‹ De la ploutocratieChapitre 33 sur 72 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Le capitr! de la France est dans les mains de mains de

deux cent raille propriétaires.

Avant d’aller plus loin, il nous faut répondre à une objection qu’on ne manquera pas de nous faire.

( in nous dira : Vous cherchez le capital du revenu net de la France parmi les propriétaires fonciers, et vous négligez les industriels manufacturiers et les capitalistes proprement dits, les banquiers, ceux qui travaillent sur 3e numéraire et le crédit. Ne se trouve-t-il pas un certain nombre de propriétaires en dehors des registres de l’impôt foncier? Un homme peut posséder cent mille livres de rentes sur P Etat, et ne pas avoir de maison ni un pouce de terre. Un autre peut, étant dans le même cas, avoir des fonds considérables dans

DE LA PtOUTOGH ATIE.

l'industrie. Un troisième reçoit du budget cinquante mille francs par an, etc. , etc. Los plus grands capitalistes de France ne sontRIs pas des Juifs, qui ne sont pas citoyens français,

mais agioteurs de tous les pays?

Sans doute; mais notre méthode n’en est pas moins très exacte et très certaine.

Parlons d’abord des capitalistes proprement dits, nous parlerons ensuite des munulactu-

riers et des commerçants.

Les cap i ta J i s tes q u i ne possèdent ni terres, ni instruments de travail quelconque, mais de l’or et de l’argent, ne sont que des salariés sous le rapport de la production. Mais, comme ils sont salariés à titre du numéraire, par luimême improductif, qu’ils ont accumulé, ils se trouvent avoir, dans cette production, un rôle particulier. D’un côté , ils n’ in ter vieil lient réellement pas dans cette production à titre d’agents actifs; d’un autre côté, ils peuvent , à volonté, prendre ce rôle. -Quand ils ne le prennent pas, ils sont représentés par les propriétaires fonciers; quand au contraire ils le prennent, ils déplacent ceux de ces propriétaires qui les représentaient. Mais, dans l’une etdansFautre hypothèse, le capital reproducteur ne sort pas de la catégorie où nous avons dit qu’il existe.

Impliquons-nous par un exemple.

M. de Rothschild possède, je suppose, cent millions, et ne figure pas sur les registres de l’impôt foncier* Sur ces cent millions, il en prête

de la ploutocratie, aoo

à l’Etat cinquante. Mais qui permet à l’Etat de payer la rente de ces cinquante millions? e

budget. Etqui paye le bjdget? la France entière.

Mais d’où iennent les evenus de la France?

Les revenus de la France viennent de la oroduction. L’or et l’argent ne produisent rien par eux-mêmes. Les cinquante millions prêtés à

l’Etat par M. de Rothsch-M resteraient pendant

des siècles entassés dans un coffre-fort sans produire un seul denier de plus. Donc c’est la production qui paye larent’àM. de Rothschild. Or cette production se divise en revenu brut et en revenu net. Le revenu brut comprend les salaires plus le revenu net. Ce ne sont pas les salaires qui payent la rente de l’Etat Donc c’est le revenu net Donc M. de Rothschild, bien que propriétaire de cinquante millions prêtés à l’Etat, est salarié par ceux qui possèdent ce revenu net. Tant que M. de Rothschild laisse ses cinquante millions à l’Etat, il ira aucune influence directe sur la production ; ce sont les possesseurs des instruments de travail vraiment productifs qui ont toute influence.

Il en est de même pour les prêts hypothéqués sur la propriété foncière que peut faire M. de Rothschild. S’il prête vingt millions à l’industrie agricole , tant qu’il laisse ces vingt millions ainsi placés, ce sont sc c débiteurs pour cette somme qui dirigent cette industrie.

Mais si M. de Rothschild retire ses fonds à i Etat 'ou aux propriétaires fonciers pour se

faire lui-même propriétaire, il déplace à ’instant même un nombre de propriétaires correspondant à son numéraire. On lui payait la rente, et il laissait faire, il était inactif dans la production. Maintenant il veut être actif, agir sur la production; il ne peut l’être qu’en remplaçant ceux qui lui payaient celte rente. S’il transforme en propriété foncière la somme qu’il prêtait à l’Etat, il agit sur toute la masse des propriétaires, et diminue leur influence directe sur la production, au prorata de la fortune de chacun; s’il transforme de même ses prêts hypothécaires, il agit spécialement sur ceux de ces propriétaires qu’il avait commandités , et détruit leur puissance productive, ou la diminue, dans la proportion du capital qu’il leur ôte.

