‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 157 sur 273 · ARE TVE RAP DAT AS ART RATE RER · texte numérisé non relu

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jamais foulés, les mauvaises plantes poussent en abondance. Ici pullule une sorte de buisson appelé énéo, qui ressemblerait à un porc-épic géant et doré. Les moutons en broutent les fleurs, mais leur viande en conserve un parfum assez fort et désagréable, À la première morsure de la charrue, ces parasites disparaissent.

Sur le chemin de San-Ramon, on rencontre une maison. Et, comme une maison, dans ce désert, est une curiosité, je demande :

— Qui habite là?

— Un médecin belge qui fait de l’élevage. Quand 1 arriva, le commissaire de police lui réclama ses diplômes argentins sans lesquels il est interdit d'exercer. Comme il n'avait que ceux de son pays, le lonctionnaire le menaca de contravention.

— C'est bon, fit le praticien. Je ferai de l'élevage.

À quelque temps de là, le commissaire tomba maladeetenvoyaun vigilantchercherle médecin belge :

— Ahf oui, répondit-il. Je connais la loi argentune, qui me défend d'exercer. Et je n’ai pas envie de me voir donner une contravention par celui que

J'aurais guéri !

Comme nous approchions de San-Ramon, notre ouide nous fit remarquer, sur le flanc d’une montagne, l'entrée d’une grotte.

— Nous avons trouvé là dedans beaucoup de crânes et d'ossements d’Indiens, me dit-il, et l’on pense qu'ils doivent remonter à une haute antiquité: M. de Bülow vous en montrera.

Nous sommes reçus à notre arrivée avec la plus parfaite courtoisie par le « majordome », baron de Bülow.

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C’est un homme blond qui doit avoir trente-cinq ans, grand, mince, vigoureux, botté, éperonné, la lèvre ornée d’une moustache coupée ras, coiffé d'un petit chapeau de drap gris aux bords rabattus.

Je m'étonnai qu’il pût vivre seul dans cette solitude.

— J'y suis très heureux, fit-il avec sincérité. J'aime cette existence libre et active, ces galops à cheval, ces vastes étendues désertes où je suis le maître. Et j'ai horreur des villes et du vacarme des tramways. Je vais de temps en temps passer deux jours à Buenos- Aires, et j'en reviens ravi de reprendre mes accupations de paysan.

Nous déjeunâmes avec bon appétit, d’une omelette et d’un lièvre à la crème. Puis eut lieu la visite de la propriété.

L'installation, assez rudimentaire, se compose d'une maison modeste meublée très simplement mais avee goût, où demeure le majordome, de quelques cabanes de bois pour les péones, d’un hangar à matériaux et d’un grenier à fourrage et à céréales.

Les 30,000 hectares de San-Ramon, tout en montagnes de 1,200 mètres d'altitude et en vallées, sont clos, de trois côtés, par des fils de fer, le quatrième côté étant en bordure du lac Nahuel-Huapi et du fleuve Limay qui s’y jette. M. de Bülow n’a comme voisin que l’Espagnolindolent dont j'ai parlé, et les Indiens. H n'y à que deux ou trois ans que le prince de Schaumbourg-Lippe acheta ces terres. Il y mit 6,000 vaches, 4,000 moutons et 300 chevaux. Ce sont des prairies naturelles, à l'herbe fine et drue, où abondent les fraisiers sauvages apportés sans doute autrefois par les missions de Jésuites et qui se répandirent à profusion.

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— Au printemps, il faut voir cela, me disait M. de Büulow. Les prés sont rouges de fraises que les moutons broutent volontiers, ce qui leur fait pendant plusieurs semaines des dents de corail rose,

Je gratte [a terre du bout de ma canne, C’est une très bonne terre noire et grasse,

— J'y ai semé du blé et de lavoine, qui viennent très bien, me dit M. de Bülow.

L'hiver est rude sur ce versant des Andes, La neige le couvre pendant une grande partie de l'hiver. Pourtant les troupeaux y vivent et trouvent moyen de se nourrir en descendant dans les vallées.

