‹ De la ploutocratieChapitre 12 sur 72 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les ccnt mille électeurs de la Restauration et les cent quatre-vic^t mille électeurs actuels.

* yte résultat de tous les calculs qu faire sur a propriété du sol est donc de nous montrer l'immense majorité de la population agricole possédant moins d’un hectare vingttrois ares, c’est-à-dire moins que l’ instrument de travail nécessaire à la subsistance d’un homme (1). Mais cette propriété même est-elle réelle ? Le petit propriétaire u’a-t-il pas des dettes? n’a-t-il pas emprunté pour avoir à sa disposition ce chétif instrument de travail ? S’il a à payer l’intérêt de sa dette ^ il est pre-

(1) A cinq personnes par famille, ce qui est un minimum pour celte classe , les 3,561,732 petits propriétaires possédant chacun en moyenne un peu moins de 5 hectares 3;4 donnent seize millions six ccnt mille individus ne possédant qu’un hectare quinze ares. Dira-t-on que sur les cinq per* sonnes qu’on suppose composer la famille, i! y en a deux ou même trois qui n'ont pas besoin 1 pour se sustenter du produit d’un hectare vingt-trois ares ? On répondrait que, par compensation, ces membres ne sont pas, à cause de leur ûge, capables démettre eu valeur leur part, il faut donc que le chef de famille mette en valeur les cinq hectares trois quarts revenant à sa famille pour que chacun ait le fruit d’un hectare quinze ares. Déduction faite de ce labeur, voyez ce qu'il leste à chacun de propriété réelle. Il reste à chacun en revenu ce que rapportent dix arcs tout au plus. Que le chef di famiile vienne donc à mourir ou à être malade, la famille tombe dans la plus profonde misère.

cisément dans le cas d’un fermier qui prend une terre à bail.

Un autre résultat de ces mêmes chiffres nous montre, en présence de cette immense majorité de Prolétaires véritables, déguisés en propriétaires, un petit nombre de vrais Propriétaires, savoir :

4*2,409 propriétaires de l re classe, possédant 8,481,800 hectares, c’est-à-dire deux cents hectares par propriétaire , donnant en moyenne 2,800 f. de revenu.

2° 51,622 propriétaires de 2 ine classe, possédant 4,516,925 hectares, c’est-à-dire quatre-vingt- sept Lect. par propriétaire , donnant en. moyenne 1,218 f. de revenu.

3* 86,069 propriétaires de 8 rae classe, possédant 4,819,864 hect. , c’està-dire cinq u an te -six hectares par propriétaire, donnant en moyenne 784 fr. de revenu.

h° 258,000 propriétaires de 4 1BC classe, possédant?, 3S8, 033 héct. , c’està-dire vingt-huit hectares et demi par propriétaire, donnant en moyenne 400 fr. de revenu.

I! uc tfacitj bien entendu, ici que de la propriété du soi ; il ne s’agit pas de toute la pronriéié foncière, ni de la richesse immobilière* 1 Or si l’on veut calculer dans quel rapport ec trouvent ces quatre classes de proprietaires, on verra qu’elles donnent approximatif enu-mt ce résultat : sur quarante-trois propriétaires,

il y en a 25 qui possèdent comme 1, 9 qui possèdent comme 2, 5 qui possèdent comme 3, et A qui; possèdent comme 8.

Ces 5 qui possèdent comme 3, et ees A qui possèdent comme 8, sont les grands propriétaires. Ces grands propriétaires sont au nombre d’environ cent mille.

Les cotes de l’impôt foncier nous avaient

également fait distinguer ccs cent mille pro-

priétaires.

Ces cent mille propriétaires reviennent toujours, quelque considération de statistique que Ton embrasse.

Ce sont les cent mille électeurs de la Restauration. Sous la Restauration, l’impôt loncier ayant été pris pour la seuie base du droit politique, le nombre des électeurs ne dépassa pas 107,000 et ne tomba pas au-dessous de 92,000. En 3830, le cens ayant été abaissé de 300 fr. à 200, et la patente ayant été admise à figurer dans cette somme, le nombre des électeurs s’est élevé de beaucoup , mais n’a pas atteint 200,000.

U est certain et évident que ce sont les propriétaires de troisième classe qui, s’ajoutant

presque en masse aux cent mille grands propriétaires, ont formé le corps électoral actuel. La quatrième classe n’a pas été même ad-

Or, s’il y a un préjugé qui fait voir dans la niasse de la nation vivant de labeur et de salaire ce qui n’y est pas , c’est-à-dire des propriétaires, il y a un préjugé inverse qui consiste à diminuer la fortune de cette classe privilégiée composée de cent à deux cent mille propriétaires.

D’un côté , les partisans intéressés du désordre social et politique actuel s’évcruient à signaler la petite propriété là ou il n’y a réelment pas de propriété. De i’autre, ils atténuent et déguisent autant qu’ils peuvent h grande propriété là où elle existe bien réellement.

Parceque le cens électoral de 200 francs ne suppose que i,A00 livres de rente, on conclut à la légère que les deux cent mille électeurs jouissant de ce cens ne représentent qu’un revenu correspondant à cette limite, comme serait , par exemple, deux à trois cent millions. Or, on estime le revenu brut de la nation à neuf ou dix milliards. Qu’est-ce que deux oit trois cent millions en comparaison de lieu! ou dix milliards? Ce n’est qu’un cinquantième.

La France, se dit-on, est si riche, que sa fortune totale n’est pas bien entamée par ce groupe qui entre en partage pour quelques cents millions. Mais combien cette appréciation est superficielle et fausse !

I Je dis (rue tout le capital de la France est entre les mains de ces deux cent nulle pro-

1H 'En effel s’il n’est pas là, où serait-il?

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