‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 99 sur 273 · TP · texte numérisé non relu

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un nourrisson ficelé dans un châle ; hommes endimanchés, serrant de leurs doigts gourds un feutre mou, le cou entouré d'un foulard rose ou vert. En voici un qui tient d’une main un panier de provisions, de l’autre un bambin en culottes trop longues. Adossée à un pilier, une femme allaite un enfant, et de sa main libre égrène un chapelet tout en marmonnant ses prières. D’autres s’éventent en lisant leur livre de piété.

Dans cette bâtisse inachevée, encombrée et sale, des chants purs, une musique angélique, les sons oraves de l’orgue s'élèvent, et ces exilés retrouvent avec un plaisir visible le spectacle et les chants de leur paroisse natale. Aussi sont-ils venus de vingt et trente kilomètres à la ronde.

Ils montent au-dessus du maïitre-autel sous une vaste coupole, vers une tribune où des femmes agenouiliées prient, leurs regards fixés sur une poupée de cire, vêtue d’une robe empesée, couverte de bracelets, de colliers et de pierres fausses, car les vraies, qui représentent une fortune, sont, me dit le curé, en dépôt dans une banque.

Les pleurs et les cris d'enfants mêlés aux psalmodies des prêtres, aux soprani aigus des choristes et aux ronflements de l'orgue, montent en samphfant vers les voûtes de l’église. De cette tribune le grouillement de la foule bigarrée qui va, vient, s’agenouille, se prosterne, vous frappe davantage. C’est une partie de l'Argentine nouvelle qui communie ainsi dans les mêmes espoirs. Car je sais bien ce que demandent à la Vierge, en lui versant leur obole, ces paysans de Lombardie ou du Piémont. Ils lui demandent, j'en suis sûr, un peu de pluie pour leur maïs, et de bons

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