‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 188 sur 273 · RITES 1 MASTER · texte numérisé non relu

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l’optimisme et entretient ces grandes familles dans le respect de la vie simple et patriarcale d’autrefois. Les cousines vivent dans la même intimité que des sœurs ; les nièces tutoient leur oncle, naturellement, mais l’appellent aussi par leur petit nom, rient, badinent et plaisantent avec la plus grande liberté. Une bonne humeur permanente faite d’insouciance heureuse, de nonchalance satisfaite, de confiance dans la fécondité de celte terre prodigue, rend plus sympathique encore le spectacle de cette étroite union familiale que les exigences de nos civilisations compliquées ont depuis longtemps brisée chez nous.

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Le lendemain, avant d'assister à la tonte des brebis, nous partimes en voilure visiter quelques ! puesios, pauvres chaumières de torchis recouvertes L de paille, entourées d’une courette enclose qu’abritent

des saules pleureurs. Des peaux y sèchent au soleil, étalées sur les barrières, celles de brebis tuées pour la consommation du pueslo ou des animaux morts récemment. Tout à l'heure, au coin des pâtures, nous ; avons vu des amas d'os éclatants de blancheur, carcasses, tibias, omoplates, restes des malheureuses bêtes mories de faim et de soif pendant les sécheresses du dernier hiver. On les avait dépouillées de leur toison, les oiseaux de proie, s’acharnant sur leurs squelettes, en avaient fait la toilette minutieuse. Et ‘e blanc ossuaire était là, tout prêt à être expédié à quelque fabrique de noir animal.

À l'intérieur, les murs de terre de ces puestos sont tapissés de journaux, et n’ont pour décor que queiques chromos, des calendriers, des photo-

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graphies familiales et une liste des numéros gagnants de la dernière loterie nationale. Un lit recouvert d’un dessus très propre occupe un coin de la pièce et deux malles tiennent lieu de mobilier. Des fromages et des quartiers de viande sèchent, suspendus au plafond. Le péon argentin n'a point d'exigences, le confort lui est indifférent; n1 lui, n1 sa femme ne s’ingénieront à le créer. Par contre, généreux, même s’il est pauvre, il recueille sans hésitation un orphelin et, le plus naturellement du monde, l'élève avec ses enfants, qu’il initie très tôt aux travaux du campo. Fillettes et garçons montent à cheval dès qu'ils savent marcher. Et ce jour-là, nous vimes un enfant de sept ans à peine, juché sur un cheval, remplir par un procédé primitif des longues auges de bois où viennent boire les moutons. Attaché par une longue corde à l’un des bras de levier d’une pompe, le cheval avancait ou reculait selon les ordres de l'enfant. À chacun de ses mouvements d'avant et d'arrière, un seau attaché à l’autre bras de levier plongeait et ressortait d’un puits creusé au-dessous et versait l’eau dans les auges. Procédé aussi primitif que celui des sakyehs égyptiennes et qui, d’ailleurs, est presque partout remplacé dans la province de Buenos-Aires par les moulins à eau et les puits australiens.

FA

Les moutons prêts pour la tonte sont amenés devant un grand hangar de tôle ondulée. Par groupes d’une cinquantaine, ils attendent, parqués à l’une des

portes. Un péon vient les y chercher un à un, les

saisit prestement par les pattes qu'il lie et les présente

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