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matin, en ouvrant sa porte, l'habitant trouvait devant lui un mètre de sable apporté par le pampero durant la nuit.
La place centrale s'appelle Rivadavia. Cest un large carré dont les côtés sont occupés par les banques, une église, l'hôtel de ville. Au milieu, quelques parterres de gazon et des arbres qui commencent à peine à grandir. C’est là que se trouvait, il n’y a pas si longtemps, le corral où, à cette époque, on réunissait tout le bétail le soir, pour le mettre à l'abri des razzias indiennes. Plus récemment, vers 190%, les vaches d’une laiterie voisine y paissatent encore tranquillement au pied de quelques caroubiers. Alors les femmes allaient, par les rues, nu-tête et en robes de chambre; on comptait les hommes portant chapeau.
— Ïls étaient trois, me raconte M. F. B...: les deux Guédès et Casteras.
Le soir, sur la plaza, tous se promenaient, cotflés de casquettes, et des cache-poussière sans élégance dissimulaient le négligé de leur costume. M. G..., bourgeois soigné et déjà « chic », passait pour un phénomène. On l’appelait le « bien peigné ». Les sens menaient la vie précaire et instable des colons en quête de fortune, d'avance résignés à l'incon‘ort et au provisoire. En 1894, quand le président Saenz Peña, père du président actuel, vint visiter Bahia- Blanca, on lui servit, à l'hôtel de Londres, le plus orand d’alors, un banquet dont le menu se composait, m’assure-t-on, de tête de porc, de gras double et autres mets aussi délicats. En revanche, on voyait sur la table des fruits en cire et des poulets en caïion, comme au théâire.
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BAHIA-BELANCA 303
De cet embryon de ville sortit, en quelques années, une cité de 45,000 habitants, aux larges voies bordées de maisons modernes, de beaux magasins, de banques, | de clubs, de succursales des grandes firmes bonaïriennes, avec des hôtels confortables, dont le per-
sonnel se met en grève parce qu'on lui refuse le ver- | mouth avant le diner, une municipalité dont le budget À atteint bientôt 2 millions de francs et qui se paye j des parcs municipaux et des architectes parisiens.
Les Compagnies de chemins de fer, intéressées à son développement, l'aidèrent magnifiquement à prendre figure de ville moderne, en contribuant à l'installation des services publics d'eaux, d'égouts, de force électrique, et à la création de son beau marché des laines.
C’est, avec la Plata, la ville d'Argentine dont la progression fut la plus rapide’. C’est aussi la plus autonome, qui ne laisse pas le gouvernement central se mêler de ses affaires. Une sorte de compromis tacite existe avec le gouvernement de la Plata pour laisser à Bahia-Blanca son autonomie, à la condition que les votes seront acquis à la volonté du gouvernement. On met en bloc les bulletins de vote dans l’urne qu’on envoie ensuite à la Plata.
Les autonomistes rêvent même pour Bahia-Blanca l'indépendance absolue et le titre de capitale d'une province nouvelle que l’on formerait avec des mor-