CHAPITRE VIII
mm.
Suite.
Dans un livre insolent, qui a la prétention d’être écrit contre Inhumanité, cont e la charité, contre la vertu, contre le droit, contre la justice, contre toute religion, et qui est dédié à M. Guizot (1), un homme d’esprit, ami du paradoxe, et partisan déclaré de toutes les iniquités sociales, a montré, sur la définition du Prolétaire et du Propriétaire, plus dé jugement que M. de Rambuteau. Du moins, il n’a pas
(1) En ces termes : « Je vous dédie ce livre comme eu d prince des historiens de notre siècle, i'ous y reconnaîtrez. » ta trace de vos principes et te finit de vos conseils, si j’ai T> su comprendre les uns et profiter des autres. # La postérité saura donc, etl’ûge présent peut déjà savoir, par le livre de M. Grenier de Cassagnac, quelle trace laissent les principes <le M. Guizot, et ce que produisent ses conseils; car nous ne doutons pas, pour notre part, que M, Gracier c’ait su çom* prendre les cas et profiter des autres
DE LA P LO UT 0 CHATIE* 2i
abusé autant que lui du sens restreint que on donnait autrefois, d’après l’étymologie, au mot de prolétaire , ni de l’équivoque que l’on tire du mot de propriétaire.
« Nous ne nous occupons pas, dit-il, du sens n que le mot prolétaire emprunte à son éty- » mologie latine. Proletarim désignait une » chose propre à la constitution de Rome. Le » mot prolétaire désigne, dans nos idées, une » chose commune à toutes les sociétés. Ainsi,
» par exemple, il y a parmi tous les peuples » de l’Europe moderne, et il y avait parmi les » peuples de l'Europe ancienne , une masse » plus ou moins considérable de familles et » d'individus formant la position la plus infime, b l’assise la plus basse de la société. D’ordi- » naire, ces familles et ces individus vivent »> du travail pénible et journalier de leurs
» moins. Le salaire de la veille est tout ce
» qu’ils possèdent le lendemain; et !a pron priété territoriale, quand ils y arrivent, est s pour eux beaucoup moins la règle que l’ex- » ception. Ces hommes, qui ne sont pas pro- » priétaircs terriens, qui ne l’ont jamais été,
» auxquels on n’ose pas promettre qu’ils le » seront un jour; ces hommes pauvres, obîj scurs, sans fortune amassée de père en fils, » et pour lesquels toutes les traditions domes- » tiques se réduisent k la nécessité de gagner » le pain de chaque jour ; ces hommes, ce sont » les Prolétaires , et la condition à laquelle ils 0 rpparticnnent, c’est le Prolétariat . Geci
. Mnt nosé voici ce que le prolétariat con- I S ■ !» U ouvrier ; 2» les mendiants;
» 30 les Voleurs ; ù« les filles publiques. Car un
, gagne un salaire pour vivre, ha mendiant » est un prolétaire qui ne peut pas ou ne » pas travailler, et qui mendie pou. vme. Va » voleur est un prolétaire qui ne veut ni tra s vailler ni mendier, et qui dérobe pour vivre.
