De la pluralité des maladies vénériennes
Le mémoire que je publie aujourd’hui est la reproduction a peu près textuelle des deux premières leçons du cours que j’ai professé l’été dernier a l’Antiquaille sur les maladies vénériennes : on pourrait donc le considérer comme une introduction 'a l’étude de ces maladies.
Dans ce mémoire , j’ai cherché par-dessus tout a présenter un résumé clair, substantiel et concis des opinions les plus générales que je me suis faites sur la nature et l'évolution des maladies vénériennes , opinions que j’ai eu l’occasion de développer dans d’autres publications , et le bonheur de faire partager et de voir défendre dans plusieurs thèses fort remarquables par d’anciens internes de l’Antiquaille.
Il ne faut donc pas demander h ce travail ce qu’il ne comporte pas, ce qu’il ne saurait comporter, c’est à dire le débat contradictoire des preuves historiques, cliniques ou expérimentales des idées qui s’y trouvent exposées : pour tout cela j’ai dû renvoyer le lecteur aux publications dont je viens de parler, ou a d’autres sources dont j’ai eu soin de donner l’indication.
Quant û savoir s’il y avait opportunité , dans les circonstances actuelles , a publier une œuvre d’ensemble de ce genre, je ne le discuterai pas.
Les travaux modernes en syphilographie , après avoir été , pour une certaine partie , exaltés outre mesure, ont été, tout d’un coup et en masse, comme frappés de discrédit. Est-ce à tort , est-ce à raison ? Dans cette mêlée où l’esprit ancien a eu les honneurs du triomphe, n’est-ce pas, en réalité, l’esprit nouveau qui l’a emporté ? Et , pour être plus précis , ne sommes-nous pas aujourd’hui beaucoup plus loin de la doctrine de l’unité vénérienne que nous ne l’étions hier? et chaque jour ne nous en éloigne -t-il pas de de plus en plus ?
C’est pour faire cesser tout malentendu, pour dissiper l’illusion des uns , le découragement des autres et nous montrer chacun ce que nous sommes que j’ai donné 'a ce mémoire la publicité qu’il ne devait pas avoir isolément.
11 ne faut pas que les victorieux d’un jour s’abusent
sur le résultat réel qu’ils ont obtenu, et qu’ils doivent en grande partie à des auxiliaires qui n’ont combattu avec eux que par occasion. Il ne faut pas surtout que certains dogmes , définitivement acquis h la science , soient remis en question ; car ils se traduisent dans la pratique par des résultats immenses , par une réforme thérapeutique presque aussi radicale et bien autrement justifiée que celle des syphilographes de l’école dite physiologique.
J’ajoule que mon mémoire a été lu à la Société impériale de médecine de Lyon , dans les séances des 13 et 20 février dernier. 11 a été l’objet d’une discussion publique, que je n’ai pas b apprécier, mais dont les débats , imprimés dans les Annales de la Société, prouvent 'a quels point mes collègues et moi nous différons peu, même sur les questions les plus essentielles ; — heureux présage d’un accord plus général que j’appelle de tous mes vœux et que je chercherai à hâter de tout mon pouvoir.
Lyon, 5 awil 1860.
https://archive.org/details/b22331773