‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 230 sur 273 · F ) MES · texte numérisé non relu

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Cette loi, qui ne satisferait pas encore complètement les désirs légitimes du commerce européen, accorderait un délai d'un an aux propriétaires de marques commerciales pour les déposer en Argentine.

C’est un premier pas vers le droit commun. Saluons-le de nos vœux!

Il y a donc, dans le problème des affaires françaises en Argentine, des données complexes. Nous venons d'examiner les raisons de notre infériorité qui sont indépendantes de nous, comme la concurrence CroIssante de nos rivaux anglais, américains, allemands, italiens et espagnols; l'augmentation de l'immigration non française qui favorise la consommation italienne et espagnole; l’accroissement de l’industrie locale et des droits protectionnistes, et enfin les imitations et les contrefaçons.

En regard de ces obstacles, auxquels nous ne pouvons rien, il en existe dont nous SOMMES responsables.

Il ya d’abord l’étroitesse de notre système de crédit. Alors que les commerçants allemands envoient couramment des marchandises à Buenos-Aires, remboursables à six, huit ou douze mois, et même en complies courants payables au gré de l'acheteur, les crédits les plus longs faits par nos maisons françaises sont de cent vingt jours. Depuis quelques années, il est vrai, certaines banques argentines établies en France, facilitent les affaires en escomptant les traites tirées sur les acheteurs par les maisons d'exportation. C'est là un procédé courant en Allemagne oùil suffit qu’un indus-

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triel ou un commerçant présente ses factures à la banque pour en obtenir l’escompte. Il est certain que le jour où les exportateurs français pourront aussi facilement escompter leurs traites et obtenir des crédits suffisants, le chiffre de nos importations augmentera rapidement.

Mais cela ne suffit pas. Il nous faut apprendre à mieux connaître ces jeunes républiques sud-américaines dont la personnalité est désormais faite, qui ont leur vie propre, leurs ressources et leurs besoins différents, et ne plus les confondre entre elles dans une impardonnable ignorance.

Un ministre de France dans l’Amérique du Sud m’a raconté quelques petites histoires dont il fut le héros et qui vous paraîtraient incroyables si Je vous les disais toutes.

Le ministre en question revient en France après un long séjour en Amérique du Sud. II fait savoir à l’une des trois ou quatre grandes Chambres de commerce deFrance qu’il setientàsadisposition pour lui fournir verbalement ou parécrittous les renseignements susceptibles d’aider les industriels et commerçants de la région à développer leurs affaireslà-bas. Onluirépond une lettre charmante, en le convoquant à une réunion.

- Il arrive, on le remercie, on lui fait les honneurs de la séance, et, avant de l’écouter, on le prie d'attendre un instant, on va revenir... Les membres se retirent dans une pièce voisine, pour s'entendre, pense-t-il, sur les questions à lui poser. Il attend une demi-heure, une heure, deux heures. On l'avait oublié... Et jamais le ministre de France n’a plus revu les membres de la Chambre de commerce du plus grand port français.

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