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CHAPITRE XXL

Dix huit millions de prolétaires ayant leur logement assuré»

À 2 cotes d/5 pour un propriétaire, ce qui est l’estimation que font les statisticiens un peu moins téméraires que M. de Rambuteau (1), et à 5 personnes par famille, les huit millions de cotes de 5 francs 05 centimes, en moyenne, donnent dix-huit millions d’individus ayant un revenu de dix-huit francs.

(1) Nous avions néglige* dans les premiers chapitres relie fraction de 4/5, pour suivre l’impétueKxM. de Uambuteau dans ses supputations approximatives.

SS de la ploutocratie/

Nous avons prouvé que cette niasse est composée de véritables Prolétaires. La possession d’une cabane ou d'un hectare de terre est l'apanage de cette classe. En moyenne, s’ils ont une cabane, ils n’ont pas de terre; s’ils ont de la terre , ils n’ont pas de cabane : cela est évident, puisque leur revenu net n’excède pas 48 francs.

En combinant les recherches de M. de Cha-

teauvieux avec les recherches directes des agents du fisc, il faudrait supposer que sur ces dix-huit millions de prolétaires agricoles, un million et demi possèdent une cabane, tandis que seize millions et demi en posséderaient V équivalent en terre. Cela revient toujours à posséder son logement assuré, et rien de plus.

Nous avons fait remarquer, en outre, que cette propriété peut être fictive, les dettes du Prolétaire propriétaire absorbant en réalité son vain titre de propriété. Nous avons expliqué la source de l'avidité de posséder ou de paraître posséder des habitants des campagnes,, et Je triste résultat de cette avidité pour le plus grand nombre.

Ces dix-huit millions, donc, bien qu'ils possèdent ou paraissent posséder une portion considérable des maisons ou du sol de la France (considérable à cause de leur nombre), ne sont en réalité que des locataires déguisés ,

s il s agit de la pauvre cabane qui paye au lise en moyenne 5 francs 95 centimes d'impôt, ou

des fermiers déguisés (mais quels fermiers!!.

s’il s’agit d’un hectare de terre (1). Tom le monde convient que cette petite propriété endettée et sans avances est une des causes de

l’infériorité de notre agriculture, comparée à

celle de plusieurs Etats voisins. Puisque le mal Gst si bien connu 3 et (ju on en si gnôle si bien la cause, comment ne rougit-on pas de sacrifier toute vérité a la comédie politique, en transformant en Propriétaires de véritables Prolétaires?

Les grands seigneurs d’autrefois , les proprié ta ires féodaux, avaient pour coutume d’a-

' Tes à leurs serfs , à la charge

de redevances. Les serfs, sans avances pour J * culture, végétaient comme ils pouvaient sur cette terre qu’on leur abandonnait, et souvent même ils ne payaient pas la redevance , ou ils la disputaient à leurs seigneurs. C’était un état épouvantable , j’en conviens, que cette servitude. Mais quelle différence trouvez-vous entre: ?a condition de ces serfs et la condition des dix-huit millions de petits propriétaires à 18 francs de revenu? Ils possèdent, dites-vous, et ils n’ont plus de seigneurs. Je vous réponds :

(î i « Combien, dit M. Btanqui, n’y a-t-il pas de ces soU » disants propriétaires qui manquent de tout: de vêtements » pour se couvrir, d'aliments pour se nourrir? Combien de » ces cotes pèsent sur de misérables huttes dont les habitants » sont trop pauvres pour refaire le toit qui laisse passer le » froid et la pluie, pour soutenir les murs qui chaque jour s menacent de s’écrouler l » (Levons, etc., U III , p. 23 .)

ils possèdent une cabane , cl le lise est Icui

seigneur. . .

Si les maisons dans les villes n étaient pas si

grandes et si hautes, si elles se divisaient en Petites parcelles équivalentes aux cellules des ouvriers industriels, combien de prolétaires des villes , invités et poussés par les spéculateurs , achèteraient leur logis , et figureraient sur les registres de l’impôt foncier 1 Leur condition en serait-elle améliorée*

Il faut que cet abus de mots cesse. Il est certain , par la modicité même des cotes, argument irrécusable, que la part de propriété foncière de ces dix-huit millions consiste à avoir directement , ou par compensation et équivalent, leur logement assuré, et rien de plus. Nous les appellerons donc des Prolétaires ayant leur logement assuré.

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