CHAPITRE IX
JVoù viennent les dis millions de cotes de Ylm jt foncier.
Ou ne nie pas, en général, 1 existence e Prolétaires dans les vil es ; ce serait trop absurde et trop ridicule. Les manufactures, les hôpitaux, les bureaux de charité, montrent ces Prolétaires par mille, par cent mille, par millions. Mais on pro/ite de ce que les lois, les livres, les journaux, se fai niquent dans les villes, pour mentir sur les campagnes. On dit donc audacieusement qu’il y a, à la vérité, des masses de Prolétaires attachés à 1 industrie, mais qu’il en est tout autrement de l’agriculture. Et pareeque le cadastre a révélé le morcellement du sol en iU millions de parcelles, pareeque les cotes de l'impôt foncier attestent quatre millions de petits contribuables , on érige en axiome que depuis a Révolution le sol de la France s’est couvert et se couvre chaque jour de plus en plus de Propriétaires.
Il est couvert de Prolétaires, voilà la vé- * - 0 Me.
Quel pitoyable jeu de mots que d’appeler propriétaire quiconque paye une obole à l’impôt foncier t L’Etat prélève un milliard et demi chaque année sur le travail de la nation.
UE LA PLOUTOCÏÏATIE. 27
Mais qu’arrive-t-il ? Parmi les trente millions de Prolétaires qui couvrent la France, les uns payent leur part uniquement en impôts indirects , tandis que d’autres sont de plus inscrits sur les registres de T impôt foncier, La légèreté d’esprit et la mauvaise foi , jouant sur le
mot propriété, appellent ceux-ci des propriétaires !
Mais à ce compte , je le répète , vous feriez mieux de dire que nous sommes tous propriétaires, et qu'il n’y a en France que des propriétaires ; car nous possédons tous quelque chose. Les quatre millions de mendiants , reconnus par vos statistiques officielles, sont aussi des propriétaires ; car ils possèdent quelques meubles , quelques haillons.
Voici la source du préjugé qui s’est établi sur le grand nombre des propriétaires fonciers.
Il est bien vrai que depuis la Révolution la population des campagnes s’est attachée à posséder. La propriété, telle est la seule voie d’affranchissement que celte Révolution, après son avortement, a montré aux travailleurs de l’agriculture. Ils n’ont pas d’autre ciel ouvert devant eux, pas d’autre route de moralité et de bonheur. Ils se précipitent donc vers la propriété, mais la plupart sans jamais y atteindre.
Les plus sages observateurs, et entre autres M. Mathieu de Dombasle, ont signalé cette manie de posséder comme une cause de ruine
certnine et de misère irrémédiable pour la sa ,t que la *““"£■ e pour la cultiver. Ces
avances qu on peut ia P ü qui s > e st
transformé imprudemment en P r0 i,ét - Surviennent maintenant des besoins pi essams,
une mauvaise année des maladies .cl oses
fort ordinaires parmi des hommes expos tant de privations ; voila notre petit P 10 ! 11 taire endetté, hors d’état de payer, devenant la proie d’un propriétaire voisin, qui ne m ■quera pas de profiter de son embarras et de
l’exproprier au besoin. .
Mais, malgré toutes ces raisons qui devraient calmer la soif de posséder ou plutôt de paraître posséder qu’ont les Prolétaires, ils ne continuent pas moins , depuis la Révolution , à se précipiter dans cette voie désastreuse . attirés pat* une sorte de mirage. Le besoin légitime d’affranchissement , de liberté,
et d’égalité, que la Révolution a mis dans leurs âmes , les y pousse irrésistiblement. Avant la Révolution , on pouvait être sert et s’estimer, lais après la Révolution , être mercenaire et s’estimer est devenu plus difficile. Avant la Révolution , on jouissait d’une cabane et de quelques arpents de terre, en s’attachant à la domesticité des seigneurs, ii n’y a plus de seigneurs; on veut être maître de cette cabane, et seigneur à son tour de la terre. Le métier de mercenaire est sujet à tant d -affronts 9 à
tant d’infamies , et le salaire est si incertain !
Les spéculateurs, qui se sont aperçu de cette avidité du peuple des campagnes , ont su en proiiter. Chaque domaine mis en vente a été divisé en autant de fractions qu’on a pu. La bande noire des notaires est occupée de ce genre de spéculation depuis bientôt un demisiècle. On offre à la cupidité du prolétaire; agricole un lambeau de terre ; il y engloutit toutes ses économies, et, ses économies ne suffisant pas, il emprunte. C’est l’autre face du métier lucratif de la bande noire des notaires. Quand le Prolétaire s’est ainsi endetté pour posséder une misérable cabane ou un petit coin de champ , l’agent du fisc le range sur les registres de l’impôt foncier. Puis viennent les statisticiens , qui s’extasient sur le développement de la propriété en France.