‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 60 sur 273 · se 2 TS ré x æ · texte numérisé non relu

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de la plaine. Des vols de flamants s'élèvent au-dessus d'elles, traçant des volutes roses dans le ciel bleu très doux, des cigognes et des grues demeurent immobiles sur les rives, des mouettes rament dans lazur, d'innombrables canards sauvages, des bécassines et des pluviers pointillent de noir les eaux qu'argentent les nuages. Par les champs, les moutons paissent ; tout est quiétude; pas une maison, pas un galpone, pas même un arbre; on n'entend que le gloussement rauque des chajas, gros dindons sauvages, alternant avec le cri perçant et assommant des féro-léro, qui annoncent aux volatiles l’approche du chasseur. Car la chasse est une des distractions de l'estancia. On se met à l’affût à l’abri des roseaux et un péon à cheval entre dans la lagune peu profonde pour cueillir avec un long crochet de fer le gibier abattu. En partant, Mme Lucrezia Ramos-Mexia avait gaiement saisi un fusil et, aux abords du vaste étang, s’amusait, avec une adresse incroyable, à abattre quelques canards sauvages pour notre diner.

Pas de route, naturellement; à travers l’immensité des champs, les voitures vont au gré des promeneurs. Les chardons roux et les herbes sèches fouettent les poitrails des chevaux et crient sous leurs sabots. Des vaches au repos ruminent; des bécassines au petit pas pressé, des palomas gris-perle, des perdrix, des lijeretas à la queue allongée en forme de ciseaux, s’approchent d'elles, sans crainte. Un petit cerf à ramure sort brusquement des roseaux et file à travers les chardons. La maison a disparu depuis-longtemps. Nous sommes au centre d’une plaine que rien ne borne. Sensation étonnante de solitude, de lointain et d’étrangeté. Avoir l'impression que le soleil se

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lève et se couche sur:sa propriété, qu'onest chez soi sur un domaine grand comme Paris entier !

Un soir, nous revenions d’une promenade dans les champs vers l’heure du coucher du soleil. Une pluie fine commencçait à tomber, et nous assistâämesà l’une de-ces fêtes de la Tumière que la nature si avare de paysages prodigue en ce pays. Un arc-en-ciel admirable lançait son prisme courbe et sans cassure d’un bout à l’autre de lhorizon. Les deux extrémités de l'immense arceau paraissaient s'appuyer aux confins de la propriété de notre hôte. Au-dessous, le ciel s’arrondissait en un infini dôme de soie bleue, déchiré par endroits de crevés d’un rose délicat. Le soleil allart disparaître, et un spectacle magique s’apprètait.

Au-dessus de la lagune où ondulaïrent des ombres mauves, des cigognes à l'aile argentée, des 1bis roses aux cols longs comme des ‘fioles vénitiennes, volaient dans Île ciel rouge parmi des escadres de canards sauvages, et leur essor se reflétait sur les eaux assombries xe1 et là de Jones et de roseaux noirs; un pêcheur irait doucement ses filets. À tous les :poimts de l'horizon, le ciel avait un aspect différent. fe1 des lueurs Hvides, là-bas des masses ténébreuses, plus loin un amas de nuages magnifiques empoisonnés ‘de

vapeurs de cuivre. L’œil rempli depuis si longtemps de Ta vision des troupeaux, et, par assimilation, du souvenir des abattoirs, je suivais le mouvement -des nues. Des chars d’or débordaient de bêtes à cornes, et les mugissements qui venaient de da terre -paraissaient descendre de là-haut. Tonte:cette partie.du ciel

S’ensanglanta de rougeurs comme unsol-de tuerie, De grandscouteauxéclatants semblaient blesser lesnuées

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