‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 112 sur 273 · ER D SE · texte numérisé non relu

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taux et les prisons, le magnifique Parc de l'Ouest qui étend sur trois cents hectares, à la base du Gerro del Pilar, véritable Bois de Boulogne en formation pour une ville de 50,000 habitants. Quand je le visitai, on achevait de construire un lac artificiel d’un kilomètre de long sur trois cents mètres de large, avec digues cimentées, embarcadères, vastes tribunes pour les régates. Un jardin zoologique, encore embryon- # naire, s’anime de la gaieté des ruisselets qui le tra- +

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1 versent. L'eau court partout avec un bruit clair et . 14 joyeux. Pour les enfants, un petit tramway électrique : | 4 parcourt déjà le parc en tous sens, traversant des + nn tunnels, des fossés, montant et descendant des : ; j rampes. à ie Le miracle, c’est que ce parc fut créé de toutes ; Fe pièces sur un terrain absolument stérile, où de maigres arbustes végétaient entre des cailloux. Gomment faire ;

pour que les arbres puissent y pousser? Apporter :

de la terre végétale pour recouvrir 800 hectares était :

impossible. Le gouverneur, M. Civit, eut une idée .

d’une simplicité admirable. Il fit amener l’eau de la montagne qui serépandit sur l'immense surface en y déposant sa boue fertile. Quand cette couche Himoneuse fut assez épaisse, il ne restait plus qu'à planter. On fit venir des arbres; on en faït venir encore d'Eu- | rope. Et ainsi fut créée cette oasis merveilleuse. Dans £ dix ans, augmentée des 3,000 hectares que l'on vient =) de prendre sur la Cordillère pour l’encadrer, elle = sera, avec ses 3,300 hectares, une promenade sans | égale.

L'entrée du parc s’orne d’une grille monumentale, noire et or, d’un beau style. Une fontaine à sirènes, qui lui est destinée, vient de partr de Paris pour

Mendoza; elle ne coûte pas moins de 200,000 francs, et les Chevaux de Marly, en marbre de Carrare, commandés à Paris également, pour 39,000 francs, la suivront bientôt.

— Cela coûte cher, il est vrai, me dit M. CGrvit, mais un décor aussi grandiose n’exige-t-il pas des œuvres d'art exceptionnelles ?

Un nom revient sans cesse sur les lèvres quand on parle de Mendoza, de sa prospérité actuelle et de son avenir, celui de M. Emilio Civit, l’initiateur des institutions dont je viens de parler et d'autres encore.

Je pris plaisir, pendant mon séjour dans sa capitale, à me faire raconter par le détail l’existence de cet homme énergique, clairvoyant et sincère, qui ne se dissimulait pas les défauts de son pays, mais se montrait plein d'espoir dans la perfectibilité de la race. Il a en lui, dit-on, l’étoffe d’un Président de la République. Il a, en tout cas, l'intelligence et l'énergie, et l'emploi de son activité résume toute la vie argentine depuis trente ans.

M. Civita une cinquantaine d'années. A vingt ans, il était sous-secrétaire d'Etatau ministère des Finances, puis député au Congrès; à trente-deux ans, sénateur, gouverneur de la province de Mendoza; à trente-six ans, ministre des Travaux publics, puis élu de nouveau gouverneur de Mendoza. Voilà les titres et les honneurs. Mais quelle fut l’œuvre? Passa-t-il son temps à boire du café et à fumer des cigares, comme

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il est d'usage dans les bureaux des administrations, café et cigares payés par le Trésor?

Le jour où je fus reçu chez lui, je vis sur les murs de son salon une collection de cadres renfermant des parchemins où étaient écrits en son honneur les témoignages de la reconnaissance publique. Ges parchemins, noirs de signatures, M. Givit en paraissait fier. Je les lus. C’étaient, sur les uns, les citoyens de Rosario, de Parana, de Gualeguay, de Concordia, de Bahia-Blanca, qui le remerciaient pour la création ou l'amélioration de leurs ports; c'étaient, sur d’autres, des villes et des provinces, Corrientes, Santa-Fé, Salta, Jujuy, San-Juan, La Rioja, Mendoza, San-Luis, Cordoba, Santiago, se félicitant de chemins de fer, de digues, de canaux d'irrigation, de câbles transporteurs, de ponts et de routes, d'œuvres d'hygiène et de salubrité, d’hôpitaux, de monuments, de jardins et de parcs, créés sous son administration; ou des riverains du Parana et de l’Uruguay tenant à attacher son nom aux travaux de draguage et de balisage lumineux des deux grands fleuves.

Comme je le félicitais de son activité :

— Oui, dit-il, j'ai beaucoup travaillé. Dans un pays neuf comme celui-ci, où la population manque, chaque citoyen devrait travailler pour dix,

Son action dans la province de Mendoza ne fut pas moins efficace, Il fit construire ou ordonna la construction de trente écoles primaires, d'une Ecole agricole et industrielle, d’une Ecole maternelle modèle, d’un hôpital, du fameux parc de 3,300 hectares, des tramways électriques, d’une usine de lumière et de force à l'usage des établissements publics, de

ponts et de routes, de monuments : Tribunal, Conorès, Banque, elc.

Mais son œuvre principale fut l’organisation financière de Mendoza et l'essor qu’il donna à la viticulture et aux industries horticoles par les travaux d'irrigation dont Je parlerai plus loin.

La loi de crédit hypothécaire et de prêt agricole qu'il fit voter par le Parlement provincial va aider considérablement au développement de la province. Gelle-ci jouit déjà de beaux revenus. Son budget s'élève en effet à neuf millions de francs fournis en srande partie par l'impôt de 2 fr. 20 par hectolitre de vin exporté de la région!. Il faut ajouter à ce budget ordinaire les dépenses spéciales? pour les travaux d’un caractère permanent, qui l’élèvent à treize millions de francs. Le budget de la ville de Mendoza est de un miliion et demi de francs.

C'est pour augmenter encore cette richesse croissante (le budget provincial a doublé en trois ans) que le gouvernement inaugura le système du prêt agricole et du crédit hypothécaire. Afin de le mener à bien, la Banque provinciale a accru son capital de 30 millions de francs.

— Ce système est simple, m'explique M: Crvit. Vous êtes un brave Lombard qui n’avez qu’un millier de piastres d'économies, mais vous avez des bras courageux et l'envie de vous enrichir. Vous achetez une terre de 100 hectares à dix piastres l’hectare,

4, Le vin vendu et consommé sur place ne paye pas.

L'impôt sur le vin exporté produit annuellement deux millions de piastres, soit quatre millions et demi de francs.

9, Le budget annuel des ponts et chaussées, par exemple, s'élève à 904,000 francs.

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