‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 37 sur 273 · ENS · texte numérisé non relu

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peu développée, la vie intellectuelle restreinte et la vie artistique nulle, il ne reste à se mettre sous la dent que les « ragots » personnels. Ce n’est pas à dire qu'il n’y ait pas là des hommes de valeur et de beaucoup d'esprit, qui voudraient justement réagir conire ces tendances et qui sont en train d'y réussir. L'avènement du nouveau président va, dit-on, favoriser cette réaction par la place et le rang que M. Saenz-Peña donnera aux hommes d'étude et de science.

Le cercle du Progrès réunit le plus grand nombre de membres; c’est celui où on joue davantage le bac- Cara, le poker, comme d’ailleurs aussi le trictrac et tous jeux de père de famille. 1! oceupe quatre ou cinq étages d'un immeuble bâti par M. Paz, directeur de la Prensa, sur l'avenue de Mai. Là aussi, La bibliothèque se compose, pour les trois quarts, de Hivres français. Cinquante revues françaises ont leurs collections reliées depuis la fondation du cercle en 1853. Un aimable Français, ancien élève de Louis-le-Grand, le dirige depuis vingt-cinq ans.

Ge sont, en somme, les mêmes personnages qui fréquentent les trois cercles. Au Jockey, situé rue Florida, au centre des quartiers bourgeois, se rencontrent surtout, à l’heure des repas, les hommes politiques, les estancieros, les éleveurset les hommes d'affaires. Au Progrès, on vient pour jouer, Au Cercle des Armes, pour potiner et faire de la politique.

Pat dit déjà que chaque colonie européenne a son club, plus ou moins Inxueux, plus ou moinsfréquenté.

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Un autre centre de la vie mondaine est l'hôtel Plaza, le Ritz de Buenos-Aires, le plus élégant, le mieux installé et le plus agréable à habiter, maleré ses prix auxquels on finit par s’habituer dans cette atmosphère capiteuse. Les femmes s'y donnent rendez-vous à l'heure du thé; des jeunes filles Y fêtent le retour d’une amie débarquée d'Europe; des concerts, des fêtes de charité, des bals et des banquets y réunissent l'hiver tout le « smart set » de Buenos-Aires.

Un grand hall à colonnes de stuc, où prend un escalier de marbre à rampe de fer doré, entouré à hauteur d’entresol d’une galerie où l’on sert le thé de 5 heures et le café après les repas, voit défiler, pendant la saison, les plus élégantes et les plus jolies Porteñas. C’est une réduction de ce monde cosmopolite qu'est la capitale argentine, où se coudoient toutes les races, où se parlent toutes les langues.

Des familles chassées de chez elles par l’ennui, ou attirées par le plaisir de cette nouveauté, y apportent leur élégance riche, les femmes, leurs yeux noirs, velours et flamme, les hommes, leurs moustaches de cirage, leurs pantalons bien pliés et leurs bottines vernies. Des jeunes gens de seize à vingt ans viennent manger là de temps en temps, par groupes. Ils portent leurs pantalons relevés sur des chaussettes de soie, fument les mêmes cigares que leurs pères et fhrtent avec des petites filles de quatorze à quinze ans. Des fiancés causent tout bas dans un coin pen-

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dant que la mère de la jeune fille, à l'écart, affecte de ne tourner jamais vers eux Son regard.

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trop découvert, marchent sans grâce.

Quelquefois, une famille d'Anglais arrive dans le grand hall illuminé, débarquant du bateau ou du chemin de fer, ou d'une auto, les femmes en casquette et en béret, chargées l’une d'un oreiller, une autre d’une couverture, une autre d’un Kodack, le père muni d’un Baedecker, et suivis de leurs valises, apportant à la digestion paisible des dineurs somnolant aux sons de l'orchestre, au milieu de la fumée des lourds havanes, un peu de l'air du large ou de la pampa dans les plis de leurs raglans et de leurs voiles.

En même temps que nous, habitaient là, pendant les quelques mois que nous séjournâmes à Buenos- Aires, ceux que nous appelions les « hommes du port ». C'étaient les hommes d’affaires, à la fois financiers, diplomates et techniciens, accompagnés d’un spécialiste, venus d'Europe pour attendre ou susciter le résullat du concours organisé par l’État argentin en vue de la construction du nouveau port. Vous penserez : « Que n’attendaient-ils en Europe? » Non, la réputation de l'Argentine veut, jusqu’à présent, que rien ne s’y obtienne sans intrigue et sans quelques sacrifices. Le rôle de ces envoyés, Anglais, Allemands, Américains et Français, consistait, paraîtil, à trouver l’homme ou les hommes argentins les plus désignés pour « s'intéresser » à cette affaire qui

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