‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 189 sur 273 · DA Z · texte numérisé non relu

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aux tondeurs. Couchés sur le côté, comme des lutteurs vaincus, les bêtes attendent, résignées et palpitantes. Quatorze tondeuses mécaniques, actionnées par un moteur à pétrole de six chevaux fonctionnent sans discontinuer, Les tondeurs saisissent la bête, commencent par raser la tête, puis le corps. La robe se détache comme la pelure d’une orange, laissant apparaître la chair si rose sous la laine immaculée près de la peau. Moins de trois minutes suffisent pour celte transfiguration. Les brebis sortent des mains des péones, frileuses et bêlantes, ahuries de se

sentir si légères. Chaque toison est aussitôt roulée

comme un nuage, ficelée, pesée et jetée sur un tas énorme qui semble, dans le fond du hangar, une ascension lente de moutons sur un roc invisible.

Les péones qui tondent les moutons viennent des environs, à Cheval, et demeurent à l’estancia tout le temps que dure la tonte, c’est-à-dire de quinze à vingt Jours. Îls gagnent 0 fr. 10 par tête, soit 14 ou 19 francs par jour et sont nourris et logés. Ils dorment dans les galpones, sur un lit de laine, la tête appuyée sur leur selle qui remplace l’oreiller, et enveloppés de leurs ponchos. S'il pleut, comme le refroidissement est fatal aux brebis, letravail s'arrête. Alors les péones se réunissent, jouent de la guitare ou font une partie de {aba. La tonte finie, ils retournent chez eux et restent deux ou trois mois sans rien faire, attendant d'être poussés par le besoin pour se remetire à un travail quelconque.

L'après-midi nous revinmes au galpone, accompagnés de l’acheteur de laines. Un déjeuner COpIeux l'avait mis en belle humeur et le propriétaire attendait avec une certaine impatience son estimation.

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Penché sur les ballots ficelés, l'acheteur les dénouait, les retournait, regardait les chardons attachés à la laine, arrachait une touffe, l’étirait, examinait l'épaisseur des fils, estimait la quantité de poussière restée dans les toisons. Puis lentement il dit :

— Neuf piastres. — (C'était le prix offert pour 10 kilos de laine.)

Le propriétaire parut satisfait.

Chaque mouton donne en moyenne 8 kilos de laine. Voici donc 60,000 kilos qui partiront bientôt pour le Marché central de Buenos-Aires et de là en Europe, soit un produit de près de 120,000 francs.

Revenu appréciable, on le voit.

Je comptai :

Les 3,400 vaches produisent par an 500 veaux reven-

CUS RSR SO à +. Fr. 80,000 300 vieilles vaches vendues annuellement à 77 francs

à 22,000 Augmentation neue da troupeau ovin, 6,000 têtes

à raison de {3 francs, en moyenne. . . . .. . 18,000

Laine de 20,000 moutons et brebis, à raison de

3 kilos par tête, soit 60,090 kilos de laine à 20 francs les 10 kilos. , . . . . . a - ) Fr. 300,000

Dans ce chiffre n’est pas comprise la location des

2,000 hectares de terres de culture, à 57 francs Ne + à 114,000

SO. =: .... Fr. 414,00

A quoi il faut ajouter le prix de la récolte des céréales partagé entre le propriétaire et le colon.

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