CHAPITRE XXXII
Importance du revenu nef*
C’en ici qu’il faut dire toute l’importance de ce revenu net.
Su’vant que le revenu net d’une nation est bien ou mal employé, cette nation prospère ou dépérit. Suivant que le génie ou la stupidité dispose de ce revenu net, la justice ou l’iniquité couvre la terre. Si le revenu net est bien appliqué, le crime disparaît et la vertu règne, la production s’accroît, et le bonheur s’étend parmi les hommes. La dispensation du revenu net est, en un mot, la source de tout le bien et de tout le mal qui peuvent arriver aux nations; tous les germes de l’avenir sont dans ce revenu.
C’est apparemment pour cela que la liberté parut, avant 1789, une si bonne chose au Tiers-Etat, ainsi qu’à la niasse générale de la nation. Avant celte époque, une portion de ce revenu net, la portion correspondante à notre budget actuel, était remise, sous les différentes formes de l’impôt, à la Royauté , qui en disposait à sa guise. On a trouvé que la Royauté pouvait ne pas faire le meilleur emploi possible fie celte por-ion du ! ‘evi nu net qu’elle se faisait ainsi octroyer, et ou a de-
mandé et obtenu un autre mode de gouvernement pour en décider. Aujourd’hui donc les deux cent mille propriétaires électeurs se réunissent et nomment des députés, qui, de concert avec la Royauté, règlent publiquement remploi de cette portion du revenu net.
Mais il reste près des deux tiers de ce revenu, accru par l’impôt prélevé sur les salaires, dont ces mêmes deux cent mille propriétaires disposent à leur guise, sans aucune forme de gouvernement.
Un de ces propriétaires, M, Charles de Réinusat, émit un jour à la tribune une grande vérité. « L’impôt, dit-il, est pour la nation le 2) meilleurdes placements. » Il laissait échapper la pensée profonde des vrais financiers et économistes. Il fut couvert de huées libérales ; et pourtant il avait raison. L’impôt est pour la nation le meilleur des placements, à ia condition que le budget soit bien réparti. Et nous n’hésitons pas à dire que tous les financiers qui approuvent, en théorie, l’augmentation progressive des budgets, c’est-à-dire une part de plus en plus grande de la nation, en tant que gouvernement, dans la répartition de la totalité du revenu net, sont dans la vérité.
îMa:s :! faudrait qu’avec l’augmentation du budget coïncidât une participation de plus en plus grande de la nation tout entière dans Je gouvernement lui-même, c’est-à-dire dans Ja répartition de ce revenu.
Car si ce sont toujours les mêmes deux cent
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