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Sans se décourager, il offre ses services et son expérience à une autre grande Chambre de commerce de l’est de la France. Là aussi on le convoque, on le reçoit, et pendant une heure il disserte sur les ressources du Brésil et la sûreté des affaires en ce pays. Sa thèse est celle-ci : « N’hésitez pas à fournir vos marchandises aux commerçants patentés brésiliens, qui ont l'honnêteté des vieilles firmes européennes; mais prenez patience pour le règlement. Les commercants du pays eux-mêmes ne sont payés qu'après les récoltes, c’est-à-dire souvent après plusieurs mois d'attente. Ce sont les mœurs locales, il n’y a qu'à les accepter. »
— Mais ne craignez rien pour vos recouvrements, insiste-t-il, je vous garantis que vous serez toujours payés.
Le ministre fournit, pendant une heure, mille preuves de ce qu’il avançait, avec des explications et des exemples tirés de sa longue expérience et des procédés des concurrents allemands, américains et anglais qu’il a étudiés. Et quand, au bout d'une heure, il eut fini de parler, le président de la Chambre de commerce de G... prit la parole pour dire ces simples mots :
— Tout ça est très intéressant, monsieur le Ministre, mais vous direz ce que vous voudrez, Jamais je n’enverrai pour un sou de marchandise dans ces pays-là !
Le même ministre reçut d’une autre Chambre de commerce, aussi importante que la première, une lettre adressée à Buenos-Aires (États-Unis) (sic?) lettre dans laquelle on lui disait que la seule façon d'amener le négoce français en Argentine, c était
d'obtenir la suppression de la patente établie dans ce pays pour les voyageurs de commerce. « Il faut, ajoutait le président, que le gouvernement français fasse pour cela des représailles, qu’il empêche au besoin des émissions en France, etc., etc. »
Or, tout le monde là-bas paye cette patente, les voyageurs étrangers comme les voyageurs locaux. Il n’y a donc pas, pour le commerce français, de raison particulière de se plaindre, ni surtout de voir dans une charge fiscale si peu importante un empêchement absolu à trafiquer avec un jeune pays de si grand avenir, Une telle aberration ne se conçoit pas.
Le nombre de nos voyageurs de commerce en Argentine, quoique insuffisant encore, augmente pourtant. Mais leur ignorance de Ia langue, de la mentalité et des procédés commerciaux du pays, sont l’origine de bien des déboires. d’ai entendu sur ce sujet les plaintes de plus d’un commerçant entreprenant, désireux d'entrer en rapport avec des maisons argentines.
Ilest vrai que lorsqu'un voyageur arrive à Buenos- Ares, s’il n’est accompagné d'un homme irès renseioné sur la place, ayant les relations nécessaires pour être présenté dans de bonnes maisons, il réussit rarement. Comme, malgré tout, il désire envoyer des ordres, 1l vend un peu partout, sans être exactement renseigné sur le crédit de ses acheteurs, et il lui arrive de faire de mauvais placements. Alors le fabricant englobe dans une même suspicion tous les commercants sud-américains qu’il accuse de vouloir chi-
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caner pour obtenir des rabais. C'est là pourtant une erreur. Il existe aujourd’hui en Argentine, dans chaque branche de commerce, des maisons de tout premier ordre avec lesquelles on peut traiter en toute sécurité d'importantes affaires. Le jour où les bons industriels français se seront décidés à prendre des représentants sur place et à envoyer tous les ans,
s’il est besoin, des voyageurs spécialistes connaissant les articles à vendre, pouvant discuter leur fabrication et celle de leurs concurrents, ils n’auront pas à le regretter; ceux qui surent prendre cette initiative obtiennent déjà de très beaux résultats.
La difficulté pour eux, je le sais, est de trouver en France des employés qui consentent à s’expatrier. Quels que soient les avantages pécuniaires qu on leur propose, la plupart redoutent l'éloignement de la mère patrie. Des chefs de grosses maisons françaises m'assurent que même pour leurs succursales du Caire, ou, le croirait-on? de Nice, ils éprouvent les plus grosses difficultés à trouver des employés sérieux. Paris les retient avec ses distractions, son atmosphère, leurs habitudes.
Car, pour être juste, il ne faut pas s’en prendre seulement à nos industriels et à nos commerçants.
. J'ai rencontré, en Europe et en Amérique, des consuls qui se plaignaient de l’incurie des chefs de l'industrie et du commerce en France. Mais j'ai aussi souvent entendu les commerçants et les industriels
1. Je sais avec quelle active clairvoyance la Chambre de Commerce de Paris, par exemple, suit le mouvement des affaires à l'étranger. Et je remercie, en passant, ce grand corps commercial de l'intérêt bienveillant qu’il a montré à mes enquêtes hors frontières.
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oémir sur l'indifférence ou l’ignorance des consuls et des ministres de Krance à l’étranger.
Je crois que tous ont raison les uns contre les autres. Et c’est là le malheur. Les plénipotentiaires et les consuls allemands, américains, anglais, —- fussent-ils lords ou barons — tendent de plus en plus à devenir des commerçants et des hommes d’affaires de grande valeur. Ce sont eux qui enléveront désormais pour les syndicats de leurs pays, les emprunts à « taux d’ami » et les contrats métallurgiques de tout repos. Je ne suis pas sûr que nos diplomates de la carrière soient, quant à présent, préparés à ces importantes besognes.
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