CHAPITRE I. LE UÈGNE HUMAIN. 3S
Maiipertuis ignorait sans doute que le mot orangoutang {homme sauvage) n'est pas une métaphore pour les habitants de l'archipel Indien. Certains croient que le nasique est un homme plus sage et qui ne parle pas pour garder sa liberté. Maints peuples, maintes religions ont reconnu la supériorité absolue de certains animaux, les brahmes, de la vache, etc. . .
Le consentement universel cloche même en plus grave circonstance. Knox dit (1) que les Hollandais du Cap, voulant désigner lenombre de gens qui composent un commando, par exemple, se servent d'un nom différent pour désigner les naturels... comme on ferait pour des têtes de bétail.
E. Geoffroy avait pour lui une méthode excellente ; c'est sa force. Elle l'élève mille fois au-dessus de Maupertuis en discutant une thèse contraire, ainsi que de tous les penseurs d'abstraction. Les communications qu'il fit à l'Institut, à propos de l'orang-outang, seront peut-être un j-our une gloire nouvelle pour E. Geoffroy, précurseur d'une science qui n'est pas encore, l'étude de l'âme des animaux basée sur l'observation et sur l'expérience (voir le passage où E. Geoffroy propose de soumettre l'orang à une éducation méthodique pour étudier les modifications apportées par un tel changement de milieu) (2). Celui qui a découvert l'unité organique
(1) The races of men. London, 1850, p. 233.
(2) Comptes rendus de l'Académie des scî'ences, t. III , p. 29.
nous aura mis sur la voie d'une découverte non moins importante, celle de l'unité psychique.
Là gît une science nécessairement nouvelle, puisqu'elle ne peut dater que de la réaction contre les idées cartésiennes, science encore sans nom, effleurée par de grands esprits qui ont eu le privilège de tout deviner, mais jamais étudiée, scrutée à fond, jamais soumise à tous nos procédés de connaissance.
La nommer psychologie comparée , c'est en dire le but et les moyens. Quant à sa place, on pourrait, selon nous, tracer le tableau suivant de cette science et de celles qui l'avoisinent :
. ^ . , . ) Étude de l'organisme ou organi-\ Anatomie humaine. { ,. , . o i
( sation physique.
„ , , . , I Étude de lame (?), ou mieux de
PsycholoQie hum. { . , .
^ ^ Il organisation psychique.
'Étude des réactions normales de j
l'organisme sur lui-même, de l'organisme sur l'âme, àe)>^
Physiologie hum. \ l'âme sur l'organisme, de leui
ensemble sur le monde exté- 1 ë .
rieur, et du monde extérieur \ [ S
sur leur ensemble. I / °
n ^, , ■ , (Etude des réactions anormales / '
Patholoqie hum. { , , „v , /
( (provoquées?), etc. /
Anatomie comparée. / Ou étudiées dans la série ani-'i tsj
Psychologie comp. j maie où l'étude des trois der- ( 2-
Physiologie comp. j nières branches est particuliè- 1 ^.
Pathologie comp. \ renient difficile. / ^
On voit que nous avons étendu un peu le sens du mot anthropologie, et que nous lui avons donné une