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Vers le soir, loin devant nous, s'étendant sur des lieues et des lieues, de hautes flammes montaient de la plaine. Les plus proches paraissaient sortir de la fumée grise d'innombrables hauts fourneaux, mais les plus lointaines avaient l'air de feux de navires éparpillés sur la mer. C’étaient ces incendies de champs desséchés qui sont l’un des spectacles de la pampa.
Je m'éveillai tôt le lendemain, et levant le rideau de cuir de mon sleeping, je regardai, sous le soleil levant, la plaine de Mendoza. Je ne reconnaissais plus l'Argentine. L’obsession de la morne pampa s’envolait. J'avais devant moi, au lieu de millions d'hectares de pâturages sans arbres, des champs de deux ou trois hectares entourés de peupliers, de saules, et, par endroits, de pêchers dont les branches ployaient sous les fruits. La vigne étalait ses allées basses et feuillues; l’émeraude claire des luzernes apparaissait entre les découpures des arbres: des ruisseaux gonflés d’une eau limoneuse couraient le long des vignes et des prairies, devant les ranchos de boue sèche aux toits de jonc couverts de terre. qu'ombrageaient des müriers. Un ciel d’une douceur et d’une purelé émouvantes encadrait ce tableau d'abondance et de richesse, A l'horizon, des collines violettes. Au-dessus d’elles, de petits nuages d’argent... Non, les nuages n’ont pas cette forme et cette altitude régulière. Mais quoi? ne serait-ce pas les neiges éternelles des Andes ?
Et, en effet, vision de beauté sans égale, sur tout
l'horizon de la plaine et très haut dans l’azur, voilà qu'en approchant encore se déroule à mes yeux ravis, comme sur le papier bleu d’un interminable plan d'architecte, le dessin des monts sublimes que Je prenais pour des nimbus laiteux. Sensation de vertige, de douceur et de force. La chaîne colossale aux sommets neigeux, plus pâles au loin, plus brillants rapprochés, et, les dominant tous, l’Aconcagua conique, encapuchonné d’argent. Certains ont une élégance de ligne adorable, d’autres sont plus abrupts, plus renfrognés, plus solitaires. Quelques pics, par groupes de quatre ou cinq, semblent étaler leur robe bouffante et tenir, comme pour une ronde, celle de leur voisine, avec des gestes de danseuses.
Nous sommes au pied des Andes couronnées de nevados, dans la plaine de Mendoza, vrai désert partout où le caillou affleure, et qui devient étonnamment fertile dès que les multiples ruisseaux d'irrigation la fécondent de leur limon.
Abritée par les Andes, Mendoza déploie dans la verdure ses avenues et ses larges rues en damier, qu ombragent des arbres au feuillage abondant et dru. Chaque rue est bordée de fossés faits d’une mosaique de cailloux roulés, pris dans le lit des torrents. Les pieds des platanes, des mûriers et des acacias s’y baignent et ÿ prennent une extraordinaire vigueur. Au coin des rues, un regard de cinquante centimètres de large est ouvert sur ces fosses, sans protection ni garde-fou. Comment ne se casse-t-on pas le cou cent {oiS par jour dans ces sauts de loup? C’est pur :mi-
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