LES ESPAGNOLS
Après l'immigration italienne, la plus importante en nombre est l'immigration espagnole. Sur les 7 millions d'habitants de l’Argentine, on compte, en eliet, 860,000 Espagnols de toutes les provinces, y compris les Basques dont je parlerai plus loin. Et j'ai dit déjà que les Italiens atteignaient le chiffre de 1,800,000. Lorsqu'on songe qu’en 1770, sous l’étroite et néfaste domination espagnole, l'Argentine ne comptait, en dehors de la population créole, que 450 étrangers et 1,398 Espagnols, on ne peut s'empêcher d'admirer l'heureux miracle de progrès et de prospérité qui suivit sa libération.
Durant mon séjour ici je me suis appliqué à découvrir les traces que l'Espagne avait pu laisser dans ce pays, et les sentiments qu’elle inspire aux Argentins
d'aujourd'hui. J’ai noté entre autres une conversa-
tion que j’eus à cet égard avec un littérateur argentin bien connu et de grand talent:
— De sa domination qui dura trois siècles, me ditil, rien de l'Espagne ne demeure au point de vue intellectuel ou artistique. Elle n’a pas construit une route, ni un monument qui vaille qu'on le regarde, ni édicté une loi bienfaisante. Partout où elle passa dans ce continent ce fut pour détruire’.
« Non seulement le gouvernement espagnol interdisait aux habitants de ses colonies sud-américaines tout commerce avec les étrangers « sous quelque prétexte que ce fût », mais il défendait l'introduction des livres d'Europe, sauf des livres de prières. Une ville ayant demandé l'autorisation de fonder une université. l'administration la refusa sous ce prétexte que « il n’est pas convenable de propager l'instruction dans l'Amérique espagnole, où les habitants paraissent destinés par la nature à travailler dans les mines ».
« Après les cruautés inutiles de la conquête, la colonisation ne fut qu’une exploitation féroce des Indiens autochtones, des métis réduits en excomiendas et des créoles eux-mêmes, malgré leur parenté directe avec les conquérants. Aux uns, on retirait la liberté, aux autres, tout moyen de vivre matériellement et intellectuellement.
« En effet, les Américains du Sud n'avaient même pas le droit de faire de l’huile, n1 du vin, ni du sucre, car il fallait que les vins andalous et les huiles de Cor-
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4. Détruire et pressurer. L'Espagne a, en effet, tiré de ses colonies de l'Amérique du Sud, de l’année 1492, date de la découverte de l'Amérique, jusqu’à la déclaration de l’Indépendance (1810), une valeur de métaux d’or et d'argent estimée à 25 milliards 1/2 de francs.
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