‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 36 sur 273 · NERO CRETE · texte numérisé non relu

NERO CRETE

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eomme d’autres vices nationaux. Aussi un commencement de réaction se produit-1il en ce moment contre l’abus du jeu.

Avec son éclairage modéré, tamisé de vert, la salle de lecture du Jockey constitue un asile confortable et recherché. Des gens lisent des revues, assis dans des fauteuils, éclairés par deux lampes mobiles attachées au dos du meuble et qu’on dirige à son gré.

Voici le ministre du Pérou enfoui au fond d’un canapé de cuir. Voici M. Saturnino Unzué, un gros estancicro, propriétaire de haras et d’écuries de courses, en même temps que d'estancias sans bornes. Ses poulains seuls lui rapportent un million et demi par an. Il a Val d'Or, le reproducteur le plus célèbre par ses produits. F1 vient justement de gagner une poule d’éleveurs de 80,000 piastres, adjugée au propriétaire dont le poulain avait été le plus souvent primé dans l’année. Voici M. José de Apellanis, un homme jeune, ancien président de la Société rurale, poste important et très en vue dans ce pays agricole; avec sa figure rasée, sa haute taille, son aimable sourire, la courtoisie de ses manières, ce Basque d’origine est un des hommes les plus universellement sympathiques de Buenos-Aires. Voici José Guerrico, rematador ou commissaire-priseur très populaire, petit, mais bien pris, agile et fin. Ii s’occupe en ce moment de la réception de M. Saenz-Peña, le futur président de la République. Voici M. Posse, directeur général des postes, face rasée énergique, binocle d’or, grand ami du président de la République d'alors.

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Voici M. Correas, propriétaire du haras célèbre qui possède l'illustre Diamond J'ubilee.

À une table de la salle de jeu, M. Ramos Mexia fait sa partie de bridge avec M. Berduc, ancien ministre des Finances, et le graveur de médailles Jorge Lubary, tandis qu’à une table voisine causent M. Diego-Alvear, M. Tomas Le Breton, M. Piñeiro Sorondo. Celui-ci sort de sa poche une poignée d'avoine superbe. Ghacun se penche, on admire, et il n’y a qu’un cri :

— C'est de l’avoine importée.

Triomphant, M. Piñeiro proclame :

— C'est moi qui l'ai semée à Mendoza, dans des terrains irrigués!

L’Hippodrome de Buenos-Aires, situé dans le parc de Palermo, appartient au Jockey-Club. I s’est fait construire les tribunes les plus jolies qui soient. Le restaurant, les façades, les grilles, les bâtiments administratifs sont d’un goût, d’une élécance et d’un luxe parfaitement adaptés à leurs fonctions. Ce pur chef-d'œuvre est dû à un jeune architecte français, M. Faure-Dujarric, qui fait là-bas grand honneur à notre art national.

J'y fus pour la première fois par une superbe journée d'hiver. Les hommes sont en jaquette ; les femmes n'ont de fourrures que juste assez pour les montrer. fout Buenos-Aires est là : les ministres et leurs femmes, les diplomates, leshauts fonctionnaires, les noms les plus populaires de l'Argentine, les Unzue, les Larreta, les Alvear, les Anchorena, les

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+ :E 172 DE LA PLATA À LA CORDILLÈRE DES ANDES | Quintana, les Cobo, les Uriburu. On me les montre,

en me disant :

— Pas de troisième classe, 1e.

Ni bruit, nt éclats de voix. Pour une foule latine, voilà qui est bien étonnant.

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L'élégance féminine s'étale dans toute sa splendeur. Quelques chapeaux, quelques toilettes qui accrochent l'œil, un peu trop de bijoux peut-être, ici nr et là, pour le plein air. Mais ces petites fautes sont ni E rares, et aussi vite remarquées qu'apparues. On se

fe moque, comme chez nous, des riches prétentieux et ostentatoires, avec non moins de finesse et de coup d œil.

Les hommes vont seuls au paddock et au pesage.

Fi Ils y rencontrent deux ou trois demi-mondaines qui LE se partagent tous les regards.

El Le retour des courses offre le même spectacle que celui de Palermo, décuplé. Il y a peut-être là deux miile automobiles. Tous les équipages, y compris les simples fiacres, ont un aspect luisant et net, et les chevaux sont rapides. Les cochers, même ceux des particuliers, manquent un peu de tenue. Pas, ou guére de livrées. Quelques-uns ont une redingote mastic, le tube luisant, fortement incliné sur l'oreille: leur moustache noire bien lissée et leur teint brun leur donnent l'air de tziganes déguisés. Les cochers de fiacre sont coiffés du melon de feutre, et il ne leur manque que la pipe de bruyère pour ressembler aux cochers de Londres.

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Il ya beaucoup d’autres clubs à Buenos-Aires: les plus importants sont le Cercle des Armes et le Progrès. Le Circulo de Armas, le plus fermé, le plus envié, admet Lrois cents membres s eulement, In’ a, pour ainsi dire, là, que des intimes. Et pourtant, les nuances politiques les plus opposées s’y réunissent, signe bien caractéristique des mœurs argentines et sur lequel j'aurai à revenir. Le fils du général Roca se rencontre avec des adversaires acharnés de son père ; M. Beasley, ancien préfet de police, chef du parti opposé à la candidature Saenz-Peña, avec tout l'état-major de ce dernier, et cela en pleine lutte électorale. On voit aussi des généraux en retraite, des médecins, des avocats, des Journalistes, des artistes. C’est l'endroit de Buenos-Aires où se savent le plus vite les nouvelles, et toutes les nouvelles, les mille potins d'une grande ville qui a toutes les habitudes, les bonnes et les mauvaises, d’une petite ville provinciale et cancanière. Là se discutent les conditions du duel de demain, mais là aussi se dirige la politique de la province et de l’État. Une espèce de francmaçonnerie amicale lie les membres du cercle, qui y trouvent toujours appui et conseil. Cependant on y fait aussi du sport, de tous les sports, et l’installation du matériel ne laisse rien à désirer. La bibliothèque est bien composée et c’est plaisir d’y voir dominer, et de beaucoup, les auteurs français.

Comme on n'a pas souvent de grands événements raconter, que la vie sociale de Buenos-Aires est tr à

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