‹ De la ploutocratieChapitre 11 sur 72 · HECTARES · texte numérisé non relu

HECTARES

/ classe. •

Grands propriétaires, • ]

t 2 e classe. .

/ l re classe, .

Propriétaires moyens, ••. J

t 2 e classe. .

/ 1« classe. •

Petits propriétaires. • v ,

\ 2 e classe. .

Totaux

De ce tableau on déduit les résultats suivan ts :

94,031 grands propriétaires possèdent en totalité 12 ? 99S,725 hectares, ce qui donne à chacun en moyenne cent trente-huit hectares .

344,069 propriétaires moyens possèdent 42,207,897 hectares, ce qui donne à chacun en moyenne trente-cinq hectares et demi .

3,561,732 petits propriétaires possèdent 20 3 494,408 hectares , ce qui donne à chacun en moyenne un peu moins de cinq hectares trois quarts .

Trois millions et demi de petits propriétaires possédant chacun en moyenue près de six hcc*

tares!... Supposez M. de Rambuteau, ou son équivalent, montant à la tribune de la Chambre des députés pour proclamer ce résultat: quel triomphe pour le système actuel! Messieurs, dirait-il la propriété est bonne pour se défendre, ainsi que le répète si souvent, et avec tant de raison, notre grand politique M. Guizot. Elle croît comme l’herbe des champs, cette propriété, et bientôt elle couvrira tout; il ne restera plus bientôt de prolétaires. Nous avons O* <4, le croiriez-vous (je ne le croyais pas moi -même, mais la statistique l’atteste) ? trois millions et demi de petits propriétaires agricoles possédant chacun prés de six hectares II! » Voilà, à ces mots, la Chambre enthousiasmée et parfaitement convaincue : ne le fut-elle pas en 1833 par les absurdes supputations de M. de Rambuteau ? Tel député agronome calcule aussitôt en lui-même que l’hectare de bonne terre en céréales rapporte de revenus brut jusqu’à onze cents francs, et quelespUis mauvaises terres à froment ne rapportent pas moins de cent cinquante francs, c Quelle richesse, se dit-il, dans ces petits propriétaires ! » Et, comme cet honorable est riche lui-même, il trouve que tout va à merveille : ; q : • •

Quand Auguste avait bu, la Pologne était ivre.

ïtélas! les trois millions et demi de petits

•nnpîAMires possédant chacun en moyenne Un Jeu moins l cinq hectares trois quarts sont

Un C a C r'ü s’agit de savoir ce que valent ces hectares et c’est ici qu’il y a du déchet.

Les hectares de M. Lnllin de Chateauvieux rapportent.... dix- sept francs de revenu ...

. En effet, ce statisticien a compris dans son calcul la superficie cultivée ou cultivable de la France entière; puis, se guidant par les cotes de l’impôt foncier, il a divisé cette superficie entre les propriétaires, au piorata de leur nombre et en raison de leurs cotes. Oi j’ouvre la Statistique officielle , au tome V de r Agriculture, et je trouve que la cote moyenne par hectare imposable est 2 ir. û7 cent. Le rapport du revenu à l’impôt est 6,9*. Chaque hectare rapporte donc en moyenne un revenu de M fr. 1* cent. Le propriétaire de cinq hectares trois quarts a donc moins de cent francs de revenu. C’est toujours le même résultat que nous avait donné directement le calcul des cotes de l’impôt foncier. Et comment en effet en serait-il autrement? M. de Chatea il vieux n’a fait que traduire ces cotes en hectares.

Mais il y a plus : sur ces trois millions et demi de petits propriétaires possédant en moyenne cinq hectares trois quarts, M. de Château vieux trouve, et toujours d’après les cotes de l’impôt foncier, qu’il y en a 1 million 2*3 mille qui ne possèdent pas plus de

DE tA PIOUTOCn ATIE. 33

deux hectares , «propriété, dit-il, évident- » ment insuffisante pour taire vivre une fa- « mille, qu’elle soit de cinq ou même seiile- » ment de quatre personnes, puisque, dans » l’état actuel de l’agriculture en France, il » ne faut pas moins de 1 hectare 23 ares » pour assurer l’existence d’un seul indi— d vidu. »

En résumé, les quatre millions de propriétaires agricoles supputés par M. de Chateauvieux se partagent ainsi :

94,031 grands propriétaires possèdent ensemble 12,998,725 hectares, ce qui donne à chacun en moyenne cent trente-huit hectares , représentant 2,3*6 francs de revenu.

34 4, 069 propriétaires moyens possèdent

12,207,897 lrctares, ce qui donne à chacun en moyenne

trente- cinq hectares et clemi> représentant 5*3 francs 50 c.

de revenu.

2,318,782 petits propriétaires possèdent

18,008, *08 hectares , ce qui donne à chacun en moyenne

sept hectares et demi , représentant 127 francs 50 c. de rcvenu.

oh DE LA PLOUTOCRATIE.

4 9/, 3 000 très petits propriétaires possè- ^ J dent 2, /( 86, 000 hectares, ce qui

donne à chacun en moyenne deux hectares, représentant oh francs de revenu.

