chapitre xxviir
Ce qu’écrivait Necker, il y a cinquante ans^
Necker écrivait, il y a cinquante ans, dans un Mémoire sur la législation et le commerce des grains, ces lignes remarquables:
« En arrêtant sa pensée sur la société et sur » ses rapports, on est frappé d’une idée géné- » raie qui mérite bien d’être approfondie. C’est c que presque toutes les institutions civiles » ont été faites pour les propriétaires. On est » effrayé, en voyant le code des lois, de n’y n découvrir partout que le témoignage de cette » vérité. On dirait qu’un petit nombre d’hom- » mes, après s’être partagé la terre, ont fait » des lois d’union et de garantie contre la » multitude, comme ils auraient mis des abris » dans les bois pour se défendre des bêtes o sauvages. Cependant, on ose le dire, après b avoir établi des lois de propriété, de justice,
» de liberté, on n’a presque rien fait encore pour la classe la plus nombreuse des cio toyens. Que nous importe vos lois de pro- » priété? pourraient-ils dire; nous ne possédons rien. Vos ‘ois de justice ? nous n avons rien à défendre. Vos lois de liberté? si nous ne travaillons pas, demain nous mourrons.»
Neker ajoute : « Les propriétaires et la classo
» de la nation qui vit de son travail sont des » lions et des animaux sans défense qui vivent » ensemble. On ne peut augmenter la part de d ces derniers qu'en trompant la vigilance des » autres, et en les empêchant de s’élancer. »