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sandaliers. Mais la vie des estancias et l'élevage tentaient surtout le paysan basque.Agréé des gauchos, il lançait avec eux le lasso et les bolas, s’imposait peu à peu par son intelligence, son savoir-faire et son initiative, devenait le majordome indispensable de l’estancia qui l’accueillait.
Alors commençait vraiment sa fortune. Il achetaït lui-même quelques moutons et quelques bœufs, augmentait peu à peu son troupeau, allait, sans souci du danger, jusqu’aux extrêmes frontières, trafiquait avec les Indiens, leur achetait pour rien des cuirs souvent volés par ailleurs, et les revendait à gros bénéfices.
Parfois, dans ses chevauchées à travers la pampa, prévoyant l'avenir de ces terres désertes, il en ache- {ait à un prix dérisoire des lieues et des lieues qui, cinquante ans plus tard, devaient représenter une énorme richesse. Ainsi se constituèrent la plupart des grosses fortunes basques.
Les autres arrivèrent à la richesse par des moyens différents, car, ce qui caractérise le Basque, c'est justement la faculté sans égale de s’assimiler aux milieux les plus divers, et de tirer parti, avec un sens très fin et une ingéniosité inépuisable, des circonstances où le hasard l’a placé. Ainsi ce débardeur d'il y a trente ans a commencé par s'acheter un chaland, puis deux, puis dix, et il est aujourd hui pos-
cesseur d’une flottille sur le Rio de la Plata. Ce tondeur de laine qui, il ya vingt ans à peine, s’engageait pour la « saison » dans les estancias de la province de Buenos-Aires, achète maintenant la laine pour son compte et devient l’un des plus gros consigna- {aires de Barracas. Ce laitier basque, qui, en 1870,
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venait chaque jour à cheval jusqu’à la capitale, portant accrochés à sa selle des bidons emplis de lait, a créé, avec ses enfants, les plus belles fabriques de beurre de la République, et cet ancien ouvrier des saladeros à ouvert un établissement frigorifique aux rives du Rio de la Plata.
Il faut que Je vous raconte en détail l’histoire d’un de ces Basques français, le plus célèbre peut-être, dans toute la province, telle que je la tiens d'un de ses fils. J’admire et j'aime cet orgueil de plébéien intelligent dans un pays où tant de gens ne songent qu'à faire croire à l'aristocratie de leur sang, comme si les plus belles et les plus nobles qualités du sang € aristocratique » ne se trouvaient pas en puissance dans le sang populaire!
Pedro Luro était né en 1820 à Gamarthe, dans le Pays Basque. En 1837, il arrive à Buenos-Aires avec quelques francs dans sa poche. Il entre comme ouvrier dans un saladero, fait quelques économies sur lesquelles 1} compte pour aller se marier, mais se les laisse voler. Il se remet au travail, achète une carriole dont il fait un omnibus, et conduit lui-même les gens de la Plaza-Montserrat à Barracas.
Alors Hl se marie avec une Basquaise, Mile Pradère, sa parente, et fonde avec un de ses frères un almacen à Dolorès (à trois cents kilomètres vers le Sud), qui bientôt ne suffit plus à son activité, Laissant à sa femme et à son frère la gestion de l’almacen, il court