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laquelle s'accroche un miroir minuscule décoré de fleurs peintes qui déformait les images; pour lumière, une chandelle fichée dans un goulot de bouteille; pour lit, un cadre de bois et une païllasse couverte de draps trop courts et déchirée. |
— Jls ne prennent même pas la peine d'enlever leurs boites à éperons, me dit l’hôtesse pour s'excuser.
« Ils », c’étaient les capatazes et les marchands de bestiaux, seuls voyageurs de ces régions.
Dans ces territoires lointains, les mœurs sont tout à fait différentes de celles des agglomérations organisées. Les patrons ne peuvent conserver de servantes: on les leur enlève, belles ou laides. On s’y marie peu, et les faux ménages abondent; couramment les hommes abandonnent leurs compagnes avec leurs enfants.
— Vous voyez cette fillette? me dit l'hôtesse, une bonne grosse femme rougeaude, originaire du pays basque, c’est une pauvre petite abandonnée. Son père, un employé du télégraphe, partit l’an dernier avec une femme, laissant ici la sienne, poitrinaire et sans ressources, avec cinq enfants. La pauvre mourut bientôt après, et je lui ai promis de me charger de la petite. Mon frère, qui est boucher, a pris les deux garcons. Les deux autres sont plus grands et on les aidera. Moi qui n'ai pas d'enfants, je suis ravie d’avoir cette petite, qui m'appelle déjà « mamita » si tendrement. Je la ramèneraien France et je la mettrai en pension pour qu’elle soit bien élevée.
« Si loin de tout, il faut bien s’entr’aider, ajoutet-elle. Ici, le pays est bon et riche, et la colonie est assez nombreuse. Nous avons un médecin, un bou-
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cher, une école, une chapelle malheureusement fermée. Le prêtre n'a pas voulu rester parce qu'il ne gagnait pas assez. On ne se sent pas trop isolé. Mais savez-vous, à Peulla, où vous êtes passé l’autre jour, qui accouche les femmes de tous les environs? Le forgeron. Notre médecin est un Belge, qui fait de l'élevage à dix kilomètres d'ici. »
L’unique salle de la fonda Perito-Moreno rassemble tous les personnages de l'endroit; employés de la Compagnie, pasteur, inspecteur de forêts, commissaire de police y prennent leur pension ou s’y réunissent le soir, et la nuit venue, s’en retournent chez eux, une lanterne à la main. Durant notre séjour un prêtre catholique, par hasard, traversait le pays. C'était un évéement. On ouvrit la chapelle fermée depuis deux ans. Notre hôtesse revêtit une robe de taffetas noir démodée, sortit tous ses bijoux de pacotille, habilla de blanc sa fille adoptive, et la journée du dimanche se passa en messes, en vêpres et en salut. On baptisa tous les enfants des environs. Le curé se rencontra, à notre table, avec le pasteur. Rose et blond, un peu frisé, onctueux, portant des culottes de velours à côtes, chaussé de bottes qui salissaient le bas de sa soutane, il causait le plus pacifiquement du monde avec le pasteur, blond lui aussi, les cheveux en brosse, la barbe en pointe, les yeux bleus, au regard direct, vêtu d’une redingote noire et de pantalons trop courts, l'air combatif et maitre de soi.
Le prêtre quitta Bariloche le jour même. Mais j’eus l’occasion de revoir le pasteur qui m’invita à lui faire visite. Je n’y manquai pas. Un après-midi, j’allai frapper à sa porte. Je le trouvai devant une table
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