‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 67 sur 273 · LE 32 L 4 MA · texte numérisé non relu

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« Je ne m'indigne pas trop des abus du gouverneent personnel, conséquences de l’anarchie “politique où nous vivions Il ya cinquante ans encore. I est né d’un besoin impérieux d'ordre et de sécurité. Mais

ces raisons historiques n'existent plus et l'heure est

venue de réformer.

« Nous avons donc dit à Santa-KFé: Consentez à faire ces justes réformes. Si vous vous y refusez,

comme nous n'avons rien à espérer de votre esprit

rétrograde, nous exigerons l'autonomie absolue ou le transfert du gouvernement à Rosario.

« Santa-Fé n’a donné jusqu'ici aucune preuve de

son désir d'entrer dans la voie des concessions.

Rétrécissant la question, les Santa-Fécinos ne parlent

plus que du transfert de la capitale, oubliant les

—. énérales pour ne penser qu'à leurs vaniés de clocher.

« Ils ont beau faire, ajouta mon interlocuteur, leur ville n’a point d'avenir. Ils traitent avec dédain Rosario, la considérant comme une ville d'épiciers et de potiniers sans culture, tandis qu’ils se vantent de leur passé historique, de leurs bibliothèques et de leurs librairies, toujours vides, d’ailleurs, de leur

collège de Jésuites et des hommes de valeur qui en sortirent. Laissons-les s’admirer et agissons.

« On a essayé de redonner de la vie à cette ville endormie en la dotant d’une voie ferrée nouvelle — dont on priva Rosario — qui lui apporterait les produits de l’Ouest, de San-Juan et de la Rioja. Avant quatre ou cinq ans d'ici, on sera obligé de construire un embranchement sur Rosario, car ces produits de

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l'Ouest, sans écoulement à Santa-Fé, trouveront ici des acheteurs. On y fait aussi un port, commencé depuis trois ans; 1l sera fini, dit-on, dans deux ans, mais je crois bien qu'il ressemblera à celui de La Plata. Car on ne crée pas de courants commerciaux: mieux vaut suivre ceux qui se forment naturellement. »

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Rosario doit, en eïlet, son essor à sa situation privilégiée. Placée au centre d’une des régions les plus fertiles de la République, que traverse un réseau serré de voies ferrées, elle est baignée par le Parana, large ici de 1,800 mètres, et dont la profondeur permet l’entrée de grands bateaux de 13,000 tonnes. Ils y apportent les produits de l’Europe pour tout le nord de l'Argentine, le Paraguay, même la Bohvie, et emportent à Buenos-Aires ou en Europe le sucre de Tucuman, les bois et les extraits de québracho de Santa-Fé, les minerais de la Rioja, les cuirs, les peaux des provinces du Nord et surtout les céréales des trois grandes provinces productrices, Santa-Fé, nord de Buenos-Aires, Cordoba et partie d’Entre- Rios.

Cependant, avant la création de son port, Rosario bénéficiait à peine de ces avantages. Des instaHations rudimentaires ne permettaient que des transactions restreintes, et la plupart des produits s’écoulaient, par voies ferrées, jusqu’à Buenos-Aires. Le nouveau port a fait de Rosario non seulement l'issue naturelle des riches régions agricoles qui l'entourent, mais le lien nécessaire entre l’Europe et les provinces du Nord argentin et du Paraguay.

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Situé en amont de la ville, au long des falaises naturelles de vingt à vingt-cinq mètres de hauteur qui se dressent presque verticalement sur la rive droite du Parana, ce port superbe, œuvre d’une société française, s'étend sur quatre kilomètres et demi, devant les flots limoneux du fleuve.

Des hangars, des entrepôts, des magasins au toit de tôle ondulée s’échelonnent à cent mètres des quais où s'élèvent en enfilade trente-cinq grues électriques mobiles et deux grues fixes de dix et de trente tonnes. Plus loin, au delà des quais d'importation et du bassin de cabotage qui divise en deux la longueur du port, au centre même des quais d’exportation, se voit l’imposante architecture de fer des élévateurs conçus d'après les dernières données de la science. Tout est propre et net. Pas un papier, pas un détritus d'aucune sorte ne traîne sur ces larges terre-pleins pavés que sillonnent quarante kilomètres de voies ferrées ingénieusement disposées pour éviter l'encombrement durant les périodes d'exportation intense. Alors, de 900 à 800 wagons arrivent journellement des différentes lignes aboutissant à Rosario.

Les travaux du port furent commencés en octobre 1902. À cette époque, son tonnage s'élevait à un million de tonnes. Le contrat prévoyait pour 1939, c’està-dire pour trente ans après, un tonnage de deux millions et demi de tonnes. Or, ce tonnage, escompté pour cette échéance lointaine, fut dépassé la troisième année de lexploitation. La récolte de l’année 1903 ayant été exgellente, on se mit à semer avec ardeur dans des terres jusqu'ici en friche. Cette année-là, le mouvement du port fut de deux millions de tonnes, chiffre double de l’année précédente. En 1904, on

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arriva à 2,600,000 tonnes. En 1905, à 2,800,090 tonnes.

Il est maintenant de 3,500,000. Et nous nous trouvons là devant un des phénomènes de croissance les plus extraordinaires de l’histoire économique de l'Argentine.

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