Les moutons. s’égaillaient sur les monts, et les vaches dans les plaines étroites qui les séparaient. M, de Bülow voulut me faire l'honneur du « rodeo »; quelques gauchos coururent dans toutes les directions au galop de leurs chevaux vers les vaches et les bœufs qui arrivèrent par centaines, effarés et mugissants, paraissant nous demander avec leurs grands yeux ce que nous leur voulions? L'un des gauchos lança plusieurs fois le lasso avec adresse, puis nous allâmes plus loin et M. de Bülow ordonna le «rodeo» des moutons. Ceux-ci broutaient sur les hauteurs où1il fallait les aller chercher. Les chevaux grimpaient les pentes avec une sûreté et une rapidité extraordinaires, les hommes poussaient des cris, et nous vimes bientôt d'innombrables toisons dégringoler vers nous comme une avalanche de neige salie. Arrivés dans-la vallée, 1ls se mirent tous à boire dans l’eau d’un ruisseau qui traverse la propriété et va se jeter dans le Limay.

Chemin faisant, nous causons. San-Ramon fut acheté à raison de 26 fr. 40 l’hectare, soit environ

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800,000 franes, y compris les animaux et les constructions.

L'exploitation d’une telle estancia est peu coûteuse et assez simple, malgré l'énorme superficie. Elle est divisée en 8 potreros, confiés chacun à la garde d’un seul homme qui dispose d’une douzaine de chevaux pour la surveillance du bétail. Ces hommes gagnent 85 francs par mois, logés et nourris, Comme on a essayé de semer du blé, qui, d’ailleurs, réussit bien, d’autres péones se sont chargés du travail de labour et de la récolte, moyennant la moitié du produit. L'élevage a donné, la première année, 4,200 veaux et génisses, vendus à 100 francs l’un. Les produits de l’estancia rémunèrent le capital à 5 p. 100, la première année. C’est peu. Mais on espère facilement doubler ce revenu. Cependant le prince de Schaumbourg-Lippe a changé d'idée, et cherche à revendre. Il demande de son domaine 31 fr. 40 l’hectare, soit un bénéfice de 330,600 francs sur son prix d'achat. [Il l'aura, — s’il ne l’a déjà au moment où J'écris.

Il me restait à voir, à San-Carlos, la tienda de la

Société chileno-argentine, qui est, avec l’auberge, l'endroit le plus animé du village.

Le colon y trouve tout ce qu’il peut désirer. C’est une sorte de grand bazar à la fois épicerie, quincaillerie, pharmacie, parfumerie, débit de tabac, parfaitement adapté aux besoins de ces régions, et où s’étale la pacotille allemande. On y vend des lustres et des suspensions pour 90 francs, des lits de fer pour

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40 francs, des harnais, des selles, des bâts, des cacolets, des sacs, des jouets, du champagne en caisse, des conserves, des éperons, des étriers, des courroies, des machines agricoles, des vêtements d'hommes et de femmes. J'y ai vu du rouge de théâtre pour les joues et pour les lèvres, des poudres et des Onguenl(s de toilette qui se vendent couramment aux pelites filles du peuple.

L'un des principaux négoces de la Société consiste à acheter, dans ses almacenes. la laine des troupeaux de la région, à Ja payer en marchandises, et à l’expédier au Chili par la voie que nous venons de suivre, pour l’Europe. D'ailleurs, dans cette partie de l’Argentine comme dans la région des lacs chiliens, tout le commerce se fait par échanges. Les laines, le crin, le miel, la cire, le beurre, le bétail même se donnent contre du drap, du linge, de la mercerie, de l’épicerie, de la quincaillerie, des machines agricoles.

Je m'informai de l’origine des marchandises ainsi échangées : elle est allemande.

— Pourquoi? demandai-je à l’un de nos compatriotes, M. Etcheberry, jeune et intelligent Basque installé sur le bord d’un lac voisin, et qui nous donna si gracieusement l'hospitalité au retour. Pourquoi?

— Parce que tous les produits allemands, à qualité égale, se vendent meilleur marché que les nôtres de 10 p. 100. Pour les cretonnes, par exemple, dont on fait une grande consommation, il n'y a pas de lutte possible. Les produits anglais, plus chers encore, sont ici complètement inconnus.

— Comment procèdent les Allemands?

— Tous les trois mois, les commissionnaires nous

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