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pays par lui-même et par ses alliances, m l'Agriculture et des Travaux publics sous deux présidences, ami d'enfance du Président actuel, M. Ramos- Mexia est un des hommes les plus consic dé res et plus respectés de la République.
Miraflorès m'a paru l'asile du bonheur. Je n’y peux penser sans entendre des éclats de rire, sans évoquer visages heureux et souriants, des galopades, des allées ét venues en liberté, sans me souvenir des propos spirituels et des conversations ardentes sur mille sujets intéressants.
Dans ce séjour d’été de la famille Ramos-Mexia se conservent depuis de longues années les traditions hospitalières d'autrefois. Car voici bientôt un siècle que ia propriété lui appartient. Tout le voisinage, sur 60 lieues carrées, fut acheté par elle au gouvernement vers 1818 pour une somme infime et obtenu des Indiens en échange de quelques chariots de maté, d'alcool et d’une troupe de chevaux blancs. De Buenos- Aires on venait alors dans cetie région à cheval ouen char à travers des fondrières et des marécages où les attelages s’embourbaient. Aujourd'hui la ligne de Buenos-Aires à Mar-del-Plata passe à proximité de l’estancia, et une victoria attelée de superbes chevaux vous y mêne de la gare en une demi-heure.
Au milieu de [a plaine solitaire, la maison, point très grande, se dresse toute blanche, d’un blanc cru, surmontée de balustres, abritée de erands arbres et précédée d’un portique, telle une villa italienne perdue dans la pampa immense. Les fenêtres du rezde-chaussée donnent sur une galerie ouverte soutenue par des piliers où grimpent des pampres, des jasmins et des clématites. Celles de l'étage regardent
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le dessin heureux du parc. Des statues de terre cuite joliment patinées, une Diane de la Renaissance italienne, un faune, un Bacchus et une jeune déesse dressés sur des socles de pierre gantés de lierre, animent d'une mythologie imprévue cette solitude pampéenne. Sur un fond de ciel bleu des palmiers et de hauts eucalyptus dont les émanations embaument, leur font le plus gracieux décor et laissent entrevoir par des ouvertures habilement ménagées les perspectives infinies de la pampa,.
On n'a ici que le pittoresque que l’on s’est fait ; routes, allées, bosquets, il fallut tout créer.
Intérieur confortable, sans luxe encombrant et inuile : murs tendus de crelonnes joyeuses, meubles de bois clair, sièges de rotin laqués de blanc et parés de frais rubans, photographies et reproductions d’estampes françaises du xvru° siècle. Tout cela coquet et accueillant,
Pendant les mois d'été, de décembre à février, on mène dans cette retraite une vie d’une exquise régularité. On se lève tard. Vers dix ou onze heures, dans le parc, au détour des allées, apparaissent de gracieuses silhouettes en de fraîches toilettes blanches. À midi, la cloche réunit au déjeuner, nièces, tantes, neveux, cousins, Dans ce milieu de pensée libre, les esprits ouverts et cultivés se plaisent aux discussions et aux controverses, Le goût si rare de la conversalion se retrouve chez ces intelligences latines, et des heures se passèrent, durant mon séjour, en causeries pleines de charme, de familiarité malicieuse, graves
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parfois. Mes hôtes s'exprimaient en an français d'une telle pureté, ils parlaient avec une si parfaite aisance de littérature ou de musique, de voyages et de polrtique, de religion et de philosophie, discutaient avec une telle abondance de Nieztche ou de Wagner, de la crise ministérielle anglaise, de limmortalité de l'âme, du dernier livre d’Anatole France ou d’un récent discours de Jaurès, que j’eus plusieurs fois l'impression de me retrouver dans un de nos miheux francais les plus éclairés. À vingt-deux ans, notre hôte avait fait le tour de l'Europe, fréquenté nos Universités, visité tous nos musées. Sa femme, l’une des plus intelligentes, il faut le dire, que jaie réncontrées en Argentine, fme, cultivée, d uée d’un remarquable esprit critique et d’un sens charmant d'ironie, connaît tout de notre littérature. Partout, dans les chambres et le salon des livres et des revues : Essai sur l'origine du monde, de Hæckel; Histoire des Jésuites, du père Dulac; l'Histoire de la Litlérature anglaise, de Taine, La Fevue de Paris, La Revue, les derniers livres de Le Dantec et de Rémy de Gourmont.
Je ne sais rien de plus bientaisant qu’une telle oasis intellectuelle dans ce désert monotone, où lesconversations se limitent d'ordinaire aux craintes de la sécheresse, à la perte du bétail, au rendement au blé
et de la luzerne.
L'après-midi, tandis que les uns causent et diseutent sous de grands chènes, arbre rare em ce pays! d’autres s’xbandonnent à une sieste réparatrice, a balancement des hamacs ; quelques intrépides, bravant la chaleur, jouent au croquel ou au tennis. Les femmes et les jeunes filles chantent au prano quelque
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«triste » ou lisent, ou façonnent de leurs doigts si habiles, d’après des modèles venus de Paris, mille colifichets gracieux.
Parfois notre hôte, appelé par un capataz, nous emmenait avec lui vers les calpones, car Miraflorès n'est pas seulement une résidence d'été. Sur les milliers d'hectares de l’estancia dont M. Ezéquiel Ramos-Mexia, trop pris par sa vie politique, confie l'administration à l’un de ses neveux, une partie est consacrée à la culture, le reste sert au bétail. Un pré s'étend sur 1,000 hectares d’un seul tenant, un autre de 260 hectares est semé d'avoine qui donne ici 20 hectolitres de 60 kilos à l’hectare: les écuries ont des étalons Shire achetés 35,000 francs l’un, des taureaux Durham de 40,000 francs. L’estanciero nous présenta ses plus beaux spécimens et j’admirai entre autres un merveilleux reproducteur tout noir, à la robe luisante, au cou énorme, l’œil en feu, le poitrail large, les épaules et les muscles colossaux, les pattes garnies aux sabots de longues touffes de poils qui les habillent d’une sorte de large pantalon mexicain, 3,000 bœufs, 1,000 vaches, 400 chevaux, composent le troupeau de l’estancia pour lequel de grands puits australiens d’une contenance de 300,009 litres furent installés.
De nouveau, vers 5 heures, la cloche réunit la famille pour le thé. Des voitures et des chevaux sellés attendent dans Le parc. On s’en va, en bandes, pour quelque tour dans Ie campo. La forte chaleur du jour est tombée, le ciel est plus pâle, mais la lumière reste vivante encore. Bientôt viendront les heures tristes. On se dirige vers les lagunes, seuls accidents du sol qui ne rompent même pas le charme austère et grave