1 suit évidemment de là que lors même que M. de Rothschild ne figurerait pas sur les registres de l’impôt foncier dans la liste des 196,000 propriétaires où nous venons de dire que se trouve uniquement le revenu net de la France, il y figurerait indirectement, représenté soit pas la masse générale de ces propriétaires en raison des fonds qu'il prête à l’Etat , soit par ceux de ces propriétaires auxquels il fait des prêts sur hypothèque. Considéré en tant que possédant une certaine quantité d’or et d’argent, M. de Rothschild n’existe pas, et n’a point d’autre valeur que celle d’un trésor qui sérail enfoui dans la terre; considéré ■ comme capitaliste avec emploi de ses fonds soit

en rente , soit en prêts à l’industrie et au commerce, M. de Rothschild est exactement et complètement représenté par les agenis véritables de la production. En ce sens, qui est le seul où la fortune du capitaliste ait une valeur économique, ce capitaliste figure toujours visiblement ou invisiblement sur la liste des propriétaires fonciers.

Or il en est en France des riches commerçants et manufacturiers à peu près comme des capitalistes. Il est bien vrai qu’à la fin de chaque année ils perçoivent, eux aussi, une portion considérable du revenu net dt la France par les bénéfices de l’ industrie et du commerce; mais comme ils consacrent de nouveau ces capitaux au service de la propriété foncière, représentée par 196,000 propriétaires, il s’ensuit que ce nombre de 196,000 seigneurs de la production est toujours, par rapport aux trentecinq millions de Français, le nombre qui divise et répartit à chacun le revenu net de la France.

11 est possible ou plutôt il est certain que cela ne serait pas vrai à dire de l’Angleterre , nation qui s’est adonnée à un commerce et à une industrie sans proportion avec son agriculture ; mais cela est vrai de la France, où. l’industrie et le commerce n’ont pas fait divorce avec l’agriculture (t). En France, il est

( 1) D’où l' industrie française lire-t-elle la plus grande pcrlia des matières premières qu’elle transforme? Du sol mtiiir de la France. L'industrie française est donc l'agriculture français® continuée. Le commerce français est doue encore l agriculture

encore vrai , quoique cela commence à être ,n,Z7 vrai que du temps de Quesnay et des

mands économistes fiançais qui ont soutenu

cette idée, que les manufactui i •

Sauts, n’étant que des bailleurs de fonds

pou les produits de l’agriculture, ne par agent pasdans le revenu net à titre de producteurs mais à titre de salariés ou de capitalistes , et ne îeuvent pas être comptés, sans double emploi, dans le nombre de ceux entre lesquels se

divise directement ce revenu net.

Mais qu’importent, au surplus, les difficultés ,i,e pourraient nous faire à ce sujet les partisans de l’école anglaise, qui supposent aux capitaux, à l’industrie et au commerce une valeur productive en essence! Nous nmis affranchirons ée ces difficultés en demandant s il y a

beaucoup de capitalistes ou de riches industriels qui ne soient pas, ne fût-ce que poui leurs magasins et manufactures, insciits sur

les rôles de l’impôt foncier.

En fait , il est certain que presque tous tes capitalistes, tous les grands manufacturiers, et les riches négociants de la France, ligurent

continuée. U en est tout autrement en Angleterre. ïVôù l’in- «dustrie anglaise tire-t-elle les matières premières quelle transforme? Est ce de son sol? Non, pour la majeure partie. Qui lui procure ces matières premières? Le commerce. Le commerce est donc le point de départ de la production en Angleterre, Ce qu'est chez nous l'agriculture, la mer et les vaisseaux le sont pour les Anglais. Comment ceux qui se sont mis à raisonner en économie politique à la suite de l’école anglaise u’ ont-ils pas vu cette différence ?

sur les cotes de l‘ ; nipot foncier dans la catégovie de ceux qui payent p us de deux cents francs de contnbut on , cet à-dire dans les 196.000 propriétaires fonc ers (1).

Cette bbjtc ior est donc nulle, nulle en théorie, nulle en f ait; et nous pouvons tenir pour certain que le capital de la France esta la disposition de moins de deux cent mille propriétaires.

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