‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 265 sur 273 · ATEN · texte numérisé non relu

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son programme. La fortune du pays se solidifie d'année en année, les récoltes complètement mau-

yaises — celles qui amenèrent les crises d'autrefois

__ sont devenues presque impossibles, j'ai dit pourquoi. Aucun point noir à l'horizon: un même désir de paix anime les voisins, le Chili et le Brésil; dans la politique intérieure, il n'y à pas — comme en Uruguay, par exemple — de querelles de partis irréductibles.

Des quatre plaies du pays : la sécheresse, les saute-

relles, les procuradores, le jeu, deux au moins

peuvent être combattues par les lois.

Bien des choses, cependant, restent à faire pour le gouvernement actuel et ceux qui vont se succéder pendant un demi-siècle en Argentine. Les erreurs et les fautes du passé gênent depuis longtemps l'essor du pays. Au lieu d'adopter, comme aux États-Unis et au Canada, par exemple, le système du homestead, si favorable à l'immigration et au développement de la richesse par ia multiplication des petites cultures, les meilleures terres furent données ou vendues à très bas prix à la camarilla par les souvernements SUCCes-

Gifs Des latifundia se sont ainsi créées qui sont des

obstacles à 1a cuiture et à l'élevage intensifs. Un mou-

vement commence à se dessiner, il est vrai, pour le

lotissement des grandes propriélés. Et ce sera tant mieux. Car si le gouvernement fait tout ce qu'il peut

+ pour attirer le colon, il n'a pas fait grand'chose, Ë jusqu'ici, pour le retenir.

Depuis un siècle, 6 millions d'étrangers environ

sont venus en Argentine, un tiers seulement s'y fixa. Or cette immigration transitoire draine chaque année vers l'Espagne et l'Italie 150 millions de francs.

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Pourquoi ne pas essayer de retenir cet or en Argeniine ? |

lentées par des avantages sérieux, comme elles le sont en Amérique du Nord, il n’est pas douteux que les jeunes générations des vieilles nations surpeuplées n afflueraient dans ce continent neuf, comme elles si riche d’espoirs. Après avoir créé l’agriculture dans l’Est et le Nord, les immigrants iraient créer l’industrie dans l'Ouest débordant de trésors minéraux, que les hydrauliciens et les chimistes sauront mettre en valeur. Puis les Slaves peupleraient le Sud, dont le chimat leur convient.

Ainsi PArgentine se trouverait, dans vingt-cinq années, peuplée de 15 millions d’habitants au minimum*, ef figurerait, sans aucun doute, parmi les

pays les plus riches du globe.

On me dit:

— Malgré les progrès réalisés et ces belles perspectives d'avenir, ne craignez-vous pas les crises ?

— (Certes, je les crains. Comment ne pas les cramdre ? Il se produit dans des pays neufs comme l'Argentine un phénomène que nous ne connaissons

plus dans nos vieux pays organisés : c’est la coïnci-

1. Cest 1à une évaluation minimum, calculée sur la natalité, de

S p. 100, et sur une immigration de 200,000 individus par an, ce

qui n'est pas exagéré.

Les États-Unis étaient arrivés, dans ces dernières années, à une immigration annuelle de 800 à 900,090 individus. Au début, pourtant, les États-Unis ne se peuplèrent que lentement. Jusqu'en 1850, époque de la découverte des placers de Californie, la movenne

annuelle de Pimmigration ne fut que de 53,000 individus. = y

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dence de tous les besoins économiques, politiques et sociaux. Que chaque année, un million d'hectares nouveaux soient livrés à la culture, et aussitôt, c'est cent mille ou cent vingt mille émigrants fixés dans le pays, avec leurs femmes et leurs enfants, c'est cent mille ranchos à construire, ce sont des écoles nouvelles à créer ‘, ce sont des produits manufacturés à importer, des magasins à ouvrir, des hôpitaux avec leurs médecins, des artisans de tous métiers dont le besoin s'impose; puis, tous les trois ou quatre ans, ce sont des chemins de fer, des banques, des usines, des industries nouvelles. Et tout cela doit s’improviser et se créer simultanément, pour ainsi dire, dans un désordre inévitable, avec des exagérations provisoires et des manques. D'où des crises partielles qui

- pourront se faire sentir dans le vieux continent prè-

teur d'argent.

La qualité et le défaut de l’Argentin est de vouloir faire trop grand et trop à la fois. A-t-1l raison de se laisser aller à ce penchant à ce moment de son histoire ? Question complexe à résoudre. Pourquoi, par

exemple, entamer simultanément des mulliers de

kilomètres de chemins de fer dans des contrées

déserlés, ou creuser des ports un peu partout, qui

serviront, c’est certain, mais dont l'urgence n'est pas immédiate? (2)|

1. En 1909, il est débarqué en Argentine 48,000 enfants en âge d'aller à l’école.

2, On en projette même d’impossibles comme celui de Sanboronbon,

autrement dit: Port-Français, que le ministre des Travaux publics m'a assuré être pratiquement irréalisable. Aussi, n'est-ce pas PÉtat argentin qui le fait, mais une Société anglaise qui viendrait placer

ses papiers en France, n’en doutons pas un instant, Mais il n'est pas creusé encore !

— Parce que, répondent les partisans du € faire srand etwite », le rail doit précéder la population et true le port est la conséquence obligée du rail.

— Mais ne pourrait-on échelonner un peu plus patiemment ces efforts et ces dépenses ? Est-il nécessaire d'attirer une immigration qui sera forcément claxrsemée dans le Chaco et les terres du Sud, alors que les provinces déjà munies de tous les organes de la vie économique, villes, chemins de fer, noyaux de population, etc., souffrent encore de la pénurie de main-d'œuvre et ne peuvent se développer? À quoi serviront ces chemins de fer dispendieux, sinon à valoriser fictivement les terres en bordure ?

— À donner confiance à l'esprit d'entreprise et à la main-d'œuvre. Sans chemins de fer, le Chaco, le Neuquen, le Rio-Negro, le Ghubut, Santa-Cruz sont des terres mortes. Le rail les vivifiera pour ainsi dire ins- {antanément.

Tel-est le point de vue des partisans du « Go ahead ».

Cependant, chaque année l'Argentine doit payer l'intérêt de sa dette intérieure et de ses emprunts à l’Europe. Celle-ci a un capital d'environ 15 milhards de francs engagé en Argentine. Dans ce chitire figurent 9 milliards de capitaux anglais, le reste est constitué par des capitaux français et belges. Tous les bénéfices des chemins de fer, banques, industries frigorifiques, estancias d'élevage, caisses hypothécaires créees par ces capitaux, sont destinés à l’Europe. Pour le rémunérer, il faut donc que le sol argentin sue Chaque année 930 millions de franest ! Si l’on s’étonne

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