‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 130 sur 273 · PÉTER DURÉE RER · texte numérisé non relu

PÉTER DURÉE RER

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me présenta, et je ne pus m'empêcher de faire Îa orimace. [1 était franchement mauvais, et me rappelait les pires vins italiens et espagnols.

Comment cela pouvait-il se faire? Je m'adressai à un spécialiste et lui soumis le problème.

Si le climat de Mendoza n’a pas son égal pour la production du raisin, chaleur et sécheresse de l'atmosphère, il a, pour la fabrication du vin, les défauts de ses qualités. Dès que le raisin estmür, il fermente, la température des moûts s'élève trop rapidement et le vin s’altère. Les caves ne corrigent pas l'excès de chaleur puisque leur température est à peu près la même que celle de l'extérieur. Les trois toitures superposées et isolantes qui protègent les riches bodegas donnent plus de fraîcheur que les celliers souterrains. Le sgrand problème à résoudre en ce pays extrêmement sec et chaud est donc l'application pratique et économique des frigorifiques.

De plus, les soins nécessaires, si méticuleux dans ies pays de vicille tradition, sont négligés 1e1. Gette négligence est due, en partie à l'ignorance des ouvriers, en partie à la pénurie du matériel vinaire, Chaque année, la production augmente, mais les installations ne suivent pas toutes la progression de la culture.

Enfin, et nous touchonsiciau point capital, le vinest vendu aussitôt fabriqué. Il n’a pas fini de fermenter encore qu'il est déjà en route pour la consommation,

[ci, de nouveau, mes « pourquoi » se multipliaient :

— 11 serait facile, cependant, fis-je, de conserver un an, deux ans, dans vos immenses bodegas, une partie de votre récolte, de façon à ne pas être obligés de vendre au jour le jour le vin fabriqué...

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— Mais non, cene serait pas facile ! Les 200,000 hectolitres de M. Tomba ou de MM. Gioi et Gargantini, calculés à raison de 66 francs l’hectolitre, représentent un capital de plus de 13 millions. Pourraientils le laisser dormir, sous le prétexte de donner à leur marchandise plus de bouquet ou de moelleux? Il en résulterait pour eux une perte sèche de trois ou quatre millions par an, si nous calculons l'intérêt de l'argent à 25 et 30 p. 100 comme le font les bodegas de Mendoza. D'ailleurs, pour beaucoup de petits ou de moyens viniculteurs, un retard d’un an dans la vente de leur vin les ruinerait, car ils ont à payer l'intérêt de l'argent emprunté, et ne comptent pour cela que sur le produit immédiat de la récolte. En vendant leur vin deux mois ou six semaines après sa fabrication, ils économisent l'intérêt de ces prêts; 1ls évitent aussi les pertes subies par l’évaporation ou les dépôts qui se forment au bout d’un certain temps dans les cuves.

Enfin, ce vin fabriqué vivement et sans soin, vieillit vite. Au bout de trois ans, la chaleur et la sécheresse le détériorent. Il devient impotable. De l'avis de tous, les ouvriers italiens qui, en quelques années, développèrent considérablement l’industrie viticole, au orand profit de la province et au leur, et qui travaillent si bien la vigne, ne savent pas travailler le vin. Ils le font toujours acide, plus aigre souvent que la plus dure de nos piquettes etdenos saoûle-bouviers.

Mais ils l’'aiment ainsi. C’est un fait.

Il existe pourtant ici des maisons dont tout l'orgueil est de produire un vin de choix, comparable à ceux de nos bons crus bordelais. J'ai trouvé en particulier, chez les frères Benegas, dont le père fut un

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des premiers initiateurs de la viticulture progressiste dans Mendoza, ce souci partout visible. Les deux frères, anciens élèves de Grignon et de Montpellier, séjournèrent longtemps dans nos provinces viticoles pour y étudier nos procédés de culture et de: fabrication. Îls possèdent, tout près de Mendoza, 200 hectares de vignes. C’est là que se fabrique le « Trapiche:», le cru le plus fameux de l’Argentime. Un million de bouteilles de vin soigné y sont conservées annuellement. Certaines ont quatre et emq ans.

Jolr résultat, si FPon pense à toutes les difficultés qu'une vimification raisonnée rencontre iei, où le vin ne s'était jamrais conservé. El fallut lutter contre les hautes températures au temps de la vendange, MM. Benegas isolérent les toits de leurs celliers au moyen d’une superposition de plafondsquiempêchent la transmission de Ia chaleur, et installérent des

réfrigérateurs. fls disposent des machimes les plus.

perfectionnées pour le lavage, l’'embouterllage, létampage, et prennent mille soins que leur ont ensergnés nos professeurs et nos maîtres de chais. Dans teur laboratoire, je remarquat des séries d’éprouvettes contenant des levures françaises d’Aÿ, de Corton, de

Chambertin, qui servent à l’amélroration des cuvées.

et, sur les murs, des graphiques d'expériences.

On est donc arrivé au TFrapiche à une vinification aussi parfaite que possible. Par goûté plusieurs des vins qur s’y fabriquent; ils sont, en effet, excellents. Il est prouvé désormais que les vignes de Mendoza peuvent et doivent donner un vin de bouquet fin, capable de se conserver, si la vinification est faite comme 1l convient, et la conservation assurée. Ge n'est pas à dire qu’on obtiendra jamais ici des vins

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de grands crus, susceptibles de se comparer à nos bordeaux de luxe. Mais, cette réserve faite, on peut attendre du vignoble mendocin des vins de table de qualité indiscutable.

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Au total, de tels progrès réalisés en si peu d'années laissent prévoir pour l'avenir d’ heureux résul! (ais. En attendant, la quantité etlaqualité des vins argentins ne suffisant pas à la demande, l'importation étrangère représente encore des chiffres considérables*.

Jadis la France occupait le premier rang parmi ces pays importateurs. L Italie et l'Espagne lui .enlevèrent ce privilège.

L'Italie vient en tête avec une 1m poser de vins communs s’élevant à 23 millions de francs ; l'Espagne, qui en.envoie pour 42 millions de fr ancs, la suit. :La France arrive donc désormais troisième avec une importation de 11 millions de francs.

1. Parmi les pays viticoles d'Europe ‘et d'Amérique, l'Argentine est un de ceux qui imposent le «moins l’entrée des vins étrangers (0 fr. 16 Le litre).

D'après les statistiques nationales de 1907, on à importé en

Le 361,608 hectolitres de vin-d'une valeur de.48 millions de

francs

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