îl n’est pas démontré pour moi que M. de Chateauvieux n’ait pas erré; et, en ce cas, scs erreurs ont dû, comme chacun peut l’apprécier aisément, tomber, non sur la grande

propriété, où tout est beaucoup plus clair, mais sur les petits propriétaires. îl a pu leur compter en terres une partie de l’impôt qu’ils payent pour leurs chaumières. II leur attribue évidemment et fait entrer dans leur part les communaux. Il suppose de même valeur et de même qualité les terres réparties, entre les

grands, les moyens, et les petits propriétaires, etc. Certes son nombre de petits propriétaire» paraît, au premier coup d’œil , fort exagéré; car à cinq personnes par famille, ce qui est un minimum, il donnerait une population de près de dix-sept millions. Or, on n’élève guère qu’à vingt millions la population agricole de la France. Il s’ensuivrait donc que sur vingt individus apparieront à cette population, dix-sept seraient Propriétaires directement ou indirectement, sans compter les moyens et grands Propriétaires; ce qui est bien peu vrai-

semblable (1). Mais en adoptant même les résultats statistiques de M. de Chateau vieux, que prouvent-ils?

Ce que je vois de certain dans ces chiffres , c’est que moins de cent mille propriétaires fonciers possèdent à eux seuls près du tiers de la superficie arable de la France;

Qu’un autre tiers de cette superlicie est possédé par moins de trois cent cinquante mille;

En sorte que les deux tiers environ du sol de la France sont possédés par moins de cinq cent mille propriétaires.

Quant au dernier tiers, il est non pas possédé (le mot ne convient pas ici) , mais péniblement et ingratement cultivé par des millions de pauvres gens. À cinq personnes par famille, les 2,318,732 petits propriétaires ayant 127 fr. 50 c. de revenu, donneraient onze à douze millions de vrais prolétaires dotés de 25 fr. 50 c. de revenu par tête ; et les \ ,263,000 très petits propriétaires ayant 36 fr. de revenu donneraient six à sept millions de vrais prolétaires dotés par tête de 6 fr, 50 c. de revenu.

(1) L’absurde préjugé répandu sur la condition du peuple des campagnes, et sur les avantages de la division de la propriété, donne lieu chaque jour à des appréciations vraiment fabuleuses. Ainsi nous trouvons dans un ouvrage justement estimé, le Précis de ta géographie universelle , par Maltelïrun et Huol ( cinquième édition, tS40), cette inconcevable erreur : « Le clulTre des propriétaires de biens fonciers en «France ne s’élève pas à moins de 10,966,219.» Et les au— teurs en donnent pour preuve les cotes de contribution foncière de 1829 . Ils ont pris chaque cote pour un propriétaire l

Mais enfin ils possèdent, dira-t-on encore!

Ils ne possèdent pas. Ce sont des pro etaires. Ils vivent de travail pénible et journalier; ils vivent de salaire. Hs n’ont pas de revenu.

VouJcz-vous savoir à combien s’élève le revenu journalier des six ou sept millions composant la dernière classe? à un centime et demi put

tête. . « *

Une portion de Finstrumen î se travail a & u-

cote nécessaire à la subsistance humaine leur o été abandonné, voilà tou U Us le cultivent sans avances ; ils dévorent , sans être rassasies,, le peu qu’il leur rapporte. Le rude logicien liait 1ms, considérant cette expérience que fait la France sur la fragmentation du sol et ce qu’on appelle la division de la propriété, écrivait : « li se fait en ce moment en France une » expérience dangereuse. Les possesseurs de » ces petites fractions de terre se trouveront » nécessairement dans un état remarquable de » dénuement; et, s’il survient des années de » disette, ils doivent périr en grand nombre.» BJaJtbus a raison. La disette n’est pas venue, «direz-vous. La disette est permanente pour c js prolétaires des campagnes que vous appelezdes propriétaires ; et si elle venait, daus le sens où Malt h us l’entend !...

Tous les observateurs, je le répète encore, sont d’accord sur ce point. Voici ce que nous lisons dans un écrit récent, dont Fauteur est d’ailleurs fort partisan du système actuel « Nous ne savons si c’est un bien de multiplier

t> à l’infini les petits propriétaires hors d’état » de se su 11 ire à eux-mêmes , sans se mettre à » la solde d’autres propriétaires plus riches, et » que chaque année de mauvaise récolte ruine » nécessairement. Nous n’examinerons pas si » la dissémination des capitaux, la déperdition » d’efforts et de dépenses qui en résultent, ne » s’opposent pas essentiellement à une culture bien entendue, qui, pour prendre son déve- » îoppement , a besoin d’engrais abondants , s par Conséquent de nombreux bestiaux , et » d’un ensemble de moyens d’exploitation qui » permette d’agir sur une large échelle. lin » avantagé de cette petite propriété , c’est que » ces petits propriétaires , obligés d’ajouter à » leurs ressources en travaillant à la journée » pour autrui, offrent à ceux qui les employant » des garanties d’ordre et de conduite que » ne pourraient donner de simples journa- » üers (1). » Voyez l’admirable compensation que cet auteur à trouvée ! Ces prolétaires propriétaires sont bien malheureux , mais ils offrent aux grands propriétaires des garanties d’ordre et de conduite. Eli ! sans doute , c’est un bon peuple que ce peuple de France, mais c’est tin peuple fort misérable sous le rapport de la richesse. ..

(1) Statistique de ta France , par J. -H. Sclmitzler.

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