CHAPITRE XVII
Réponse à une objection*
Nous ne voulons pourtant rien dissimuler;
car nous ne prétendons nous couvrir de l’auto-
rt é dont jouit M. Dupin qu’à bon droit et sans
aucune feinte. Nous devons donc confesser eue
probablement M. Dupin, bien que ses évalua-
tl0 PJ confirment les nôtres, ne poserait pas le
chiffre du salaire en face de celui du revenu
nef précisément comme nous. En voici 1a raison.
Nous avons compris dans les salaires non seulement la classe des prolétaires agricoles inscrits sur les registres de l’impôt foncier pour des cotes de 5 francs en moyenne, mais
encore tous les très petits propriétaires qui payent des cotes de 20 à 100 fr, La part de propriété foncière de ces prolétaires et de ces très petits propriétaires est, d’après les registres de contribution, d’environ 800 millions; ce qui est beaucoup en soi , mais ce qui est très peu relativement à chacun, puisque, vu leur nombre, la part de chacun en moyenne ne s’élève pas à 40 francs de revenu. Or, si M.
Dupin avait à se prononcer sur ce qui revient, d’un côté aux 196,000 chefs de famille composant la grande et moyenne propriété, et de l’autre au reste de la nation, peut-être commencerait-il par déduire, des 3 milliards 800 millions du revenu net, ces 800 millions afférents aux prolétaires agricoles et aux très petits propriétaires fonciers , parccqu’en effet ce sont eux qui directement les perçoivent. Ces 800 millions se trouveraient ainsi ajoutés aux cinq milliards que M. Dupin donne aux salaires; et voici, en définitive, comme M. Dupin poserait le chiffre du salaire en face du chiffre du revenu net.
D’un côté, la moyenne et grande propriété, représentée par 196,000 chefs de famille, et s’élevant en totalité à moins d’un million d’individus, aurait 3 milliards de revenu net;
Tandis (pie le reste de la nation aurait, tant en salaires qu’en revenu foncier, 5 milliards 800 millions.
Mais si M. Dupin raisonnait ainsi , ou plutôt si quelqu’un raisonnait ainsi d’après les évalua-
tions données par M. Dupin* ii tomberait dans une grande erreur.
En effet, pour qu’il en fût ainsi , il faudrait que les 190,000 propriétaires, grands et moyens, et leurs familles, vécussent comme vivait autrefois la haute noblesse ou le clergé, sans aucune fonction agricole, mercantile, oit industrielle. Alors on pourrait es borner à leur revenu net; et de ce que la part de propriété* foncière afférente aux prolétaires agricoles et aux très petits propriétaires est de 800 millions, on pourrait conclure que celte somme vient s’ajouter à la somme des salaires, évalués par M. Dupin a cinq milliards. Mais comme il! 11 cw est pas ainsi, et que ces 196,000 propriétaires se livrent à l’agriculture, au commerce, à riuduslrie, à l’usure, à la banque, et à toutes les sources de lucre imaginables, on ne peut nullement conclure que les 800 millions afférents aux prolétaires agricoles et aux très Petits propriétaires viennent s’ajouter intégralement à la niasse des salaires.
La méthode que nous avons suivie est la seule véritable. Nous avons appelé classes salariées toutes les classes qui no participent pas au revenu net, et nous avons évalué directement leur subsistance. Il n’y a donc pas lieu d’ajouter au chiffre obtenu la part de pro* priété foncière afférente à ces classes. Cette part est comprise dans leurs salaires, lait partie de leurs salaires, en entendant par salaires le chiffre tota de leur subsistance.
2ff3
II est bien vrai qu’on calcule le revenu net par la considération de la propriété foncière. Mais qu’importe ce calcul? Et de ce qu’un homme participe à cette propriété, s’ensuit-il qu’il participe au revenu net de cette propriété ? Ouand M. Dupin évalue à 3 milliards 800 millions le revenu net, c’est le revenu net général de la France qu’il évalue ainsi, sans considération d’individus. Et de même, quand M. Dupin évalue à 8 milliards 800 millions le revenu annuel de tous les citoyens,, c’est le revenu brut général de la France qu’il évalue à cette somme. La différence comprend donc la subsistance de tout ce qui est salarié. Mais un prolétaire agricole inscrit sur les registres de l’impôt foncier n’en est pas moins un salarié, pour être ainsi inscrit parmi les propriétaires; et un petit propriétaire, doté
une propriété insuffisante à sa subsistance, n’en est pas moins un salarié aussi , bien qu’il se salarie lui-même pour cette portion insuffisante de sa subsistance. Cette propriété même suffirait à sa subsistance, qu’il n’aurait, comme* nous l’avons déjà fait remarquer, aucune part au revenu net.
Ce serait donc une très fausse méthode que de prendre ies évaluations de M. Dupin pour en conclure qu’il faut ajouter, aux cinq milliards de salaires déterminés par lui , les 800? millions de propriété foncière afférents aux classes salariées. La vraie conclusion à tirer, au contraire, de ces évaluations, c’est que si
Il Dupin évalue à 3 milliards 800 millions le revenu net, cette masse passe tout entière et sans diminution dans la classe qui jouit réellement du revenu net, et à laquelle ce revenu net vient aboutir par une loi de la production oussi nécessaire que la chute des graves dans
/e monde physique.