‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 213 sur 273 · ARR · texte numérisé non relu

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Après un court séjour à Buenos-Aires, je fus frappé de l'abondance des noms basques parmi ceux de Ja haute société bonairienne. Ces noms d’anciens présidents de la République, de ministres, de gouverneurs de province, de candidats à la présidence, de chefs de parti, Uriburu, Elizalde, Etcheverrv, Berduc, Iriondo, Ugarte, Udaondo, Irigoyen, je les avais entendus déjà comme ceux des Aguirre, des Olazabal, des Guerrico, des Casarès, des Bengolea, des Arana, des [turbe, des Anchorena et des Unzue. N'est-ce point ceux que l’on entend de Biarritz à Saint-Sébastien et de Bayonne à Pau, dans les villes et les villages de Navarre et de Biscaye, et, au delà, jusque dans le Guipuzcoa et l’Alava ?

Cest d'ici, en effet, que partirent « pour les Amériques », pendant plusieurs siècles, les solides montagnards et les hardis marins qui emportaient là-bas, avec leurs espoirs de fortune, les qualités de vigueur physique, d'endurance au travail, d’intelligence active qui devaient contribuer si largement à la prospérité de leur nouvelle patrie.

Deux grands courants d’émigration basque conduisirent ce petit peuple aux rives du Rio de la Plata.

Le premier, qui date de la domination espagnole, attira seulement des Basques espagnols. Fixés dans la colonie, 1l y firent souche et leurs descendants constituent une parlie de l’aristocratie actuelle du pays.

Un deuxième courant d’émigration, beaucoup plus important que le précédent, entraîna vers l’Argentine, après la déclaration de l’indépendance, et surtout après les guerres civiles, un grand nombre d’émigrés Basques espagnols et français. Il s’est poursuivi sans

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interruption jusqu'à nos Jours. De cette deuxième émigration sortit une nouvelle classe bientôt enrichie et que la fortune assimila vite à la précédente.

On évalue à 250,000 le nombre des Basques (espagnols et français) fixés en Argentine. En un demi-siècle, d’après les mêmes statistiques, le seul département des Basses-Pyrénées envoya près de 80,000 émigrants. Encore ne compte-t-on pas dans ce chiffre les émigrations clandestines de la jeunesse désireuse d'échapper au service militaire. Et ce nombre d’insoumis est, paraît-il, assez considérable.

La constitution de la famille basque, la coutume de ne conserver au foyer que l'enfant héritier des biens familiaux, l’obligation pour les cadets d’aller chercher fortune hors de leur petite patrie, le retour au pays d’ « Américains » millionnaires, les récits légendaires perpétués par la tradition, tout cela était bien fait pour tenter le besoin d’activité de celte race aventureuse.

Ceux qui reprirent la route de l'Argentine après la fin des guerres civiles qui, pendant de longues années, désolèrent ce pays, arrivaient l’imagination pleine de rêves de fortune, mais aussi avec des qualités positives dé prudence, d’habileté, d'âpreté au gain, parfois aussi avec la ruse et le dédain des serupules de leurs ancêtres pirales et corsaires.

fs acceptaient en arrivant n'importe quel métier : tondeurs de laine dans les estancias, ouvriers dans les saladeros, laitiers aux environs des villes, changadores (1) au port de Buenos-Aires, briquetiers ou

1, On appelle ainsi les débardeurs.

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