CHAPITRE XXXIII
Wl est, lejiLis vingt-huit ans. l'artifice avec .enuel on
gouverne la b\auce.
Voici donc quel est, depuis vingt-huit ans.'
1 artifice avec lequel on gouverne la France.
I y a en France deux cent mille propriétaires du retenu net, et par là du sol et de tous les instruments de travail.
Oi de ces deux cent mille propriétaires on a fait tout le gouvernement constitutionnel.
Chambre Haute et Chambre Basse ont été
composées de la représenta» ion de ces deux cei il mille privilégiés.
Montesquieu, analysant la Constitution d’An-
gîolei i e , dit bien que les privilégiés , les gens d/sf aigues par / a naissance , les rie liesses, ou (es honneurs , doivent avoir dans la législation une part proportionnée aux autres avantages qu’ils ont dans l’Etat. Mais il ne dit pas qu’ils
doivent avoir tout. li établit, au contraire, que le chef-d’œuvre de la Constitution Anglaise consiste à mettre < n lutte* à titie égal, les pii— vilégiés et les non privilégiés. « Ainsi, dit-il, la > puissance législative sera confiée et au corps 9 des Nobles et ou corps qui sera choisi pour j) représenter *e Peuple* qui auront chacun 9 leurs délibérations à part, et des vues et des » intérêts séparés. »
Où est, je le demande, le corps qui représente les non privilégiés en France? Je vois bien le double corps des privilégiés, la Chambre des Pairs et la Chambre des Députés. Mais où est ce * corps qui sera choisi pour repré- « sen ter le peuple ? » S’il manque , comme il manque en effet, l’imitation de la Constitution Anglaise manque aussi dans le point le p-us essentiel. puisque la base même de cette Constitution consiste dans la lutte et l’antagonisme de ces deux puissances différentes qui doivent avoir chacune « leurs délibérations à part * et » des vues et des intérêts séparés. »
Je répète donc ce que j’ai dit plus haut : St les importateurs de la Constitution Anglaise en France n’avaient pas eu pour but de restaurer a Féodalité * il faudrait les déclarer les plus stupides des hommes.
f îi n’y a plus de Noblesse aujourd’hui, plus d’Aristocratie de naissance autorisée et sanctionnée par nos institutions : pourquoi donc une Pairie? Mais y a trente millions de Prolétaires : pourquoi donc pas une Chambre repré-
sentant ces ti'fnif* millions? Pourquoi tout le pouvo.r législatif est- il concentré en deux Chambres dont l’une est l’image bâtarde de la
Noblesse et dont l’autre estexclusive.ne.it l’a.
panage du Tiers-Etat ?
Quand Sieyès lit sa brochure du Tiers-Etat on conçoit qu’il enveloppât le peuple tout entier sous cette dénomination de Tiers-Etat «Qu est-ce que le peuple? disait-il, tout' » Qu est-il ? nen. Que veut-il être ? quelque » chose. » Magnifique concision. Mais ce quelguer/ioseqae demandait Sieyès, qui l’a obtenu? e Tiers-Etat ; ou plutôt il a tout obtenu : car Ja lame, c’est encore le Tiers-Etat. En prenant J; nmt Feupk* dans une autre acception que Sieyès, le résumé éloquent de Sieyès subsiste dans toute sa netteté et dans toute sa force.
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