CHAPITRE II. PSYCHOLOGIE COMPARÉE
même. Chez tous les animaux et l'homme, on la prouvera formée des mêmes parties composantes, seulement entrant pour une part diverse, nulle parfois, dans les manifestations décette âme.
Ces propositions ne sont pas encore démontrées; nous n'essayerons pas d'en prouver ici l'exactitude. Seulement, s'il est vrai que le passé soit l'histoire de l'avenir, ne sommes-nous pas en droit de penser que le dernier mot n'est pas dit, de l'âme des animaux. — Cette question a-t-elle donc fait tant de progrès et de si rapides, au profit des animaux ou au détriment de l'homme, comme on voudra, pour s'arrêter en si bon chemin?
Saint Chrysostome (1) adressait aux philosophes gentils lereproche d'avoir toujours été enchns à assimiler l'âme des bêtes à cellede l'homme. — L'opinion de ces gentils vaut pourtant bien la peinequ'on s'y arrête. Ils ont pu observer aussi bien que nous, puisque nous, modernes, nous n'avons inventé aucun procédé, nous n'avons trouvé aucune méthode pour scruter plus à fond ce sujet; et cette opinion a encore pour elle d'être née libre dans des esprits que ne contraignait, même à leur insu, aucune influence étrangère.
Si on n'en est pas encore revenu aux idées de Pythagore et des Stoïciens , du moins combien loin
(1) Hom. iv^ in Acta apostolorum. — Cf. Rechtembach, De sermone brutorum. Erfurl, 1706, p. i.
nous sommes de Pereira et de Descartes, avec ses animaux-macliines; machines hydraulico-pneumatiqiies comme les nomme un des disciples du philosophe breton (J. H. Crocius) (1).
On est vraiment émerveillé de l'engouement qui s'empara de l'Allemagne pour les idées de Descartes dans la seconde moitié du dix-septième siècle. On les poussa à l'extrême, on refusa aux bêtes, âme, raison, intelligence. Un nommé J. Stahl (2), se montre conséquent jusqu'au bout : il pose en principe que les bêtes ne sentent pas, briita non sentire. C'est la conclusion d'un très -savant syllogisme qu'il rapporte , et qu'un nommé Gaspard Laugenhert avait ajouté au Compendium physicœ d'Arnold Geulinx.
C'est à peine si quelques esprits forts osent élever la voix dans ce concert cartésien, ayant bien soin de s'appuyer sur maintes citations tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament (3). C'étaient des preuves alors.
La part des animaux s'est successivement agran-
(1) Dans sa Disquisitio de anima brutorum. Bremœ, i676.
(2) Logicœ brutorum. Hamburg, 1697. — Ce petit traité n'en est pas moins précieux; Stalil était un de ces puits de science et d'érudition comme l'Allemagne semble avoir seule le monopole d'en produire. Il n'est peut-être pas un seul passage des auteurs anciens et modernes sur les questions qu'il traite, qu'on ne trouve signalé dans son œuvre.
(3) Cf. S. Gros, De anima brutorum. Witlemberg, 1680. — Kiemmius, De anima brutorum. "Vitlembergiae, 1704.