‹ De la ploutocratieChapitre 46 sur 72 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Résumé de ce qui a é* établi précédemment sur Je

classement généra, des citoyens.

Ils y entrent à titre de mendiants, d’indigents, de salariés sans aucune propriété foncière, de prolétaires o’ayâm de revenu acquis que leur Jos^inent assuré, de très petits propriétaires jouissant d’un revenu foncier suffi, sant à peine à leur stricte subsistance, de moyens propriétaires jouissant d’un revenu quatre foL plus considérable , et enfin do grands propriétaires. Ce sont, en effet , les sept

classes que nous avons distinguées dans la nation.

Ici nous demandons au lecteur de reporter

un moment son attention sur les faits établis

dans la Première Partie de cet écrit; car

puisque nou nous proposons de faire la co»>

parai son des salaires et du revenu net, iî est

nécessaire que nous ayons sous les yeux le

tableau des diverses catégories de citoyens qui

prennent part soit à ces salaires , soit à ce revenu net.

Or, 1° nous avons montré qu’il existe ei Fiance huit millions de mendiants et d’indi

genis.

^oici en résumé nos preuves sur ce point.

Le paupérisme officiel a pour théâtre unique 3a population urbaine, c’est-à-dire la population des villes et bourgs au-dessus de cinq mille âmes. Celte population* suivant le recensement exact donné par la S talus tique officielle , est de 5, 041, 302 habitants. On suppute qu’il faut doubler ce nombre pour comprendre les banlieues. La population urbaine totale est, à ce compte, de dix à douze millions, au maximum. Le paupérisme officiel n’embrasse donc, des trente-quatre millions et demi qui composent la population générale de la France, que dix ou tout au plus douze millions. Or quel est le chilfre de ce paupérisme officiel ?

A Paris, [\ est bien constaté par les reeen semants annuels que plus du tiers de ceux qui y meurent meurent dans les hôpitaux , tandis que le quart de ceux qui y naissent naissent dans ces mêmes hôpitaux. On peut prendre , comme nous l’avons fait (1) , l 'Annuaire du bureau des longitudes , qui donne à ce sujet des tables dressées avec le plus grand soin par la Préfecture de la Seine ; et on verra qu’en moyenne sur 2 h ou 25,000 décès, il y en a 10,000 dans les hôpitaux, dans les prisons et à la Morgue. On chercherait vainement un plus irrécusable indice de r intensité du paupérisme. Cette mortalité dans les hôpitaux est-elle un phénomène particulier à .Paris? Non; il en esi à peu près de même

(1) Voy. la Première Partie, ch. xvi»

à Lyon et dans quelques autres grandes villes. Le paupérisme réel des douze millions de population urbaine serait donc, suivant cette proportion, de quatre millions. H est vrai que quand on prend tout i’ensên 8j e de la population urbaine, on ne trouve plus qu’une mort à l’hôpital sur huit ou neuf (t) au lieu de une sur trois. Mais il est notoire que partout ailleurs que dans les très grandes villes, l’indigent a une invincible horreur pour l’hôpital. Il est donc constant, d’un côté, qu’à Paris, à Lyon, et dans quelques autres villes la mortalité dans les hôpitaux indique de la façon la plus positive une indigence de 1 sur

o, o u/'. tandis que l’on ne peut nullement conclure, du rapport général observé à cet égard pour la totalité de la population urbaine, que cette indigence soit beaucoup plus faibJe!

Mais si, laissant cette considération , toute solide qu’elle soit, nous examinons directement le budget officiel du paupérisme, voici ce que nous trouvons.

Le Rappoi t de M. de Gasparin sur les hôpitaux et établissements de bienfaisance, rédigé en 1837 d’après les laits relatifs à 1833, constate que 1,120,961 individus appartenant à la classe indigente ont été secourus pendant celte année p ir les bureaux de bienfaisance ou admis dans les hôpitaux. Mais ce Rapport, ainsi

( 1 ) Exactement! sur 8,04,

DE JL A PLOUTOCRATIE. 157

qu’Eurène B tire t en a fait la remarque fl), est in ono et, en ce que , pour les hôpitaux et ><?s relevant du min'sière de rimépeur , c’en-à-clire pour les hôpitaux de 72 villes principales du royaume, L administration a donné, non pas le chiffre des admissions dans l’année, mais le chiffre de la population de ces hôpitaux à une certaine époque. Or la population habituelle des hôpitaux est aux admissions annuelles comme 30 est à 8/t, La population indiquée pour les hôpitaux ressortant du mitï’stère de l’intérieur étant de 55,000, il faut, d’après cette proportion, augmenter de 154,000 le chiffre donné par M. de Gasparin, ce qui fournit un total de 1,37 A, 961. En ajoutant ensuite à ce nombre celui des détenus dans les prisons, dans les bagnes, dans les maisons de correction , lequel est d’°aviron 35,000, on obtient, pour le chiffre déclaré du paupérisme officiel, 1,309.961. Mais il est évident qu’il faut tripler ce nombre, si l’on veut calculer )’ indigence réelle manifestée par cette indigence officielle et déclarée. En effet, nous appelons indigente toute la population qui fournit des malades aux hôpitaux, des détenus aux prisons et aux bagnes, des pauvres aux bureaux de charité, des enfants abandonnés aux hospices. Un ouvrier n’entre pas à l’hôpi-

