Elles s’offrent à nous délicatement graduées, et nous montrent toutes les étapes d’un développement comparable aux dernières phases de l’embryon. S’il en est ainsi des animaux, ne doit-il pas en être de même rie l’homme?
La réponse ne peut être une simple alternative. Quelle qu’elle soit d’ailleurs, elle laisse le champ libre à toutes les théories qui reposent sur la conception d’une évolution progressive. Il se pourrait, en effet, ainsi que l’admet Vt)gl, que l’homme et les singes eussent une origine commune (quoique griographiquement multiple), et que le singehomme se fût perfectionné avec une rapidité telle, que l’être intermédiaire n’eût pas laissé d’assez nombreux ossements pour que nous ayions aucun espoir rationnel d’en retrouver le moindre fragment, ou tout au moins que ces fragments fussent trop peu nombreux pour comporter aucune démonstration. Toutes les formes vivantes n’ont pas eu une égale durée, toutes n’ont pas été stables et la paléontologie nous montre que les formes de passage, dans les classes et dans les genres, sont plus rares et ont eu moins de durée que les types génériques ou classiques. En sorte que la théorie de la filiation progressive pourrait être vraie et la preuve suffisante en manquer jusque dans un avenir lointain. En outre, ce ne sont pas les formes intermédiaires
.-<2 ANALVSK. DES TRAVAUX A XTIinOPOEOGIODES
entre les singes anthropomorphes et les races les plus inférieures (lu genre homme qu’il faudrait découvrir ; car à cel égard heauextup pensent que la série est, dès àpréstml, suffisamment établie, et le deuxième Eaitai de M. Huxley i‘st tout entier consacni à démontrer qu’il n’y a pas plus de différence entre les singes et les hommes, qu’entre les singes inférieurs et les anthropoïdes. Ce sont les débris de l’ètre dont les singes et l’homme seraient des rayonnements déterminés sur une ou sur plusieurs circonférences concentriques, qui nous font absolument défaut.
D’un autre côté, si l'on établit que la succession des races humaines peut se caractériser anatomiquement au point de pouvoir conclure de la forme à l’àge, la théorie de la filiation est bien près d’être démontrée ; en sorte que rien ne peut prouver absolument contre cette théorie, tandis que la théorie p(*nt se prouver. Or, tous les documents que nous possédons pour les temps préhistoriques, et mémo ceux que M. Broca a mis en lumière pour les temps historiques (1), nous aulnri.sent à répondre qu’il en est du genre humain comme des autres genres du ivgnc animal, (jue certaines cspcîces ont disparu, que do nouvelles espï'ces fs* sont montrées et qu'à moins de les faire éclore miraculeusement, (;elles-ci descendent de celles-là.
La méthode philosophique qui s’impose à l’anthropologie est donc évidente : elle consiste à étudier avant tout les caractères différentiels des types humains, non-.seulement dans une même époque, mais comparativement, aux diverses époques géologiques. Or, il faut l’avouer, si grâce à l’impulsion donnée à ces recherches par la Société d’anthro-
(I) Nous faisons ici allusion aux recherches de M. Broca sur la capacilû des crjiies parisiens du Ireiiièmc siècle qui ont offert une capacité mo\enne inferieure de 55 cenlinièlres cubes, et même de 58 centimètres nibcs, à celle desci-ines du dix-neuvième siècle{BH//. (le la Société d'anlliroiX)logie,
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nu unNcni's paléo-anthropologique. ôaa
pologie nous commençons à apprécier el à déterminer rigoureusement les types humains synchroniques, nous possédons très-peu de documents sur les êtres qui nous ont précédés à des époques exessivement reculées.
L’une des causes de cet état de la science est le singulier régime de despotisme intellectuel sous lequel nous sommes habitués à vivre. Je fais ici allusion aux longues luttes qu’eurent à subir Boué, Tournai, de Christel, Schmerling, Boucher de Perthes et d’autres encore, qui virent leurs découvertes repoussées a priori pendant près de quarante ans par les savants qui depuis Cuvier se sont transmis le flambeau pâli de la science classique et immuable. Aujourd’hui même il se trouve encore des hommes qui occupent dans l’enseignement les positions les plus élevées, et qui prennent au sérieux les pieuses mais déplorables erreurs du trop célèbre Discours sur les révolutions du globe. C’est en grande partie à cause de cette tyrannie, dont souffrent plus qu’on ne saurait dire toutes les branches du savoir, que l’anthropologie préhistorique ne date que d’hier, et ce n’est que grâce aux efforts de J. -Geoffroy Saint-Hilaire et de M. de Quatrefages, qu’elle a enfin réussi à pénétrer dans l’enceinte académique, du moins en France.
C’était donc pour la première fois qu’était nettement posé dans un congrès scientifique le problème de la succession des races dans les temps préhistoriques , qui n’est, nous en convenons, qu’un acheminement vers l’étude des modifications organiques que peuvent offrir les êtres humains par la culture, les milieux, le croisement ou par des causes encore mal déterminées.
M. Pruner-Bey, dont la science et le zèle ont acquis et méritent la plus haute estime, a le premier pris la parole Sur cette sixième question. Sans rejeter définitivement la préexistence supposée des brachycéphales en Europe,
5U ANALYSE DES TltAVAlIX ANTHROPOLOC IODES M. Pruner-Bey, tout en signalant l’insuflisance de la dichotomie de Betziiis, reconnaît la coexistence des deux types aux époques préhistoriques de l’Europe. Néanmoins, en étudiant l’homme de l’àgc du renne d’après les pièces osseuses dues aux fouilles de la province de Namur, faites par M. Dupont, à celles de Bruniquel par M. Brun, à Solutré (Saône-et-Loire) par M. de Ferry, M. Pruner-Bey pense que l’homme de cette période était mongoloïde, et qu’il n’y a rien dans scs caractères physiques qui nesc retrouve de nos jours chez l’homme, « dont le renne est à la fois la proie et le compagnon. »
Ailleurs M. Pruner-Bey, plus explicite, a rattaché ces hommes à « la famille uralo-alldique du grand rameau touranien(l). » Cette race compterait encore de nos jours des représentants dans les Alpes tyroliennes et dans les vallées d’Enneherg et de Graden, occupées par une population à petite taille, à teint jaune bistre, à chevelure lisse et noire, à crâne arrondi ; on en trouve des types isolés aux environs de Glaris, en Bretagne, en Espagne, en Portugal, dans les Pyrénées, et les descendants des anciens Ibères appartiennent au même type. Il aurait, il est vrai, subi quelques modifications; la partie frontale du crâne se serait redressée ; elle aurait gagné en hauteur et en largeur^ la Uiille a pu s’élever tout en restant petite et le mode de mastication se serait modifié.
Quant à la race dolichocéphale préhistorique , elle apparaît en France et dans les pays limitrophes à l’époque de la |)ierre polie : c’est la race arienne. En sorte que, pour il. Pruner-Bey, la race dolichocéphalique, dont il a amplement décrit les caractères, est survenue au milieu d’une |)opulation dont les traits étaient diamétralement oppo-
(1) Dupont. Élude sur l'ethnographie de l'homme de l'âge du renne. p. 31.