‹ De la ploutocratieChapitre 31 sur 72 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Où est le capital ae la France.

Et maintenant je reprends ma question : Où est le capital de la France , où peut-il être? J’appelle capital delà France le fonds correspondant au revenu net de la France après que tous les salaires delà production sont soldés, f e montrerai tout-à-l’heure le rôle tout-puissant de ce capital : mais cherchons d’abord entre les mains de combien de citoyens et dans quelle

classe de citoyens ce capital peut être concentré.

Evidemment ce capital n’est ni dans la première classe, celle des mendiants, composée le quatres millions d’âraes;

Ni dans la seconde, celle des indigents, composée également de quatre millions d’âmes;

Ni dans la troisième, celle des salariés sans nucun titre de propriété quelconque, également composée de quatre millions d’âmes;

nui no uDS ? quatrième, celle des prolétaires qm ne possèdent que le logement assuré, ou

tin morceau ;e terre d’un revenu équivalent â ce logement, laquelle se compose de dix-huit

millions d’âmes.

Vainement dirait-on que cette quatrième classe, étant très nombreuse, se trouve par sa masse réunir un nombre considérable de cabanes et de petits morceaux de terre; vainement, ajoutant ensemble toutes ces cabanes et tous ces morceaux de terre, objecterait-on que cela constitue une portion notable des maisons et du soi de la France. Nous serions cent milliards d’hommes possédant un arpent de terre, que cela ne ferait pas entre nos mains un capital, pareequ’un arpent de terre ne suffît pas à la subsistance de son propriétaire. Il n’y a «le capital possible que là où le revenu excède 3a subsistance. Ces dix-huit millions d’hommes, en s’emparant témérairement d’une portion de 3a terre, se trouvent détenteurs, il est vrai, «l’un instrument de travail ; ils en tirent, il est vrai , une partie quelconque de leur subsistance; leur propriété peut donc figurer dans le calcul du revenu brut de la France. Mais, pour qui raisonne un peu profondément en ces sortes de matières, cette propriété se range dans les salaires, et n’a rien de commun avec le revenu subsistant, après que tous les instruments de la production sont soldés. En un mot, ces dix-huit millions sont des salariés, comme les douze millions des trois autres classes. Revêtus de titres de propriété , ils se salarient, à la vérité, eux-mêmes, sous le rap-*

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port de cette insuffisante portion üe leur subsistance ; mais ils n’en sont pas moins des salariés. Qu’on n’objecte donc ni le nombre d’hectares qu’ils possèdent ensemble ou paraissent posséder , ni l’impôt foncier qu’ils payent. Qu’importe qu’en raison de leur masse ils payent à 1 Etat un impôt foncier de quarante ou cinquante millions? Est-ce que les tro s premières classes, mendiants, indigents, prolétaires industriels, ne payent pas aussi à l’Etat un impôt ! Est-ce que l’impôt indirect n’est pas un impôt; et, multiplié sous toutes sortes de formes, cet impôt n’est-il pas même perçu aù double et au triple de l’impôt foncier ?

Le capital reproducteur , correspondant an reve ni net après que tous les agents de la production sont soldés, ne peut donc être que

dans les mains des trois dernières classes savoir :

( propriétaires jouissant d’après les eoles de l’impôt foncier, d’un revenu de 128 fr.

/ propriétaires jouissant ; classe. 750,000 ] diaprés ces mêmes co-

I tes, d’un revenu de 491 ' francs.

. / propriétaires jouissant ,

[ 7* classe. . 230,000 J tou jours d’après ces mê-

j mes cotes, de 2,000 li-

- vres de rente.

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L a capital cle la France, dis-je, est là, dans ces enq millions de vrais et uniques propriétanes. Mais dans quelle proportion se trouve-

t-il divisé entre ces trois classes ?

Il y a six fois plus d’individus dans la cinquième classe que dans la sixième, et dix-huit fois plus que clans la septième; mais les revenus vent dans une proportion inverse. Les individus de la cinquième classe n’ont que le quan de ceux de la sixième, et ;e seizième de ceux de la septième. Pour résumer approximativement ces i apports . sur 22 individus propriétaires 18 possèdent comme 1, tandis que 3 possèclent connue 4, et 1 comme 16.

. Ceux qui possèdent comme 1 ont cent vingt-

huit f mes de revenu , ou , par famille de cinq personnes, environ 600 livres de rente.

Une famille peut-eï!©, sans travail , subsister de ce revenu ? Oui, puisque la subsistance moyenne des 1 ami lies prolétaires vivant de salaires assurés ue dépasse pas cette somme.

Mais une telle famille peut-elle, sans travail ^ faire des économies sur ce revenu ? Il nous semble que tout Je monde répondra non. Seulement il est évident que si ce revenu suffit strictement aux besoins , le salaire gagné par les membres de celte famille, venant s’ajouter aux

revenus fixes , pourra produire un capital nouveau.

Telle est donc la situation de cette cinquième classe, la plus nombreuse des trois classes véritables de propriétaires. Elle représente un

capital acquis, mais qui n’est suceptible de s’accroître qu’avec des salaires.

Le capital reproducteur, le capital qui répond au revenu net après que tous les instruments de la production sont soldés, n’est donc pas encore là, dans cette cinquième classe. Je le répète, cette classe diffère, il est vrai, essentiellement des quatre classes de prolétaires; car elle est propriétaire, elle vit ou peut vivre de revenus. Mais ses revenus sont absorbés par sa subsistance. Le capital qu’elle représente est bien un capital; mais, détruit aussitôt que né, il ne produit par lui-même aucun capital nouveau, et ainsi ne contribue pas directement au revenu net de la France. Seulement il met ceux qui en jouissent à même de contribuer un jour à ce revenu, en créant un capital nouveau par les salaires qu’ils peuvent ajouter a leur capital acquis.

Cette distinction faite, il est évident que ce que nous nommons le capital de la France c’est-à-dire le fonds correspondant au revenu T aiet après que tous les agents et instruments de

la production sont soldés, réside uniquement

dans les deux dernières classes, savoir •

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