U) Delà Misère des Classes la&cuietiaes en Angleterre etc?» France, loin. I, p. 251,

ta!, soit pour y recouvrer la santé, soit pour y mourir, sans que sa famille, dans Jê plus grand nombre des cas, ne tombe dans une véritable indigence, qui alors n’est pas constatée. Un maiade [des hôpitaux représente donc en moyen ne plus d’un indigent, et on peut même dire qu’en moyenne il en représente plus de trois Il en est de même dos détenus dans les pi-jl sons. Ces condamnés ne sont qu’une faible partie des délinquants, et ces condamnés ont une famille. Il en est encore de même pour le chiffre des enfants trouvés; car l’enfant secouru dénote en général des parents plongés dans une misère extrême, ou une mère abandonnée à la prostitution. Enfin, quant aux secours à domicile distribués par les bureaux de bienfaisance , il est évident que ces secours, si minimes d’ailleurs, exigeant des formalités regardées comme honteuses à remplir, et par lesquelles on s’attache à restreindre le paupérisme, une multitude d’indigents aussi réels que les indigents acceptés comme tels sur les contrôles n’y prennent aucune part. Il est donc impossible de ne pas conclure comme le baron de Morogues, comme Eugène buret, et comme tous les statisticiens qui ont approfondi ce te matière, que le chiffre du paupérisme officiel n’est qu’un élément du

envim ! 5 ^ i re ^ Gt qu ° ce P a(J Pénsme réel est

em uon triple du paupérisme officiel.

' V ?, !1 , y ^éehisse un instant , et l’on verra q ic bJ 1 adm,niS tration reconnaît elle-même un

DE LA P LO UT OCRAT I Er 15g

mil 1 ion trois cent mi' le indigents dans la population urbaine, c’est un indice certain qu’il y en a au moins quatre mi lions. N est- il pas évident, en effet, que, pour fourtTp ux bagnes, aux prisons, aux hôpitaux, aux hospices, aux bureaux de bien'üisjiicc . cette proie de ua million tio»s cent m le indigents reconnus,, constates, il en faut u-< bien p us gr nd nom— bic, qui sei vent, pour a nsi d re, de réservoir à ce paupérisme officiel ? La veille du jour où un pauvii ménage se décide à se fai rc inscrire à P indigence, et obtient, après des formalité r et une -nquête, d y cire inscrit , ce ménage était déjà indigent. Le lendemain du jour où un ouvrier père de famille entre à l'hôpital , d y a > comme je r ai remarqué plus haut, toute une fa m. Ile indigente dont l’indigence n’est pas constatée. Le vol sous toutes aes formes,

et la prostitution, figurent à peine, et comme pour mémoire, dans le chiffre officiel. Tous ces prolétaires, comme dit M. Grauier de Gassagnac, qui, « ne pouvant ou ne voulant ni » travailler ni mond er, dérobent pour vivre, » ou se prostituent pour v'vre, » restent, pour le plus grand nombre, en dehors de ce chiffre administratif; et cependant ce sont bien des indigents, et à notre avis ce sont les plus indigents de tous. Le paupérisme officiel, tout effrayant qu’il soit en lui-même n est donc qu’un leurre et une tromperie pou, l’esprit qui s’arrête au chiffre déclaré ; mai. , avec un peu de réflexion, ce chiffre jette sur le paupé-

Tisme réel ’ine grande lumière. Toutes les supputations conduisent à penser qu'il est au paupérisme réel dans la proportion du tiers, ce qui donnerait pour l’indigence réelle de la population urbaine environ quatre millions.

Le rapport fourni par la mortalité dans les hôpitaux des grandes villes se trouve donc parfaitement confirmé par les supputations que Ton peut faire au moyen du chiffre de l’indigence déclarée.

Mais ces quatre millions d’indigents ne concernent que la population urbaine, la population des villes et gros bourgs au-dessus de cinq mille âmes. Il reste les deux tiers environ de !a population générale de la France , et par conséquent le paupérisme de ces deux tiers. U faudrait être aveugle et privé de sens pour s’imaginer que, tandis que le tiers de la populai ion présente une si effroyable indigence, les deux autres tiers en sont exempts. Le préjugé répandu sur la petite propriété agricole fait imaginer , il est vrai, que e séjour des campagnes diffère beaucoup sous ce rapport du séjour des villes , et que les prolétaires agricoles, pareequ iis possèdent une cabane ou un arpent de terre, sont à l’abri de l’indigence. Mais ceux qui se font ces illusions devraient penser que I industrie n’est pas étrangère à la population des bourgs au-dessous de cinq mille âmes, et que lors même que l’agriculture ne

laisserait pas d’indigents après elle ( ce qui est Je plus grand de tous les mensonges), l’indus-

trie , après avoir encombré les villes de misérables , en devrait encore laisser un grand nombre dans ces bourgs au-dessous de cinq mille âmes. Lu fait , tout le monde sait que la mendicité existe dans toutes nos communes rurales , et dans un très grand nombre de villes. La Restau ration ayant abandonné l’œuvre commencée par Napoléon pour la destruction de la mendicité, parce qu’elle jugeait cette oeuvre impossible, le mal a du s’accroître et s’est accru prodigieusement avec la population. Jusqu’ici on n’avait aucune indication officielle relativement au chiffre de la mendicité. Tous les statisticiens qui s’occupent de ïa misère publique regrettaient cette immense lacune. Nous avons vu ce qu’écrivait à ce sujet Eugène Buret, dans son livre publié il y a deux xms : « L’est sur lé tiers seulement de la popu- » In r ion de la Fiancé, disait-il, que nous avons y des données. Les deux autres tiers souffrent ») et meurent à domicile sans participer aux » secours officiels. La plus grande partie des » habitants du pays , la nation agricole , ne j) contribue presque pour rien au recrutement » des hôpitaux et des bureaux de charité. La » misère des campagnes échappe à toutes nos » appréciations ; elle reste à la condition laî) tente. La mendicité n’est pas régularisée par » une mesure générale dans toute la France.

» Fendant que quelques villes, possédant des » dépôts, continuent de traiter la mendicité j> comme un délit, d’autres, et c’est le plus

Page 1