LA FAMILLE
Prolifisme du sol argentin. — 272 enfants! — Accord parfait. __ Traditions. — Les nouvelles générations tendent à s'émanciper de l'intimité trop étroite de la famille. — Solidarité familiale. — La mère idéale. — Le père sans autorité. — L'éducation par la liberté. — Résultats discutables. — Les enfants sont les maîtres. — La clef de la maison. — Précocité affligeante. — Les moutards en smoking. — Minuit. — À quelle heure les couche-t-on ?
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Une vieille dame argentine mourut dernièrement
à Buenos-Aires à l’âge de quatre-vingt-seize ans. Elle y laissait pour cultiver son souvenir 272 enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, {ous liés entre eux et se fréquentant. De telles descendances ne sont point rares dans ce pays des vastes progénitures. Avoir huit ou dix rejetons n’est point sortir de la normale.
— (C’est notre façon à nous d’être bons patriotes, disent les Argentins.
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sacrifice des plus belles années de leur jeunesse. Un enfant tous les ans ou tous les deux ans, et cela pendant dix ou quinze ans, voilà leur sort contre lequel quelques-unes à peine commencent à murmurer.
Ces familles si nombreuses sont cependant étroitement unies. Devenus grands, en âge de se suffire ou de s’émanciper, même mariés, les fils comme les filles s’attardent le plus longtemps possible à l'atmosphère familiale tiède et affectueuse que les parents créèrent autour d'eux.
Dans son intérieur fermé à l'étranger, lArgentn, jaloux de son intimité, s’y révèle, en effet, pére débonnaire et tendre. Quels que soient les écarts de sa vie extra-conjugale, il reste pour les siens le chef responsable de leur bien-être, devoir primordial auquel il se soustrait rarement. La mère, de son côté, a pour sa progéniture des trésors de tendresse qui créent de la part dés enfants une réciprocité d’aftection ardente et durable.
Dans les familles créoles, celles des provinces surtout, peu influencées par l’Europe, persistent les mœurs patriarcales d’autrefois. Pères, mères, filles et fils, frères et sœurs, beaux-frères et belles-sœurs, cendres et belles-mères, petits-enfants, vivent en commun et dans le plus parfait accord. Ce ne sont plus des maisons qu’ils habitent, mais des phalanstères.
— Ma grand’'mère, me disait une dame argentine, avait treize enfants, tous mariés, qui vivaient auprès d’elle dans une « quinta » des environs de Buenos- Aires. Ils s’entendaient à merveille. Jamais de querelles, ni de discussions d'intérêts. La bonne humeur de l’un efface la mauvaise humeur de Pautre, le
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