» Une fille publique est un prolétaire qui ne a veut ni travailler, ni mendier, ni dérober, et > qui se prostitue pour vivre. L’absence (le » toute propriété acquise, de toute fortune » amassée , est donc , comme nous avons ait,
» ce qui constitue le Prolétariat; et la néces- » sité qu'il y a, quand on n’a rien que son » corps, ou de travailler, ou de mendier, ou » de dérober, ou de se prostituer pour vivre » » divise naturellement les prolétaires en quatre » grandes catégories, qui sont celles que nous a avons signalées ; catégories dans lesquelles 3 ils se rangent selon leur éducation, selon » leur caractère, selon leur force physique et » morale, selon les conditions particulières de » la famille à laquelle ils appartiennent, selon » les conditions générales de la société qui les » environne; quelquefois selon leurs défauts,
» quelquefois selon les défauts des autres, sou* 3 vent selon le hasard (1). »
(1) Histoire des Classes ouvrières et des Ctasscs bour • : ga lises, ch. I*
Voilà au moins quelque profondeur et quelque justesse d'esprit. Il est vrai que cet auteur Se contredit lui-même, en ne comptant pas parmi les ouvriers les ouvriers des campagnes* JVIais la distinction qu’il fait entre le Prolétaire et le vrai Propriétaire est bien posée. C’est, ditil, X absence de propriété acquise , de fortune amassée , qui constitue le Prolétariat . Qui- : conque vit de salaire, ou serait forcé d’en vivre par sa condition naturelle, s’il ne suppléait pas : au travail par la mendicité , le vol , ou la pro* : Stitution, est prolétaire. Le prolétaire est quiconque se trouve, par l’absence de revenu, dans fa nécessité de gagner le pain de chaque jour. Toutes les familles, tous les individus qui t nvent d'un trava il pénible et journalier , et pour qui le salaire de la veille est tout ce qu'ils possèdent le lendemain , doivent être rangés dans une même condition générale appelée Prolétariat , en face de la condition de ceux qui ne vivent pas de sa aire, qui vivent de pro * prié té acquise, d z fortune amassée. Le Prolétariat équivaut donc , suivant cet écrivain, au travail, au salaire, de même que le contraire du Prolétariat, ou la Propriété, équivaut au revenu, fruit du capital. Mais, cela étant, un paysan qui possède une cabane et rien de plus, est-il prolétaire ou propriétaire? Evidemment, d’après la définition, il est prolétaire; car cette cabane ne le fait pas vivre. Un paysan qui possède un hectare de terre est-il prolétaire ou propriétaire ? Evidemment encore il est pro-
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létaire ; car cet hectare de terre ne le fait vivre
qu’autant qu’il y applique le travail pénible et journalier de ses mains * Qu’importe que ce paysan soit propriétaire terrien , si sa propriété terrienne ne lui permet de vivre que moyen riant ce travail pénible et journalier? Ce n’est qu’à une certaine limite que l'instrument de travail devient assez productif par lui-même pour donner lien à une rente qui suffit à la subsistance de son propriétaire. En deçà de cette limite, on est Prolétaire ; on n’est Propriétaire qu’au-delà.
Une famille d’ouvriers travaillant à la ville possède un mobilier : malgré ce mobilier, vous rangez cette famille parmi les prolétaires, parceque la nécessité de gagner par le travail le pain de chaque jour est le lot de cette famille. Un voleur a pu se procurer une somme d’argent par le larcin : il n’en reste pas moins pour vous un prolétaire, parce qiie celte somme ne constitue pas un capital suffisant, et que cet homme sera obligé demain de revenir à sa coupable industrie. Une prostituée, une courtisane, bien que logée à la Chaussée-d’Antin, et meublée comme une duchesse, est encore pour vous un prolétaire. Soit ; le Prolétariat admet qu’il comprend dans son sein les mendiants, les voleurs, et les prostituées. Votis n’avez pas fait là, noble écrivain contempteur de vos frères pauvres ou dégradés par la misère, une grande découverte. Lisez l’Evangile; vous verrez que Jésus n’a repoussé ni le mendiant, ni le larron.
ni la prostituée; mais il a dit anathème aux
scribes et aux pharisiens. Seulement, puisque vous êtes si exact à énumérer les hontes du Prolétariat , pourquoi ne comptez-vous pas dans votre énumération ceux qui fécondent les champs et vous donnent le pain , les ouvriers des campagnes, les prolétaires agricoles?
Pour en revenir aux dix millions de cotes de M. de Rambuteau , un chef de famille qui paye il fr. 90 c. d’impôt foncier , ce qui répond à un revenu de 82 fr. 58 c., et à un fonds de 1,651 fr. 60 c. en principal, au taux le plus exagéré , ne possède évidemment pour lut et les quatre ou plutôt les six personnes qui composent avec lui sa famille ( car la famille du pauvre est plus nombreuse que celle du riche) , que l'habitation, la cabane, ou son équivalent. Ne ie rangez donc pas au nombre des propriétaires. Dites qu’il possède une cabane , et pas autre chose. Quant aux vrais propriétaires» cherchez-les dans la seconde et surtout dans la troisième catégorie ; ils ne sont que là, ils ne peuvent être que là. Vos dix millions de cotes , dont plus de huit millions sont de cinq francs* quatre-vingt-quinze centimes, le prouvent sans réplique.
La vraie conséquence à tirer des cotes de l’impôt foncier serait donc celle-ci :
La France, cjui compte trente-quatre millions et demi d’habitants, compte sur ce nom- Jr° trente millions de Prolétaires,
DJi LA PLOUTOCRATIE.